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Lundi 15 février – de Nyaung Shwe à Hpa An, en passant par Bago

Dernière journée à Nyaung Shwe. 
Notre serveur aux gros bras s'est remis à la chansonnette. Genre pénible… 
Inlassablement, il entame le même refrain qui finit en trémolo vagissant, et hop, ça recommence. 
Comme si les klaxons incessants venant de la rue ne suffisaient pas à meubler l'ambiance sonore. Vite, quittons cet endroit et allons nous promener une dernière fois en ville. 

Nous visitons la pagode Kyaung Daw, dont les portes sont enfin ouvertes. Une dame à l'entrée, aimerait bien qu'on achète des petites ombrelles à cocktail et des feuilles d'or en guise d'offrande, mais je ne connais déjà pas les rites de ma religion, il serait malvenu de commettre un impair avec les traditions bouddhistes. 

Quelques statues de Bouddha, et des dizaines d'alcôves garnies d'objets hétéroclites décorent ce temple. Dans les niches, protégées par des vitres poussiéreuses, sont entassés des objets n'ayant aucun rapport. 

Des modèles réduits de corps humains en plastique (sans leurs attributs de reproduction), des vieux vinyles, des têtes de poupées, des cloches, des morceaux d'os, des feuilles d'arbre, des pièces de monnaie et que sais-je encore. 

Nous quittons le temple pour nous rendre au marché. Identique aux autres jours, il y a quand même toujours quelque chose de différent à voir. 
Et puis, nous finissons par craquer devant cet éléphant en bronze que nous avions vu dès le premier jour. Il servait de poids pour les balances traditionnelles, et si mon estimation est bonne, il doit faire son kilo. 
Proposé un peu trop cher, nous ne l'avions pas pris, mais je me sens d'humeur à négocier. 

Le vendeur me dit que le prix n'est pas négociable, je fais mine de partir. Il baisse de 5$, je lui dis que c'est encore trop cher. 
Il me demande mon prix, je ne fais pas l'erreur de lui répondre, mais lui retourne la question. C'est quoi son dernier prix à lui ? 
Il baisse d'un autre 5$. 
Je lui réponds qu'il est l'heure d'aller manger et que je vais réfléchir. Fermant boutique dans deux heures, il se sent un peu pressé et me demande mon prix à moi. 
Je lance le fameux 50% moins cher que le prix d'origine, il me dit que ce n'est pas possible, qu'à ce prix-là, autant abandonner ses enfants, brûler sa maison et s'exiler au Bangladesh. Le grand jeu. 

Il me fait rire, je lui rappelle que je ne suis pas un Chinois plein de fric, là, c'est moi qui le fais rire. Je suis certain qu'on pourrait être bons potes s'il ne fermait pas son étal aussi tôt et que je ne doive partir à plusieurs heures de bus de là. 
Bon, on remonte un peu, et finalement, nous trouvons un accord. C’est exactement le prix que je voulais mettre dans la bestiole, pas un sesterce de plus ou de moins. 
J'ai donc 1 kilo d'éléphant dans mon sac à dos… 

Nous regardons encore une fois avec envie, les magnifiques sacs d'épicerie, tressés, les paniers en bambou et autres objets de la vie quotidienne des habitants pour lesquels j'ai une forte prédilection. 
Je ne sais pas pourquoi, mais les p'tits aimants à frigo, les poupées en tissu et les boules à neige, non merci. 

Nous avons encore pas mal de route à parcourir, et je suis certain de trouver ces objets dans un marché ou un autre de Yangon. Nous ne nous encombrerons pas de toutes ces marchandises pour le moment.

Nous retardons le plus longtemps possible notre retour au Little Inn, sachant que le jeune soliste lance encore ses gammes au ciel, tel un Assurancetourix que personne n'assomme.

Un petit canal accueille les bateaux venant du lac, c'est comme une partie de la ville où l'on ne voit aucun touriste. 
Ça sent assez mauvais, on y mange des choses bizarres, l'eau est vert foncé et on aime ça.

Les marchandises passent d'un bateau à l'autre, certains paquets montent sur les berges et sont répartis dans des camions, ça grouille de vie et d'activités. 

Mais l'heure avance, il faut revenir au Little Inn et se mettre en attente du transfert qui va nous emmener au bus. 

À l'heure dite, un super tuk-tuk nous ramasse, et, chargé comme un camion de pastèque, il fonce tel un damné sur la petite route de Shwe Nyaung. 
Les trous, les bosses et les autres usagers sont priés de se tasser sous les coups de klaxon rageurs du conducteur fou. J'espère que le chauffeur du bus aura pris ses calmants. 

