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Lundi 24 février – Bentota, balade au Brief Garden

Le lundi c'est jour de marché aux légumes à Bentota. 
Nous n'avons que le pont à traverser, tourner à droite et nous voilà au sein de l'animation de la rue qui mène à la place du marché. Sur les trottoirs sont étalés des centaines de produits provenant des magasins alentours. De la quincaillerie, de la vaisselle, brosses, râpes à coco, couteaux, machettes, etc. De quoi apporter le sourire à la ménagère bentotienne. 
Au bout de la rue les couleurs et les odeurs des légumes frais nous font de l'œil. Dans des camions entièrement tapissés de feuilles de bananiers sont stockés des dizaines de régimes de ce même fruit. Depuis notre arrivée au Sri Lanka, nous sommes étonnés de la profusion quasi-industrielle de bananes de toutes formes et de toutes couleurs et des noix de coco jaunes, la ''King Coconut'' qu'on appelle ici Thambili. Plus sucrée que sa congénère verte, les Srilankais la surnomment ''pharmacie vivante''. 
Et on en trouve effectivement absolument partout. Des kiosques vendent cette noix de coco royale sur toutes les routes, tous les chemins, n'eussent-il qu'un seul passant par jour. Évidemment, son eau fraîche, limpide, mais surtout stérile est utilisée en médecine ayurvédique. 
Dans la plupart des épiceries, son eau est conditionnée en brique pour un usage plus pratique. Traîner une grappe de noix de coco sur le dos ça commence à devenir compliqué. Par contre, ça fait des décorations magnifiques. 

Il n'y a aucun touriste à cette heure matinale et les commerçants finissent de présenter leurs légumes comme pour un concours agricole. Je n'ose imaginer la merveille que serait-ce pays déjà magnifique, si le même souci du détail était appliqué à la vie quotidienne. Chaque chose en son temps... 
Quelques kiosques en bord de fleuve exposent leurs poissons séchés et certains filets sont très appétissants. Poireaux et aubergines rivalisent de leurs longueurs avec les cagettes de tomates, petits oignons verts face aux gros choux pommés, ronde de salade verte ou rouge, choux chinois, bok choy, courgettes jaunes, poivrons rouges, haricots rouges, choux-fleurs blancs, choux raves pistache, herbes aromatiques, concombre-serpent, tout est ravissement des yeux et des sens. Les fraîches odeurs de ces légumes embaument l'air poussiéreux de cette matinée qui s'annonce chaude, les marchands répondent à mes questions avec plaisir. Je ne me souviens plus de toutes les réponses, mais ce n'était pas essentiel. 

Bien sûr un ou deux passantes tentes de nous emmener au bazar, qui n'est autre qu'un ramassis de souvenir cheap dont ils tirerons une commission si une vente se conclut. C'est le jeu, mais il faut savoir s'en débarrasser rapidement. Nous profitons de cette sortie en ville pour repérer la station des bus. Nous pourrions le prendre sur le bord de la route devant notre hôtel, mais en venant à la gare routière, nous serons assurés d'avoir de la place pour nos sacs et nos corps. 

Après un rapide passage au petit bureau d'information touristique qui ne nous apprend pas grand chose de plus que nous n'ayons découvert par nous-même ces deux derniers jours, nous montons dans un tuk-tuk en direction du Brief Garden

Ce jardin conçu par Bevis Bawa, hédoniste géant de 2 mètres, frère aîné de 10 ans du célèbre architecte Geoffrey est situé à dix kilomètres dans les terres. Ancienne plantation d'hévéas, le père de Bevis l'acquis en 1929, après une brève transaction d'où son nom de Brief. Le trajet aller en tuk-tuk coûte 500 Rp et l'entrée du jardin est de 1000 Rp. Nous ne savons pas encore comment nous allons repartir puisque nous n'avons pas demandé à notre chauffeur de nous attendre. Nous avons eu des doutes lorsque le petit trois roues s'est engagé dans des chemins défoncés de gravier et de terre. Comment se peut-il qu'un lieu touristique soit aussi mal desservi ? Mais après quelques minutes de cahotement, nous arrivons devant le majestueux portail dudit jardin. 

