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Jeudi 11 février - Nyaung Shwe - Relax

Réveil sans stress, il est enfin possible de donner et prendre des nouvelles, car ici, le réseau Internet fonctionne et, est performant. 

Le petit-déjeuner est à la hauteur des standards auxquels nous nous sommes habitués. 
N'était du jeune homme musclé, tatoué et carrément macho qui hurle la même chanson depuis hier soir, cet endroit est parfait. 

Nous n'avons rien prévu de plus excitant aujourd'hui que de faire un tour dans le bourg, et voir ce fameux marché qui fermait hier à notre arrivée. 

Recouvert de bâches en plastique, il propose fruits, légumes, à profusion, avec une nette dominance de l'avocat sur les étals. Il y en a de toute taille, du vert le plus clair au brun foncé, des ronds ou des ovales, des gros et des petits. 
Depuis quelques jours, nous nous régalons de salade d'avocats et de guacamole, un vrai délice. 

Des vendeuses sont joliment décorées par leurs innombrables tissus très colorés, longyis, foulards, couvertures, tissus plus épais pour mettre sur la tête. Dans un coin un peu plus sombre, des femmes empaquettent du charbon de bois dans des grands sacs. 

Plus loin, ce sont d'abord les odeurs qui nous mettent en éveil, puis, nos yeux sont chaleureusement invités à plonger dans le safran du curcuma et l'ocre des piments broyés. 

Des dizaines de superbes sacs tressés, encore des tissus, un enfant est tout sourire avec une grosse tranche de pastèque dans les mains. 

Au fond du marché, les viandes et poissons. Pêle-mêle, poissons du lac frétillants, anguilles agonisantes, canards et poulets morts se côtoient au soleil. 
Sur un énorme billot de bois, un homme finit de trancher un gros bout de viande dont l'origine nous est inconnue. 

Vite, la section bouquets de fleurs nous sauvent de ces émanations sanguinolentes, qui sont un peu difficiles à supporter le matin. 

Gros tas de feuilles de thé vert, kiosques de noix d'arec tranchées, feuilles de bétel en rosace et chaux débordant de son contenant en calcaire. 
Épices, noix, féculents et riz sont tous mesurés avec une boite de conserve ou un bout de tuyau en plastique. 

Je ne peux résister à l'achat d'un fagot de bois d'allumage qui sent incroyablement bon. Cheerot vendu à l'unité ou en jolis paquets, sentant la banane, le miel, ou au tabac pur, ils sont comme des cigarillos, très légers au goût. 

Dans des bassines, des paillettes blanches nous intriguent. On dirait de la lessive, mais en tombant sur une dame qui parle un peu anglais, nous comprendrons que ces paillettes sont utilisées pour mettre dans la nourriture. Très utilisé en Asie, le glutamate monosodique ressemble donc à ça… Le GMS, MSG, glutamate de sodium, ou glutamate monosodique, est un exhausteur de goût apportant le fameux umami. 

Il existe de façon naturelle dans les aliments, mais comme les industriels aiment exagérer, il en ont créé du chimique. Puisque non-naturel, le GMS est souvent indiqué absent des plats préparés dans certains restaurants. 
D'une façon ou d'une autre, en Asie, on va en retrouver presque partout aussitôt qu'on se met à table. 

Un étal offre tout ce qui se fait de tranchant, couteaux, faucilles, machettes, ou ciseaux. Ces outils sont tous fabriqués sur le lac, ou ses environs.
Plusieurs boutiques de souvenirs proposent des laques, des objets usuels comme des vanneries en bambou, des poids pour balance, des cloches en bronze ou des longues aiguilles en métal destinées aux tatouages.

Nous quittons ce marché très coloré et longeons le canal qui relie la ville au lac Inle. Plusieurs personnes nous arrêtent pour nous demander si nous voulons un bateau pour demain matin. Nous acquiesçons et demandons les prix à tous ces charmants bateliers sans prendre de décisions. Nous tombons sur une dame un peu voleuse, des jeunes hommes un peu allumés au bétel, avons négocié des prix et avons promis de revenir demain matin. 

Le soleil se couche et l'activité sur le canal bat son plein.
Finalement, juste avant de rentrer, un monsieur avec une tête super sympathique, un beau sourire et un bon verbe anglais nous propose lui aussi la balade sur le lac.
Il demande moins cher, nous montre le bateau, fait le tour de la carte avec moi, confirme que je ne ferais pas le circuit classique des touristes, etc. 
Pour 20 000 K, son neveu nous promènera sur le lac et nous fera visiter ses villages. Je lui promet d'être là demain matin.

