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Mercredi 26 février - Colombo-Bangkok-Jomtien

Il est 3 heures du matin et nous n'avons pas envie de partir. 
Mais le taxi réservé hier soir sera là dans 30 minutes et le voyage continue. La nouvelle autoroute à péage de l'hôtel à l'aéroport est complètement dégagée à cette heure matinale, nous ne mettrons que 40 minutes pour parcourir les 40 kilomètres. 

Nous écoulons nos derniers roupies dans les boutiques de thés du soi-disant duty free et nous mettons en ligne pour accéder à la porte d'embarquement. Nous comprenons pourquoi ça ne va pas si bien en France, s'il y a une crise c'est parce que tous les Français sont autour de nous. Oh y a personne qui bosse dans ce pays ?  
Un vieil Italien pressé passe devant tout le monde en bousculant les gens. Nous le retrouverons quelques heures plus tard en train de s'impatienter devant la porte des bus de l'aéroport de Bangkok. Le vol sera sans histoire, nous pouvons voir la fin des films de l'aller, aurons le choix du menu et serons servis par des hôtesses souriantes et agréables. 

Il nous faudra 2h15 pour retrouver le tarmac de Suvarnabhumi, et patienter ensuite jusqu'à 15 heures pour monter dans le bus vers Jomtien. Un petit food court caché dans un recoin de l'aéroport offre, pour des prix dérisoires, des plats thaïs bien meilleurs que les omnipotents fast food américains qui vont rapidement faire décliner la santé et changer radicalement les formes de ces peuples minces et sveltes. 

À 15 heures, le rigolard commis aux bagages nous fait monter dans le spacieux bus climatisé et c'est parti pour deux heures de route vers Pattaya et Jomtien. 
Pattaya tout le monde connaît... Plages surpeuplées, bars à gogo, spectacles de danseuses, gogo bars, prostituées, touristes bas de gamme alcoolisés à la recherche de tous ces plaisirs. 
Jomtien est plus calme, plus familiale, même si, ici aussi il y a des gogos bars et des prostiputes cachées derrière leurs devantures de salons de massage. 

Avoir su j'aurais appris le cyrillique ! Tout est rédigé en russe, et le mot аптека nous fait sourire. Entéka c'est une pharmacie... 
Là pour le coup, ils sont absolument partout. Déferlement slave, mamouchkas enveloppées dans des t-shirts trop petits, gropapov en shorts très courts et chaussettes hautes, marchandant à tour de bras, agression visuelle et auditive. 
Les Thaïs semblent tout aussi désespérés que les Srilankais, seule la résilience légendaire des asiatiques peut expliquer leur patience. 
Va t'elle durer ? 
Nous n'oublierons jamais de préciser que nous sommes Canadiens. 

Ganymede Resort
L'hôtel que nous avons réservé en ligne se trouve à dix minutes de marche du terminus des autobus. 
La chambre est toute neuve, ça sent encore la peinture fraiche et l’enduit dans le couloir. Le lit gigantesque ressemble à une patinoire olympique, la salle de bain est d'une propreté irréprochable, la pression de l'eau pourrait faire décoller le carrelage. Un écran plat aussi grand qu'une toile de cinéma occupe toute une partie du mur en face du lit.
L'immense porte-fenêtre coulissante donne accès à un petit balcon surplombant une immense piscine.  Trente dollars très agréablement investis... 

Cette journée se termine devant une monumentale et délicieuse pizza, qu'un authentique pizzaïolo thaïlandais fera tourner au-dessus de sa tête avant de la garnir et de l'enfourner dans un four à bois.


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Mardi 25 février – Bentota-Colombo, c'est le jour des soldes !

Et voilà, c'est presque fini. 
Dernière virée au Sri Lanka, dernier trajet que nous aurions aimé en train mais qui se fera en autobus. Si mes prédictions sont bonnes et que le chauffeur a compris ma demande, nous devrions être déposés assez proches de notre dernier lieu de résidence. 

