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Asie 219 - Chiang Mai à Bangkok

29 janvier – Chiang Mai

Il est temps de rendre la moto… Nous aurons fait 1440 kilomètres sur un parcours sinueux et magnifique. Je recommencerai demain.
Enfin peut-être pas demain, ça épuise un peu ses cavaliers, mais là est une des différences entre un voyage et des vacances. Après un voyage il faudrait prendre des vacances pour se reposer. Et c’est à peu près ce que nous allons faire d’ici quelques jours.

Heureux de rendre l’engin en bon état et de retrouver mes gougounes dont je m’étais ennuyé nous recommençons à parcourir la ville, pour rien, juste pour recommencer à voir du monde.

André ne se lassera jamais de maugréer contre les touristes chinois qui traînent, qui ne savent pas où aller, qui ne se poussent pas, qui foncent sans regarder, qui se selfisent à tour de bras… Bref, André n’aime pas les Chinois.

Nous prenons enfin une pause de marche dans un des nombreux restos grano/vegan/detox/ecolo/bobo/bio que la ville compte. En vérité, la nourriture y est carrément excellente, mais certaines de leurs fréquentations sont un peu ... bizarres.
Nous nous gâterons avec de délicieux falafels, ce qui nous change du riz et des currys dont nous nous sustentons depuis trois semaines.

Ah ben tiens, le petit glacier en face de notre hôtel a retiré le cadenas de sa porte. Le jeune homme qui y officie n’est pas très à l’aise avec une cuillère à glace, mais après quelques ratages et les sourires qui confirment qu’il se sent vraiment gêné, nous aurons droit à nos deux cornets bien garnis.

Pour faire descendre toutes ces victuailles, nous prenons le chemin du marché Warorot sous un soleil de plomb. Heureusement, plusieurs magasins de produits de beauté proposent des tubes de démo de crème solaire ou hydratante dont nous nous oindrons les bras et le visage.

Sur la route, nous visitons des boutiques de vanneries où nous voudrions tout acheter, des commerces de tissus où nous aimerions tout posséder, des échoppes d’antiquités qui nous tendent les bras et finalement, reviendrons avec six cuillères à soupe chinoises, une boîte Tupperware et des pailles en métal. Raisonnables et écolos.

Le soleil se couche derrière la porte Thapae, les Chinois qui sont encore en adoration de ce mur qui a fait les beaux jours d’une sitcom ultra populaire chez eux, donnent à manger aux pigeons sous les grandes pancartes qui l’interdisent et se mitraillent mutuellement à grands coups de flash.

Cette dernière journée à Chiang Mai est en train de prendre fin, nous irons profiter du 5 à 7 au Saloon où le serveur sait exactement ce que nous buvons, puis irons au New Dehli,
Un restaurant indien qui nous avait enchantés il y a trois ans et qui après nos agapes nous confirme qu’il reste toujours le meilleur de sa catégorie.
Par contre, il faut éviter les toilettes, la porte qui y mène est un sas qui vous projette directement dans le pays d’origine du propriétaire avec tout ce qu’il y a de plus insalubre.

Pour digérer ce festin, nous décidons de faire un dernier tour au marché de nuit, histoire de voir s’il n’y a rien que nous n’ayons oublié d’acheter.

Sur la route, les bars à filles aux mœurs discutables sont malheureusement vides, ce qui laisse beaucoup de temps libre aux dames de compagnie qui en manque, de gentiment nous harceler.
Les demoiselles des salons de massage s’arrachent avec difficulté des écrans de leurs téléphones pour tenter un you want massaaaaaaaage sans grande conviction et nous doublons une nuée de touristes avides d’acheter des souvenirs probablement fabriqués dans leur pays.

Dans la zone des restaurants, un mouvement de foule attire notre regard. Des filles se ruent en criant hors d’un resto, une autre monte sur une chaise en hyperventilant, un garçon musclé et tatoué hurle comme une fillette de 7 ans, mais que se passe-t-il ?
J’imagine une armada de rats décidés à quitter les égouts pour profiter de l’abondance de victuailles ou, éventuellement, d’un crocodile géant se faufilant par dessus la berge d’un khlong, mais c’est bien pire.

Une serveuse s’avance nonchalamment, un balai à la main pour chasser la pauvre coquerelle effrayée qui cherche juste à s’enfuir. Bon, c’est vrai que la bestiole est dodue, mais de là à déclencher une émeute il y a une limite.
Et puis ce n’est pas comme s’il n’y avait pas de bestioles courantes, volantes, grimpantes ou rampantes dans le coin, on est en Asie, dans un resto extérieur, alors il y a des animaux qui se baladent. Et pas que des touristes enKodakés
Finalement la serveuse devra se servir de son dernier argument pour se débarrasser de l’intruse, sa gougoune de destruction massive spécialisée en massacre de blattes.

Le calme revient, on éclate de rire et le jeune homme tatoué nous fusille du regard, moumouuuuune !

Nous faisons un dernier tour au marché de nuit officiel et constatant que nous ne voulions rien acheter décidons de rentrer vers notre hôtel.

20 kilomètres de marche pour clore cette journée dans le nord de la Thaïlande que nous aimons tant. Chiang Mai est une ville vraiment agréable où l'on trouve de tout et qui permet d'explorer des régions méconnues.
C'est garanti, nous reviendrons rapidement passer encore plus de temps chez les Ch'tis Thaïs !