Le gros autobus VIP arrive presque à l'heure. Nous donnons nos sacs à l'assistant du chauffeur qui les jettent en soute, et montons trouver nos places. 
C'est vraiment bien organisé, toutes les places sont numérotées, il n'y a donc jamais de problème, ni d'erreur. 

La photo de notre agente de voyage ne ressemble pas tout à fait à ce que nous avons sous les yeux, mais c'est vraiment spacieux et confortable. Le dossier se baisse beaucoup et nous voyagerons confortablement. 

Nos sommes surpris par le premier arrêt qui a lieu moins d'une heure après notre départ à Kalaw… Dire qu'il nous avait fallu trois heures en train.

Un peu plus loin, nous nous arrêtons pour souper dans une cantine battu par les vents frais, mais le curry végé est excellent et nous fera tenir jusqu'au matin.

Vœux pieux...


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Dimanche 14 février - Lac Inle – De l'eau et du vin

Au petit-déjeuner, nous parlons quelques minutes avec Jacques et Pascale, un couple de Français fort sympathique, comme quoi , tout espoir n'est pas perdu.
Ils partent eux aussi à Hpa An demain en bus, mais n'ont que le billet jusqu'à Bago. 
Nous leur donnons les indications pour trouver notre agente de voyage qui nous conseillait, comme le patron du Little Inn, de prendre tout de suite le billet suivant, au risque de sécher sur le bord d'une route en pleine nuit. 

C'est l'heure de la messe, mais y a pas d'église, alors nous louons des vélos pour une autre belle journée sur les routes enchanteresses autour du lac Inle. 
En rentrant hier après-midi, nous nous étions promis une petite pause. Les selles sont dures, les vélos vieillissants, et les routes en mauvais état. 
Mais comme je m'étais trompé de direction et que je veux absolument aller voir ce fameux village lacustre, nous en reprendrons pour une deuxième journée, merci. 

La route est vraiment plus agréable. Large, en bon état et sans aucune difficulté, un bonheur de cycliste amateur. Aujourd'hui, c'est moi qui me tape le vélo qui change de vitesse tout seul, ça pourrait être pratique si c'était la bonne, mais non. 
Pas grave, il fait beau, on est jeunes et pleins d'entrain, ça va être une belle journée. Une chaude journée aussi. 

À quelque 8 kilomètres de Nyaung Shwe, nous arrivons au petit village de Maing Thauk, porte d'entrée de son pendant lacustre. 
Un pont en bois de 400 mètres, relie la terre ferme au lac, à partir de là, nulle autre solution que le bateau pour se déplacer. Nous sommes les seuls visages pâles de l'endroit et on nous regarde avec amusement. 

Des bateaux venant de la rive ouest déposent leurs passagers, des paysans rejoignent leurs parcelles ondulantes au gré des vagues, des enfants se promènent entre les maisons. C'est incroyablement paisible. 

Tout au bout du pont, une dame nous demande si nous voulons faire le tour du village sur son sampan. Sans même y réfléchir, je dis oui, bien sûr, lui paye ses 4 000 k et nous embarquons sur son navire. 
Enfin, nous embarquons… Enfin, pas vraiment, je me roule gauchement dans la barcasse. Je me fous de savoir si quelqu'un me regarde.
Ce bout de bois flottant n'a qu'un objectif dans sa vie de bateau, nous faire tomber à l'eau. 
Sérieux, je suis à l'aise sur un pédalo, une paire de skis, un kayak, ou n'importe quoi en hauteur et/ou sur l'eau, mais là, c'est différent. 
D'abord, je n'ai aucun contrôle de ce qui se passe dans mon dos. Ensuite, j'ai des appareils photos et puis, l'eau est frette… 

Je ne suis pas très confortable en montant sur ce tout minuscule rikiki bateau, mais rapidement, je fais confiance à notre jolie batelière, qui connaît parfaitement son métier. 

Elle nous promène à travers les rues et ruelles du village où elle est née, nous fait découvrir l'arrière cour de ces maisons et la vie qui s'y déroule dans le calme des eaux du lac. 

Des enfants marchent sur les parcelles flottantes de verdure. Armés de longs tridents en bambou, ils traquent le poisson imprudent. 

Des hommes tranchent des troncs d'arbre dans une scierie, en vue d'une nouvelle construction, des femmes font la lessive de la semaine, une grand-mère porte son petit-fils et, devant nous, arrive une jolie petite fille jupée de rose et élégamment penchée sur sa rame trop grande pour elle. 

Viennent ensuite des garçons qui manient leur longue godille de la manière la plus traditionnelle qui soit. La jambe est enroulée autour du manche, une main sur le dessus, et, d'un geste on ne peut plus élégant, ils déplacent leurs embarcations en troublant à peine le reflet sombre des canaux. 