Il y a beaucoup de véhicules sur le petit parking, le gardien que nous avons appelé à l'aide de la magnifique cloche en fer forgé de la porte principale, nous informe qu'un shooting photo a lieu en ce moment, mais que nous pouvons visiter à notre guise tout le jardin. 
Nous ne savons pas grand chose du fameux Bevis, mais rapidement nous nous doutons qu'il eût un goût certain des belles choses. Son jardin est un havre de paix, une forêt de Mowgli perdue loin de tout. Les plantes y poussent follement, parfaitement entretenues par quelques jardiniers souriants. La terrasse supérieure près de la maison est occupée par toute une équipe de photographes et quelques figurants richement vêtus d'habits de cérémonie. Le buffet est prêt à servir, nous avons faim. 

Contrairement aux prédictions, il n'y a aujourd'hui aucun moustique, mais je n'ose imaginer ce qu'il en est lors de la saison humide. La visite du jardin se termine avec celle de la maison. Accueillis par le gardien, nous faisons le tour des pièces magnifiques. Les ouvertures font entrer la végétation, le vent peut traverser la bâtisse, la pluie reste dehors. 

Nous comprenons à présent la présence de quelques sculptures équivoques. Le grand Bevis était gai ! 
Lecteur homophobe quitte tout de suite ce blog, les prochaines lignes vont sérieusement te choquer. 

Des tableaux, peintures et croquis, des œuvres abstraites et des aquarelles nous informent sans détour des penchants de l'artiste. Dans un pays qui (officiellement) réprime l'homosexualité, le statut de famille noble et la richesse des Bawa, ainsi que l'isolement de cette maison peut expliquer que personne n'ai jamais voulu déranger l'artiste. Le maître des lieux pouvait en toute quiétude organiser de folles orgies dans sa propriété. 

Bevis Bawa
Le tableau où il trône, tel un empereur romain, verre de whisky à la main, entouré de ses mignons jeunes garçons est sans ambiguïté. Dans le jardin arrière, un joli bassin et de viriles statues en pierre donnent le ton et l'on essaye de s'imaginer ce que pouvait être le quotidien débridé de cet ancien Capitaine d'Infanterie de Ceylan. 

Nous n'aurons finalement pas droit au buffet et nous asseyons sur les marches, à l'ombre d'un immense palmier, pour nous sustenter des ''en-cas'' aux légumes achetés dans un hôtel avant de partir. 
Ah oui, dans un hôtel, on peut aussi manger. Mais pas dormir. Enfin, on peut dormir dans un hôtel et y manger, mais ce n'est pas le même hôtel. Tout ça pour dire qu'un hôtel au Sri Lanka c'est aussi et juste un restaurant... 

Nous quittons la jungle enchantée et nous retrouvons comme deux perdus sur un chemin à des lieux de toute civilisation. Aurions-nous du garder notre chauffeur ? Au milieu de nulle part, nous goûtons au calme et à la sérénité. Sur la terrasse d'une maison, une maman et sa mignonne petite fille nous font des coucous. Je pioche une sucrerie achetée ce matin au marché, et en offre au bout de chou tout sourire, c'est bon de distribuer de la joie. 
Un monsieur derrière une planche et sous un toit en tôle vend des bouteilles d'eau, plus besoin de rationner les deux dernières gorgées de celle que nous économisions depuis dix minutes en prévision d'une traversée du désert. Pour finir, un tuktuktuktuktuk caractéristique nous informe que nous n'allons pas rentrer à pied. Le chauffeur nous demande 300 Rp pour nous ramener à la gare routière, ce que nous acceptons sans discussion. 