30 janvier – Chiang Mai à Bangkok

Dernier réveil dans la Rose du Nord, nous faisons rapidement nos sacs, allons manger un muesli au yogourt maison et aux fruits dans le resto végahhhhhhhhn de l’autre côté de la ruelle et je pousserais même le vice à déguster un kombucha à l’ananas pas mal avancé en macération. Très efficace pour le transit, mais c’est un goût à développer…

Armés de nos sacs, nous saluons le jeune homme de l’accueil qui daigne enfin quitter l’écran de son téléphone pour nous saluer, finalement il a l’air sympathique.

Au bout de quelques mètres de marche, j’arrête un sangthew. Il propose 100, je rétorque 70, il dit 90, je réponds 80, il acquiesce et nous voilà en route. Pas plus compliqué que ça de négocier.

Arrivés trop de bonne heure à l’aéroport, nous prenons notre temps pour enregistrer nos bagages aux petites bornes d’Air Asia qui fonctionnent nettement mieux que celles d’Air Transat. Une jeune fille en formation nous aide dans les démarches super simples, puis il nous suffit de nous avancer vers le drop your bag, ou un jeune homme nous assiste. Deux coups de scanner et hop les sacs s’en vont sur un tapis à destination de Bangkok.

Il nous reste du temps à tuer que nous mettrons à profit pour manger un morceau, observer les touristes qui défont les cordons de foule pour aller plus vite, allez on devine leur nationalité ? La première bonne réponse a le droit de venir nous rejoindre pour deux jours sur une île de notre choix et par ses propres moyens.

Les retards des vols précédents nous feront décoller avec presque 45 minutes de retard. Ce n’est pas bien grave, personne ne nous attend à Bangkok.

La dame chinoise bien vautrée dans le siège devant André a une sinusite et un profond dégoût pour les mouchoirs. Renâclement, bruits de fond de gorge obstruée, éternuements intenses, elle déborde de classe et de savoir-vivre, vivement qu’on atterrisse !

Les douces turbulences donnent à mon voisin l’envie d’arracher les accoudoirs, mais elles ne durent pas et le vol se passera très bien.

La ténébreuse et méphitique chape de plomb qui recouvre la capitale est à son paroxysme, même l’avion a du mal à la traverser et nous ne devinons plus que nous les voyons, les faubourgs de la mégalopole.

Les bagages rapidement récupérés, nous allons tenter d’attraper un taxi dans la zone non réglementée. Le premier nous offre le trajet à 500 bahts alors que notre destination se trouve à 10 minutes, c’est plus cher que de se rendre au centre-ville en 1 heure !
Enfin, à force de demander à d’autres chauffeurs, l’un d’eux nous dit 300. J’accepte de monter dans votre automobile en phase terminale pour 200, pas un satang de plus.
Il accepte, on charge les sacs et en moins de 10 minutes, il nous dépose devant notre hôtel.

Rien à faire ici hormis s’acheter une bière dans la petite épicerie, regarder l’eau du khlong donner naissance à des milliards de moustiques affamés et revenir manger un morceau dans le petit resto où des tortillons enfument nos chevilles et anéantissent les assoiffés d’hémoglobines.

-- Petite parenthèse socio/écolo --

Vous venez bientôt à Chiang Mai ? Alors je ne saurais trop vous déconseiller deux activités dont les touristes raffolent.

Connasse trouvée sur le web
La première est une honte totale, dénoncée par tous les groupes de protection des animaux et les voyageurs munis de leur cerveau : Tiger Kingdom, le royaume des tigres.
Pour que quelques connards puissent se faire prendre en photo avec le seigneur incontesté de la jungle, on drogue à fond ces immenses félins pour éviter qu’ils n’étripent d’un p’tit coup de griffe les touristes en mal d’émotions.

La deuxième activité a changé de concept depuis quelques années, mais reste quand même sujette à polémique.
Dorloter un éléphant, lui laver la couenne et le gaver de bananes est la nouvelle attraction à la mode.
Sous couvert de bon sentiment, on donne l’impression au touriste de participer à une bonne action en lui faisant payer le prix fort pour aider un soi-disant orphelinat. Rares sont les vrais centres et la plupart ne sont que des illusions.
Pour donner encore meilleure conscience, sur les prospectus il est écrit en gros, NO RIDING. On ne monte plus sur les éléphants, mais on continue à les emmerder…

Un peu comme les dauphins qu’on vient faire chier dans un aquarium trop petit ou une prison en mer juste pour avoir le plaisir de les caresser. YEURK!

FOUTEZ LEUR TRANQUILLE aux animaux sauvages et allez donc à la rencontre des gens des villages en tentant d’être sympathique et patient ! Ouf, c’était ma montée de lait, il y en aura d’autres.

Allez, on se retrouve dans 3066 kilomètres.


Asie 2019 - Road trip à moto nord Thaïlande - Partie 3/3 - De Lampang à Chiang Mai

27 janvier – Lampang, entre temple en altitude et baignade forcée dans un lac aux eaux troubles

Ce matin nous allons visiter un temple perché sur une montagne à environ 60 kilomètres au nord de Lampang, le Wat Chaloem Phra Kiat Phrachomklao Rachanusorn.

Wat Chaloem Phra Kiat Phrachomklao Rachanusorn - Lampang - ThaïlandeEncore une fois, la météo est avec nous et la route est belle. Très peu de monde en ce dimanche matin, et lorsque nous arrivons sur le site, nous ne sommes qu’une dizaine à attendre la prochaine tournée du pick-up.