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Dimanche 7 février – de Bagan à Kalaw – Tournicoti, tournicota

Nyaung U à Kalaw - 265km, 5h30 de route
8h45, le ventre plein, nous montons dans le mini-bus en direction de Kalaw. 
Le temps prévu est de 6 heures, je ne sais pas si cela va être respecté, mais le départ se fait à l'heure dite. 

La campagne est jaune de sécheresse, tout est aride et désert. Il n'a pas plu depuis le mois de novembre et les paysans attendent avec résignation la saison des pluies qui devrait commencer d'ici un ou deux mois. 

Aux alentours de midi, nous faisons une courte pause dans un resto routier. Les jeunes serveurs ne sont pas avares de courses en gougounes autour des tables pour y apporter des riz frits trop huileux avec des morceaux de gras de poulet. Le Myanmar n'est pas spécialement le pays de la haute gastronomie… 

Après une courte accalmie sur des routes cahoteuses mais droites, nous attaquons la montagne. Là encore les virages sont serrés et offrent une magnifique vue plongeante sur l'immense vallée. Mais nous avons hâte d'arriver à Kalaw. 

Arrivée qui sera comme une surprise lorsque le chauffeur aux dents rouges stoppe son véhicule et annonce le nom de la ville. Notre demeure pour ce soir est le Eastern Paradise Motel, qui se trouve à quelques courtes minutes de marche. 

À peine quitté la route principale, le silence et le calme nous frappent. Perché à 1309 mètres au-dessus du niveau de la mer, Kalaw est un endroit où l'air sent bon et où le bruit est absent. 
Notre chambre James Bond a heureusement été réservée il y a deux jours par téléphone, car l'hôtel est complet. Le nom que j'ai pris soin d’épeler est illisible sur le livre des réservations, mais nous affirmons que c'est bien nous et obtenons la clé de la 007. 

Nous déposons nos bagages, et allons à la découverte de cette toute petite ville de montagne de 10 000 âmes. Le marché n'est pas encore fermé, les fruits et légumes sont beaux, des tas de feuilles de thé vert séchées remplissent de gros paniers tressés, sur des bâches, s'entassent des aubergines de toutes formes et plein de tomates vertes.

Une femme est en train de trancher des noix qui ressemblent à s'y méprendre à de la muscade. Je lui demande ce que c'est, et à force de mimique de grosse joue, je comprend qu'elle prépare des monceaux de morceaux de noix d'arec qui seront ensuite revendus dans de petits kiosques du marché.

Par contre, rayon boucherie, ça craint un peu... Le poulet jaune, et un peu sec fait une drôle de gueule. 
Le niveau d’hygiène est proche du néant, les billots pleins de sang et de morceaux de viscères grouillent de mouches, les morceaux de viande déjà coupés sont exposés à l'air libre sans aucune précaution. 
Par chance, les rares fois où nous oublions notre végétarisme forcé, la viande est très cuite, nous n'avons jamais été malades. En fait, le plus gros risque vient des légumes crus. 
Lavés à l'eau du robinet, ils transmettent plus facilement des bactéries trop heureuses de découvrir des estomacs étrangers. Il faut impérativement que les légumes soient lavés à l'eau bouillie, comme quelques restaurants l'annonce, où les manger cuits. 

Fatigués et légèrement étourdis par le voyage, nous reprenons quelques forces avant d'aller souper au Everest Nepali Food Center que tous les touristes de la ville semblent avoir élu restaurant du dimanche soir. 
Le service sera interminable, mais nous sommes en vacances, et la nourriture à la hauteur de l'attente.

Un œil sur les feuilles de bétel. Il n'en a pas encore l'âge,
mais lui aussi succombera à la tentation...
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Dimanche 24 janvier – 75 km en 1864 virages, du Cave Lodge à Mae Hong Son

En route vers Mae Hong Son
La brume a envahi tout le paysage. 
D'après John, c'est un signe de grand beau temps, mais nous ne le saurons jamais puisque nous partons du côté de Mae Hong Son, où les prévisions météo sont médiocres. 

C'est ce matin que nos routes se séparent. Robin prend la route en direction de Chiang Mai où un avion l'attend ce soir et repart à Bangkok. Trois semaines de virée à l'autre bout du monde, un blessé qui a été obligé de rester dans le sud, mais aucun accident à déplorer. L'aventure continue à deux. 

Après un petit-déjeuner vite expédié et par crainte de tomber sur le gros nuage noir que les prévisions météo affichent sur nos écrans, nous partons rapidement vers Mae Hong Son. 
Comme prévu, la brume épaisse de la petite vallée se dissipe aussitôt que nous rejoignons la route. 
Une belle route, avec tout un tas de points de vue plus beau les uns que les autres sur cette nature extravagante des forêts du nord-ouest. Le ciel s'ennuage, mais pas de pluie à l'horizon. 


