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Asie 2019 - Bangkok - Pékin - Montréal

6 mars - Bangkok – Pékin
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Là, pour de vrai, c’est notre dernier jour.
L’avion d’Air China est prévu à 19h20, ça nous laisse le temps de faire nos bagages et de profiter une dernière fois de la piscine.

Nous avons fait l’acquisition d’un sac pour pouvoir ramener tout notre stock. Si nous partons avec moins de 10 kilos chacun, c’est pour mieux en amasser pendant le voyage.

Avec un peu d’astuce et d’espièglerie, nous réussissons à caler nos kilos de riz, notre douchette à toilette, nos foulards Jim Thompson, mes 15 pots de miel, la réserve de sable de Nacpan que j’utiliserai bientôt dans un nouveau savon, mes machettes de paysans thaïs et philippins, les clochettes de temples et le chasseur sous-marin en bronze, les palmes pas à la bonne taille, les masques et tubas qui ont fait le bonheur des poissons en voyant André s’en extasier, les pots de baume du tigre bien pratique quand on vieillit, les sacs de mangue déshydratée, les noix de cajou aux épices et autres bouteilles de Sam Song.

Je bats un nouveau record : 19,5 kilos pour mon gros sac à dos ! Nous avons droit à deux bagages de vingt kilos chacun, il faut juste les porter jusqu’au comptoir d’enregistrement.

Il est presque 15 heures, nous avons fait honneur à certains des plats que nous préférons, l’inimitable Som Tam, la salade de papaye verte, le très classique Pad Thai Gai, des nouilles sautées avec du poulet et du tofu, et un Kao Pad Gai, du riz frit au poulet, recouvert d’un œuf au plat.

Nous quittons notre hôtel aux fresques colorées et grimpons dans le gros pick-up Grab qui vient d’arriver. Nous y jetons nos sacs et profitons du dernier point de vue sur cette ville qui ne cesse de croître. Le ciel est bleu, la vue porte loin, les grues enchaînent les nouvelles constructions de cette ville en mutation permanente.

En arrivant proche de l’aéroport, les immenses panneaux publicitaires barrent l’horizon de leurs dizaines de mètres de promesses d’une vie meilleure grâce au dernier Samsung 10 ou à la joie de rajeunir en buvant une eau miraculeuse.

Arrivés de bonne heure, nous avons le temps de faire emballer notre nouveau sac et sommes dans les dix premiers devant le comptoir d’Air China. Ce qui n’empêche pas une famille d’excités de passer devant tout le monde, mais pour avoir côtoyé des centaines de touristes du même acabit, je ne suis ni surpris, ni fâché. Ils ont juste l’air complètement fous.

En étant les premiers devant le guichet, nous avons l’opportunité de demander les places que l’on veut à la charmante demoiselle qui sans problème nous installe tout au fond des avions que nous allons prendre.

À cette heure, l’aéroport est presque vide, les contrôles sont rapides, il n’y a pas d’attente aux guichets des douanes. Par contre, les boutiques hors taxes sont toujours aussi dispendieuses et je n’arrive pas à comprendre pourquoi.

Ah ben oui, les touristes veulent se débarrasser de leurs devises locales alors qu’importe le prix, il faut vider son porte-monnaie. C’est du vol, mais comme personne ne semble comparer, il est facile de fourguer alcools, chocolats et biscuits à 30 % plus cher que dans les magasins en ville. Seules les cigarettes semblent moins chères à 2,80 $ le paquet, ce serait l’occasion de recommencer à fumer.

Ça y est, nous grimpons dans notre avion. Nous avons deux places côté cour, le soleil s’est couché dans un dernier embrasement de magnifiques couleurs. La ville s’est parée de ses lumières que l’absence de pollution fait vibrer sous les ailes. Nous jetons un dernier coup d’œil par le hublot en nous promettant de venir visiter tout ce que nous n’avons pas encore vu.

Quatre heures plus tard, nous arrivons en vue de l'éclairage de Beijing où une longue escale nous attend. Mais ça, c’est demain, le 7 mars.
Les roues frôlent à peine la piste que déjà des passagers se lèvent pour chercher leurs sacs et se précipiter vers la porte. Ils sont immédiatement freinés dans leur élan d’enthousiasme par le personnel de bord, qui, tout souriant qu’il soit, est là pour faire respecter les consignes.

Sur Cebu Pacific, le staff laissait faire les impatients, et se foutait de savoir que si l’avion freinait d’un coup, il y aurait des corps qui s’écraseraient contre des fauteuils.
J’aimerais tellement que ça arrive, je sais, ce n'est pas charitable, mais je ne me suis jamais vanté d’être un saint.

7 mars - Pékin - Montréal
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1 heure du mat’, les douaniers sont toujours aussi étranges. 
Le retard provoqué par leurs contrôles stresse bon nombre de passagers qui ont une correspondance très serrée. De notre côté, nous avons largement le temps de défaire nos sacs et de montrer que la petite batterie de l’appareil photo ne risque pas de faire exploser un avion.

Mais un douanier, qu’il soit Chinois ou Canadien, est totalement imperméable à toute forme de plaisanterie alors nous évitons de faire des blagues, voire de sourire.

Les contrôles passés, nous arrivons dans le terminal 3 où nous reprenons l’avion dans 12 heures. Nous nous mettons donc en quête d’un endroit calme pour nous reposer.
L’immense hall est désert, seuls quelques passagers en transit errent dans les allées froides envahies par les courants d’air d’une climatisation trop efficace.