La sortie des écoles d'Althugama nous offre le spectacle de dizaines de jeunes enfants en uniforme. Les couettes noires des filles se balancent au rythme des courses et les garçons préparent quelque mauvais coup avec le sourire. Toutes les mains se secouent pour nous dire Hello, byebye

L'après-midi reverra notre présence sur la magnifique plage en face de l'hôtel Avani, mais comme promis, nous ne mettrons rien d'autre que nos plantes de pieds sur le sable. Un banc servira de chaise longue et je profiterais pendant deux heures des vagues et de l'eau chaude de l'océan Indien. 

La Café aura raison de notre appétit ce soir, le petit bonhomme est de plus en plus heureux de nous y voir. La fréquentation de son minuscule établissement nous conforte dans notre choix. 

Si c'était mauvais il n'y aurait certainement pas un ballet incessant de clients. 

Bevis Bawa Brief Garden house

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Dimanche 23 février – Bentota

Talitrus saltator
Il en fallait une, ce sera celle-là... La pire nuit de notre voyage. 
Sans moustiquaire, et pourtant, nous avions mis un tortillon avant de nous coucher, les petits insectes s'en sont donné à cœur joie. 
J'ai l'impression d'avoir passé la nuit dans un centre de transfusion, alors que je n'y ai même pas droit. 

Dès le réveil, je demande au personnel de nous installer une moustiquaire, ce qui sera fait dans les minutes suivantes. Mais ces piqûres sont intenses. Les impacts gros comme des trous d'obus, durs et grattent à s'en arracher la peau. 
Ce n'est pas normal, j'ai souvent été piqué, mais ça ne dure jamais. André a les jambes tellement attaquées qu'elles sont déformées. La peau boursouflée et l'envie de se mutiler commencent à jouer sur son humeur. On dirait qu'un Alien est en train de naître dans ses gambettes. Une pizza trop garnie et trop cuite pousse en dessous de ses poils. 

Je vais rapidement vérifier sur internet, enfin aussi vite que la connexion merdique de l'hôtel le permet, car j'ai un doute. J'ai subi exactement la même chose à Koh Lanta, avec toutefois un peu moins de virulences. 
Ce sont des puces de sable, la fameuse Talitrus saltator. Sale petite bestiole laide qui se cache dans le sable et profite d'un pauvre corps allongé pour s'en repaître et le faire souffrir de longues semaines. 
Les piqûres sont particulièrement urticantes et grosses. Contrairement à celles des moustiques qui démangent quelques minutes, les puces de sable laissent un souvenir impérissable pendant plusieurs jours, voire semaines. Finalement, nous envions maintenant les riches touristes de l'hôtel Avani qui sont protégés par leurs chaises longues. Promis, plus jamais de serviette directement sur le sable, et encore moins jouer à l'escalope panée en se roulant dans le sable d'une plage abandonnée. 

Mise à jour : finalement talitrus saltator est inoffensive... C'est LUI le coupable !

Notre quête, ce matin est de trouver une crème idoine. Plusieurs petites pharmacies vendent tout et n'importe quoi le long de la route. Difficile d'expliquer ce que nous voulons à des apothicaires qui ne parlent pas anglais ou alors aussi mal que nous. 
André montre ses gambettes boursouflées et moi, je mime une grosse puce affamée. Si cela ne fait pas avancer notre recherche, ça a le mérite de faire rire les commerçants et leurs clients. Enfin un pharmacien nous propose plusieurs crèmes qui sont annotées en anglais et où l'on peut distinctement lire les mots cortisone et antibiotiques. 
Sauvés ! 

L'application de ce baume sera un soulagement et le temps de guérison sera plus court que mes tartinages de potion magique trouvée dans une officine illégale de Koh Lanta. 

Pas question de mettre un pied à la plage aujourd'hui. De toute façon, le ciel est couvert et la météo prévoit des averses à 14 heures. Comme prévu, à 14 heures, il pleut, les météorologues Srilankais sont incroyables. 