Wat Hua Wiang
Mae Hong Son est si réputée pour sa route, que l'on en imprime des t-shirts. Il y a officiellement 1864 virages pour rejoindre cette toute petite ville, mais encore une fois, bien accroché au guidon de ma moto, ils seront avalés aussi promptement qu'un paperman dans un CHSLD.

Je retrouve la guesthouse où nous avions dormis il y a 10 ans, mais c'est à présent une occidentale qui en a pris les rênes, et la plus petite des cabanes en bambou se loue à 1300 B la nuit. 
D'ailleurs, ce n'est plus une guesthouse, mais un Lodge… 

Au hasard d'une ruelle, nous tombons sur l'affiche de Johnny's guesthouse, le prix de la chambre est tout à fait dans notre budget à 300B, et l'accueil est super sympa. 
La grosse moto déclenche toujours des regards curieux et des questions, je suis un crâneur ! 

Nous allons visiter le marché et les alentours en ouvrant grands les yeux pour trouver notre tenue des prochains jours. Les prévisions météo ne laissent aucun doute, il va pleuvoir et faire froid, et inversement. 
Hormis nos petits coupes-vent, nous n'avons rien qui puisse nous protéger plus efficacement. Hélas, si les ponchos et autres imperméables étaient légions dans les marchés du sud où nous n'en avions aucunement l'utilité, ici, on ne trouve vraiment rien. 
En désespoir de cause, nous achetons quelques énormes et très solides sacs à poubelles. À défaut d'avoir le prix d'élégance à moto, nous devrions rester au sec. 

Juste à côté du marché, le Wat Hua Wiang, un temple de style birman tout en bois est magnifique. Sa structure est bien différente des autres temples et une petite visite s'impose, même si l'intérieur est quasiment vide. Quelques chiens habillés de gilets très chics s'y prélassent au soleil. 

Sur la route, un petit barbecue propose des têtes de poules en brochettes. Le soleil joue derrière de gros nuages blancs, la lumière est très belle. 


Wat Chong Klang
Au sud du petit lac aux eaux troubles, les décorations et dorures du temple Wat Chong Klang offrent leurs profils très photogéniques dans la lumière du soir. 
Le marché de nuit se met en place, les barbecues s'allument en dessous de hottes aspirantes faites d'un ventilateur et d'un gros tuyau en plastique ou en métal. 
Il y a tellement de bonnes choses à déguster, qu'il est difficile de faire un choix. 

Salades de papaye, grillades de poisson, poulet, calmar ou saucisses, œufs de caille, brioches, il y en a pour tous les goûts. Alors on va se fier sur nos sens et sur certains kiosques un peu plus propres que les autres. 
Une assiette de spaghettis du Yunnan, un som tham, une saucisse épicée, la vie est bien faite. 

Autour de la lumière de notre terrasse, quelques geckos attendent patiemment les insectes attirés par le piège lumineux. 
Nos sommes épuisés et nous endormons alors que la fête commence autour du lac. 
Tant pis, on reviendra.



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Dimanche 17 janvier – Chiang Mai - Des marchés et des Chinois

Toujours aucune amélioration du côté de Lanta. 

Aujourd'hui, c'est dimanche et le dimanche il y a marché de nuit du dimanche ! 
En attendant, nous fréquentons le marché de jour de Warorot. Hors les murs de la vieille ville, il est immense, déborde de ses halles et propose de tout. 
Du vivant, du mort ; de la viande connue et de l'inconnue ; du porc dans tous ses états, du sabot au groin ; des insectes qui grouillent et d'autres frits, blattes, grillons, gros asticots, des vers de bambou avec le sourire. 

Seuls quelques fruits auront notre faveur, il est un peu tôt pour de la tripe et de la coquerelle. 

De retour dans l'enceinte, nous nous perdons avec plaisir dans les venelles ombragées. Il fait chaud, mais nous sommes loin des températures incandescentes de Koh Lanta. 
Plusieurs guesthouses sont magnifiques. Piscine, chambres spacieuses et lobby invitant, mais aucune n'est au même prix que notre White House. 

Nous nous arrêtons manger une soupe. Je suis mal tombé, dans le délicieux bouillon, mon porc est en un ensemble de bouts de gras et de nerfs. 


Après une courte et réparatrice sieste, nous allons nous perdre sur Rachadamnoen road, tout entière dédiée aux mêmes commerçants qu'hier, mais avec deux fois moins de place. 

