Affichage des articles dont le libellé est rice and curry. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est rice and curry. Afficher tous les articles

Jeudi 20 février, la suite – Mirissa-Galle, sans passer par la case prison.

Les dix minutes qui nous séparent de Weligama nous suffisent à prendre une décision. Persuadés que l'inspecteur Labavure s'est fait glisser un joli gros billet dans sa poche, nous nous doutons que plus rien de concret ne se passera sauf une énorme et irremplaçable perte de temps. L'attitude des personnes présentes et dudit policier nous confortent dans cette idée. Pourquoi avoir radicalement changé et ne plus vouloir nous aider. Pourquoi ne pas nous avoir simplement fait signer un papier officiel pour ces vols ? Ça devient compliqué...

À la gare routière nous décidons de rester dans le bus et repartons en direction de Galle (prononcer Gaûlé d'une drôle de manière). Nous avons déjà perdu cinq précieuses heures avec cette misérable histoire, pas question de foutre en l'air le reste de la journée. De toute façon le peu que nous pourrions récupérer via les assurances ne justifie pas de gâcher le reste du voyage. Le coup de téléphone le soir à mon assurance Visa me confirmera cette décision. Tout article de plus de 90 jours n'est pas couvert.

Notre chauffeur est un être humain qui aime à retrouver sa famille le soir après son boulot, il roule normalement. Rapidement nous arrivons au terminus de Galle, devant les fortifications de cette grande ville d'un peu plus de 90 000 âmes, qui marque la fin géographique du sud de l'île.
Nous entrons dans la vieille cité par la porte principale, entre le bastion du Soleil et celui de la Lune. Je cherche un hôtel recommandé par des Français et cité dans le guide, le Frangipani. Sans avoir réservé, le doute sur les disponibilités est permis, alors il faut un peu forcer le pas et ne pas se tromper de direction pour arriver avant les autres passagers qui auraient également oublié de réserver. C'est un peu une course et le premier est souvent récompensé. Nous sommes les premiers, et trouvons deux chambres.

Le prix est bien sûr plus élevé que dans beaucoup de guesthouses, mais aujourd'hui c'est le dernier de nos soucis. Nous n'avons pas payé les chambres d'hier soir et avons donc un crédit de 3000 Rp. Dans nos calculs nous ne comptons pas l'argent et les objets volés, mais le matériel est secondaire et ne nous concernera qu'une fois rentrés de voyage. L'accueil de notre hôtesse est très sympathique et nous ne pouvons nous empêcher de lui faire part de notre mésaventure. Elle est choquée et compatis avec notre malheur, mais ne baisse pas le prix de la chambre. On aura essayé.

Le Serendipity Art Cafe (fermé depuis) nous tends les bancs en bois brut de sa terrasse et sa carte inventive. Et tout à coup nous savons pourquoi nous nous sentons aussi bien. C'est la toute première fois de notre voyage que dans une ville tout est aussi calme. Il n'y a pas de bruit de voiture, de pollution au gaz d'échappement, pas de klaxon intempestif ou de tuk-tuk grouillants comme des cafards.
Cette ville est une bulle dans l'intense cohue qui règne à quelques centaines de mètres.

En 1505, le hasard d'un coup de vent détourna une flotte portugaise vers ce port. Trouvant l'endroit joli, les marins y édifièrent quelques fortifications. En 1640 les Hollandais, avides de conquêtes, prirent la ville, détruisirent le joli travail des Portugais et en 1663, y édifièrent leurs propres remparts. Même si les Anglais finirent par occuper la place en 1796, les solides remparts bataves furent conservés et des siècles plus tard, sauvèrent les vieilles maisons du tsunami de 2004 et nous isolent cet après-midi du bruit des hommes.
Je vous invite à découvrir ce que Serendipity veut dire, j'aime beaucoup ses définitions.

Nous faisons le tour des remparts sous un ciel couvert mais peu menaçant. Le gris profond des nuages contraste avec les façades ocres et les tuiles rouges. Des amoureux, lovés dans des recoins centenaires se touchent le bout des mains, se susurrent des promesses d'amour éternel et rêvent aux nombreux enfants souriants qui vont courir dans le jardin.
Du haut des épais murs, la ville nouvelle mugie et se hâte dans tous les sens. Nous sommes si proches, mais à des lieux de toute cette folie, et notre matinée tumultueuse commence à disparaître comme un mauvais rêve.