Les maisons sont bien plus grosses que ce à quoi je m'attendais. Je pensais ne voir que quelques huttes en bambou, recouvertes de chaumes, mais il y a ici de très grandes maisons en teck avec deux étages. 

Dans le prolongement du grand canal, où flottent des jacinthes d'eau, les montagnes donnent une perspective grandiose. Je ne regrette pas d'avoir remis mon corps meurtri sur une selle, cette promenade vaut vraiment le coup. 

Notre gondolière nous demande si nous voulons manger, et nous dépose au pied de l'escalier du seul restaurant de l'endroit. Il reste une table libre, avec une vue imprenable sur le long pont où commencent à affluer des dizaines de visiteurs. 

C'est comme une marée humaine de jeunes couples, et là, je me rappelle que c'est la Saint-Valentin… Ça ne me concerne pas vraiment, j'ai 365 St Valentin par année, mais celle-ci est assez originale.
Tous les jeunes couples, habillés à l'occidentale, portent le même t-shirt ou la même chemise. Le jeune homme et la jeune fille sont habillés pareils ! 

C'est vraiment drôle de voir ces allures modernes aux cheveux sculptés, aux pantalons moulants, mais avec des t-shirts identiques. 
Des souris qui se font des bisous, des tricots rayés, des carreautés, des chemises à pois, des éléphants qui font des cœurs avec leurs trompes, il y en a pour tous les goûts. 

Le petit balcon avec vue s'est rempli en seulement quelques coups de pagaie. Notre batelière, qui travaille aussi au restaurant, se charge de transborder tous ces gens, par delà le grand canal. Il n'y a plus de place, mais c'est mal connaître la débrouille asiatique. 

Après notre repas, il est temps de faire un petit bout de chemin, nous traversons une dernière fois le canal avant de retrouver nos vélos dans l'immense embrouillamini de véhicules à deux-roues qui s'est créé depuis notre arrivée. 

Sur le chemin du retour vers Nyaung Shwe, il est une visite qui change de l'ordinaire. 
Red Mountain Estate, est un vignoble conçu conjointement par un Français et un Australien. Il est installé sur les flancs d'une montagne pour profiter pleinement du micro-climat qui règne ici. 

Le point de vue est imprenable, mais se mérite. Nous devons descendre de nos selles, la montée est devenue trop raide pour nos pauvres vélos et nos cuisses sont tétanisées. 
La récompense se traduit par une dégustation (3 000 K) de quatre vins, 3 blancs et 1 rouge. 

Il doit faire 70º à l'ombre, et la serveuse est vêtue d'un manteau rose en tissu épais surmonté d'un col de fausse fourrure...

Nous commençons par un verre de sauvignon, un blanc très sec, et très vert. Il pince un peu, et les papilles sont passablement énervées de ce traitement acide. Il est rapidement suivi par un muscat plus fruité et sec qui ravit le palais, d'un Syrah caillouteux et relativement léger, et finissons par un muscat vendange tardive très savoureux. 

Je ne sais pas si c'est le manque de polyphénols dans mon organisme, mais, sans être des grands crus, on se rappelle qu'on est en Asie, cette petite dégustation n'est vraiment pas désagréable. 

Allez hop, il faut remonter sur nos volés, vélos, ajuster le pelle, heu la selle et essayer de pas se vautrer dans cette montée vertinigeuse qui bizarrement est devenue une descente à putes, abrupte. Hips
 Le retour se fera en hurlant à tue-tête, de joyeuses chansons de corps de garde. 

Nous rendons nos instruments de torture à la dame de la location, qui s'étonne toujours de nous voir revenir si tôt, et prenons quelque repos en attendant le crépuscule. 

Comme d'habitude, nous ferons honneur au délicieux rhum sour sur la terrasse de l'Ancestors
Le jeune serveur, qui ne parle pas très bien anglais, commence à nous connaître et nous approvisionne régulièrement en bols de grignotines à chaque fois qu'ils se vident.

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Samedi 13 février - Nyaung Shwe – À vélo à travers la campagne, entre coups de coeur et coup de gueule...

Le petit-déjeuner est conséquent, mais le jeune serveur qui roule des biceps et mange les filles des yeux, a décidé de pousser la chansonnette. 
C'est rigolo, mais au bout de 10 minutes, c'est sérieusement fatigant. 

En face du Little Inn, nous louons des vélos. Bicyclettes d'un autre âge avec un petit panier devant et une assise très droite. En fait, c'est plutôt classe comme position de conduite, on voit arriver les camions de loin. Les freins sont presque fonctionnels, et il y a quelques vitesses qui passeront la plupart du temps toutes seules. 

