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Mercredi 10 février – De Kalaw à Shwe Nyaung – Y a du tangage, y a du roulis...

...Y'a des coups d'chiens, y'a des tempêtes. Mais comme on est pas des mauviettes, de tous les métiers, c'est le plus joli… 

Prendre le train au Myanmar est toute une expérience. 
Mais avant d'embarquer, il faut acheter le billet. À 10h c'est pas l'heure, le chef de gare a dit 11 heures. 

Un autobus de retraités arrive, ils n'arrivent pas, ils recouvrent, ils inondent, ils tsunamisent !
  • Jean-Claude ! Jean-Claude ! Jean-Clauuuuuuuude ! Ah, mais, Jean-Clauuuuuuuuuuuude ! Mais enfin, il entend pas ? Bon va falloir que je me lève de mon siège pour aller le chercher. 
  • Madame, ça vous dit d'arrêter d'écrire au pinceau sur vos sacs de choux pour que je puisse enfin faire une belle photo ? 
  • Monsieur, prenez vos jolies boites à lunch en alu et prenez la pause. Super, merci.
  • Ah oui, moi aussi, je veux la même photo, monsieur, reprenez vos boites. Mais il comprend pas ? Bon, je vais prendre les boites dans son sac et les lui mettre dans les mains, je vais finir par l'avoir cette photo naturelle qui fera sensation à mon retour. 
  • On pourrait pas réveiller un peu votre petite fille pour qu'elle sourie, je veux faire un selfie avec vous. 
  • Ah non, hein, on avait dit un chocolat de l'un OU de l'autre, pas un de chaque, y en aura pas pour tout le monde sinon. 
  • Bon, on les distribue ses sacs de pique-nique ? Le train va arriver et après ça va être trop compliqué, on sera tous séparés. 
  • Comment ça mes tranches de pain touchent à mon orange dans le même sac, mais c'est pas du tout hygiénique ça ! 
L'assistant du chef de gare me fait un signe discret d'entrer dans le bureau. Ils me vendent deux billets Upper Classe pour 2 300 K, et me souhaitent bon voyage, avec compassion.
Dans 30 minutes la vente officielle va commencer, et il y aura beaucoup de monde impatient.

Je vais prendre un peu l'air, loin de cette cacophonie et ce verbiage inutile, faire quelques sourires à ce jeune homme aux reins cassés sous les tonnes de choux qu'il vient de déposer sur le quai. Salue la vendeuse de cigarillos et caresse la joue dodue d'un enfant qui me regarde avec des yeux gros comme des soucoupes à café. 

Le train arrive, c'est la cohue. 
  • Non, mais pourquoi il s'est pas garé devant le quai ? Je pourrais jamais monter mon gros cul là-haut, les marches sont trop hautes, mais ils ont pensé à quoi ? Jean-Clauuuuuuuude vient m'aider ! 
La chance nous sourit, aucun de ces touristes n'a pris de siège en Upper Classe, seules deux personnes sont assises à nos places, et nous nous faisons le plaisir de leur montrer nos numéros pour les récupérer. 
Le train part, coups de sifflet, signes de la main, secouage de fanion, un vrai documentaire sur les trains anciens. Les wagons s'ébrouent, mais, rapidement, rebondissent de rail en rail, c'est complètement hallucinant. 

Je ferme les yeux, et me retrouve sur un galion chargé d'épices en route vers les vieilles Europes. Les membrures souffrent dans le gros temps, ça roule, ça tangue, ça gémit. 
Nous sommes brinquebalés de bâbord à tribord, les vagues frappent la coque, rageuses de ne pouvoir nous éventrer. Ce vieux rafiot ne coulera pas, il est construit solide et n'est pas à son premier voyage. Mais il faut avoir l'optimisme chevillé au corps ! 
En Upper Classe, les sièges sont confortables et rembourrés. Jean-Clauuuuuuuude et ses amis sont sur des bancs en bois, immersion totale et très probablement plaintes en cascades. 
Ma voisine espagnole parle à sa guide comme si elle était sa domestique. Mon voisin français coupe la lecture de sa femme toutes les 5 secondes pour lui montrer quelque chose à l'extérieur, ce qui ne l'intéresse pas du tout. 
Nous stoppons dans une gare, les vendeurs se promènent entre les trains, j'achète des rouleaux aux légumes à une dame, c'est gras, c'est bon. 