En effet, on ne peut pas monter avec son véhicule jusqu’au temple, il faut payer (70฿) un chauffeur de sangthew qui une fois plein fera le trajet à toute vitesse sur une route étroite et très pentue.
Il faut également se délester de 200฿ parce que le site se trouve dans un parc national, bon, si c’est pour entretenir la route et donner le sourire au préposé des billets pour touristes étrangers…

Wat Chaloem Phra Kiat Phrachomklao Rachanusorn - Lampang - ThaïlandeLa montée est rude, il faut s’accrocher de toutes ses forces aux barres métalliques et tenter de faire confiance au chauffeur. En moins de 8 minutes, nous arrivons au stationnement, et par chance, les toilettes ne sont pas loin. Le café et le petit gâteau à la noix de coco ne semblent plus vouloir rester dans l’estomac d’André. Habitué aux immondes plats de ces derniers jours, ces petites douceurs ont été de trop lors des derniers virages.

Une petite bouteille d’eau à la boutique du coin et c’est parti pour 800 mètres de grimpette, dont 400 de marches métalliques relativement raides.
Ça monte sec, mais la température en cette fin de matinée est encore largement tolérable et nous ne croisons quasiment personne.

Wat Chaloem Phra Kiat Phrachomklao Rachanusorn - Lampang - Thaïlande
Sur la crête, des chedis et des petits temples sont posés comme des mirages, perchés à 815 mètres au-dessus de la plaine. Il a fallu 10 ans aux moines et aux villageois pour terminer ces constructions.

Aucun Bouddha majestueux, aucune dorure ostentatoire, pas de flafla, rien que du vent, de la nature et une vue superbe.
Par contre, il y a tout un tas de cloches et de gongs, de quoi s’amuser un bon bout de temps. Normalement, ceux-ci sont dédiés aux fidèles qui en appellent aux bons esprits, mais l’héritage musical d’André lui en fera faire un tout autre usage.


Un acharné du bâton et du tronc qui créera une symphonie pour bronze et percussion et fera vibrer toute la montagne. Dans les rizières alentour, les paysans cessent le travail et tournent la tête vers la montagne, quelque chose est en train de se passer…

Il n’est pas le seul à se défouler, quelque part au loin une folle a trouvé une massue et tente de défoncer une cloche au son aigrelet.

On dirait qu’un démon a pris possession des corps des deux musiciens de la montagne. André teste tous les gongs et ne se lasse pas de faire vibrer les énormes percussions aux sons graves et vibrants.

Wat Chaloem Phra Kiat Phrachomklao Rachanusorn - Lampang - Thaïlande
Mis à part ces délires musicaux qui m’ont bien fait rire, le site est vraiment sympa et la vue est terrible. La brume de chaleur n’est pas trop intense et nous avons un point de vue sur la plaine et les montagnes environnantes.

Lors de notre descente, nous croisons plusieurs locaux à bout de souffle, cherchant la moindre goulée d'air pour gonfler leurs poumons. Moi qui pensais être en petite forme, je me console en voyant la misère avec laquelle certains jeunes se meuvent.

Depuis quelques années, la prospérité aidant, les familles un peu aisées ont commencé à se nourrir comme les Occidentaux. Enfin surtout dans ce qu’ils ont de pire, fast-food et sucreries.

Wat Chaloem Phra Kiat Phrachomklao Rachanusorn - Lampang - Thaïlande
Comme nous l’avons constaté au Chili, les enfants des villes deviennent obèses et ce n’est pas près de se calmer. Nous voyons très souvent des jeunes avec de grosses boissons sucrées, se bâfrer tout en regardant un film ou jouant sur leur téléphone, bouche bée en train de baver. Des petits zombies en moins dangereux, je les défie tous à la course !

Nous rejoignons le stationnement et grimpons dans une voiture en attente de deux derniers passagers pour prendre la route. Les touristes sont maintenant plus nombreux à arriver, les voitures se succèdent, et au camp de base, ce sont deux énormes autobus qui déversent leur cargaison humaine avide de sensations fortes.

Il est temps de partir, tout en évitant le regard de tueur du motard qui n’a pas pu se départir de son cuir Hells Angels Austria. Lui aussi roule sur une V-Strom, qu’il fasse pas trop le malin sinon je préviens son Chapitre local !

Par hasard, j’ai repéré un point sur l’application GPS qui indique ‘’Bouddha on a Island'', c’est sur le lac et presque sur la route du retour. Un bon coin pour lancer le drone et faire quelques photos et vidéos.

Nous traversons des villages endormis, croisons des camions poussiéreux et arrivons à destination. Il n’y a personne, le site semble totalement abandonné après avoir vécu quelques belles années si l’on se fie aux aménagements. C’est devenu le royaume des insectes et plus précisément celui des moustiques.
Mais il en faut plus pour nous décourager, alors nous nous installons sur une terrasse, en évitant les autoroutes de fourmis et mon aide-opérateur m’aide à installer l’engin.

Une statue de Bouddha est posée sur un promontoire à une centaine de mètres du rivage, d’un lac aux eaux glauques. Je lance l’insecte mécanique au-dessus des flots, et fais quelques prises de vue. J’évite de justesse des fils électriques dont je me suis rappelé la présence au dernier moment et change de batterie avant de relancer l’engin.

Prise de vue classique autour d’un petit temple et tout à coup le drame.
Sur l’écran de contrôle j’ai juste le temps de voir un naga beaucoup trop proche de la caméra, le drone semble avoir foiré sa trajectoire, ou alors le vent l’a poussé du mauvais côté, mais j'entends plus que je ne vois, le bruit du moteur, et des chocs. Aucun moyen de rattraper l’accident, je commence déjà à faire un travail de méditation…

Cependant, la dernière image que j’ai reçue est l’intérieur du temple à l’envers, si j’en crois cette photo, le drone est tombé à l’intérieur du petit espace et non dans l’immense étendue d’eau où il aurait largement eu la possibilité de se noyer.