Avant cela, nous voulons aller jeter un coup d'œil au très fameux Villa Cafe, une autre merveille signée Geoffey Bawa. Si notre accoutrement peut laisser à désirer, nous serons toutefois très bien reçus par le responsable de l'accueil, qui nous introduit sous le grand plafond de la salle à manger. On ne sait jamais qui peut se cacher sous des haillons. Princes ou voleurs ? 

Là pour le coup, ni l'un, ni l'autre, seulement deux curieux qui veulent boire un café hors de prix dans un décor enchanteur. 
Les autres clients ne sont pas du même monde. Les nounous Philippines s'occupent d'enfants qui se demandent qui sont ces personnes qu'ils doivent appeler papa et maman. Pour ces gens d'affaires, la course au repos est commencée et ne devrait pas durer plus d'une semaine. Branchés en permanence sur un téléphone ou un ordinateur. La détente est une occupation de pauvre. 

Nous faisons un tour rapide dans les pièces avoisinantes en nous extasiant de la décoration et de l'architecture en jouant au chat et à la souris avec le discret gardien qui finira par demander aux deux dames devant nous de quitter les lieux. Adieu monde inaccessible. 

L'immense plage noyée sous les vagues ne finit plus de s'étendre. Un bateau aux plats-bords cousus est échoué, et semble attendre une prochaine marée pour affronter l'océan. Nous remontons sur la route et tombons complètement par hasard sur un magasin que je cherchais depuis hier et que personne ne semblait connaître. 
La boutique Chaplon est là, devant nous et nous ouvre grandes ses portes. Le personnel, désœuvré, nous attendait avec impatience et n'aura de cesse de nous faire sentir, goûter et expliquer tous les thés vendus dans leur superbe boutique. 

Les différentes régions de productions, Dimbula, Nuwara Eliya, Uva, Kandy et les grades des thés. Du OP (OP pour orange pekoe, qui n'a rien à voir avec l'agrume, mais avec la famille Oranje régnant aux Pays-Bas au XVIIe. Pekoe est une déformation du mot chinois Bai Hao qui signifie duvet ou bourgeon). Les feuilles brisées (B pour broken) que l'on retrouve le plus fréquemment dans nos tasses : BP, BOP, BOPF, FBOP etc. Et pour finir le grade D, pour dust, la poussière de thé qui remplit les sachets industriels. 

Tout un monde très intéressant dans lequel j'aimerais passer plus de temps, mais c'est précisément ce qui nous manque. Alors nous choisissons avec l'aide d'un vendeur souriant, les thés les plus susceptibles de nous rappeler tous ces moments lorsque nous serons rentrés chez nous et que l'hiver aura des soubresauts particulièrement désagréables. 

Le passage à la caisse est un autre instant surprenant. La somme demandée est tout simplement ridicule, je dois avoir une drôle de tête puisque la fille rigole et me demande si j'en veux d'autre. Les seuls thés vraiment chers sont les thés blancs : golden et silver tips, formés des bourgeons terminaux (pekoe) des plants. Ceux-ci sont roulés, s'imprégnant du suc des feuilles et subissent des séchages et des maturations différentes. 
Du thé très haut de gamme, du T majuscule.

Sur le bord de Galle Road très passante, un vendeur d'agrumes nous fait goûter à ses petites clémentines. Elles sont délicieuses, très juteuses, sucrées et sans pépins. Nous lui achetons un sac pour lequel il demande 200 Rp. Pourtant sur le carton au-dessus, il est bien indiqué 500 grammes pour 150 roupies. Je ne sais pas lire le cingalais, mais les chiffres sont les mêmes que les nôtres. 
Je lui montre son panneau, il me répond quelque chose d'incompréhensible, et sert un autre client pressé. Qui prend la même chose que moi, donne 200 Rp et qui reçoit discrètement un billet de 50 en retour. J'attrape le bonhomme pour lui demander des explications et comme par hasard il ne parle plus du tout anglais. 
Quelle coïncidence, il a le même problème que nos amis épiciers Gallois et le vieux schnock de Mirissa... 
OK ce n'est pas pour 50 malheureuses roupies froissées que je vais me ruiner, mais ça commence à bien faire les petites arnaques merdiques. 