Des enfants se lancent des balles de cricket. Un frappeur tape de toutes ses forces sur le petit boulet de canon lancé de main de maître et termine sa course deux mètres plus loin, dans le filet qui assure la sécurité. Ce filet n'est pas de première jeunesse et de temps en temps une balle trouve un passage et fini sa parabole dans un jardin voisin.

Nous descendons de notre perchoir et jetons un œil dans le hall de l'hôtel Amangalla. De vieilles dames riches y prennent un thé accompagné d'un plateaux à trois étages débordant de sandwichs ''pas d'croûte'' au concombre, de scones croustillants qu'elles recouvrent d'une cuillerée de crème fraîche et de confiture, de tartelettes aux fraises et de bien trop d'autres gourmandises. Aucune table ne réussi jamais à finir ses plateaux. Nous entrons en espérant y quetter quelques restes.
Les jolies jeunes filles du personnel sont superbement vêtues d'un long sari blanc et ligné de bleu, les hommes portent le sarong de la même couleur rehaussé d'une large ceinture. Ils nous accueillent comme n'importe quel autre client plus fortuné. La nuit la moins chère est à 400 dollars et je doute que nous puissions en négocier le prix. Nous sommes invités à nous poser sur des canapés, que dis-je, à nous écraser dans les coussins moelleux de l'immense salon et recevons le menu.
Notre accoutrement et probablement l'odeur que nous dégageons font tourner quelques têtes auxquelles nous sourions de toutes nos dents puisque nous, nous les avons encore.
Le cocktail au gin, feuilles de menthe, gingembre et citron vert a un goût incomparable. Il est comme un coucher de soleil parfait après une journée de pluie, un trajet en autobus sans klaxon. Nos guides posés sur la table font hausser les sourcils et quelques nez se pincent. Bien entendu nous nous sentons parfaitement à l'aise et usons de la situation, en hésitant pas à faire des photos comme de vulgaires touristes.

Comme toutes bonnes choses ont une fin, nous quittons ce lieu magique mais terriblement ennuyant, en regrettant de ne pas avoir le culot de quémander les restes des goûters, qui finiront à la poubelle.
Il est temps de profiter de ce que Galle offre, son architecture et ses boutiques. Le célèbre magasin Barefoot y tient une succursale et nous faisons découvrir aux filles ce que nous avions vu à Colombo. Des tissus splendides vendus au mètre, des nappes, chemin de table, sarongs, saris, foulards, bijoux, produits de beauté ayurvédiques, il y en a pour tous les goûts.

Je me dois de faire une parenthèse concernant l'ayurvédisme... À Bali nous avons été écœurés par le terme Spa qu'y était pour le moins galvaudé. Un spa ne peut pas être une simple baignoire limite propre, remplie d'eau et recouverte de pétales de fleurs. On s'attend à autre chose...
Au Sri Lanka, l'ayurvédisme est absolument partout. J'ai peur de trouver du chocolat, du curd ou des biscuits Munchee ayurvédiques. Loin de moi de me moquer d'une médecine plusieurs fois millénaire qui a depuis longtemps fait ses preuves et est reconnu par l'OMS comme une médecine traditionnelle officielle. Les plantes, les épices, la manipulation des corps peuvent soigner. D'ailleurs la médecine occidentale s'est rapidement emparée de ces secrets pour les transformer en pilules chimiques et nous les revendre plus cher. Mais trop c'est comme pas assez. La crème hydratante pour les pieds est une crème hydratante pour les pieds, et le terme ayurvédique fini par ne plus avoir aucun sens...
Ceci étant dit, si vous venez au Sri Lanka, il faut aller chez Barefoot.

Dans une rue perpendiculaire, la boutique Suthuvili Gallery (22, Pedlar street) propose un choix éclectique de masques traditionnels et d'art local. Son nom signifie ''penser différemment'', et ils le font très bien.
En se promenant le soir, le sentiment de visiter une vieille ville cubaine comme Trinidad mélangée aux rempart d'Aigues-Mortes se confirme. Les intérieurs des maisons s'éclairent. Nous y découvrons des splendeurs insoupçonnées, des mobiliers, des céramiques et des jardins invisibles le jour lorsque les portes et les fenêtres sont closes sur ces secrets. D'ailleurs un tiers des bâtisses appartient à des étrangers et se transforment en hôtels privés ou en maisons particulières.
Cela n'empêche pas Galle de toujours vivre au rythme des locaux qui évitent de la transformer en une citée-musée sans âme. Avant d'aller goûter au rice&curry de notre hôtesse, nous passons devant le Café Français, où, sur le comptoir trônent de jolies brioches joufflues et dorées à souhait. Nous parlons un peu avec le copropriétaire qui nous vient de l’Hexagone et nous nous promettons de venir déguster à ces viennoiseries demain matin.