Aussitôt, je me retrouve en petite tenue affriolante et me jette à l’eau entre vase et plantes flottantes. Je nage en évitant d’avaler l’eau que des nuées d’insectes fréquentent et parviens à me hisser sur l’escalier en pierre du tout petit temple protégé par deux naga menaçants.

Elle est là, la bestiole ! Posée à l’envers sur le sol, les pattes en l’air comme un insecte ayant abusé de Baygon, triste destrier des vents retourné comme une vulgaire tartine sur le carrelage de la cuisine
.
Je jette rapidement un coup d’œil et constate qu’à part une hélice un peu rayée, il n’y a aucun dégât. Quelle chance avais-je que l’appareil tombe dans le temple et non pas dans l’eau qui l’encercle ? C’est une drôle de blague des dieux du lac, sans doute en avaient-ils assez du vrombissement strident de la machine et me l’ont fait comprendre sans pour autant me briser le cœur parce que je les respecte. Merci à vous divinité et déesses des eaux et des montagnes, dorénavant je brûlerais des dizaines de bâtons d’encens avant chaque vol.

Bon, c’est assez d’émotions, je rhabille ma personne humide et nous reprenons la route vers la ville, le ventre toujours vide.

Et vous savez quoi ? Dans un resto où je commande des nouilles au poulet, André reçoit, encore une fois, sa fameuse soupe de pâtes au foie de porc ! Quand ça ne veut pas…

Lampang - Thaïlande
Je ne sais pas ce qu’il a fait au panthéon des idoles locales, mais il le paye. Je retourne le bol au monsieur en lui disant que ce jeune homme ne peut pas manger de cochon, religion anti-porcine oblige, enfin surtout anti-foie et autre boudineries, mais l’appétit qui vient en mangeant s’en est allé subitement et je serais donc seul à déguster un plat vraiment excellent.

Après une brève pause à l’hôtel où je me débarrasse de la couche séchée d’eau saumâtre, nous allons découvrir un peu la vieille ville.

Lampang a la particularité d’avoir conservé de très belles et anciennes maisons du temps de sa splendeur. Des commerçants chinois ayant fait fortune bâtirent d’immenses maisons d’inspiration occidentale et coloniale. Dans le vieux quartier, de l’autre côté de la rivière Wang, on trouve aussi de très belles demeures en bois de teck, posées sur pilotis et d’un volume extraordinaire. La fameuse maison remarquable que nous devions visiter hier et fermée pour cause de dimanche, mais celles que nous voyons sont également magnifique.

Petit à petit, les chalands du dimanche commencent à installer leurs étals. Sur la promenade Wang, le symposium international des Arts bat toujours son plein et les enfants s’amusent à se déguiser. Sauf quand André décide de leur piquer leurs accessoires et qu’il crée un drame. Les enfants pleurent, les parents s’indignent, mais lui rit de bon cœur.

En fait, il devient rapidement l’attraction principale et les touristes en goguette le prennent en photo, tandis que les parents fatigués de leurs enfants excités me regardent avec compassion. Moi j’ai du mal à stabiliser l’appareil photo, j’ai une petite crise de fou rire.

Puis, nous fréquenterons la rue principale d’Old Town et mangerons quelque chose où le mot moo (porc) est absent.

Demain c'est un retour à Chiang mai, la destination de notre belle échappée dans ce magnifique Nord d'où les touristes sont absents.


28 janvier – Lampang – Chiang Mai - Retour au bercail

Lampang - ThaïlandePas de stress, ce matin on rend ça relax… Un peu de nourriture achetée au salvateur 7-Eleven en guise de petit-déjeuner et tranquillement nous empaquetons une dernière fois nos sacs avant de laisser une chambre impeccable aux femmes de ménage qui feraient bien de s’en préoccuper un peu plus.

La boîte remplie, mon sac sanglé par-dessus, nous prenons la route vers Chiang Mai avec une ou deux escales.

Encore une fois, un barrage policier, nous en avons eu presque tous les jours, nous force à nous arrêter. Mais voyant que nous sommes des Occidentaux, les policiers nous font signe de passer sans même nous poser de questions.

Rapidement sortis de la ville, nous voguons sur l’autoroute 11 en direction du nord et dans un trafic un peu plus soutenu. Par chance, il y a quelques virages et nous louvoyons entre les voitures qui freinent de peur en pleine courbe.

Des panneaux indiquent qu’il peut y avoir des traversées d’éléphants !
Se prendre un chevreuil à 100 km/h doit faire quelques éclaboussures sur le pare-brise, mais je n’ose imaginer ce que le contact avec un pachyderme pourrait produire.

Siam Celadon - Chiang Mai - Thaïlande
Nous ne rentrons pas directement à Chiang Mai, car le hasard est bien fait et met sur notre route la fabrique de céramique Siam Celadon et le restaurant Meena. Enfin nous avons un peu forcé le hasard et fait un léger détour…

Le céladon est un type de céramique et le nom d’une couleur inventée en Chine au IIe siècle, sa teinte verte est très appréciée, car elle rappelle le jade, pierre sacrée en Asie.

Nous avions fait une toute petite razzia en 2006 et l’avions fait envoyer directement à la maison. La boutique est devenue immense et j’imagine que les autobus de touristes chinois se déversent régulièrement devant les ateliers.