Là encore les Chinois sont absolument partout, une vraie nuée de cafards ! 
Les vendeurs ont l'air excédés. Je vois des dames refuser de vendre parce que l'attitude du client est mauvaise. J'en vois d'autres qui font signe de partir, pas question de marchander un prix affiché, surtout dans ces conditions. 
C'est bien de gagner de l'argent, mais pas à n'importe quel prix et les habitants du royaume de Siam sont des gens très fiers. 

Nous grignoterons deux ou trois brochettes, nous extasierons de la quantité incroyable de boulettes qui grillent, chauffent et sont plongées dans la friture. 
Les cours des temples sont transformées en cantines géantes, tout est merveilleusement bon. 

Mais, ivres de la multitude, nous fuyons la populace, nous sommes à côté du Soi 5, la ruelle de la délivrance.



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Lundi 24 février – Bentota, balade au Brief Garden

Le lundi c'est jour de marché aux légumes à Bentota. 
Nous n'avons que le pont à traverser, tourner à droite et nous voilà au sein de l'animation de la rue qui mène à la place du marché. Sur les trottoirs sont étalés des centaines de produits provenant des magasins alentours. De la quincaillerie, de la vaisselle, brosses, râpes à coco, couteaux, machettes, etc. De quoi apporter le sourire à la ménagère bentotienne. 
Au bout de la rue les couleurs et les odeurs des légumes frais nous font de l'œil. Dans des camions entièrement tapissés de feuilles de bananiers sont stockés des dizaines de régimes de ce même fruit. Depuis notre arrivée au Sri Lanka, nous sommes étonnés de la profusion quasi-industrielle de bananes de toutes formes et de toutes couleurs et des noix de coco jaunes, la ''King Coconut'' qu'on appelle ici Thambili. Plus sucrée que sa congénère verte, les Srilankais la surnomment ''pharmacie vivante''. 
Et on en trouve effectivement absolument partout. Des kiosques vendent cette noix de coco royale sur toutes les routes, tous les chemins, n'eussent-il qu'un seul passant par jour. Évidemment, son eau fraîche, limpide, mais surtout stérile est utilisée en médecine ayurvédique. 
Dans la plupart des épiceries, son eau est conditionnée en brique pour un usage plus pratique. Traîner une grappe de noix de coco sur le dos ça commence à devenir compliqué. Par contre, ça fait des décorations magnifiques. 

Il n'y a aucun touriste à cette heure matinale et les commerçants finissent de présenter leurs légumes comme pour un concours agricole. Je n'ose imaginer la merveille que serait-ce pays déjà magnifique, si le même souci du détail était appliqué à la vie quotidienne. Chaque chose en son temps... 
Quelques kiosques en bord de fleuve exposent leurs poissons séchés et certains filets sont très appétissants. Poireaux et aubergines rivalisent de leurs longueurs avec les cagettes de tomates, petits oignons verts face aux gros choux pommés, ronde de salade verte ou rouge, choux chinois, bok choy, courgettes jaunes, poivrons rouges, haricots rouges, choux-fleurs blancs, choux raves pistache, herbes aromatiques, concombre-serpent, tout est ravissement des yeux et des sens. Les fraîches odeurs de ces légumes embaument l'air poussiéreux de cette matinée qui s'annonce chaude, les marchands répondent à mes questions avec plaisir. Je ne me souviens plus de toutes les réponses, mais ce n'était pas essentiel. 

Bien sûr un ou deux passantes tentes de nous emmener au bazar, qui n'est autre qu'un ramassis de souvenir cheap dont ils tirerons une commission si une vente se conclut. C'est le jeu, mais il faut savoir s'en débarrasser rapidement. Nous profitons de cette sortie en ville pour repérer la station des bus. Nous pourrions le prendre sur le bord de la route devant notre hôtel, mais en venant à la gare routière, nous serons assurés d'avoir de la place pour nos sacs et nos corps. 

Après un rapide passage au petit bureau d'information touristique qui ne nous apprend pas grand chose de plus que nous n'ayons découvert par nous-même ces deux derniers jours, nous montons dans un tuk-tuk en direction du Brief Garden. 

Ce jardin conçu par Bevis Bawa, hédoniste géant de 2 mètres, frère aîné de 10 ans du célèbre architecte Geoffrey est situé à dix kilomètres dans les terres. Ancienne plantation d'hévéas, le père de Bevis l'acquis en 1929, après une brève transaction d'où son nom de Brief. Le trajet aller en tuk-tuk coûte 500 Rp et l'entrée du jardin est de 1000 Rp. Nous ne savons pas encore comment nous allons repartir puisque nous n'avons pas demandé à notre chauffeur de nous attendre. Nous avons eu des doutes lorsque le petit trois roues s'est engagé dans des chemins défoncés de gravier et de terre. Comment se peut-il qu'un lieu touristique soit aussi mal desservi ? Mais après quelques minutes de cahotement, nous arrivons devant le majestueux portail dudit jardin. 