Des sièges se sont libérés, je profite de cet espace pour m’asseoir seul, face au paysage qui monte et descend au rythme de la houle. 
Dire que la campagne est sèche est exagéré. Il n'y a rien de vert si ce n'est la peinture de la cabine. 

Enfin, après trois longues heures, nous arrivons en gare de Shwe Nyaung, qui est le grand carrefour de ce coin de pays, pour les trains et les autobus. Nous trouvons rapidement un taxi, négocions le prix de 10 000 à 6 000 K et roulons vers Nyaung Shwe la ville porte d'entrée du lac Inle et qui, étrangement est l'inverse de notre ville d'arrivée. 
Passage obligatoire par le poste de péage de 10 euros/US$, ou 12 000 K par personne.

Enfin, nous arrivons, au Little Inn, la guesthouse où nous avons pris soin de réserver par courriel depuis quelques jours. Bien nous en a pris, car c'est complet. Et il en va ainsi pour la plupart des logements, surtout ceux à bons prix comme le nôtre où la chambre double est facturée 20$US. 

L'accueil est chaleureux, notre chambre assez basique, mais dans l'ensemble, c'est correct. Par contre, nous nous rendrons compte assez rapidement, que si les murs sont épais, il en va autrement des plafonds. 
Toutes les chambres communiquent par le toit, et ce qui se murmure deux ou trois chambres plus loin est parfaitement audible. Nous en aurons confirmation le 14 au matin, par quelques soupirs lascifs de St Valentin. 

Nous partons à la découverte de cette petite ville, visitons rapidement le marché en train de fermer et, fatigués revenons à notre petite chambre agrémentée du tintinnabulement des clochettes des stupas voisins de notre fenêtre. 

Cette journée se terminera avec un délicieux repas indien, à l'étage un peu branlant du restaurant Vindaloo voisin.

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Mardi 9 février – Kalaw – Par monts et par vaux

Alentours de Kalaw
Ce matin, nos jeunes serveuses sont un peu débordées par la horde slave qui vient de débarquer. Mais tout rentrera rapidement dans l'ordre avant notre départ pour cette journée de randonnée. 

En arrivant chez Sam's, nous avons la bonne surprise d'apprendre que nous serons finalement cinq à faire la balade. Il nous en coûtera donc 30 000 K en tout pour 2, repas inclus. 
Susan, une sémillante retraitée Anglaise et un très sympathique couple de jeune Français, Marion et Pierre, nous accompagnerons. Notre guide s'appelle San et elle est d'une fraîcheur à faire pâlir la plus belle des fleurs. 

Nous prenons un taxi/tuk-tuk qui nous dépose au nord de la ville, au début du sentier, et nous évite une montée fastidieuse. Nous sommes devant l'école primaire d'un petit village, où les enfants finissent de chanter l'hymne national avant d'entrer en classe. 
Là, ils récitent quelques prières bouddhistes, avant de commencer à chahuter. 

Dans la toute petite classe par laquelle je passe la tête, le seul garçon est loin d'avoir la concentration qu'il devrait avoir et aimerait bien faire tomber ses copines du banc en bois. Il fera moins le malin quand ce sera sont tour d'aller se faire raser la tête et de passer quelques semaines au monastère. 

Les enfants des villages n'ont accès qu'à l'école primaire. À 12 ans, ils doivent aller en ville pour suivre l'enseignement supérieur. Si les parents n'ont pas l'argent pour l'y envoyer, ainsi se finira son éducation scolaire, avec les bases de l'écriture et du calcul, et il ira travailler aux champs avec ses parents. 