En attendant, nous réveillons le gérant de l'hôtel qui sommeillait sur ses livres d'école. Comme prévu, nous payons notre facture revue à la baisse, attrapons nos sacs à dos et marchons sous le soleil prometteur de ce petit matin vers la gare routière d'Alutghama. 
Il est 7 heures 30, le ballet des gros autobus rouillés, poussiéreux et pétunant est commencé depuis longtemps. À peine le temps de demander le bus pour Colom.... et nous sommes déjà dedans. 
Les sacs sont déposés près du chauffeur, nous trouvons deux sièges coté mer, une grande fenêtre pour y sortir une partie de mon corps et ainsi gagner de la place sur le siège. En 1 heure 15 et pour 85 Rp, nous arrivons dans les faubourgs sud de Colombo. Peu après Mount Lavinia, la première station balnéaire, probablement envahie de Russes, je commence à essayer de déchiffrer les panneaux. Nous devons nous arrêter à la station de Galle Road au coin de Hospital. Le vendeur de tickets ne s'occupe plus de nous depuis longtemps, trop occupés à gérer les allées et venues incessantes de passagers. 
Je demande au jeune homme bien cravaté devant moi, mais il ne parle pas bien anglais et en plus ne connait pas du tout Colombo. Son voisin, un honorable citoyen mal fagoté pratique aisément la langue de Margaret et connait très bien Hospital road qui est ... le prochain arrêt ! 
Je lance un regard gris foncé au vendeur qui me sourit en dodelinant, force le passage jusqu'à l'avant de l'allée centrale, saisi mon sac à dos et me retrouve sur le trottoir à côté d'André alors que le bus repart déjà. Il faut être organisé et ne rien laisser trainer, sinon, ce sont des oublis à répétition et une fin de voyage avec le minimum d'affaire qui nous attend. 

Nous arrêtons le premier tuk-tuk meter qui passe, j'ai pris la précaution de noter le nom du quartier, et son restaurant le plus célèbre. Ce sera plus facile à trouver qu'une adresse perdue dans une ruelle où il ne passe jamais personne. Allez chauffeur, au McDonalds de Nugegoda. 
En moins de 15 minutes, il nous dépose devant le clown maléfique, il nous reste 10 minutes de marche avant de franchir le portail fleuri du Silvikris Villa. 
Encore une fois, nous aurons le bonheur d'être surclassés dans une chambre luxueuse avec terrasse privée, vue sur le jardin et lit ''famille nombreuse''. 
Pas le temps de s'extasier, une longue journée nous attend. Au programme Odel, Sri Lanka Tea Board, Green Cabin, Barefoot... 

Le grand magasin Odel Unlimited est situé dans Cinnamon Gardens. Tous les chauffeurs de tuk-tuk le connaisse, c'est un lieu réputé pour les rendez-vous chics de la classe aisée de la capitale. Le magasin offre tout un tas d'articles, dont des souvenirs, masques, poupées et porte-clés, des jouets et vêtements pour les enfants, boutiques de thés, café et boulangerie À la Française, et beaucoup de très beaux vêtements. Les choix des chemises et pantalons en lin sont infinis, ne manquent que les chemises pour les hommes à fortes épaules. 
Ou alors il faut taper dans le clinquant, le mordoré, le satiné, le genre de fringue que je ne pourrais jamais porter ailleurs que sur cette île de beauté. Acheter des vêtements excentriques en vacances limite soit, à ne plus jamais les porter, soit à les réserver pour les soirées déguisées ou encore à passer pour un original. 

J'en sais quelque chose puisque j'arborais fièrement mes chemises tahitiennes à grosses fleurs rouges et boutons en noix de coco en discothèque en plein hiver québécois. Je ne suis jamais passé inaperçu et étais facile à retrouver dans la cohue. O tempora O mores. 

Nous prenons un taxi pour la boutique de thés. Le chauffeur un peu bougon veut absolument nous emmener chez Laksala. Nous lui disons que ça ne nous intéresse pas, que nous avons déjà acheté tous nos souvenirs. Il insiste lourdement, à croire que même dans un magasin gouvernemental, il pourrait toucher une commission. 
Au bout de la dixième proposition de nous y déposer, nous décidons de l'ignorer. Il nous laisse devant le Sri Lanka tea board, nous parle encore de Laksala, récolte deux sourires accompagnés de deux dodelinements et nous rentrons au frais. 

Si le choix est intéressant, nous regrettons de ne pas avoir plus acheté chez Chaplon. En plus le service laisse à désirer, les trois jolies filles en uniforme préfèrent apparemment texter sur leurs nouveaux cellulaires que venir à notre rencontre. Finalement, j'en attrape une et lui demande des renseignements, qu'elle ne me donnera pas. 
Le hasard et quelques informations glanées lors de nos visites seront d'une meilleure aide, nous la laissons rejoindre ses copines. Le passage à la caisse est un moment heureux, les prix sont ridiculement bas. 