Nous partons au nord de la ville où nous allons visiter le monastère Shwe Yan Pyay, réputé pour ses ouvertures voûtées et ses jeunes moines qui y méditent. 
La route est très étroite, les camions et bus qui passent à toute vitesse nous signalent bruyamment leur arrivée, nous n'avons pas le choix de rapidement nous pousser sur le bas coté plein de cailloux et de poussière. 

À 4 ou 5 kilomètres de la sortie de la ville, nous arrivons enfin au monastère. Hélas, encore une fois cette information n'est pas passée inaperçue, et ce site, est devenu une attraction pour touristes. 
Plusieurs autobus sont arrivés, les vacanciers prennent toute la place, sortent les grands moyens, vissent des 600mm sur leurs boîtiers et se mettent à l'affût. 

Dans un coin de la cour, un espace douche est littéralement pris d'assaut par des sexagénaires nullement gênés de mater des enfants en train de se laver. 
Je n'en reviens pas. 
Des occidentaux, mâles et femelles, se pressent avec leurs appareils et leurs Ipad, pour filmer et prendre en photo des enfants à moitié nus ! 
Attends, j'inverse la situation que je suis en train de vivre. 
Un groupe d'opulents Asiatiques débarque chez toi, rentre dans ta maison et tire le rideau de douche pour filmer tes enfants en train de se laver… Là, tu trouves toujours ça normal ? 

Sérieusement, je suis écœuré. 

Dans le monastère, ce n'est pas mieux. Une grande affiche demande poliment aux visiteurs de ne pas déranger les moines pendant leur méditation et ne pas les appeler aux fenêtres pour en faire des photos. 
Pourtant, il y a des gens qui entrent dans la grande salle et poussent les jeunes moines à se mettre dans l'encadrement en faisant mine d'être heureux de le faire. Quel cirque. 
S'en est trop, mais avant de partir, je me ferais un devoir de pousser mon vélo devant la dizaine de photographes impatients, en prenant grand plaisir à leur faire des sourires alors que je suis dans leur ligne de mire. Ils soufflent, me font signe de bouger, manifestent de l'impatience, peu me chaut, je prend mon temps. Ce sera toujours quelques secondes de gagnées pour les pauvres moines. 
Pitié, guides de voyage, supprimez ce genre d'informations de vos pages ! 


Nous remontons sur nos selles, je me suis rendu compte que nous n'allions pas dans la bonne direction. Et même arrivé à destination, ce ne sera pas non plus la bonne… 
Mais en attendant il y a de nombreux kilomètres à parcourir. Nous longeons la rive nord du lac et descendons ensuite la rive ouest. La route est très étroite, mais ce n'est plus vraiment dans le circuit touristique. Seuls quelques voitures et de nombreux scooters empruntent cet axe. 

Dans les champs de canne à sucre, des femmes coupent, à grands coups de machettes, les longues tiges aux feuilles acérées. Elles sont enveloppées de tissu pour éviter de finir exsangues, il fait une chaleur de tous les diables. 

Au loin, de grandes cheminées crachent une fumée très noire. Pourtant, ça sent bon, on dirait du caramel… 
Inspection faite, ce sont des cabanes à sucre, sauf qu'ici, ce n'est pas de l'eau d'érable qui bout, mais du jus de canne à sucre. Tout est logique, les coupes, la fumée, le caramel…

Je fais mon indiscret et m'introduis dans une cour grouillante d'activité. 
La vieille femme qui dirige les opérations et alimente la chaudière, me fait signe d'approcher. Elle m'offre du thé et me fait goûter leur spécialité. 
Du sucre de canne cristallisé, fraîchement fabriqué. Ça a un goût très fort, on dirait du sucre à la crème, mais beaucoup plus végétal. 
Avec elle, je fais le tour de leur petite entreprise. 


Aux avant-postes, trois jeunes hommes, s'occupent d'extraire le jus. L'un d'eux est juché sur le tas de cannes et passe les longues tiges, trois par trois, dans des encoches prévues à cet effet, entre deux gros rouleaux d'une presse entraînée par une courroie d'un moteur à diesel.

Le jus est versé dans des woks géants cerclés de bambou tressé pour concentrer l'écume qui est enlevée au fur et à mesure. 
La matriarche enfourne les broyats de canne séchés dans le fourneau, pendant que l'homme responsable de la production, surveille de près la concentration du sirop en touillant avec une longue cuillère en bois. 

Une fois la bonne texture atteinte, il retire le wok du feu, le dépose sur un support et continue de tourner pour faire refroidir et homogénéiser le sirop. 
À ses pieds, un grand tapis en bambou va recevoir le sirop tiédi, où il cristallisera. Le sucre sera ensuite découpé en tuiles rectangulaires, avant d'être stockées dans des cartons. Un sacré boulot, je suis épaté… 

Je donne 1 000 K à la dame, qui ressort de la réserve avec un sac bien plein de ces fameuses tuiles. 