Nous poursuivons la balade à travers les rizières en terrasses. Le riz blanc est cultivé dans l'eau et demande beaucoup d'entretien et encore plus de produits chimiques, comme nous le prouveront la quantité industrielle de sacs avec des têtes de mort imprimées dessus. Un sachet ramassé entre les rizières est explicite. Il porte le titre de Inferno, et contient rien de moins qu'un peu de chloropyridinyl Methyl-Nitro-imidazolinimine. Un puissant néonicotinoïde dont les abeilles raffolent, et une victoire assurée au Scrabble. 
C'est ce riz qui est vendu dans les marchés et dont les paysans tirent des revenus, et du poison dans tous les cours d'eau. 

Le riz noir, aussi appelé riz des montagnes, est régulièrement consommé par les paysans pour ses apports nutritifs, il ne demande pas d'entretien et pousse facilement hors de l'eau.

Mais, en ce moment, c'est la saison du chou. Il y en partout où la terre et l'irrigation sont disponibles. Et puis, son prix est élevé, contrairement au chou chinois dont le cours s'est effondré et qui finit de pourrir dans les parcelles. Alors, il pousse partout et s'exporte dans tout le pays. 
Sérieux, j'ai l'impression d'être dans le coin de Krautergersheim, bonjour le dépaysement !

Nous passons par Myinka, le premier village, et sommes invités à boire le thé dans une maison. La dame qui nous reçoit est d'une gentillesse naturelle, elle n'a rien à vendre, juste envie de nous parler un peu, de nous faire voir des photos de ses 12 enfants et d'expliquer, via San, leur vie au village. 

Elle nous offre d'énormes chips de riz et sésame, des oranges et encore du thé. Cette femme est un vrai bonheur. 
Mais elle est un peu contrariée, elle aimerait bien que son papa de 84 printemps reste un peu à la maison pour qu'elle puisse prendre soin de lui. 
Mais le fringant octogénaire n'en fait qu'à sa tête et continue de vivre dans sa maison en bambou trop froide la nuit et trop éloignée du village. 

D'ailleurs, en quittant la belle maison en dur, nous croisons l'aïeul qui nous fait de grands signes de la main en souriant de toutes ses gencives. Sous son chapeau en serviette de bain rose bonbon, son visage est éclatant de bonheur et de santé, il n'est pas prêt à se faire embêter par sa fille ! 

Une vénérable sort de sa cour, en menant par le bout du mufle, ses énormes buffles des marais, son fiston chevauche l'un des énormes animaux. Ils s'en vont sur le chemin, une vraie image d'Épinal. 

Les buffles sont pour les paysans de réels investissements. À 700 ou 800 $ le bestiau, jamais il ne leur viendrait à l'esprit de manger de leur viande. Par contre, il n'utilise pas le lait des vaches qui sert uniquement à nourrir les veaux. 
Les humains se contentent de lait maternel dans leur prime jeunesse ou, de lait en poudre. Un comble de l'hypocrisie et un scandale commercial, puisque l'eau courante n'est presque jamais potable dans ces pays. 

L'énorme avantage d'avoir une guide, est l'approche très facile des gens rencontrés. Elle nous permet d'entrer dans des intimités, de discuter avec des gens en toute simplicité et sans attentes, et de franchir des seuils où nous n'aurions jamais osé poser le pied. 
Elle nous explique les plantes, déterre quelques racines de gingembre, nous fait voir les cerisiers en fleurs, croquer dans une feuille de moutarde blanche dont on fait d'excellentes salades et soupes et déguster des grains de café fraîchement arrachés à leurs buissons. 
C'est bon du café, c'est un peu sucré, avec un gros pépin dedans, le grain de café… 

Après le café, nous goûtons aux jeunes feuilles de thé, qui elles n'ont aucun goût, si ce n'est une légère astringence. Plus loin, elle prend quelques feuilles d'un buisson anodin dans ses mains, les écrasent l'une contre l'autre pour en faire sortir en jus vert et nous explique en riant que c'est de la Bétadine naturelle. 

Enfin, je sais ce qu'est cette plante que j'ai vu tout le long de la route depuis Bagan. Attachés à de gros piquets en bois ou en béton d'environ un mètre de hauteur, cette plante ressemblant à un cactus est tout simplement Hylocereus undatus. J'aurais dû m'en douter.