Pour résumer, je fais arracher un élément du décor de la dernière exposition parce que c’est l’ultime pièce de la série. Nous faisons plusieurs fois le tour du magasin et repartons avec un gros sac d’épicerie rempli de trois nouvelles céramiques dûment emballées qui trouveront bien une place quelque part dans notre cuisine.

Meena - Chiang Mai - Thaïlande
Chez Meena nous arrivons à peine quinze minutes avant le rush de midi, et avons une excellente table, d’excellents plats et un service aussi zen que le décor qui nous entoure et qui ne correspond pas aux standards de rentabilité que nous avons chez nous. Hors de question de pousser le client à payer sa facture pour céder la table à d’autres affamés, il faut presque hurler pour se faire remarquer.

Dans la circulation devenue dense aux abords de la grande ville, je me faufile entre les véhicules plus lents en n’oubliant pas que j’ai un sac qui dépasse de la selle et un passager qui s’y accroche comme un naufragé à sa bouée.

Enfin, après 6 jours de magnifiques découvertes, sans signaler aucun incident plus grave que le souvenir d’hématome à la cheville du premier jour, quelques insectes plats et secs sur la visière de nos casques et un poing levé face à un automobiliste qui arrivait en face dans une courbe et une côte, nous stationnons la moto couverte de poussière et de boue devant la porte de notre hôtel à Chiang Mai.

Warorot market - Chiang Mai - ThaIlande
À peine le temps de préparer un sac pour la buandière du coin de rue que nous partons tout de suite au célèbre marché Warorot, qui est en quelque sorte le papa de tous les marchés de la ville. Ici on achète par lots pour détailler ensuite aux touristes. On trouve de tout si on sait où chercher, que ce soit dans le quartier des tissus, des articles de cuisine, des outils, des accessoires pour deux-roues ou de la nourriture.

André à son plat émaillé, j’ai mon couteau à trancher des noix de coco, nous avons nos sacs de mangue séchée, tout va bien, il est temps de revenir à notre chambre et se préparer pour le spécial de l’Happy Hour.

Le serveur demande où sont nos amis, et se rappelle presque de ce que nous buvons.

Pour faire dans l’original, nous allons au marché de nuit, irons à nouveau rendre visite à notre charmante dame dans sa boutique de tissus, et finirons attablés devant un poisson cuit dans une feuille de bananier accompagné de quelques crevettes grillées.

C'est ainsi que se termine cette avant-dernière journée dans le nord de la Thaïlande.

Circonvolutions autour du Nord

Asie 2019 - Road trip à moto nord Thaïlande - Partie 1/3 - De Chiang Mai à Thung Chang

22 janvier – Chiang Mai à Chiang Kham
Réveil de bonne heure pour finaliser les bagages. Nous laissons les deux gros sacs de voyage à l’hôtel et partons avec le strict nécessaire pour 6 jours de moto à travers un bout du pays. Autant dire que nous allons sentir drôle d’ici peu de temps.

Nous ramenons le scooter à monsieur Pop et retrouvons nos amis, Christophe et Pierre-Yves venus nous dire au revoir.

Je vérifie la moto pendant que les astres s’alignent. On a trouvé un casque XXL pour loger la tête d’André, son sac entre facilement dans la valise et, crevette séchée sur le som tam, il y a un support pour mon téléphone, je pourrais donc me servir du GPS de l'application maps.me.
Lire une carte routière n’est déjà pas évident dans une voiture, mais sur une moto ça devient carrément compliqué.

Si c’est pas du fait exprès pour donne la joie dans nos cœurs, je n’y comprends plus rien. Le vivifiant loueur de motos m’emmène choisir un casque à mon goût et, une fois le sac bien attaché, nous devons dire au revoir.
Pleurs, hurlements et drame dans la rue lorsque nous collons un dernier bec sur les joues envahies de larmes, mais il faut partir, la poussière des routes nous attend.
Bonne continuation de voyage les amis et on se voit bientôt de l’autre côté de la planète ♥

Grâce à mon GPS, nous sortons facilement de la ville où les routes sont très souvent à sens unique, ce qui complique un peu la tâche.

Il fait un temps splendide et nous roulons avec entrain en direction du Nord avant de bifurquer vers l’Est vers Phayao.
De longues courbes précèdent de belles lignes droites avant que des travaux majeurs nous obligent à ralentir. La route, transformée en piste de terre cahoteuse, me permet de constater que le sac est très correctement attaché et qu’il ne bouge pas d’un poil.
En tournant un peu la poignée des gaz, j’arrive à doubler voitures et camions qui se traînent sur le chemin de poussière.

Nous faisons une halte café/gros gâteau aux sources d’eau bouillante, et le café où nous sommes installés propose même de tremper les pieds dans l’eau très chaude et pleine de bons minéraux.

À la deuxième halte, je ne sais pas par quel malheureux hasard, la béquille de la moto se replie et je reçois une partie de l’engin sur le pied.
Dans le petit café juste à côté, je demande un sac de glace (oui, je sais dire glace en thaï), et après quelques minutes de cryothérapie, nous reprenons la route. Finalement, plus de mal que de casse, la moto n’a rien.

Nous arrivons à Phayao, ville posée sur le bord d’un immense lac où je ne trouve pas le temple que je voulais visiter. Tant pis, nous allons nous sustenter dans un resto à l’accueil charmant.