Il y a beaucoup de véhicules sur le petit parking, le gardien que nous avons appelé à l'aide de la magnifique cloche en fer forgé de la porte principale, nous informe qu'un shooting photo a lieu en ce moment, mais que nous pouvons visiter à notre guise tout le jardin. 
Nous ne savons pas grand chose du fameux Bevis, mais rapidement nous nous doutons qu'il eût un goût certain des belles choses. Son jardin est un havre de paix, une forêt de Mowgli perdue loin de tout. Les plantes y poussent follement, parfaitement entretenues par quelques jardiniers souriants. La terrasse supérieure près de la maison est occupée par toute une équipe de photographes et quelques figurants richement vêtus d'habits de cérémonie. Le buffet est prêt à servir, nous avons faim. 

Contrairement aux prédictions, il n'y a aujourd'hui aucun moustique, mais je n'ose imaginer ce qu'il en est lors de la saison humide. La visite du jardin se termine avec celle de la maison. Accueillis par le gardien, nous faisons le tour des pièces magnifiques. Les ouvertures font entrer la végétation, le vent peut traverser la bâtisse, la pluie reste dehors. 

Nous comprenons à présent la présence de quelques sculptures équivoques. Le grand Bevis était gai ! 
Lecteur homophobe quitte tout de suite ce blog, les prochaines lignes vont sérieusement te choquer. 

Des tableaux, peintures et croquis, des œuvres abstraites et des aquarelles nous informent sans détour des penchants de l'artiste. Dans un pays qui (officiellement) réprime l'homosexualité, le statut de famille noble et la richesse des Bawa, ainsi que l'isolement de cette maison peut expliquer que personne n'ai jamais voulu déranger l'artiste. Le maître des lieux pouvait en toute quiétude organiser de folles orgies dans sa propriété. 

Bevis Bawa
Le tableau où il trône, tel un empereur romain, verre de whisky à la main, entouré de ses mignons jeunes garçons est sans ambiguïté. Dans le jardin arrière, un joli bassin et de viriles statues en pierre donnent le ton et l'on essaye de s'imaginer ce que pouvait être le quotidien débridé de cet ancien Capitaine d'Infanterie de Ceylan. 

Nous n'aurons finalement pas droit au buffet et nous asseyons sur les marches, à l'ombre d'un immense palmier, pour nous sustenter des ''en-cas'' aux légumes achetés dans un hôtel avant de partir. 
Ah oui, dans un hôtel, on peut aussi manger. Mais pas dormir. Enfin, on peut dormir dans un hôtel et y manger, mais ce n'est pas le même hôtel. Tout ça pour dire qu'un hôtel au Sri Lanka c'est aussi et juste un restaurant... 

Nous quittons la jungle enchantée et nous retrouvons comme deux perdus sur un chemin à des lieux de toute civilisation. Aurions-nous du garder notre chauffeur ? Au milieu de nulle part, nous goûtons au calme et à la sérénité. Sur la terrasse d'une maison, une maman et sa mignonne petite fille nous font des coucous. Je pioche une sucrerie achetée ce matin au marché, et en offre au bout de chou tout sourire, c'est bon de distribuer de la joie. 
Un monsieur derrière une planche et sous un toit en tôle vend des bouteilles d'eau, plus besoin de rationner les deux dernières gorgées de celle que nous économisions depuis dix minutes en prévision d'une traversée du désert. Pour finir, un tuktuktuktuktuk caractéristique nous informe que nous n'allons pas rentrer à pied. Le chauffeur nous demande 300 Rp pour nous ramener à la gare routière, ce que nous acceptons sans discussion. 

La sortie des écoles d'Althugama nous offre le spectacle de dizaines de jeunes enfants en uniforme. Les couettes noires des filles se balancent au rythme des courses et les garçons préparent quelque mauvais coup avec le sourire. Toutes les mains se secouent pour nous dire Hello, byebye. 

L'après-midi reverra notre présence sur la magnifique plage en face de l'hôtel Avani, mais comme promis, nous ne mettrons rien d'autre que nos plantes de pieds sur le sable. Un banc servira de chaise longue et je profiterais pendant deux heures des vagues et de l'eau chaude de l'océan Indien. 