Le fruit à ne pas rater en 2016 !
C'est effectivement une cactée, et son fruit est connu sous le nom de pitaya ou plus simplement fruit du dragon
Depuis peu, une vague de tordus du couvercle a décidé que c'était LE fruit de l'année. Il est plein de vitamines, d'antioxydants, calcium, blablabla, tout pareil comme les autres fruits, mais comme il vient de loin et qu'il est cher, c'est mieux. 
Décérébrés foodistas qui ne savent plus quoi inventer, d'autant que, si le pitaya est parfait pour décorer un panier de fruits, il n'a aucun goût... 

Bon, revenons à ma San qui a le rire le plus délicieux qui existe. Nous continuons à marcher sur les chemins, tout en devisant de choses et d'autres. Nous lui posons beaucoup de questions, elle a beaucoup de réponses. 
Elle a commencé à apprendre le français, car elle ambitionne de devenir une guide officielle, et non pas juste une guidouille de treks. Et pour ça, il faut parler une autre langue que l'anglais. 
Je comprends qu'elle veuille choisir le français, mais je ne suis pas tout à fait certain qu'elle y trouve ensuite beaucoup de plaisir. 

Il est presque midi, nous arrivons à Taungni, le deuxième village, et c'est ici que nous allons manger. 
Lorsque San veut acheter des œufs pour le frichti, elle se rend compte qu'elle a perdu son beau porte-monnaie brodé de grosses fleurs rouges. 
Elle ne perd pas son sang-froid, et nous emmène chez sa Matante qui fait table d'hôte. 

La délicieuse septuagénaire nous offre le thé et allume le feu sous la marmite. San se met en place pour nous concocter une soupe de nouilles avec légumes sautés, haricots mungo, cacahuètes et gourganes grillées. 
La soupe eut été largement suffisante, mais nous avons droit à un guacamole à faire pâlir les plus hispanophiles des Mexicains de ma connaissance. 
Il y a des avocatiers partout, et leurs fruits sont sur tous les étals, Des plus énormes aux plus petits, ils font le bonheur de toutes les tables, même au petit-déjeuner. 

La jolie petite fille qui avait un petit peu peur de mes grimaces, en redemande. Sa mamie a essuyé son mignon visage morveux avant de prendre place devant son métier à tisser pour nous faire une démonstration. 
Des jolis tissus sont à vendre, et Susan, notre amie d'Angleterre lui demande de se vêtir avec les habits du dimanche. 

Elle est belle comme tout Mamie. Elle est fière et rayonne, elle sourit en plissant ses jolis yeux rieurs. 

Les frangins arrivent de l'école, le grand de 11 ans et le petit diable de 7 ou 8 ans. Quand je dis petit diable, en fait je ne connaissait pas encore son voisin avec qui il traîne toujours. 

Lui c'est un vrai démon sur deux pattes ! Le p'tit maudit joue avec un pigeon vivant, pour l'instant, qu'il menace de nous lancer dessus et rie de nous voir commencer à perdre patience. 

Il a pas l'air comme ça, mais le p'tit gars
en blanc est démoniaque !
Ensuite il nous garoche des cailloux, je te jure mon p'tit tabarnak que si je t'attrape tu vas la sentir passer la fessée ! Je ne veux pas déclencher une émeute, mais la grand-maman se rend compte de la situation et lui passe un savon du tonnerre. Qui ne lui fait pas un pli sur le front. 
Il continue à être le démon du village jusqu'à ce qu'enfin la cloche de son école se mette à sonner. Pas fâché de le voir partir, il m'a plus épuisé qu'un aller/retour Bagan-Hsipaw sur un petit banc en bois. 

Entre-temps, notre belle San est partie à la recherche de son porte-monnaie. Au bout de 45 minutes, elle est de retour avec son butin. Elle l'avait perdu dès le début de notre randonnée alors qu'elle venait d'arracher quelques bulbes de gingembre. Voir plus haut.

Nous quittons notre accorte grand-maman qui a une nouvelle visite de touristes et prenons la route du retour. Sur le chemin nous aurons la joie de nous faire présenter quelques jolies grand-mères, qui portent encore quotidiennement le costume traditionnel. 
Elles nous offrent des friandises, un genre de sucre à la crème fait avec du sucre de palme, c'est délicieux. 