Les currys de ce soir sont, à notre demande, composés de légumes. Il y a du riz pour 16 personnes et les plats ne finissent plus de s’amonceler sur une table recouverte d'une jolie couverture bleue toute tachée de la compagnie aérienne Oman Air. Nous goûtons pour la première fois au jacquier cuit. C'est bon, mais les noyaux dans les fruits sont comme des gros yeux de poisson et ce n'est pas super appétissant. Hélas pour Tiphaine nous avons oubliés de demander un menu peu épicé et elle en sera quitte pour commander une omelette. C'est vrai que ce soir ils ont un peu forcé la dose.

Enfermés à triple tour nous allons enfin nous reposer dans ce lit immense recouvert d'un baldaquin anti-moustique. Je n'arrive même pas à faire dépasser mes pieds du matelas.


  .

Samedi 15 février – Ella - Uda Walawe, un safari et un souper très festif

Cuisson des hoppers
Hier soir en discutant avec notre jovial propriétaire, nous avons plus ou moins conclus d'un contact à prendre avec un de ses amis au parc Uda Walawe. Notre programme initial est de dormir à Embilipitiya et de faire le safari le lendemain matin de très bonne heure. 

Une fois nos sacs bouclés, il est temps de prendre quelques forces avant le bus de 8h30. Nous nous attablons au Curd Shop et passons les commandes. 
Il semblerait que ce matin beaucoup de monde veuille quitter Ella et que, pour faire bonne mesure, le personnel de service soit un tout petit peu dépassé par les six tables pleines qui passent leurs commandes en même temps. 

Dans ces circonstances, il vaut mieux aller au plus simple. Un bon curd aux céréales avec un thé et l'affaire est dans le sac. Mais tout le monde n'est visiblement pas du même avis. À ma droite, André commande un English breakfast complet, en face de moi Tiphaine n'aura qu'à la dernière seconde son curd aux fruits qui avait fini dans les oubliettes de la mémoire du serveur, Alex sera encore frustré de ne pas avoir son Sri Lanka Breakfast que l'on doit commander une heure avant, et Fanny hésite encore. Le temps lui n'attend pas et continue inexorablement de filer, et le bus vers notre prochaine destination à approcher. Des clients arrivés après nous reçoivent leurs commandes avant nous, au coin de la route des gens commencent déjà à s'installer avec leurs gros sacs. On est en vacances, mais la route pour Uda Walawe est longue et l'est encore plus lorsqu'il n'y a plus de places dans le bus. À 8h25 André reçoit enfin ses fruits que nous avons demandés dans un sac à emporter, nous payons, bisous, bye-bye. 

Nous descendons les quatre marches du resto et allons rapidement à l'arrêt où des dizaines de personnes piaffent d'impatience. La route à peine traversée, le bus arrive dans notre dos, je crie notre destination au vendeur de billets, il acquiesce, saute du bus, nous ouvre le coffre arrière, nous y jetons nos sacs à dos, montons rapidement et presque sans s'arrêter, le bus redémarre à fond. Nous sommes tous assis, et n'avons pas compris grand chose si ce n'est que nous avons eu un bol phénoménal ! Toutes les autres personnes sont encore sur le bord de la route, elles devaient certainement aller ailleurs. 

La descente dans la vallée est négociée avec célérité. Rouler à tombeau ouvert prend maintenant tout son sens. Le ravin à notre gauche nous tend ses bras lugubres, je me concentre sur le coté droit de la route. Nous passons devant la fameuse cascade de Rawana Ella qui, en ces temps de sécheresse n'est guère vaillante. De toute façon, le chauffeur n'a aucune intention de s'arrêter pour faire du tourisme. 