Je demande un sac de glace à la jeune fille en lui montrant ma cheville en lambeaux, et nous passons commande.
La tranche de pain de mie au miel de ce matin est vraiment loin, nous sommes prêts à en découdre avec la carte au complet.
Le repas est gargantuesque, un poulet grillé, des galettes de poissons et deux som tam trouvent le chemin de nos estomacs enfin rassasiés.
Tiens, je ferais bien une sieste moi !

Wat Nantaram
Enfin, après plus de 240 kilomètres, nous arrivons au petit hôtel qui sent encore le plâtre frais, à 5 kilomètres au nord de Chiang Kham, notre base d’exploration pour deux jours.

La dame ne parle pas un mot d’anglais, mais j’avais réservé par Internet et la chambre est prête et parfaite.

Si la ville de Chiang Kham n’a pas grand intérêt, elle possède tout de même un très beau temple en bois, le Wat Nantaram.

Datant de 1908, son imposant plancher en teck et son architecture originale donnent à la bâtisse une allure majestueuse.
Nous en faisons la visite puis le tour complet sous les regards intrigués de quelques nonnes et de visiteurs thaïs qui ne doivent pas souvent voir de touristes par ici.

En faisant une visite rapide du bourg, nous tombons, comme par hasard, sur un petit musée de tissu et vêtements traditionnels de la tribu Lue dont je n’avais jamais entendu parler.
Les vêtements sont originaux et la dame très gentille nous fait une démonstration de tissage. Une toute petite boutique attenante propose quelques œuvres, mais nous gardons le contrôle et repartirons bredouilles en laissant une obole dans la boîte prévue à cet effet.

Nous stationnons ensuite notre moto au discret réservoir jaune pétant sur la rue principale et partons à la découverte de la petite ville. Ils ne doivent pas voir beaucoup d’étrangers dans ce bled parce que tout le monde nous regarde et se demande certainement ce que nous faisons ici.

Le marché est fermé, ne restent que quelques kiosques de nourriture, et je suis certain qu’à 19 heures, si nous traînons encore ici, les commerçants nous rangent avec leur stock dans le fond de leur magasin.

Nous revenons à notre chambre pour nous reposer, et le propriétaire nous propose de stationner la moto dans son petit garage, bien à l’abri.
Il ne nous reste plus qu’à remonter la rue et aller déguster une exquise soupe à 1,40$. Les trottoirs sont roulés, il est temps de regagner le confort de notre chambre moderne et climatisée.

23 janvier – Chiang Kham, entre Mékong et montagnes
Le petit-déjeuner est prêt au rez-de-chaussée de l’hôtel. Quelques sachets de Nescafé, des petits gâteaux industriels, de quoi tenir quelques heures avant un vrai repas.

Rassasiés, nous grimpons sur la selle en direction du Nord, vers le Mékong et la frontière avec le Laos.
Rapidement, un barrage policier nous force à nous arrêter, mais le gardien de la paix nous demande simplement d’où nous venons et où nous allons. Par contre, les contrôles des petites gens en scooter sont plus sérieux, et les contrevenants sans casques passent au cash. On ne rigole pas avec la sécurité hors des îles perdues où tout le monde sait quand la police arrive.

Nous continuons sur notre lancée sur une route à deux voies qui me permet de caler la moto en 6e et rouler à une vitesse confortable.

Après une pause café et carressage de chat en manque, nous arrivons à Chiang Khong
En 2006, c’est de cette bourgade que nous avions franchi le fleuve Mékong pour gagner le Laos.
Les routards étaient partout et une foule impatiente se pressait aux portes donnant accès aux bateaux assurant le transport entre les deux rives.

Un pont a été construit quelques kilomètres en aval, et s’est en fini de l’agitation sur la rue principale. Les immenses guesthouses sont vides, les vendeurs de souvenirs attendent patiemment un touriste perdu, la circulation est flegmatique. Pourtant, de gros travaux ont lieu le long du fleuve, mais c’est peut-être juste pour occuper les ouvriers.

André en profite quand même pour faire des exercices de gymnastique sur les agrées disposés dans le petit parc décoré de dizaines de poissons-chats. Une immense statue du poisson à moustache, vedette du fleuve, domine ses congénères et donne un effet très haut de gamme à l’ensemble.

Nous cherchons un endroit avec vue pour manger, et accédons à une guesthouse où la dame est tellement contente de nous voir arriver qu’elle abandonne ses affaires en cours pour s’occuper de nous.
Elle nous propose son plat de nouilles sautées aux légumes et nous invite à nous installer où bon nous semble, et le choix est vaste. Des dizaines de chambres inoccupées font face à un fleuve au courant puissant, charriant le limon jusqu’à la mer de Chine, il y a autant de tables qu’il pourrait y avoir d’occupants.

Notre hôtesse, très belle est vêtue de vêtements traditionnels qui n’ont rien à voir avec un folklore touristique. Elle nous apprend qu’elle conçoit et coud elle-même ses tenues et en est très fière.
Elle est allée en France il y a quelques années, nous parle de sa visite de la tour Eiffel et du château de Versailles. Et puis, si jamais on revient dans le coin, de ne pas hésiter à venir occuper une de ses chambres.

Sous le soleil écrasant, nous regagnons notre moto, garée comme il se doit devant le 7-Eleven, le meilleur moyen de ne jamais se perdre. 
Phare vert dans la nuit, avec la porte automatique au tintinnabulement si distinct, ce commerce est une référence.