En descendant de la montagne, une âcre fumée nous informe que les paysans ont mis le feu à leurs champs. Mais d'après ce que je vois et le bruit des bambous qui explosent, il m'est avis qu'ils ont perdu le contrôle de leur feu de joie et que le vent est en train de faire cramer toute la forêt. Et si on ne traînait pas plus longtemps par ici ? 

Palaung et Birman
Le pick-up nous attend devant deux panneaux souhaitant la bienvenue à Kalaw. L'un est écrit en birman, l'autre en palaung, la langue parlée dans les villages alentours.

Notre journée se termine devant chez Sam's, mais notre guide a une dernière surprise pour nous. Elle nous emmène chez une de ses amies qui a pour spécialité la salade de papaye verte. Cette jeune demoiselle est vraiment pleine de ressources ! 

Nous sommes donc assis à une table très basse, sur des tabourets d'enfants et admirons le travail de notre nouvelle cuisinière. Pour chacun, elle demande si nous désirons épicé ou pas et prépare ses salades au fur et à mesure. 
San nous mets au défi de manger la salade comme elle, c'est à dire bien relevée. André et moi relevons le défi, mais avec un piment de moins. 
Nous finirons nos assiettes de cette délicieuse salade, mais finalement quatre piments c'est peut être un de trop. Quand à San, elle a perdu son pari, elle avait cinq piments, et ça, c'est carrément un de trop ! 

Nous nous quittons en lui glissant un pourboire dans la main. 
Je l'aime tellement que je me laisse aller à la serrer dans mes bras, eux qui n'embrassent même pas leurs enfants devant les autres ! Mais elle rie de mon élan, et nous remercie d'avoir été des clients aussi curieux de tout et sympathiques. 
San, toi et moi c'est quand tu veux pour un nouveau trek ! 

Pour finir cette dernière soirée dans les hautes montagnes du royaume Shan, nous allons honorer la tables du restaurant Thirigayha Restaurant plus connu sous le nom des 7 Sisters Restaurant
Très belle maison au bord de la route principale, excellente table, menu complet et nourriture exquise. André veut vraiment goûter au vin du pays... qui restera au pays. 
Nous ne trouvons pas toutes les frangines, mais remercierons les cuisinières et les serveuses pour avoir su clore un séjour aussi agréable.


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Lundi 8 février – Kalaw – Doucement le matin, pas vite l'après-midi

Une journée un peu nuageuse où il est bon de ne rien faire. 
Le petit-déjeuner de ce motel est gargantuesque ! Assiette de pastèque et papaye, beignets, œufs, toasts, beurre et confiture, riz noir et blanc un peu sucré, du bon café noir et fort, jus de Tang orange, et on peut en redemander, mais c'est inutile. 

terrifiée par l'éléphant Nálágiri, une femme 
court avec son bébé dans les bras. 
Elle le pose tout près de Bouddha...
Après un rapide tour au marché, nous montons à la pagode Thein Taung Hpaya au nord de la route principale. Un long escalier couvert nous mène en haut de la colline, jusqu'au monastère d'où la vue sur la ville est unique. Quelques femmes préparent une fête, et nous admirons les peintures résumant quelques épisodes clés et les sermons illustrés de la vie mouvementée du prince Gautama avant qu'il ne devienne l'Éveillé. 

La suite du programme ? Contrairement aux voyageurs qui viennent à Kalaw pour faire des treks, nous continuons à être hors normes. Pas de trek de trois jours jusqu'au lac Inle pour nous. 
D'une, parce que nous ne l'avions pas prévu, et surtout parce que mon presque quarantenaire de chum a un genou de septuagénaire. 
Chondropathie rotulienne, avec un nom comme ça, aucun centre de trekking ne l'acceptera jamais. Pas de bol. 
Mais nous nous renseignons quand même chez Sam's Trekking Guide pour une balade d'une journée pas trop rude. 