Notre chauffeur est encore en bas à attendre un éventuel changement de programme, mais le prenant à contre-roue, nous le laissons en plan. 
Le petit resto avec une devanture attrayante ne nous avait pas convaincus le premier jour. Nous y étions allés trop de bonne heure et rien n'était encore prêt. Par contre à l'heure du repas les tables du Green Cabin sont prises d'assaut par une clientèle de locaux, d'expatriés et de voyageurs un peu perdus dans le quartier. Le rice&curry est bon et varié, tous les plats qui passent sous notre nez le sont tout autant appétissants. Pour aussi peu que 1200 Rp, nous avons droit à deux curry à volonté, deux desserts excellents, quatre bouteilles d'eau gazeuse et du thé. Une adresse que je recommande, d'autant qu'elle est située exactement entre la boutique de thés et Barefoot, de l'autre côté de Galle Rd. 

Tient justement puisqu'on en parle, Barefoot... L'immense magasin ne finit pas de nous surprendre. Alors que nous croyions avoir tout vu, je suis curieux de savoir ce qu'il y a de l'autre côté de ce couloir. C'est rempli d'objets magnifiques que nous voudrions tous ramener, des sculptures en pierre ou en bois, des lampes à huile à l'ancienne, des tissus, des cloches en bronze, des livres d'art, de cuisine, de Bawa... Donnez-moi un budget illimité et un DHL ! 
Cachée bien à l'abri du bruit de la rue et des vociférations de la circulation monstrueuse, une terrasse ombragée gargouillant de quelques fontaines, nous propose une pause. Le service est à la hauteur du luxe de la boutique, mais les prix sont très corrects. 
Une escale à ne pas manquer lors d'une visite incontournable dans ce temple de l'artisanat chic et de bon goût. Sinon y a Laksala. 

Hé bien, notre programme touche à sa fin. Il est encore assez tôt, nous sommes heureux de nos achats, et comme il nous reste du temps, nous décidons d'aller jeter un tout dernier coup d'œil au grand centre commercial à cinq minutes de marche du Barefoot, MC (Majestic City) qui, d'après notre guide recèle une boutique de thés que nous ne connaissons pas. Mlesna Tea Center, en voilà une boutique de luxe avec un service à la hauteur de sa décoration ! Nous sommes tout de suite pris en charge par une magnifique hôtesse qui nous explique les différents thés, leurs prix, leurs provenances, et tout ce que nous aurions aimé apprendre un peu plus tôt. Leurs boîtes sont splendides, mais le thé en vrac est tellement moins cher et prend beaucoup moins de place. 
Devant nous, des Chinois hurlent comme des possédés lorsqu'ils apprennent le prix de leurs achats. La dame hystérique veut en acheter encore plus, mais ce qui semble être son mari la modère un peu. Tient, ils me rappellent quelqu'un...

Là, c'est officiellement terminé. La journée d'emplette vient de trouver un terme pour le moins heureux et nous décidons de rentrer ranger toutes ces merveilles. La climatisation de la chambre sera comme un baume sur notre épiderme, la tension accumulée aujourd'hui se dissipe dans un bref nuage de vapeur. 

Pour ne pas récidiver le triste souper du premier soir, maintenant que nous connaissons les tendances culinaires et les appellations étranges des restaurants, nous cherchons un petit comptoir derrière lequel est ouvert une salle surchauffée meublée de quelques tables branlantes et de chaises en plastique graisseuses. Le Serendib est à peine à quelques minutes de marche de notre hôtel, il était fermé lors de la fête de l'Indépendance le jour de notre arrivée. Nous sommes les seuls visages pâles dans ce petit boui-boui, accueillis avec bonhommie par le patron qui nous trouve une belle table sous un ventilateur suffocant et nous sert deux grands verres d'eau du robinet. Nous y préférerons de l'eau gazeuse en bouteille. 