Une ligne droite de cinq mètres lui donne tous les arguments nécessaires pour écraser sans pitié le champignon qui n'en mène pas large. Presque aussitôt les freins sont soumis à un traitement similaire et hurlent leur désespoir, tandis que le klaxon de bateau signale au véhicule qui vient en face de se tasser et à celui que l'on double de freiner. Et hop, encore un autre camion doublé. 
Enfin la route devient plus rectiligne, les montagnes sont derrière nous, la chaleur fait place au petit vent de fraîcheur qui jusque-là nous empêchait de tremper nos vêtements au moindre effort. Le paysage change, la vitesse du bus aussi. Le chauffeur aime les longues lignes droites, ça l'excite comme une cape de matador devant les yeux fiévreux d'un taureau mugissant sur le sable de l'arène. Je revois le film de ma vie, me dis qu'il est trop court et que la fin est vraiment nulle... 

Nous entrons dans la banlieue de Wellawaya, comme c'est écrit sur toutes les pancartes Munchee. 

Munchee est une marque de petits biscuits très pratiques en cas de fringale et sponsorise les commerces en y apposant des pancartes jaunes plus grosses que le magasin avec leur nom et leur adresse. Il est donc assez facile de se repérer pour peu que le bus ne roule pas trop vite, et dès fois ça arrive. En 45 minutes, nous arrivons à la gare routière de Wellawaya. André et Alex décident d'aller faire un tour aux toilettes qui seront classées dans le top 5 des pires du voyage. 
Je demande autour de moi le bus pour Uda Walawe. Un vendeur de pinotes au piment et feuilles de cari (un délice) m'indique un véhicule où il reste de la place, mais qui commence déjà à rouler. Il faut agir vite. 
Je jette mon sac et celui d'Alex dans la soute, suivi par les filles, et cours à la rencontre des compères. Je les vois au bout d'un terrain devisant tranquillement en marchant vers moi. Caché par l'ombre de la bâtisse, ils ne me distingue pas. Et apparemment ne m'entendent pas hurler, contrairement aux autres passagers qui se retournent vers moi et se demandent ce qu'il m'arrive. 

Pas de temps pour la classe ni la honte. Je hurle leurs noms fais des grands signes et enfin, ils m'aperçoivent et se mettent à accélérer, en finissant à la course. André jette son sac avec les nôtres, le bus a démarré. Accrochés à la barre métallique de la porte, nous sautons dedans et trouvons de la place pour nous asseoir. Une finale de jeu télévisé n'aurait pas fait mieux pour tenir en haleine ses spectateurs.

Normalement, le trajet pour Uda est d'une heure, mais une manifestation sur la route à quelques kilomètres de notre arrivée nous obligera à faire un détour. Nous sommes arrêtés en pleine brousse, quelques échoppes occupent le bord de la route et une grosse fumée noire s'élève dans le ciel. Nous pensons d'abord à un accident. Quelques cris se font entendre, mais nous ne voyons rien de plus. Les voitures devant nous commencent à faire demi-tour, le bus avance un peu. Je vois des barricades et quelques pancartes qui me rappellent nos anciens clients du temps où mon papa avait un magasin en face d'une usine SNCF et que les syndicalistes étaient de fidèles clients du rayon gros-rouge-qui-tâche. Une manif. Elle est bonne celle-là ! 

Il faut faire demi-tour, sur cette petite route où les bas-côtés sont excessivement pentus. Après de longues minutes de cris, de gestes, de STOP hurlés en tamoul et cingalais, de roue arrière dans le vide, notre chauffeur réussi enfin à s'extraire de ce bourbier. Nous craignons de devoir retourner au point de départ, mais empruntons un petit chemin poussiéreux qui longe la route à l'intérieur des terres. 
Un chemin compliqué pour une voiture, mais ça ne semble pas effrayer notre conducteur, ni celui du bus qui vient en face de nous. Des passagers descendent pour déplacer un gros tronc d'arbre, les carlingues se frôlent sans jamais se toucher, les manœuvres sont lentes et précises, quand il le faut ces chauffeurs sont très délicats.

Finalement, après une bonne heure nous débouchons sur la route, laissant derrière nous fumée noire et revendications. Et, en à peine 15 minutes, nous arrivons devant l'entrée du parc d'Uda Walawe. Il est 11 heures 45, nous ne savons pas très bien quoi faire puisque le bus continue vers Embilipitiya où nous avions envisagés de dormir. Nous descendons, persuadés que nous allons trouver un logement dans les parages. À peine débarqués un grand gaillard enveloppé dans un polo identifié Crocodile quelque-chose nous demande si nous venons d'Ella. 
C'est la personne que notre barbu et souriant propriétaire a appelé hier soir. Il nous demande si nous voulons visiter des chambres non loin et propose de nous faire faire le safari en fin d'après-midi. Tout s'enchaîne trop facilement aujourd'hui, alors nous profitons de la chance qui nous sourit pour accepter sa proposition. Nous montons à l'arrière de son pick-up 4x4 flambant neuf et partons à fond en direction de l'ouest. Un grand coup de volant et un freinage dans la poussière de cette caniculaire fin de matinée nous signale que nous sommes arrivés. 