Nous assistons au briefing du trek de trois jours pour Inle avec un couple de jeunes Allemands qui se la pète grave. Le grand blond se la joue randonneur du siècle en balayant d'un revers de la main les difficultés annoncées par le guide. 
Lui, c'est un vrai de vrai, il va faire la balade en gougounes, sinon rien. 
Sa blonde blonde voudrait emporter deux ou trois couvertures de peur d'avoir trop froid. À mon avis, il y a en a un des deux qui va moins aimer son expérience et franchement à ce stade là, je ne sais pas lequel. 

Nous, on aimerait juste un petit truc pépère, avec un peu de marche, des rencontres de villageois et éventuellement plein de trucs locaux à acheter. 
Ils ont ça en stock, départ demain matin 8h30 en voiture jusqu'au début du chemin, deux villages, du tissage maison, des locaux en habits traditionnels, des enfants un peu morveux et un retour aux alentours de 15 heures. Parfait. 
Si nous somme seulement deux, il nous en coûtera 45 000 K, espérons que d'ici 17 heures d'autres randonneurs se joindront à nous, ça fera baisser le prix. 

Notre train part donc à...
Nous partons à la gare, car nous voulons rejoindre le lac Inle par la voie ferrée. Le bureau du chef de gare est plein de monde, je fais comme tout bon Canadien et attend en ligne. 
Mais, comme tous bons asiatiques, les gens passent devant moi sans même me regarder. 
Il va falloir que je devienne un peu plus offensif au niveau des files d'attente. 
Bon, de toute façon, je constate que le chef de gare, un gros bonhomme pas très jouasse, réclame passeports et cartes d'identité pour chaque billet vendu. Je n'ai que le mien, il va falloir revenir cet après-midi. 

Nous partons en direction ouest de la ville où sont nichés les hôtels classes comme le Pine Hill Resort avec des chambres à 70 ou 150$. Notre but est simplement une promenade, mais le hasard fait bien les choses puisque nous sommes dans la direction de la grotte Myin Ma Hti
Ce site unique est drôlement situé dans une base militaire, mais il n'y a aucun problème pour y accéder. 

À l'entrée du temple, plusieurs stupas ornent le parvis, derrière, contre la montagne s'ouvrent des accès aux grottes. La grotte inférieure, la plus grande, nous accueille avec une statue d'un Bouddha richement décoré de bagouzes aux pierres brillantes. 

Au fond, la cavité abrite des centaines, peut être des milliers, de statues de Bouddha. De la plus grande à la plus petite, de la plus humble à la plus clinquante, en marbre, en pierre ou bronze, dorée ou non, Bouddha ascétique ou en surcharge pondérale, les saintes statues sont partout. 


Dans chaque recoin de la roche, cachées dans des toutes petites grottes secondaires très sombres, cimentées au niveau du plafond, ses yeux nous épient où que nous soyons.
L'ambiance est très particulière, mais nous nous y sentons en sécurité. 

Sauf en cas de problème électrique, les installations n'étant pas totalement converties aux normes ISO 91.140.50.

Des familles viennent s'y prosterner, des gens seuls passent de longues minutes agenouillés, seul à seul avec l'une ou l'autre sculpture. Quelques lumignons de couleurs, clignotent en auréoles, de goût discutable, au-dessus de certaines saintes têtes. 
La grotte supérieure est beaucoup plus petite, froide et étroite. Elle descend dans les entrailles de la terre, l'ambiance y est à présent plus chaude et très humide. 
Les dalles de céramique au sol sont boueuses et très glissantes, ça pue la fracture du coccyx, nous faisons demi-tour pour retrouver l'air libre et le soleil. 

De retour à nos chambres, nous récupérons nos passeports, retournons à la gare, où le mal-embouché chef de gare m'informe à travers sa chique dégoulinante, que l'on ne peut pas acheter de billet d'avance. Il faut venir une heure avant le départ prévu du train pour obtenir le précieux sésame. Bon, ben à mercredi mon cher. 

Dans une cour, sous l’œil attendri de son grand-papa, un enfant fait tournoyer son cerf-volant en papier autour de lui. Avec toute la ténacité et la vivacité de son âge, chaussé de sandales rose, il tourne et virevolte comme une toupie folle. Inlassablement, sa grosse bobine de fil arrimée sous son bras, il s’agrippe à son petit mètre de ficelle qui suffit à son bonheur. 
Et au mien.