La Café aura raison de notre appétit ce soir, le petit bonhomme est de plus en plus heureux de nous y voir. La fréquentation de son minuscule établissement nous conforte dans notre choix. 

Si c'était mauvais il n'y aurait certainement pas un ballet incessant de clients. 

Bevis Bawa Brief Garden house

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Jeudi 6 février – Colombo-Kandy, êtes-vous en train de lire un message posthume ?

Nous quittons le havre de paix du Silvikris à 10h30 en direction du terminal des autobus de Pettah. Les sacs à dos calés dans le micro-coffre d'un tuk-tuk nous louvoyons à travers la circulation épouvantable. Il nous faudra 45 minutes pour franchir les 12 kilomètres et payons la rondelette somme de 700Rp (5,95$) avant d'atteindre le chaos de la gare routière. 
Peinant à trouver le bon quai de départ, les passants nous viennent en aide et pouvons enfin monter dans le bus en direction de Kandy. 
Premiers arrivés, premiers servis, nous allons immédiatement déposer nos sacs sur le rebord de la vitre arrière, car il n'y a ni soute à bagages, ni espace de rangement dans le bus. Il n'y a pas non plus de toilettes, alors il faut y réfléchir à deux fois avant de s'embarquer pour 4 heures de virages et résister à l'envie folle de s'hydrater pendant le trajet.

Nous nous posons sur la grande banquette arrière et attendons le départ. Persuadés qu'il sera donné seulement lorsque le bus sera plein à craquer, strapontins centraux et cages à poules sur les genoux compris, nous prenons notre mal en patience. Mais l'horaire de départ est respecté et à 11h45 précise l'équipage s'ébranle.

Après avoir failli monter dans un bus de ligne régulière, moins cher et sans climatisation, je me rends compte que le petit confort apporté par l'air frais est rudement appréciable. La chaleur et surtout les émanations toxiques auraient rendus ce voyage encore plus long qu'il ne le sera déjà.

Le siège est dur comme un matelas thaï, les genoux coincés contre le dossier avant et les coudes collés au corps, seuls mes poignets et trois doigts peuvent se mouvoir maladroitement sur le clavier du iPad. L'avantage c'est qu'en 4 heures de voyage j'aurais largement le temps de corriger mes fautes de frappe.
Nous payons le billet 310Rp (2,75$), frayeur inclue.

Un accident serait facilement envisageable, mais à la vitesse à laquelle nous roulons au moins on aura le temps de le voir arriver.
C'est un petit peu n'importe quoi, mais, comme les milliers de poissons d'un banc qui bougent à l'unisson sans prendre le temps de se consulter, les chauffeurs semblent communiquer entre eux sans se parler, ni même se voir.

Dans une côte, à l'entrée d'un virage en épingle sans visibilité, notre bus double un camion-citerne aux cuves pleines d'essence qui double un tuk-tuk, pendant qu'un autre autobus nous double en klaxonnant alors qu'en face arrive un gros pick-up en train de doubler un tuk-tuk.
Les véhicules passent si près de ma fenêtre que je suis capable de lire la correction gravée dans les lentilles de contact des chauffeurs. Je crois que je viens de remplir ma couche.

Alors, dès que nous passons devant un temple, une mosquée ou une église, de quelque confession qu'ils soient, je lance un appel silencieux vers l'entité qui voudra bien m'entendre. Que tous les dieux fassent fi de mon athéisme, je brûlerais des cierges, de l'encens, des pneus ou n'importe quel combustible qui puisse apaiser les colères divines. 
J'aimerais juste mette un peu d'ordre dans mes affaires avant de trépasser. L'essieu arrière sur lequel nous sommes assis, geint lugubrement, lui aussi aimerait trouver un peu de repos.
En levant les yeux de mon écran je vois les têtes des passagers endormis aller et venir au gré des virages et je me dis que je m'en fais pour pas grand-chose. N'empêche que j'ai hâte d'arriver et de déplier ma jambe droite que je ne sens plus depuis quelques heures et qui menace de gangrener.

Enfin, au bout de trois heures et demie de rodéo notre monture s'ébroue devant le marché de Kandy. Notre chemin de croix vient de prendre fin, la prochaine fois on essaye le train.
La mafia des tuk-tuk nous prend pour des citrons alors nous quittons la foule des voyageurs et trouvons un chauffeur solitaire et désœuvré qui va accepter le prix conseillé par la charmante propriétaire du St Bridget's que j'ai eu au téléphone la veille pour confirmer ma réservation. En 10 minutes et 250Rp nous sommes dans notre petite chambre. Je crois qu'après le surclassement VIP de la veille toutes les futures chambres nous sembleront minuscules. On  s'habitue vite au luxe !