Un grand monsieur chauve, réplique vivante de Gandhi, nous accueille et nous fait visiter les chambres. Grandes et presque propres, elles sont négociées à 1500 Rp pour une nuit sans la clim, et il se propose même de nous concocter un délicieux rice&curry aux légumes, arrosé à l'arak pour le souper. 
Si c'est pas du bonheur, ça y ressemble... 

Nous posons nos affaires, le chauffeur nous demande si nous avons faim et nous emmène dans son gros camion à 1 minute de là vers une cantine dont le personnel est aussi souriant que le masque funéraire de Staline. Personne ne daigne venir s'enquérir de nos commandes, alors je me lève et vais me servir dans le frigo de boissons. 

Madame Hopper
Une charmante dame se place dans son petit kiosque, entouré de ses bonbonnes de propane et commence à nous faire cuire des hoppers. Ceux-ci sont excellents et nous en mangeons en quantité industrielle. Hélas, ça ne suffira pas à la dérider et nous découvrons nos premiers Srilankais sans sourire. Nous ne sommes pas surpris outre-mesure, dans deux guides différents il est indiqué que les gens du cru ne voient les touristes de passage que comme des gains éventuels et qu'ils ne feront pas de gros efforts pour être agréables. 
Je confirme. 

Nos fières Bretonnes ne peuvent plus arrêter d'enchaîner les hoppers, ces petites galettes bombées, servies natures ou remplies au choix d'un œuf, de nouilles ou de fruits, souvenir de leur Armorique natale. Rassasiées et heureuses, elles libèrent la cuisinière qui peut enfin retourner à son salon/cuisine/chambre où ses enfants et son gendre ont les yeux rivés sur un écran de télévision blafard dans lequel des couples amoureux chantent et dansent dans des tenues étincelantes. 

Nous revenons à pied à notre demeure, il nous reste un peu plus d'une heure avant le départ du safari. Le simili-Gandhi ne nous parle plus, ni même de nous regarde. Il fume tranquillement dans son salon en louchant sur un match de cricket sans s'occuper de nous. Ce qui nous laisse tout le temps nécessaire pour vaquer à nos occupations, et discuter de la suite du voyage puisque nous gagnons une matinée. 

Enfin à 14h30 le chauffeur arrive et nous libère du vieux bonhomme grincheux. Nous sommes installés sur les banquettes du pick-up en route vers le parc, le vent chaud nous apporte un semblant de fraîcheur, mais dès que le véhicule s'arrête le soleil nous rappelle sa présence. Nous payons le chauffeur et l'entrée du parc et embarquons un guide qui va nous accompagner pendant tout le safari. 

Le parc national d'Uda Walawe couvre plus de 30 hectares et abrite de nombreux oiseaux, quelques 500 éléphants, plus d'un millier de crocodiles, des paons, chacals, buffles d'eau, et quelques léopards. Ces derniers sont si peu nombreux que nous savons d'ors et déjà que nous avons une infime chance d'en apercevoir. 
Guêpier d'Orient
Le guide est sympathique (ça fait du bien) et dès l'entrée du parc, nous tombons sur un éléphant. Probablement un figurant qui s'attend à recevoir des bananes que quelques imbéciles aiment à donner au travers des barrières électriques en dépit de tout bon sens. Notre guide arrête le véhicule à coups de pièce de monnaie frappée sur le cadre de la bâche du pick-up, nous fait découvrir ici un caméléon, là un guêpier d'orient fondant sur ses proies agiles. Un peu plus loin des buffles d'eau aux cornes immensément impressionnantes trempent dans un marigot tandis qu'une petite famille de chacals prend le frais sous l'ombre salvatrice d'un figuier. 
Nous croisons peu d'autres véhicules, et pouvons à loisir nous arrêter pour observer la faune sauvage. Une harde d'éléphants dévore un petit coin de forêt. Ils sont imposants et pourtant extrêmement silencieux. D'un coup de trompe ils arrachent la moitié d'un buisson et enfournent cette méga salade croquante dans leur gueule d'où sort une jolie langue rose et pointue. Leurs grands cils battent coquinement sur leurs yeux jaunes qui nous observent. 