Alors, je me venge, retourne son étal d'un coup de pied sur les rails de chemin de fer alors que l'alarme du passage protégé retentit et que les barrières descendent. 
Un train arrive au loin. 
Il me maudit et court après sa marchandise sans entendre le sifflet de plus en plus énervé du conducteur. Le conducteur de la locomotive actionne le frein d'urgence. Des étincelles jaillissent sous les roues métalliques dans un feu infernal. Le vendeur tourne la tête, trop tard... 

J'ouvre les yeux, le soleil brille à la lisière d'un magnifique nuage noir, je mange mes clémentines goulûment et espère que les 50 roupies pourront aider ce vieux bougre. 

La pluie commence à tomber. Il est effectivement 14 heures. Une petite pluie fine de rien du tout, mais qui nous donne une excuse pour entrer dans un restaurant dans lequel j'ai très bien vu une vitrine remplie de desserts. La très  jolie propriétaire se fera une joie de me servir un kiribath (kiri pour lait, bath pour riz) à la noix de coco et au miel. Un pur délice de petite bouchée gourmande. Les autres desserts sont tout aussi appétissants, des roulés frits au miel, des carrés enveloppés de graines de sésame, watalappam, mung kavum, je les veux tous ! 

Le crachin s'est maintenant un peu plus affirmé. C'est la première fois qu'il pleut de tout notre voyage, et les Srilankais sont aux anges, car il n'y a pas eu une goutte depuis de trop longues semaines. Dans le sud aux alentours de Mirissa, les propriétaires de guesthouses avaient la crainte de devoir couper l'eau durant la journée pour l'économiser. Ce qui ne semblait pas préoccuper le moins du monde les grands hôtels qui usent et abusent de cette précieuse ressource. 

Un petit kiosque vend de beaux fruits dont les étonnantes et très goûteuses bananes rouges. La Rathambala est une banane courte et épaisse, avec une chaire crémeuse, sucrée et un peu rose. Loin de la fadasse Cavendish qui domine nos étals pour un prix ridiculement bas et dont la culture empoisonne une grande partie de l'hémisphère sud, les bananes srilankaises sont des concentrés de goût et de saveurs. 
Les prix sont à l'avenant, les consortiums internationaux n'offrent pas les subventions auxquelles ont droit les producteurs les plus riches d'Amérique du Sud. 
Un groupe slave ordonne et commande des fruits et remonte dans leur taxi au grand soulagement des vendeurs. Le nom Canada (désolé, j'ai essayé Québec, en vain) fait encore son petit effet. 
Non madame ce n'est pas du tout à côté de la Germany... 

Un chauffeur de tuk-tuk qui nous suit depuis un petit moment vient nous dire qu'il nous attend de l'autre côté de la route, à coté du Spa ayurvédique. Je lui dis que ça va aller et que je pas besoin de ses services, merci. Il attend quand même. 

Nos achats conclus, nous traversons la route pour voir ce qui se cache derrière ces grands murs en pierre. Le chauffeur surgit de la porte et un grand jeune homme aux cheveux longs est à ses côtés. 

Étudiant en médecine ayurvédique il apprend les techniques de massage. Il ne nous force pas à entrer ou à acheter quelque service que ce soit. Simplement parler, échanger à propos de nos pays, nous demander ce que nous pensons de son île sublime. 
Le chauffeur trouve que ça traîne en longueur et nous incite à prendre des soins. Évidemment, la commission devrait être à la hauteur de ses services. Nous déclinons poliment et avec le sourire. Il veut maintenant nous emmener dans son véhicule à notre hôtel, mais la pluie cesse. Il demande 250 Rp, je lui dis que je payerais au maximum 100 et il descend à 150. 