Enfin, nous arrivons au village de Khaung Daing, qui s'est spécialisé dans la fabrication du tofu, chouette. 
Mais attention, pas n'importe quel tofu, celui-ci est préparé à partir de purée de pois chiche, il paraît qu'il est très bon, mais comme je n'ai pas lu correctement les informations du guide je l'ai appris trop tard. Dommage. 

La pause repas se composera de deux soupes, deux riz frits aux légumes et une bouteille d'eau dans un vrai boui-boui local où l'on ne parle pas anglais, et où nous dépenserons 2 piasses. 

Beaucoup de plants de pitaya sont en production, c'est les foodies qui vont être contents !

Des vendeuses de nourriture à emporter sont assises directement par terre, à quelques centimètres des voitures qui passent sans les apercevoir. La poussière vole sur le maïs et le riz, les pots d'échappement crachent leurs fumées toxiques à hauteur des visages. 

Dans une grande prairie, un enfant est allongé sur un buffle des marais indolent. Alors que le ruminant continue de tondre la pelouse, le gamin, se déplace sur son dos comme s'il faisait du yoga. 

Tiens, j'ai une idée brillante, je vais lancer la mode du water buffalo yoga. Reste plus qu'à convaincre les douaniers de me laisser importer quelques dizaines de ces énormes bestiaux. 

Au retour à l'hôtel, nous croisons Pierre et Marion, le couple de jeunes Français avec qui nous avions fait la balade à Kalaw. Ils sont venus au lac Inle en faisant le fameux trek de trois jours. Belle ballade, mais le guide était éteint et peu communicatif, je me dis qu'on a eu plus de fun dans le train finalement. 

Avant de rendre nos vélos, nous nous arrêtons bien sûr, au marché. Nous manipulons encore un peu le bel éléphant en bronze qui nous a tapé dans l’œil le premier jour, faisons un petit coucou à deux enfants et libérons enfin, les selles de nos corps endoloris.

Nous commencerons notre soirée en buvant un apéro assez solide au restaurant Ancestors, qui prépare le meilleur rhum sour du coin, puis allons rendre visite à la dame qui tient une agence de voyages en face du resto. 
Elle nous concocte un voyage de Nyaung Shwe à Hpa An, avec escale à Bago en un rien de temps. 
Transfert à la station des bus de Shwe Nyaung, bus VIP de nuit, arrivée à Bago aux aurores, transfert pour la station des bus, puis bus pour Hpa An… 
Si les trajets sont longs, il est vraiment facile de voyager au Myanmar, tout le monde est, ou connaît quelqu'un qui est agent de voyage.. 

À quelques ruelles de notre demeure, nous avons aperçu le petit frère de notre premier resto à Kalaw. Nous allons donc nous régaler de plats népalais au restaurant Everest 2 Nepali.


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Vendredi 12 février - Une journée sur le lac Inle

Il est 7h30 et, comme promis, le monsieur nous attend à l'endroit convenu. 
Son neveu arrive avec le bateau, et dans la cohue du petit matin où la plupart des touristes dorment encore, d'autres reviennent du lac. 
Certains sont allé voir le lever du soleil, d'autres partent pour des excursions. Des occidentaux fortunés, quittent leurs beaux palaces avec vue, sur des bateaux où les moteurs sont cachés dans des boites en bois verni. 
Le monsieur me dit que la moins chère des chambres est à 100$, mais une fois les yeux fermés pour dormir, la nuit est pareille pour tout le monde. 

Des fermiers arrivent de leurs jardins avec des paniers remplis de tomates, les bateaux sont chargés de toutes sortes de légumes et fruits, certains menacent de couler sous la masse de briques, sacs de sable ou de ciment, mobylettes et vélos complètent les chargements. 
D'autres sont remplis à ras-bord de gens qui vont travailler aux champs sur la terre ferme ou vont ouvrir leurs kiosques au marché. 

C'est à notre tour d'embarquer sur le bateau très stable, et de prendre place sur les deux chaises. Une couverture est proposée et rapidement utilisée, car le matin, il fait assez frais sur ce lac à presque 1000 mètres d'altitude. 
Il fera encore plus frais lorsque nous serons sur l'eau, le vent dans les cheveux, le vacarme du moteur dans les tympans. 
C'est une excellente idée de se munir d'un pull, d'un coupe-vent, d'un petit foulard et surtout, de bouchons pour les oreilles ! 
À partir de 10 ou 11 heures, c'est surtout sur la casquette qu'il va falloir compter, car le soleil tape fort, et le vent virtuel du bateau est un piège qui ne pardonne pas. 