Nous longeons à présent le réservoir qui a donné son nom au parc et qui est devenu un lieu de rassemblement des grands animaux pour l'apéro du soir. Quelques crocodiles, gueule béante, finissent de digérer le dernier repas au soleil. 

Des éléphants ados testent leurs hormones en se poussant de la trompe comme deux écoliers qui font semblant de vouloir se battre pour mieux impressionner leurs copains dans la cour d'école. Je pousse, tu pousses, mais on se frappe pas, ça fait trop mal. 

De l'autre côté du plan d'eau, un grand mâle expose ses défenses, le guide nous informe que c'est assez rare et contredit du coup son affirmation concernant l'absence de braconnage dans le parc. Je lui avais posé la question un peu plus tôt et il m'affirmait que ça n'existait plus, car les gardes étaient très vigilants. Ce dont je doute un peu, car le parc est grand et les barrières électriques ne font pas peur aux humains. 
Nous distinguons quelques formes qui se déplacent rapidement dans l'herbe sèche. Non, ce ne sont pas des léopards qui doivent faire une sieste dans un arbre, mais probablement des chacals dont nous ne distinguerons que la frêle silhouette. C'est un peu plus facile de trouver un éléphant dans cette brousse. Des paons filent devant notre véhicule en faisant onduler leur immense queue prétentieuse. Leurs cris sont caractéristiques, ils sont toujours à la recherche de Léon. Si vous ne connaissez pas le braillement du paon, cette dernière allusion est absolument sans intérêt. 

Au lieu de prendre à gauche vers la sortie, notre chauffeur tourne à droite, en direction d'un petit groupe d'éléphants. Une grosse femelle, occupée à désherber son petit jardin est intriguée par notre troupe et s'approche tout doucement de nous. En tendant la main, je pourrais caresser son joli front bombé. Son œil nous scrute, sommes nous une menace ? 
De l'avis du guide, elle est maintenant trop proche de nous. Un simple coup de trompe pourrait faire des dégâts, alors il fait un geste dans sa direction en émettant un bruit. Elle fait tranquillement marche arrière pour vaquer à ses opérations de jardinage. De l'autre côté de la piste les tantes et cousines prennent soin du petit dernier qui vient de fêter ses deux mois. Les éléphantes se relayent pour surveiller le curieux petit pachyderme que l'on dirait prêt à s'envoler d'un battement d'oreilles. Elles s'interposent toujours entre l'éventuelle menace et le petit ce qui fait un barrage pour le moins efficace. 

Voir des éléphants esclaves d'un cirque, prisonniers d'un zoo, dans un temple, attaché à une chaine trop courte ou, sur un trottoir de Phuket, gavé de bananes données par des touristes pour quelques sous est une chose. Mais en voir des sauvages en liberté en est une autre, et ce bonheur est indescriptible.

Le temps passe vite en bonne compagnie et il est déjà temps de retrouver notre charmant hôte. Nous avons passés presque trois heures dans le parc, et aurions aimé y rester beaucoup plus longtemps. Prendre un cocktail frais au bord du lac, abrités sous des parasols, bercés par les barrissements graves des pachydermes, en contemplant le soleil se coucher sur des pélicans au vol majestueux. Hélas, le trip ''Out of Africa'' n'est pas prévu dans le forfait. 

Retour au Holiday Bunglow comme c'est écrit sur la pancarte. Le chauffeur nous laisse seuls avec monsieur Gandhi qui va nous faire un numéro grandiose de malade imaginaire. À cause d'une sale blessure lors de la guerre de Corée et qui n'a jamais vraiment guéri, il a mal à l'épaule. Gestes éloquents et grimaces de douleur à l'appui il nous fait voir l'éclat d'obus virtuel fiché dans son os, raison pour laquelle il ne peut plus nous faire son rice&curry dont personne ne parle, et pour cause. 