Nous longeons le quatrième plus puissant fleuve d’Asie et nous arrêtons régulièrement pour immortaliser le point de vue. Quelques rares bateaux parcourent les eaux brunes et de temps en temps, un speedboat descend le courant pour rejoindre la très belle ville laotienne de Luang Prabang.

Puis, nous bifurquons à droite et entrons dans une vallée majestueuse cernée de hautes montagnes. C’est un rêve de motard, la route est très bien entretenue, les courbes bien dessinées, nous prenons du gros plaisir.

Chaque virage est propice à la contemplation, mais il faut avancer si nous ne voulons pas finir la route de nuit.

Sur la crête, des dizaines de petites échoppes proposent des fraises, qui semblent être la culture vedette du coin. Mais j’ai encore le souvenir d’une petite crise intestinale après en avoir ingurgité il y a trois ans et vu les produits qui sont pulvérisés sur les plants je doute que le label bio soit apposé sur les casseaux.

Une affiche indique Phu Chi Fa, si c’est pas une invitation à sortir des sentiers battus ça !
La montagne qui porte ce joli nom domine les vallées du haut de ses 1628 mètres, dont 780 mètres de sentier. La vue est extraordinaire, le vent frais vivifie nos anatomies suantes et nous retrouvons peu à peu notre souffle.

Nous prenons de grandes goulées d’air frais, les odeurs naturelles embaument nos poumons durement mis à l’épreuve dans la circulation frénétique de Chiang Mai.
Et il est temps de redescendre vers la moto et de poursuivre notre route.

Le reste du trajet se fera dans les meilleures conditions, même si une petite partie de la route a été sous-traitée par l’association des cols bleus de la ville de Montréal, partout ailleurs le revêtement est en parfait état.

Et tout à coup, la surprise ! En plein parc national de Phu Sang, une vision que nous espérions plus, une cascade avec de l’eau !
Pour qui nous suit sur ce blog, vous savez que nous sommes les chasseurs de cascades les plus entêtés et les plus malchanceux. Bon, nous sommes certainement les seuls à chasser les chutes d’eau en pleine saison sèche…
Mais là, il y a de l’eau et c’est beau.

Un immense arbre aux branches squattées par de monumentales ruches sauvages et par autant de dizaines de milliers d’abeilles domine le petit bassin où les gens trempent leurs pieds et leurs enfants. Une belle parenthèse pour terminer cette magnifique journée.

La toute dernière ligne droite me permet de pousser un peu la machine, mais sachant raison garder j’évite d’essorer la poignée des gaz à fond.

La machine bien rangée dans le garage de notre hôte, nous troquons pantalons et chaussures contre short et gougounes et partons visiter le marché à deux minutes de l’hôtel.

Classique déballage de fruits et légumes, riz et brochettes, poulets et poissons, sacs de piments et tresses d’ail. Une bouchère exhibe une belle cuisse de vache, une vraie avec du gras et peu de mouches, pas la sienne…
Un ventilateur dont elle a retiré les pales, brasse des filaments de sac plastique pour éloigner les indésirables insectes de sa viande fraîche, et je fais rire la cliente lorsque je filme la scène. C’est eux qui doivent me trouver exotique.

Ah ben tiens, ici il y a du nouveau… 
Je ne m’attendais pas vraiment à ça.
Une brochette de porc dans la bouche, mon appareil photo dans la main, je découvre un beau spécial du gérant sur les crapauds éviscérés. Mince, avoir su je ne me serais pas resservi une deuxième fois de cette délicieuse portion de cochon grillé. Tant pis, ce sera pour une prochaine fois.
C’est quand même bien gerbant, de voir les entrailles des bestiaux exposés à la vue de tous. 
Un peu de décence s’il vous plaît !

Rituel de fin de journée en la présence d’une cannette de bière et d’un petit sac de chips à la saveur sushi et wasabi, puis nous rendons visite à madame Soupe en faisant une halte chez madame Som Tam. Un souper un peu plus complet qu’hier soir qui nous aura coûté 4$.

Fin d’une journée de 230 kilomètres, les yeux pleins de paysages à couper le souffle où nous avons croisé 5 Occidentaux.

Les gens sont surpris et heureux de nous voir dans leur région boudée des touristes, et c’est tant mieux pour ceux qui font l’effort d’y faire un détour.

Au sommet du Phu Chi Fa
24 janvier – de Chiang Kham à Thung Chang – 140 kilomètres de bonheur !
D’autres motos sont venues compléter la petite cour intérieure de notre hôtel, trois motards que je soupçonne arriver d’Allemagne sont en train de prendre un petit-déjeuner thaï avec leurs dames locales.
Nous laissons la petite table aux Germains et allons au 7-Eleven pour faire main basse sur quelques brioches industrielles.

Nous remercions mille fois notre hôte qui comme presque tous les Thaïs rencontrés ces deux derniers jours refuse de croire que nous ne parlons pas sa langue. Il y va des compliments sur notre moto, sur notre belle allure, notre beauté légendaire et notre incroyable savoir-vivre qui l’émeut.
Là, mon papa s’attend à ce que je fasse un jeu de mots autour du gros volatil qui ne sait pas voler, mais non, je vais poursuivre mon récit.

Nous voilà partis en ce doux matin, où le mercure frôle les 24º, et si je me fie à la route inspectée hier sur mon GPS, nous devrions bien nous amuser.
Quand le tracé de notre parcours ressemble à un schéma d’intestin grêle, il y a des chances que nous ayons du plaisir. Enfin surtout moi, puisque je tiens le guidon, mais André a l’avantage de pouvoir profiter à fond du paysage. À chacun son plaisir.
Et il arrive rapidement.