Le lac Inle est un lac d'eau douce de 120 km² à une altitude de 884 mètres. La profondeur maximale n'excède jamais 4 mètres, et en saison sèche comme en ce moment, elle est d'environ 2 mètres. 
Magnifique écrin enserré entre les montagnes, ses eaux sont de plus en plus polluées par les nombreux produits chimiques déversés sur les cultures, notamment le riz, l'augmentation du tourisme et le manque d'infrastructures pour limiter les déversements directs des eaux usées, et la prolifération de la jacinthe d'eau. 
La déforestation des collines pour le bois de chauffage, favorise l'apport de terre qui comble petit à petit le lac. 
Depuis plus de vingt ans, beaucoup d'efforts ont été faits pour limiter ces problèmes, et l'éducation des populations est permanente. 

Dans la brume du petit matin, les montgolfières de Fly over Inle frôlent les herbes hautes et les eaux fumeuses du grand lac. 
À la sortie du canal, patientent les sampans où les pêcheurs d'opérette attendent les touristes. Debout à l'arrière de leur petite barque, ils manient la rame d'une jambe, brandissent haut leur panier en bambou mimant des gestes ancestraux. 
Ça fait de la très jolie photo, mais plus personne ne pêche de cette manière en 2016. 

Le photographe en moi est curieux, mais pas assez pour réveiller le voyeur. Le capitaine de notre barque l'a bien compris et ne s'arrête pas, filant droit sur les eaux calmes. D'ailleurs, un tout petit peu plus loin, des vrais pêcheurs manient leur barque, toujours avec leur jambe, mais utilisent évidemment un filet, c'est un peu plus pratique qu'un panier. Et puis j'ai un 300mm...

Hérons perchés sur une jambe, la longue rame godillant habillement pendant que le filet est déroulé autour du sampan. 

Nous nous arrêtons à Heyar Yawrma, pour voir les bijoutiers qui travaillent l'argent. 
Un monsieur est assis devant une petite forge qu'il alimente avec du charbon de bois, maniant un gros soufflet pour attiser les braises. 
Il verse de la limaille d'argent dans un godet pour le faire fondre et va ainsi pouvoir fabriquer ses bijoux. En dehors de ça, ce n'est ni plus, ni moins qu'une boutique de souvenirs comme les autres, mais sur pilotis. 

Par contre, il n'y a aucune pression pour l'achat de quoi que ce soit. Il en sera de même pour le restant de la journée, visite, explications, déballage et argumentaires, mais jamais nous ne nous sentirons obligés d'acheter. Ni même n'aurons nous le sentiment de déplaire à un commerçant ou à notre batelier qui doit certainement percevoir une commission sur les ventes. 

La visite suivante devait se faire au fameux marché de Nampan, mais chaque jour, ce marché est installé dans une autre ville. Aujourd'hui il est monté à l'ombre de la grande pagode Paya Phaung Daw Oo
Ne sachant pas que le marché est là, nous visitons l'intérieur de la pagode. Devant l'entrée principale, une demoiselle demande 500 K par appareil photo, mais en faisant le tour de la pagode, les autres portes sont gratuites. 

Les curiosités de cet édifice, sont les cinq statues de Bouddha, totalement méconnaissables. Depuis longtemps, les fidèles y collent des feuilles d'or transformant les statues antiques en masses informes, ressemblant plus à des Barbabouddhas. 
Et, évidemment, l'accès aux statues est strictement interdit aux femmes...

Sur la place, un enfant court après des pigeons, des dames sourient de notre émerveillement. À côté du temple, nous traversons un pont en direction de hangars à bateaux. Ce sont les abris pour les grandes barges royales Karaweik

Le karaweik est un joli oiseau issu de la mythologie locale, et qui a la particularité de chanter très mélodieusement. Ce qui n'explique en rien pourquoi il est le symbole de barque, toute royale qu'elle soit, ni pourquoi il tient une grosse boule dans le bec. 
Si quelqu'un a la réponse, il suffit de faire un commentaire à la fin de ce message. Merci.

Par curiosité, nous faisons un détour vers les kiosques touristiques et apercevons, caché derrière les bibelots, le fameux marché local. 
Si chaque marché ressemble à l'autre, aucun n'est jamais identique. La lumière flirte à travers les stores noircis de fumée, dans les nuages de poussière. 

   

Des sourires d'enfants malicieux, une grimace, le regard sage d'une vieille dame, multitude de petits boulots dont nous ne comprenons pas toujours les finalités, et il est temps de repartir sur les canaux. 