Nous sommes déçus, mais oh miracle, il a une solution. Il nous propose d'aller manger au boui-boui de ce midi, et même d'appeler la matrone pour qu'elle prépare la tambouille. Nous passons commande pour 19 heures et allons enfin prendre une douche. 
À l'heure dite, nous sommes attablés dans la salle à manger et le buffet est prêt. Jamais personne ne s'inquiète de nous, alors nous allons nous pourvoir en boissons fraîches dans le frigo et commençons à nous servir au buffet où la nourriture est présentée dans de beaux gros bols en terre cuite. Riz blanc, dahl, haricots, légumes divers et darnes de poissons flottants dans leur sauce sont au menu. On dirait que ça date de midi, en fait, je crois bien que la cuisinière ne s'est pas trop foulée et a simplement réchauffé les plats déjà au menu de la semaine. Il n'empêche que c'est très bon. 

Nous commandons quelques hoppers à l'œuf et nous régalons en devisant de cette folle journée. Un groupe de locaux investi le buffet et boulotte nos restes, il m'est avis que ceux-ci ne payeront pas pour leur souper... La télé passe bruyamment une sitcom d'un intérêt proche du zéro absolu, (pour rappel -273,15ºC) où un gros moustachu en débardeur moulant jaune assez peu viril,  tente de séduire une brunette à peine pubère. Le papa n'est pas vraiment content de cette situation et le fait bien comprendre au moustachu en roulant de gros yeux. S'ensuit un quiproquo avec le fiancé officiel de la jeune ingénue qui se tortille les mèches de cheveux en poussant quelques soupirs langoureux. Nous on a pas aimé mais les serveuses ont carrément trippé, je crois même que la petite a écrasé une larme sur sa joue rebondie.

Nos sourires s'effacent lorsque la facture arrive. Une somme astronomique au vu des prix payés les jours précédents et de ceux pratiqués en général dans le pays. Nous demandons le détail, mais le peu d'anglais que marmonnait la dame vient de disparaître comme une pelletée de neige sur une plage du sud et la communication devient impossible. 
Fi des arnaques et des arnaqueurs, nous rentrons coucher nos carcasses vidées de leur énergie. À peine allongé, le courant est coupé. Le salvateur ventilateur du plafond s'arrête, il fait une chaleur épouvantable. Soupçonnant Grincheux de vouloir faire des économies, je sors de la chambre et réenclenche le disjoncteur. Le ventilateur peut recommencer à brasser l'étuve dans laquelle nous dormirons finalement très bien.

Martin-pêcheur

.

Jeudi 6 février – Colombo-Kandy, êtes-vous en train de lire un message posthume ?

Nous quittons le havre de paix du Silvikris à 10h30 en direction du terminal des autobus de Pettah. Les sacs à dos calés dans le micro-coffre d'un tuk-tuk nous louvoyons à travers la circulation épouvantable. Il nous faudra 45 minutes pour franchir les 12 kilomètres et payons la rondelette somme de 700Rp (5,95$) avant d'atteindre le chaos de la gare routière. 
Peinant à trouver le bon quai de départ, les passants nous viennent en aide et pouvons enfin monter dans le bus en direction de Kandy. 
Premiers arrivés, premiers servis, nous allons immédiatement déposer nos sacs sur le rebord de la vitre arrière, car il n'y a ni soute à bagages, ni espace de rangement dans le bus. Il n'y a pas non plus de toilettes, alors il faut y réfléchir à deux fois avant de s'embarquer pour 4 heures de virages et résister à l'envie folle de s'hydrater pendant le trajet.

Nous nous posons sur la grande banquette arrière et attendons le départ. Persuadés qu'il sera donné seulement lorsque le bus sera plein à craquer, strapontins centraux et cages à poules sur les genoux compris, nous prenons notre mal en patience. Mais l'horaire de départ est respecté et à 11h45 précise l'équipage s'ébranle.

Après avoir failli monter dans un bus de ligne régulière, moins cher et sans climatisation, je me rends compte que le petit confort apporté par l'air frais est rudement appréciable. La chaleur et surtout les émanations toxiques auraient rendus ce voyage encore plus long qu'il ne le sera déjà.

Le siège est dur comme un matelas thaï, les genoux coincés contre le dossier avant et les coudes collés au corps, seuls mes poignets et trois doigts peuvent se mouvoir maladroitement sur le clavier du iPad. L'avantage c'est qu'en 4 heures de voyage j'aurais largement le temps de corriger mes fautes de frappe.
Nous payons le billet 310Rp (2,75$), frayeur inclue.