Le temps de déposer nos bagages et nous voilà en route, à pied cette fois-ci vers les rues de Kandy. Finalement ce n'est pas très loin et nous n'avons pas de gros sacs à dos à transporter. En une quinzaine de minutes nous arrivons et pouvons commencer à découvrir cette ville des montagnes.

La température est parfaite, l'humidité de la côte a laissé la place à une relative fraîcheur et l'air est plus doux. La climatisation est une option inutile.
Le marché entraperçu tout à l'heure nous ouvre ses odorantes portes. Passés les marchands de fruits et épices, ce sont les bouchers qui écœurent nos sens visuels et olfactifs. La barbaque pend aux crochets et rien ici n'est appétissant. Nous sommes en fin de journée, la viande est aussi fatiguée que nous, et comme ça fait dix minutes que je retiens ma respiration il est grand temps de fuir ces miasmes.
Le lac nous réconcilie avec la vie et un excellent expresso aura tôt fait de réaligner nos chakras.

Quelques déambulations dans les rues plus tard, nous négocions avec le sourire le prix de notre retour au St Bridget's. Ce soir nous avons commandé leur fameux rice and curry que beaucoup de voyageurs plébiscitent. Nous ne serons pas déçus. 
En compagnie de quelques voyageurs alémaniques égarés nous dégustons ce riz accompagné de divers petits plats. Moi qui croyais finir avec un gros bol de riz en sauce curry, je suis agréablement surpris. Des lanières d'aubergines grillées, des haricots au lait de coco, des pommes de terre, du poulet légèrement épicé, des carottes au cumin, des galettes frites de poisson trônent autour d'un énorme plat de riz qui eut suffi à nourrir toute l'assemblée, mais c'est juste pour nous. Et en plus ils nous en ramènent un bol histoire de pas paraître trop cheap. L'estomac plein nous remontons dans nos quartiers et finissons de tasser toute cette nourriture en changeant encore une fois de plan de route. Sur les conseils du propriétaire des lieux nous n'irons pas sur la côte Est qui en cette saison est balayée par les vents et les vagues. Nous ne sommes plus à un changement près…


 
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Samedi 1er février – Le professeur Tournesol est jardinier !

La journée commence par une marche le long d'une route trop fréquentée sous un soleil de plomb. Nous voulons aller à Ao Nang qui se trouve à environ 4 km, mais les bus ne sont pas légion. La chance nous sourit et nos pieds éprouvés par les exercices intenses qu'ils ont subis la veille nous en remercient. Un sărng·tăa·ou (taxi collectif littéralement ''deux rangées'') s'arrête lorsque je lui fait un signe de la main et pour 40B nous emmène vers le centre-ville où nous allons louer un scooter. Un moyen un peu plus pratique et économique que le taxi ou le bus.
Nous descendons au bourg, stationnons la machine et nous promenons sur le bord de mer. Ici la plage est étroite et toute coincée contre la digue et la route. Ça a l'air particulièrement agréable de poser sa serviette dans ce coin là... Nous nous dirigeons vers l'est, quelques hôtels se partagent l'espace, des masseuses nous proposent des soins en traînant infiniment sur le A de massaaaaaaaaaaaaaaaaaaaage, tandis que d'horribles têtes tressées invitent les petites filles à ressembler à leur maman en pleine crise d'adulescence. À l’extrémité de ce bout de plage, une rivière, le Rio Crado jette ses flots immondes dans une mer intoxiquée. Le recyclage est encore une utopie et jeter une bouteille ou un gobelet en plastique à la poubelle une option peu envisagée. La plage est tellement plus pratique, de toute façon dans quelques heures la marée aura vite fait de tout nettoyer.
Nous quittons ces lieux paradisiaque et roulons en direction de nulle part. Les formations karstiques hantent le paysage de leurs immenses silhouettes et donne à cette région un décor si particulier. Je suis fier d'avoir décris toute une journée au pays des formations karstiques sans en citer une seule fois le nom, car ici le mot karstique c'est un peu comme le ostentatoire que l'on a entendu au Québec pendant tout l'automne. Il y en a partout !
Intrigués par une pancarte indiquant une visite gratuite d'un jardin d'épices, nous décidons de profiter de cette attraction.