Nous rendrons visite au fameux lieu de perdition de la ville, en allant boire un apéro assez sérieux de rhum sour au tout petit bar Hi

Une dernière soupe à 0,75$ clora cette chouette journée à l'air pur des montagnes.


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Dimanche 7 février – de Bagan à Kalaw – Tournicoti, tournicota

Nyaung U à Kalaw - 265km, 5h30 de route
8h45, le ventre plein, nous montons dans le mini-bus en direction de Kalaw. 
Le temps prévu est de 6 heures, je ne sais pas si cela va être respecté, mais le départ se fait à l'heure dite. 

La campagne est jaune de sécheresse, tout est aride et désert. Il n'a pas plu depuis le mois de novembre et les paysans attendent avec résignation la saison des pluies qui devrait commencer d'ici un ou deux mois. 

Aux alentours de midi, nous faisons une courte pause dans un resto routier. Les jeunes serveurs ne sont pas avares de courses en gougounes autour des tables pour y apporter des riz frits trop huileux avec des morceaux de gras de poulet. Le Myanmar n'est pas spécialement le pays de la haute gastronomie… 

Après une courte accalmie sur des routes cahoteuses mais droites, nous attaquons la montagne. Là encore les virages sont serrés et offrent une magnifique vue plongeante sur l'immense vallée. Mais nous avons hâte d'arriver à Kalaw. 

Arrivée qui sera comme une surprise lorsque le chauffeur aux dents rouges stoppe son véhicule et annonce le nom de la ville. Notre demeure pour ce soir est le Eastern Paradise Motel, qui se trouve à quelques courtes minutes de marche. 

À peine quitté la route principale, le silence et le calme nous frappent. Perché à 1309 mètres au-dessus du niveau de la mer, Kalaw est un endroit où l'air sent bon et où le bruit est absent. 
Notre chambre James Bond a heureusement été réservée il y a deux jours par téléphone, car l'hôtel est complet. Le nom que j'ai pris soin d’épeler est illisible sur le livre des réservations, mais nous affirmons que c'est bien nous et obtenons la clé de la 007. 

Nous déposons nos bagages, et allons à la découverte de cette toute petite ville de montagne de 10 000 âmes. Le marché n'est pas encore fermé, les fruits et légumes sont beaux, des tas de feuilles de thé vert séchées remplissent de gros paniers tressés, sur des bâches, s'entassent des aubergines de toutes formes et plein de tomates vertes.

Une femme est en train de trancher des noix qui ressemblent à s'y méprendre à de la muscade. Je lui demande ce que c'est, et à force de mimique de grosse joue, je comprend qu'elle prépare des monceaux de morceaux de noix d'arec qui seront ensuite revendus dans de petits kiosques du marché.

Par contre, rayon boucherie, ça craint un peu... Le poulet jaune, et un peu sec fait une drôle de gueule. 
Le niveau d’hygiène est proche du néant, les billots pleins de sang et de morceaux de viscères grouillent de mouches, les morceaux de viande déjà coupés sont exposés à l'air libre sans aucune précaution. 
Par chance, les rares fois où nous oublions notre végétarisme forcé, la viande est très cuite, nous n'avons jamais été malades. En fait, le plus gros risque vient des légumes crus. 
Lavés à l'eau du robinet, ils transmettent plus facilement des bactéries trop heureuses de découvrir des estomacs étrangers. Il faut impérativement que les légumes soient lavés à l'eau bouillie, comme quelques restaurants l'annonce, où les manger cuits. 

Fatigués et légèrement étourdis par le voyage, nous reprenons quelques forces avant d'aller souper au Everest Nepali Food Center que tous les touristes de la ville semblent avoir élu restaurant du dimanche soir. 
Le service sera interminable, mais nous sommes en vacances, et la nourriture à la hauteur de l'attente.

Un œil sur les feuilles de bétel. Il n'en a pas encore l'âge,
mais lui aussi succombera à la tentation...
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