D'un coup, il perd patience. Nous invective en nous disant que nous avons acheté des thés hors de prix chez Chaplon dont il reconnaît le sac, nous parle des bananes rouges qu'il sait chères, que nous avons les moyens, etc. 

Il nous parle bêtement, mêlant plusieurs langues dont quelques mots d'anglais, sous le regard amusé et un peu étonné du futur docteur. Étonnement, je reste calme. Avoir visualisé une version tropicale du Ben belge qui, pour un oui ou un non se laisse aller à ses pulsions primaires, me rend zen. 
Je dis au monsieur avec le sourire que ce n'est pas la peine de s'énerver, que j'ai toujours parlé calmement et gentiment et qu'il a très mal choisi ses arguments de vente. Je salue le grand chevelu et nous partons, à pied, sous la bruine de chaleur qui vient de remplacer la pluie. L'énervé essaye encore de nous convaincre en nous suivant, mais nous l'ignorons. Renforcement positif. 

De retour dans notre chambre, nous écrasons le petit tube de 5g de crème pour soigner nos horribles piqûres et souperons dans un tout petit boui-boui, La Café, qui n'a probablement jamais vu grand touriste et dans lequel nous sommes merveilleusement accueillis. Pour 580 roupies (4,90$) nous nous régalons de deux gros kottu roti aux œufs et légumes, arrosés d'une grande bouteille d'eau. 

Nous venons de découvrir notre cantine pour le restant du séjour à Bentota.

 
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Samedi 22 février – Galle-Bentota

Il est 6h45, nous accompagnons les filles au coin de la rue pour leur dire au revoir avant leur dernier voyage en direction du nord de Colombo. Demain matin, elles doivent prendre un avion en direction de la France. Nous avons passé 10 jours avec elles et un lien s'est bien évidemment créé. 

Voyager en groupe peut présenter des avantages lorsqu'il s'agit de négocier le prix des chambres ou surmonter les galères inévitables. Passer plusieurs journées ensemble, se raconter nos différentes aventures de vie, échanger des trucs et astuces, avoir le courage de franchir les portes des maisons s'est fait plus facilement en groupe. 

Notre aventure commune de l'ascension de l'Adam's Peak et surtout l'humeur et les caractères compatibles de nos compagnons de route ont fait de notre rencontre une réussite de tous les jours. À notre surprenant et adorable ami coréen Woo, à l'infatigable et curieux Youcef, au serein voyageur Alex, à Fanny ''Dion'' qui a presque surmonté son dégoût des draps douteux et à ma ''fille'' la calme Tiphaine aux yeux bleus, nous tirons notre chapeau et disons un énorme merci pour tous ces échanges géniaux. 
Nous leur souhaitons à toutes et tous d'autres magnifiques voyages, de belles rencontres, et serons heureux de leur faire découvrir notre Belle-Province.  

Sept heures, il est temps de nous dire adieu, et bon voyage. C'est la séquence émotion, alors nous les renvoyons vite fait dans la cohue de la gare routière et retournons à notre chambre. Ça fait bizarre de se retrouver en tête à tête. 

Le Serendepity nous accueille pour notre dernier repas à Galle. Je me gâte avec un hopper aux fruits débordant de mangue, banane et ananas recouverts d'un filet de miel et commande un curd, dont je suis devenu dépendant. 
De l'autre côté de la rue, un marchand de poisson apprête des filets sur une planche posée à même les pavés, tout en offrant les entrailles à un chat qui connaît le truc. 

Un bol carré rempli de quatre grosses cuillerées de curd arrive, accompagné d'un petit pichet de kithul treacle. J'y plonge ma cuillère, la porte à ma bouche et entends une musique céleste.   