Une fois quittée la route principale, nous attaquons les virages dans les montagnes. Encore une fois, l'asphalte en parfait état permet de rouler sans s’inquiéter de la tenue de route de l’engin.
Autour de nous, les montagnes défilent, les plaines se dévoilent et le vent emplit le casque de délicieuses odeurs.

La liberté éprouvée sur une moto n’a pas d’équivalent.
Sauf peut-être pour les cyclotouristes occidentaux que nous croisons de temps en temps et qui eux l’ont pour admirer le paysage sans se soucier du prochain virage. Je leur lève mon casque pour autant de détermination et de courage, mais franchement, je préfère mon sort au leur.

Nous faisons une halte à un café doté d’une vue extraordinaire, mais qui n’a pas plus d’expresso que de Nescafé. Tant pis, nous en profiterons quand même pour faire quelques photos du paysage.

Voitures et camions sont rares et lents, nous les laissons tous sur place aussitôt que vous en voyons un. Notre moto, même modèle que celle que j’ai à Montréal est terriblement efficace et stable, est-ce que j’ai déjà dit que je prenais un plaisir fou à piloter cet engin ?

Siam Garden Bungalow
Finalement, après trois heures de route, nous arrivons au Siam Garden Bungalow et prenons possession du nôtre, caché sous un arbre en fleurs qui sent le Paradis.
Enfin si le Paradis existe et qu'il a une odeur...

Encore un endroit fort sympathique et loin de la cohue de la ville. En fait, il n’y a pas de ville et encore moins de cohue, nous sommes l’attraction du jour.
Surtout chez nos mesdames Soupe qui, toutes surprises de nous voir débarquer, nous concoctent nos petits frichtis.

Quand je ne sais pas quoi prendre ou que la carte contient cinq plats écrits en thaï, je demande quelque chose avec du kai (poulet). C’est assez rare que je me fasse avoir et je continue à faire confiance en ma bonne étoile.

André non.
Il y va au hasard et on ne peut pas dire que ça lui réussisse super bien.
La dame lui montre une poignée de nouilles, jusque-là tout va bien et il confirme donc le choix de son plat.
Quelques secondes plus tard, lorsqu’arrive le bol, c’est une autre histoire. Il y a effectivement les nouilles et un bouillon, mais il y flotte des morceaux de porc et pas des plus nobles.
Foie, boudin, viscères et gencive confite, tout pour donner un goût savoureux et inimitable à cette soupe.
Et de la soupe à la grimace, il y en a !
Il a quand même goûté, et m’a confirmé que ça avait le goût de ce à quoi ça ressemblait. On est vite parti au 7-Eleven acheter des chips.

De mon côté, tout était excellent, des nouilles aux œufs avec du poulet et un délicieux bouillon sans entrailles de truie. Parfait !

Allez, il est temps de partir en balade découvrir ce coin de pays. La première route se transforme rapidement en chemin de gravier, puis en sentier de terre. Demi-tour en équilibre, l’engin pèse quand même plus de 200 kilos, je n’ai pas envie de le recevoir sur le pied.

Nous prenons un autre accès qui d’après l’image qui embellit une pancarte devrait nous mener à une cascade. Je vous ai déjà parlé de nos quêtes de cascades ?
Eh bien, on ne déroge pas à la règle. Après une longue et fastidieuse route en mélange de matériaux, après avoir fait un demi-tour dans un tout petit village où le pochtron du bled tentait de nous extorquer 20 bahts, après un autre demi-tour dans la cour de l’école sous les regards abasourdis des enfants, nous nous promettons, encore une fois, de cesser nos imbéciles recherches de cascades maudites.

Nous laissons la moto sur le pont de la rivière Nan et allons lancer le drone pour faire quelques photos. 

Ce soir, normalement, nous devrions manger correctement, nous avons pris quelques informations auprès de Marco, le propriétaire des bungalows.

Nous nous dirigeons donc vers le seul et unique resto ouvert dans le coin, le ‘’BBQ et bouillon’’ de la rue principale.
Nous nous fions à la photo du menu pour commander et attendons avec impatience l’arrivée du plat.

On nous roule un chariot avec deux bières, un seau de glace, un ouvre-bouteille garanti 100% tétanos, et une bouilloire en alu remplie de bouillon.
Puis le chef nous apporte un barbecue en terre cuite rempli de braises rougeoyantes et dépose un plat ajouré dans lequel il verse le bouillon.
Suivent un plateau rempli de chou et de liserons et un bol de morceaux de viande baignant dans un liquide plasmatique. Houla, mais que nous sommes heureux…

Après un instant de découragement, et une fin de non-recevoir, lorsque je demande du poulet, nous attaquons à coups de baguette le plat en sauce d’hémoglobine.
Finalement, à force de fouiller dans le magma, nous découvrons des tranches de viande identifiables que nous déposons sur la partie émergée du barbecue.

Aucune chance de manger la viande autrement que très cuite, et puis, c’est très bon.
Nous ferons bombance en déglaçant souvent la grille fumante avec le bouillon frémissant qui cuit nos légumes.
Nous laisserons quand même les morceaux de gras et le foie en tranche, il ne faut pas pousser non plus. Mais nous finirons tout le bouillon qui à force de déglaçage et d’ajout de matières deviendra de plus en plus goûteux au fil des minutes passées autour de ce chaleureux repas.

Un dernier tour au 7-Eleven avant de conclure une journée pleine de joie quelque part au Nord-Est du Nord-Nord de la Thaïlande.

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