Nous arrivons au village de Inn Paw Khone, largement annoncé par de grands panneaux, sponsorisé par Telenor, compagnie de téléphonie mobile norvégienne et par Myanmar, la bière locale. Absent de cette présentation, mais omniprésent partout ailleurs, le groupe tunisien Ooredoo, également pourvoyeur de téléphonie. 

Dans les maisons sur pilotis de ce village, on travaille le tissu. 
Mais avant, on nous propose de voir les femmes-girafes. Nous refusons tout net, pas question d'entrer dans ce jeu. 
Impossible d'y échapper pourtant, car quelques femmes sont assises à l'entrée de l'atelier. C'est totalement pathétique de voir ces dames attendre les touristes avec leurs gros appareils photos pour quelques centimes. Nous passons tout droit et évitons de participer à cette triste mascarade.

Dans l'atelier de démonstration, des métiers manuels servent à tisser les fibres dont le village a fait sa spécialité, le lotus. C'est vraiment étonnant de voir comment les femmes extraient les fibres très résistantes des tiges sectionnées. 

Elles tirent sur les extrémités tout en tournant les fibres pour en faire un fil qui sera tissé une fois sec. 
Mélangés à du coton, de la soie ou utilisés purs, les fils de lotus se transforment en foulards d'une douceur incroyable. L'odeur douce de plante qui s'en dégage est surprenante, et les prix sont à la hauteur de leur travail et de l'exceptionnelle qualité des produits. La plus petite écharpe coûte 80 US$, et ça monte à 300$ pour un grand foulard. 

Juste à coté, perchées sur le canal principal les forges rougeoyantes du batteur de fer, éclairent un atelier. Ici on travaille le métal pour en faire des lames, des couteaux, des machettes, hachoirs, couperets plus ou moins longs et faux sabres de samouraïs pour touristes. 
La visite est neutre, rien n'est expliqué et les produits sont exactement les mêmes que dans tous les marchés. 

Nous reprenons la mer et, traversant quelques très belles maisons en bois, nous arrivons à la fabrique des bateaux et des cheroots. 

Une longue barque en bois est en construction, les outils sont les mêmes depuis des générations, rabot et vilebrequin, étoupe en fibre de coco, poussière de bois et laque pour colmater les interstices. Ça sent le bois, la laque chaude et le beau travail. 
À coté, dans la grande salle, plusieurs femmes assises sur des nattes, roulent ces fameuses cigarettes au parfum si doux. Un long filtre en fibre de maïs est inséré dans une feuille de sébestier, qui aurait des propriété antifongique et antiparasitaire. 
Elles y ajoutent ensuite quelques pincées de tabac pur, ou de mélange parfumé à la banane, au tamarin, ou au miel pour leur donner un goût sucré. 
Un tour autour d'un bâton en bois, un peu de colle à base d'amidon de riz, quatre coups de lame pour en fermer le bout, et elles terminent avec un coup de ciseaux pour donner la bonne longueur. Une bonne rouleuse abat 1000 clopes par jour. 
On me fait goûter les produits, c'est très léger et parfumé. Mais ici, il faut acheter la belle boite souvenir avec 15 clopes dedans, et évidemment, c'est plus cher qu'au marché. 
De toute façon, un Cohiba est imbattable. 

Au loin, un gigantesque panache de fumée s'élève dans le ciel brumeux. Je fais signe à notre gondolier, en lui demandant ce que c'est, mais il n'a pas l'air de s'en formaliser. J'ai l'impression que la ville entière est en feu, mais il ne s'agit que d'un autre brûlis allumé par les paysans. 

Il est temps d'aller manger, et pour ce faire, nous prenons la direction de Inn Dein
La remontée du long canal vers ce village est une balade géniale. Nous y voyons la vie sur les berges, des femmes portent quelques dizaines de briques sur leurs têtes, un paysan étale du limon sur sa parcelle de jardins, des enfants sachant à peine marcher se jettent à l'eau pour nager.

Une belle vache blanche est en train de se faire laver par son propriétaire pendant que son fiston dessine de grandes boucles sur le sable avec un long bâton.
Quelques barques sont prêtes à sombrer sous le poids des pelletées de vase que des dizaines d'ouvriers ramènent du fond du canal. Partout, des bateaux de marchandises, de légumes et d'humains, la vie grouille. 

Pour réguler le courant et assurer un minimum de hauteur d'eau tout au long de ce grand cours d'eau, les hommes ont construit des barrages en bambous, laissant juste l'espace pour qu'un bateau puisse passer. Quelques déversements sont assez hauts, et tous sont très étroits. Il faut toute la dextérité d'un bon pilote pour présenter la proue face au courant et faire passer la longue pirogue. 