En fermant les yeux, je vois très nettement l'image d'un Paradis idéalisé comme sur les images de notre enfance. Un Jésus lumineux et souriant, sexy dans sa robe blanche immaculée nous accueille, les mains tendues. Des brebis sautillent autour de Lui dans un décor de carte postale... Je viens d'offrir un orgasme à mes papilles gustatives ! 
Ce curd est un condensé de ce qui peut se faire de meilleur en matière de...curd. Il est onctueux, frais, fond en bouche comme un nuage de plaisir. Le kithul apporte son sucré d'arbre, comme un très bon sirop d'érable, ce petit-déjeuner est une réussite totale. 
N'importe quelle facture fera l'affaire.  

Le serveur m'explique d'où vient ce curd, je ne comprends rien si ce n'est que c'est un produit spécial, genre qualité supérieure. Suprême. 
Je peux sans hésiter affirmer que le Serendepity offre le meilleur curd de tout le Sri Lanka.  

Il est temps de plier nos affaires et d'aller prendre un bus en direction du nord. La gare de Galle est un point très important de passage, les départs sont nombreux et variés. D'ici partent des bus directement pour Colombo via la toute nouvelle voie rapide, à l'intérieur des terres. Ils mettent en général 1 heure à 1 heure 30 pour rejoindre la capitale. Mais, nous nous arrêtons 65 kilomètres avant la métropole et prenons le bus lent qui longe la côte. 

Pour 85 Rp en une heure et demi, nous sommes à Bentota et cherchons immédiatement une chambre. Une affiche indique le Serena bar, restaurant and hôtel où, après une rapide négociation et un simili-faux départ nous arrivons au prix de 3 500 Rp. Trois nuits plus tard, lors du règlement, plus personne ne se souvient du prix offert et je confirme que nous avions décidé de 3 000. Il n'y a plus de petites économies...  

Cet endroit est sympathique en bord de rivière, qui est en réalité un fleuve et surtout le personnel nous aimera beaucoup plus que leurs clients habituels. Depuis Galle, les stations balnéaires au sud de Colombo sont littéralement envahies par les Russes. Meute touristique vociférante et autoritaire qui exige et ne remercie jamais, ils seront bientôt honnis de tous s'ils n'apprennent pas rapidement les bonnes manières. En fait non, ils sont déjà pas mal détestés, leur simple évocation fait soulever les sourcils et disparaître les sourires des plus endurcis des commerçants Srilankais. Nous constatons par nous-même que leurs manières sont haïssables, je serais personnellement parfaitement incapable de faire le boulot des serveurs qui ont à faire à cette clientèle, que ce soit ici où, comme nous le verrons dans quelques jours, en Thaïlande.  

Nous quittons l'endroit à la recherche d'informations et éventuellement d'une piaule moins chère. En nous perdant dans les chemins du bled, sans plan ni renseignements, nous tombons sur un petit restaurant salvateur. Nous commandons deux riz frits pour moins de 3$. Nous ne nous attendions pas à recevoir deux grands plats de riz aux légumes, qui eurent pu nourrir une famille affamée.  
Rassasiés, nous roulons jusqu'à la plage immense et vide où nous poserons nos corps pour le restant de la journée. Les vagues sont nettement moins imposantes que dans le sud, l'eau est chaude et le sable doux à nos pieds.  

Le gazon parsemé de chaises longues de l'hôtel Avani nous nargue de son opulence, mais la moyenne d'âge et l'attitude des clients nous confortent dans le choix d'un paréo douteux et d'une croûte de sable collée à la peau.  
L'hôtel est magnifique avec son interminable toit en tuiles rouges. Il est l'œuvre du très célèbre et immensément prolifique architecte Srilankais Geoffrey Bawa.  Le gardien regardera ailleurs lorsque nous irons nous rincer à leur très agréable douche après notre baignade.  

Épuisés par une autre superbe journée de voyage, nous regagnons notre hôtel d'où nous ne bougerons plus.

Initiés par Woo au fameux Korean Power

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