Nous commandons nos derniers hopper aux œufs et des kottus rotis. Le cuisinier affairé aux hopper est en nage. Il jongle avec ses poêles bombées sur plusieurs flammes de propane qui éclairent de leur lueur bleutée son visage ruisselant. Nous avons chaud dans la salle, je n'ose imaginer la température qu'il fait derrière cette usine à gaz. En face de lui, de l'autre côté de l'entrée, c'est monsieur kottu qui cingle sa plaque chauffante de ses deux grosses lames. 
Telles des rafales de mitrailleuse, il sectionne les crêpes les mélangent avec les légumes, y verse de la sauce, tambourine encore comme un sourd et d'un coup de lame magique ramasse le résultat de ses efforts pour le glisser dans une assiette. 
Le Sri Lanka, c'est beaucoup d'odeurs et énormément de bruits. 

Nous avons mangé plus souvent qu'à notre tour des hoppers et des kottus, mais là c'est le summum. Les hoppers sont exactement comme ils devraient être et qu'ils n'ont jamais vraiment été. Très croustillants sur les rebords, épais et bien cuits au fond, avec un œuf cassé dessus, juste coulant. C'est simple, mais parfaitement exécuté. C'est comme faire une omelette ; très peu d'ingrédients, une recette simple, mais ça peut être tout à fait immangeable... 

Le kottu roti est lui aussi à se damner. Pour une fois, il n'est pas sec et étouffant. Bien épicé, piquant juste comme il faut. Nous demandons la pâte de piments, le chili paste, qui elle aussi se révélera de premier choix. Ça étonne toujours les Srilankais lorsque nous demandons cette fameuse pâte, qui n'est jamais la même d'un établissement à un autre. Elle peut être faite de crevette ou de poisson séché (les petits sprats), mélangé aux piments et à des épices. C'est à la fois marin, sucré et épicé, mais toujours délicieux. 
Repus mais gourmands, nous ne pouvons résister à l'envie de commander deux hoppers natures supplémentaires que nous badigeonnerons de pâte de piments.
Nous remercions sincèrement les cuisiniers de nous avoir offert les meilleures versions de ces deux plats emblématiques. Avec deux ginger beers, ce festin nous auras couté 410 Rp (3,50$) ! Nous finissons le volet culinaire de notre voyage sur une très bonne note. 

La nuit va être courte. Le taxi est réservé pour 3 heures 30, et le sommeil sera difficile à trouver. 

Heureusement, le voyage n'est pas fini. Demain, nous serons en Thaïlande et irons passer quelques jours sur une plage qui risque cependant, d'être un peu plus chargée que celle de Bentota...

Toi je vais te regretter ! ♥



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Jeudi 6 février – Colombo-Kandy, êtes-vous en train de lire un message posthume ?

Nous quittons le havre de paix du Silvikris à 10h30 en direction du terminal des autobus de Pettah. Les sacs à dos calés dans le micro-coffre d'un tuk-tuk nous louvoyons à travers la circulation épouvantable. Il nous faudra 45 minutes pour franchir les 12 kilomètres et payons la rondelette somme de 700Rp (5,95$) avant d'atteindre le chaos de la gare routière. 
Peinant à trouver le bon quai de départ, les passants nous viennent en aide et pouvons enfin monter dans le bus en direction de Kandy. 
Premiers arrivés, premiers servis, nous allons immédiatement déposer nos sacs sur le rebord de la vitre arrière, car il n'y a ni soute à bagages, ni espace de rangement dans le bus. Il n'y a pas non plus de toilettes, alors il faut y réfléchir à deux fois avant de s'embarquer pour 4 heures de virages et résister à l'envie folle de s'hydrater pendant le trajet.

Nous nous posons sur la grande banquette arrière et attendons le départ. Persuadés qu'il sera donné seulement lorsque le bus sera plein à craquer, strapontins centraux et cages à poules sur les genoux compris, nous prenons notre mal en patience. Mais l'horaire de départ est respecté et à 11h45 précise l'équipage s'ébranle.

Après avoir failli monter dans un bus de ligne régulière, moins cher et sans climatisation, je me rends compte que le petit confort apporté par l'air frais est rudement appréciable. La chaleur et surtout les émanations toxiques auraient rendus ce voyage encore plus long qu'il ne le sera déjà.

Le siège est dur comme un matelas thaï, les genoux coincés contre le dossier avant et les coudes collés au corps, seuls mes poignets et trois doigts peuvent se mouvoir maladroitement sur le clavier du iPad. L'avantage c'est qu'en 4 heures de voyage j'aurais largement le temps de corriger mes fautes de frappe.
Nous payons le billet 310Rp (2,75$), frayeur inclue.