Miss Nyaung Shwe nous accueillera à sa table au bord de l'eau dans de sympathiques petites paillotes pour le repas. Un restaurant très convoité et assailli par les nombreux touristes qui arrivent au fur et à mesure. 
Après les agapes, nous partons à pied à la découverte des alentours du village. Malheureusement, nous ne trouverons jamais la fameuse pagode et son long passage couvert, mais visons les stupas plantés tout en haut de la colline. L'accès n'est pas du tout identifié, et nous demandons notre chemin aux voisins du petit temple. 
Nous passons à côté d'une décharge fumante, croisons quelques vaches accrochées au flanc de la colline et montons le long du chemin avant d'escalader quelques dizaines de marches. 

L'effort est récompensé par une vue imprenable et un vent assez fort pour sécher rapidement nos t-shirts détrempés. Le long ruban vert des arbres identifie à coup sûr le canal vers le lac que l'on devine à peine au loin. 
Quelques moines psalmodient dans le monastère délabré, deux enfants courent comme des cabris sur les briques branlantes, nous sommes seuls au monde. 

Mais il est temps de retrouver notre chauffeur, et poursuivre la visite au fil de l'eau. Nous prenons grand plaisir à descendre le canal et franchir les petits sauts entre les barrages.
Les gros bouquets de jacinthes d'eau flottent un peu partout au gré des courants et des vents. Je comprends que cette plante puisse être un problème, elle se propage très rapidement, et partout à la fois. Ça ne se mange pas et c'est compliqué à transformer, mais la fleur est belle… 

Nous voguons vers notre dernière destination, le monastère Nga Phe Kyaung, plus connu et vendu comme le monastère des chats sauteurs. Les moines auraient appris aux chats à sauter à travers des cerceaux. 
Bon, moi ça me fait pas spécialement triper de voir un chat sauter, sauf si les cerceaux sont enflammés, alors là, on cause ! D'après mes observations sur le terrain, il n'y a pas plus de moines à cerceaux que de chats qui sautent dedans. 
J'ai vu un seul chat, et il dormait… Un chat, quoi. 

Par contre, le monastère est super classe. Tout en teck et sur pilotis, il impose par sa grandeur et sa dignité. La lumière très tamisée ajoute un peu de magie à l'ensemble. La vue sur les jardins flottants, les montagnes et le lac vaut à elle seule le détour. 

Nous passons à côté des jardins flottants, et effectivement, les plants de tomates vont et viennent sur les vagues créées par les bateaux qui passent à côté. De longues perches en bambou servent à arrimer les parcelles dans la vase du fond du lac. 

Scènes de vie quotidienne sur l'eau. Des enfants se baignent, des pêcheurs lancent leurs filets pendant que d'autres frappent à grands coups de bambou la surface de l'eau. Les poissons, effrayés par le vacarme, se dirigent alors tout droit vers les rets et finiront sur une table du marché à coté d'un canard souriant et d'oreilles de porc. 

L'équilibre de ces gens est incroyable. Perchés sur un tout petit bout de coque d'une toute petite pirogue, ils s'y meuvent comme des retraités californiens le feraient sur un paquebot de luxe. Avec un peu plus de classe. 

Des bateaux lancés à toute vitesse rentrent vers les villages lacustres. Les gens nous sourient, nous font des signes, un enfant lève les bras au ciel et lance un sourire comme seuls les Birmans ont le secret. 

Le retour jusqu'à Nyaung Shwe se fera au rythme du moteur assourdissant et dans les embruns. Le vent s'est levé, il y a des petites vagues, juste assez hautes pour frapper la coque et nous arroser un peu. Pas grave, il y a plein de gens qui se baignent dedans, ça doit être propre… 

À l'approche des bateaux remplis de touristes, les pêcheurs de carte postale s'avancent. N'empêche que je viens de comprendre comment ils procèdent. La nasse en bambou est plantée dans le fond vaseux du lac, et avec une perche terminée par un trident, ils piquent ce qui pourrait avoir été emprisonné entre les mailles du piège. 

Il est presque 16 heures, nous arrivons à quai, payons et remercions notre jeune homme pour sa conduite prudente et sa gentillesse. Nous confirmons au Mononc' qui nous pose la question, que tout s'est bien passé et rentrons à notre chambre. 

Impossible d'éviter le fameux tour touristique lors d'une première balade sur le lac. Nous eûmes pu visiter des villages de façon plus libre, et sortir des sentiers battus, mais une journée de vacarme est suffisante, nous déclinerons l'invitation d'une autre croisière.

Le soir, encore un peu titubant de la journée passée sur le bateau, les oreilles vibrantes du hurlement du moteur, nous allons boire un rhum sour à l'accueillante table du restaurant Ancestors, et y mangerons un délicieux plat, choisi sur une carte qui ne fait pas l'épaisseur de l'Encyclopædia Universalis.




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