Un accident serait facilement envisageable, mais à la vitesse à laquelle nous roulons au moins on aura le temps de le voir arriver.
C'est un petit peu n'importe quoi, mais, comme les milliers de poissons d'un banc qui bougent à l'unisson sans prendre le temps de se consulter, les chauffeurs semblent communiquer entre eux sans se parler, ni même se voir.

Dans une côte, à l'entrée d'un virage en épingle sans visibilité, notre bus double un camion-citerne aux cuves pleines d'essence qui double un tuk-tuk, pendant qu'un autre autobus nous double en klaxonnant alors qu'en face arrive un gros pick-up en train de doubler un tuk-tuk.
Les véhicules passent si près de ma fenêtre que je suis capable de lire la correction gravée dans les lentilles de contact des chauffeurs. Je crois que je viens de remplir ma couche.

Alors, dès que nous passons devant un temple, une mosquée ou une église, de quelque confession qu'ils soient, je lance un appel silencieux vers l'entité qui voudra bien m'entendre. Que tous les dieux fassent fi de mon athéisme, je brûlerais des cierges, de l'encens, des pneus ou n'importe quel combustible qui puisse apaiser les colères divines. 
J'aimerais juste mette un peu d'ordre dans mes affaires avant de trépasser. L'essieu arrière sur lequel nous sommes assis, geint lugubrement, lui aussi aimerait trouver un peu de repos.
En levant les yeux de mon écran je vois les têtes des passagers endormis aller et venir au gré des virages et je me dis que je m'en fais pour pas grand-chose. N'empêche que j'ai hâte d'arriver et de déplier ma jambe droite que je ne sens plus depuis quelques heures et qui menace de gangrener.

Enfin, au bout de trois heures et demie de rodéo notre monture s'ébroue devant le marché de Kandy. Notre chemin de croix vient de prendre fin, la prochaine fois on essaye le train.
La mafia des tuk-tuk nous prend pour des citrons alors nous quittons la foule des voyageurs et trouvons un chauffeur solitaire et désœuvré qui va accepter le prix conseillé par la charmante propriétaire du St Bridget's que j'ai eu au téléphone la veille pour confirmer ma réservation. En 10 minutes et 250Rp nous sommes dans notre petite chambre. Je crois qu'après le surclassement VIP de la veille toutes les futures chambres nous sembleront minuscules. On  s'habitue vite au luxe !

Le temps de déposer nos bagages et nous voilà en route, à pied cette fois-ci vers les rues de Kandy. Finalement ce n'est pas très loin et nous n'avons pas de gros sacs à dos à transporter. En une quinzaine de minutes nous arrivons et pouvons commencer à découvrir cette ville des montagnes.

La température est parfaite, l'humidité de la côte a laissé la place à une relative fraîcheur et l'air est plus doux. La climatisation est une option inutile.
Le marché entraperçu tout à l'heure nous ouvre ses odorantes portes. Passés les marchands de fruits et épices, ce sont les bouchers qui écœurent nos sens visuels et olfactifs. La barbaque pend aux crochets et rien ici n'est appétissant. Nous sommes en fin de journée, la viande est aussi fatiguée que nous, et comme ça fait dix minutes que je retiens ma respiration il est grand temps de fuir ces miasmes.
Le lac nous réconcilie avec la vie et un excellent expresso aura tôt fait de réaligner nos chakras.

Quelques déambulations dans les rues plus tard, nous négocions avec le sourire le prix de notre retour au St Bridget's. Ce soir nous avons commandé leur fameux rice and curry que beaucoup de voyageurs plébiscitent. Nous ne serons pas déçus. 
En compagnie de quelques voyageurs alémaniques égarés nous dégustons ce riz accompagné de divers petits plats. Moi qui croyais finir avec un gros bol de riz en sauce curry, je suis agréablement surpris. Des lanières d'aubergines grillées, des haricots au lait de coco, des pommes de terre, du poulet légèrement épicé, des carottes au cumin, des galettes frites de poisson trônent autour d'un énorme plat de riz qui eut suffi à nourrir toute l'assemblée, mais c'est juste pour nous. Et en plus ils nous en ramènent un bol histoire de pas paraître trop cheap. L'estomac plein nous remontons dans nos quartiers et finissons de tasser toute cette nourriture en changeant encore une fois de plan de route. Sur les conseils du propriétaire des lieux nous n'irons pas sur la côte Est qui en cette saison est balayée par les vents et les vagues. Nous ne sommes plus à un changement près…


 
.
Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...