Un accident serait facilement envisageable, mais à la vitesse à laquelle nous roulons au moins on aura le temps de le voir arriver.
C'est un petit peu n'importe quoi, mais, comme les milliers de poissons d'un banc qui bougent à l'unisson sans prendre le temps de se consulter, les chauffeurs semblent communiquer entre eux sans se parler, ni même se voir.

Dans une côte, à l'entrée d'un virage en épingle sans visibilité, notre bus double un camion-citerne aux cuves pleines d'essence qui double un tuk-tuk, pendant qu'un autre autobus nous double en klaxonnant alors qu'en face arrive un gros pick-up en train de doubler un tuk-tuk.
Les véhicules passent si près de ma fenêtre que je suis capable de lire la correction gravée dans les lentilles de contact des chauffeurs. Je crois que je viens de remplir ma couche.

Alors, dès que nous passons devant un temple, une mosquée ou une église, de quelque confession qu'ils soient, je lance un appel silencieux vers l'entité qui voudra bien m'entendre. Que tous les dieux fassent fi de mon athéisme, je brûlerais des cierges, de l'encens, des pneus ou n'importe quel combustible qui puisse apaiser les colères divines. 
J'aimerais juste mette un peu d'ordre dans mes affaires avant de trépasser. L'essieu arrière sur lequel nous sommes assis, geint lugubrement, lui aussi aimerait trouver un peu de repos.
En levant les yeux de mon écran je vois les têtes des passagers endormis aller et venir au gré des virages et je me dis que je m'en fais pour pas grand-chose. N'empêche que j'ai hâte d'arriver et de déplier ma jambe droite que je ne sens plus depuis quelques heures et qui menace de gangrener.

Enfin, au bout de trois heures et demie de rodéo notre monture s'ébroue devant le marché de Kandy. Notre chemin de croix vient de prendre fin, la prochaine fois on essaye le train.
La mafia des tuk-tuk nous prend pour des citrons alors nous quittons la foule des voyageurs et trouvons un chauffeur solitaire et désœuvré qui va accepter le prix conseillé par la charmante propriétaire du St Bridget's que j'ai eu au téléphone la veille pour confirmer ma réservation. En 10 minutes et 250Rp nous sommes dans notre petite chambre. Je crois qu'après le surclassement VIP de la veille toutes les futures chambres nous sembleront minuscules. On  s'habitue vite au luxe !

Le temps de déposer nos bagages et nous voilà en route, à pied cette fois-ci vers les rues de Kandy. Finalement ce n'est pas très loin et nous n'avons pas de gros sacs à dos à transporter. En une quinzaine de minutes nous arrivons et pouvons commencer à découvrir cette ville des montagnes.

La température est parfaite, l'humidité de la côte a laissé la place à une relative fraîcheur et l'air est plus doux. La climatisation est une option inutile.
Le marché entraperçu tout à l'heure nous ouvre ses odorantes portes. Passés les marchands de fruits et épices, ce sont les bouchers qui écœurent nos sens visuels et olfactifs. La barbaque pend aux crochets et rien ici n'est appétissant. Nous sommes en fin de journée, la viande est aussi fatiguée que nous, et comme ça fait dix minutes que je retiens ma respiration il est grand temps de fuir ces miasmes.
Le lac nous réconcilie avec la vie et un excellent expresso aura tôt fait de réaligner nos chakras.

Quelques déambulations dans les rues plus tard, nous négocions avec le sourire le prix de notre retour au St Bridget's. Ce soir nous avons commandé leur fameux rice and curry que beaucoup de voyageurs plébiscitent. Nous ne serons pas déçus. 
En compagnie de quelques voyageurs alémaniques égarés nous dégustons ce riz accompagné de divers petits plats. Moi qui croyais finir avec un gros bol de riz en sauce curry, je suis agréablement surpris. Des lanières d'aubergines grillées, des haricots au lait de coco, des pommes de terre, du poulet légèrement épicé, des carottes au cumin, des galettes frites de poisson trônent autour d'un énorme plat de riz qui eut suffi à nourrir toute l'assemblée, mais c'est juste pour nous. Et en plus ils nous en ramènent un bol histoire de pas paraître trop cheap. L'estomac plein nous remontons dans nos quartiers et finissons de tasser toute cette nourriture en changeant encore une fois de plan de route. Sur les conseils du propriétaire des lieux nous n'irons pas sur la côte Est qui en cette saison est balayée par les vents et les vagues. Nous ne sommes plus à un changement près…


 
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Mardi 4 février – Sri Lanka, bienvenue au pays du sourire


Six heures du matin, le téléphone de la chambre résonne en plein milieu d'un rêve que j'aurais aimé finir. Mais l'avion n'attendra pas la conclusion de mes péripéties et je sens que de nouvelles aventures m'attendent.