Nous sommes accueilli par un petit bonhomme qui se trouve être le propriétaire de ce beau jardin. Un pharmacien hollandais à la retraite qui a décidé en 2003 de défricher un coin de cette jungle impénétrable pour en faire un jardin éducatif. Des plantes aromatiques, médicinales et alimentaires y ont trouvé un terreau et un climat idéal pour leur croissance. Le fringant septuagénaire galope dans tous les sens, nous expliquant en anglais et un peu en latin ses plantes et leurs propriétés et il marcherait encore plus vite s'il ne perdait pas continuellement son pantalon. Un passionné qui se refuse à vendre la moindre de ses racines ou de ses baies et qui nous fait partager sa passion.
Une famille se joint à nous, les deux petites filles posent avec entrain devant chaque plante pour le plus grand plaisir de leur mamarazzi, mitraillant sa progéniture comme si elle devait être enlevée par des extra-terrestres dans la seconde.
Hey ma grande, si tu me vole encore une feuille dans ma main tu va la prendre quelque part, maudite mal élevée ! 
La curiosité exacerbée de la plus jeune sera durement réprimandée par une armada de fourmis rouges géantes comme seules les Tropiques peuvent en inventer et finira dans les bras de son papa qui commençait à apprécier le calme de ce jardin.
La visite se poursuit, nous sentons des feuilles, des fleurs, poivriers, caféiers, des écorces, des racines, des bulbes et des lianes, et à chaque fois essayons de mettre un nom sur ce parfum que pourtant nous connaissons. Écorce de cannelle, galanga, fleur de gingembre, feuilles de combava, tiges de citronnelle, piment, et autre arômes se mêlent et s'amusent à troubler nos sens pour le plus grand plaisir de ce professeur Tournesol exotique et survolté.
Les fourmis sont friandes d'un grand figuier et nous accompagnons dans la douleur la petite blonde, mais son papa a déjà les bras pleins, nous nous contenterons de taper des pieds pour en faire tomber les curieuses guerrières aux mandibules acérées.


André pousse un cri d'horreur en voyant un énorme lézard attraper un petit rat aux oreilles rondes, mais je serais le seul à reconnaître cette intonation et à m'en inquiéter. Le gros reptile est en train d'escalader un tronc d'arbre avec dans sa puissante mâchoire le pauvre rongeur qui se débat et tente encore de fuir. Peine perdu, le saurien tient à son goûter comme un Anglais sa pinte de bière tiède et seule mon intervention photographique fera lâcher prise à l'animal. Je manque de recevoir la boule de poils tremblotante au terme de sa courte existence en pleine face, et l'évite de peu. Un souffle de vie parcours encore la bestiole et son agonie sera de courte durée, j'imagine l'impatience du reptile à nous voir déguerpir pour enfin passer à table.
Mine de rien, deux heures sont passées, ce jardin est bien plus grand qu'il n'y paraît et surtout il y a tant de choses à voir. Un petit billet glissé dans le pot à pourboires et nous quittons sa Majesté des fourmis pour quelques kilomètres de balade à travers cette jolie région.


Sur le chemin du retour un grand marché vient d'ouvrir et nous ne pouvons résister à une visite. Les parfums sont intenses, le visuel n'est pas mal non plus. Ça commence par quelques gaufres sucrées, un monsieur très désagréable broie des cannes à sucre pour en extraire un délicieux jus sucré et nous fait un prix d'ami, une jolie jeune fille voilée tourne des crêpes aussi rapidement qu'un Bigoudène expérimentée, des fruits bien mûrs remplissent des étals appétissants et ensuite commence le vrai plaisir. Un marchand d’œufs fécondés propose une dégustation gratuite avec un grand sourire édenté, les poissons frais sortis de la mer d'Andaman bougent encore, les viscères de poulets côtoient de la viande hachée du même animal, des pattes de poules frites, du poumon et des abats de je-ne-sais quelle bestiole, des bassines de pâtes de curry, des galettes de fruits de mer frites, des moules géantes, du poisson séché, des coquillages, beaucoup d’œufs de caille, et pour finir avec cette rangée, des limules. Surnommé crabe au sang bleu, il est en fait de la même famille que les scorpions et les araignées et il compte 500 millions d'années de présence sur notre planète, mais ça ne le rend pas plus appétissant...


Finalement il y a tout un tas de choses que j'aurais aimé goûter dans ce marché. Certes les conditions d'hygiène ne sont pas du tout aux standards auxquels nous sommes habitués, mais les Thaïlandais cultivaient déjà du riz alors que nos ancêtres mangeaient des racines et du lichen en poussant des grognements...


Le coucher de soleil sur l'immense plage désertée par la mer nous offre un dernier spectacle magnifique. Les ombres de promeneurs s'allongent sur le sable doux. Les rayons glissent sur les flaques d'eau en renvoyant des myriades d'étincelles vers les étoiles naissantes. 
Je sais pas pourquoi mais j'aime le lyrisme des fins de journées...

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