L'embarquement et le décollage se font à l'heure. L'A340 de Sri Lankan Airways est en bon état et la profusion de films disponibles sur l'écran tactile nous empêchera de regagner les quelques heures de sommeil qui nous manquent. Le personnel est aux petits soins, le sourire de l'hôtesse est lumineux et nous avons hâte de constater si tous les Sri Lankais sont comme ça.

Atterrissage en douceur à Bandaranaike l'aéroport international de Colombo, passage rapide aux douanes puisque nous avons acheté le visa en ligne avant le départ et nous voilà dans le bus qui pour 130 roupies (100 Rp = 0,85$ CA) va nous déposer au terminal des bus de Colombo.

Quelques secondes avant de partir je demande le Lonely Planet à André pour vérifier quelque chose. Long moment de solitude lorsque après avoir vidé tout le sac sur le siège, force est de constater que le guide est inexistant. La seule conclusion est qu'il a été oublié dans l'avion. Silence, maîtrise de soi et action rapide sont de rigueurs. Vite il faut prendre une décision, car nous n'avons rien d'autre comme document, ni trajet, ni adresses... Le chauffeur commence à approcher de son volant, nous attrapons nos sacs et sautons du bus sous le regard étonné des autres passagers.

Retour au hall des arrivés. Je dois négocier avec le douanier pour entrer sans payer et sans billet dans l'aéroport. Je dois encore négocier avec un jeune douanier pour franchir la porte de sortie où il est écrit en gros NO ENTRY, ensuite je négocie avec pas moins de trois douaniers (ils sont partout!) pour accéder à la salle de récupération des bagages pour aller voir le comptoir de Sri Lankan et enfin expliquer mon cas.

Tout de suite le responsable passe un coup de fil et oh bonheur au bout de 10 minutes qui me semblent une éternité je vois un grand gaillard aux oreilles décollés revenir avec mon précieux balançant au bout de son long bras.

Je remercie les trois douaniers qui s'en foutent, lance un pouce en l'air au jeune qui me sourit, et enfin le denier sbire qui semble presque aussi content que moi de la réussite de ma quête. Je retrouve André complètement prostré au milieu de nos sacs, mais son sourire revient vite lorsque je sors la pièce à conviction. Notre voyage peut maintenant recommencer. Par chance un autre bus s'apprête à partir et cette fois-ci plus de stress.


En ce 4 février c'est jour de Fête de l'Indépendance, jour férié qui a les avantages de ses inconvénients. Presque tous les commerces sont fermés, mais la circulation est plus que fluide, il n'y a personne sur les routes. Nous ne mettrons que 35 minutes à atteindre le centre-ville alors qu'en général il faut compter de 2 à 3 heures suivant le trafic.

Nous cherchons désespérément un taxi-meter, ces voitures qui fonctionnent au compteur et donc évitent toute forme de marchandage sans fin sans que nous sachions combien vaut la course. En fait les taxi-meter sont de simples tuk-tuk mais avec un compteur...

Notre hôtel se trouve vraiment loin, en fait il n'est même pas sur les cartes que nous avons en notre possession. Tentaculaire, Colombo est composée de districts, nous sommes dans le #6, ce qui en fait le plus éloigné. Heureusement le chauffeur n'est pas trop gourmand et la circulation nous permet en moins de vingt minutes d'arriver au Silvikris Villa.

Nous sommes fort bien accueillis et découvrons notre petite chambre. La maison se trouve dans un quartier résidentiel et dans une ruelle éloignée de l'agitation de la route principale.

Il fait chaud, mais la climatisation de la chambre fonctionne à la perfection, c'est juste que 18º c'est un peu le choc, même les lentilles de contact se remplissent de buée.


Faut-il s'inquiéter de la taille des rats ?
Le quartier est un peu désert et le seul établissement qui semble servir de la nourriture est ce gros M doré qui brille à quelques encablures de notre jardin. Qui aurait cru que le clown maléfique nous servirait notre premier repas au Sri Lanka ? Son voisin le Colonel Sanders n'a qu'à bien se tenir !




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