Je me renseigne dans les salons privés où l’on charge 50 $ par personne pour trois heures. Dans un autre, la chambre pour deux personnes est facturée 1800 yens, soit 360 dollars !
Ça fait cher la sieste et la douche…

Enfin, au bout d’une heure de vagabondage, nous repérons un ensemble de banquettes où la lumière est faible et suffisamment éloignée des portes d’embarquement.
Nous nous emmitouflons dans quelques fines couches de vêtements et surtout dans la couverture récupérée sur notre dernier vol puis cherchons le repos. Qui vient assez facilement, mais par intermittence.

L’endroit est tellement beau, que lorsque l’aube annonce son arrivée par quelques délicieuses couleurs pastel, un troupeau de touristes chinoises vient s’extasier, et pousse des cris de joie en voyant le soleil faire son apparition.

Je crois qu’ils comprennent le français parce que, quand je sors la tête de ma capuche, les yeux cernés comme un château-fort, la barbe hirsute débordante de mon masque antipollution en mugissant un sonore et autoritaire chuuuuuuuuut, elles s’effraient et fuient à petits pas empressés à l’opposé du hall.

Il est 6 heures, nous sommes frigorifiés. 
Pas plus d’animation dans le terminal, mais quelques boutiques ouvrent leurs stores. Nous marchons pour nous réchauffer et arrivons jusqu’au bout, face à la piste de décollage.

Et là, nous trouvons un endroit idéal pour nous reposer plus confortablement. De longs fauteuils, posés sur une moquette douteuse sont cachés derrière des paravents permettant un semblant d’intimité. Des moineaux perdus du mauvais côté de la grande baie vitrée pépient et offrent un peu de poésie dans cet immense endroit moderne.

En ajoutant un fauteuil bas au pied de notre nouveau lit, nous pouvons fabriquer une couche presque confortable. En tout cas suffisamment pour nous autoriser à dormir quelques heures et à faire rire les touristes à cause de mes ronflements.

Alors, si par hasard, vous échouez dans le terminal 3 de l’aéroport de Pékin, et que vous avez plusieurs heures à tuer, dirigez-vous vers la porte E24, il y a là quelques fauteuils verts pas dégueux du tout.

Nous cédons au chant des sirènes du Starbucks, seul commerce ouvert offrant un café pour nous réchauffer et traînons dans notre salon semi-privé jusqu’au moment de l’embarquement qui s’effectue tout à fait de l’autre côté du terminal.
Il est 13 heures, nous embarquons pour notre dernière ligne droite à destination d’un hiver qui n’en finit plus, mais dont nous avons fui la plus grande partie.

Et nous atterrissons 15 minutes plus tard sur le tarmac de PET. Enfin, 15 minutes et 13 heures plus tard grâce au décalage et au survol du nord de la planète.
Le vol sera ponctué de quelques soubresauts et de bons plateaux-repas servis par un personnel souriant et attentif.

Le passage aux douanes est rapide grâce aux dizaines de machines qui remplacent les humains, les sacs tournent sur le tapis, le chariot file vers la sortie où nous remettons notre déclaration.

Un Uber nous attend porte 6, la circulation est fluide, nous arrivons chez nous en moins de 30 minutes. Il fait froid, mais le soleil est là pour nous aider à surmonter la fatigue du voyage. Du moins jusqu’à ce que je ne comprenne plus rien à l’émission devant laquelle je m’endors toutes les 12 minutes.

Voilà, c’est la fin. 58 jours de voyage.
Avec quelques bas, mais surtout énormément de hauts.
Avec des rencontres formidables, et la découverte d’un nouveau pays et ses habitants chaleureux et souriants.
Mais le bilan est pour plus tard.
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Je suis attablé dans la cuisine, une tasse de Pu Erh à la main. J’ai eu le temps de conclure ce voyage et de faire cuire 4 baguettes bien croustillantes.
André a déjà lavé le linge, tout notre bordel est rangé.

Enfin à part mon bureau recouvert de déclarations d’impôts et de factures…
Sur le balcon, le thermomètre indique -14º, le soleil termine sa course, et moi ma journée.

- Merci à tous ceux qui ont pris le temps de nous lire.
- Merci d’avoir commenté et aimé nos photos et mes textes, c’est mon carburant d’écriture.
J’ai eu du plaisir à "proser" tous les jours, d’abord parce que j’aime ça, mais surtout pour vous.

Pour partager nos aventures, pour vous faire voyager par procuration et vous emmener quelque part, loin de votre quotidien, loin de l’hiver et des désagréments qu’il peut offrir.

Nous avons déjà réfléchi au prochain voyage. 
Et au suivant. Mais ce sera pour un peu plus tard.



Asie 2019 - Bangkok 2/2

4 mars - Bangkok, une acti-vitrée et des beignes en rafale.
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Pas de bougie sur la papaye, le serveur n’a pas dû comprendre ma demande.

Ce matin, nous nous dirigeons vers la première activité de la journée. En chemin, nous croisons multitude d'affiches électorales, vantant les mérites et les promesses des candidats qui se présentent aux élections législatives du 24 mars.
Il y a même un parti qui affiche une feuille de marijuana. Le cannabis à usage thérapeutique est légal en Thaïlande, mais ce parti voudrait que chaque famille puisse faire pousser 6 plants chez eux. Pas certain qu'il passe celui-là.

Par contre, le militaire au regard méchant a de fortes chances de rester au pouvoir. L'armée, de concert avec le Roi, contrôle le pays, il serait dommage de faire tomber une dictature qui ne tolère aucune contestation.
D'ailleurs, un premier parti d'opposition vient de se faire dissoudre, et la chaîne de télévision créée par les enfants de l'ancien premier ministre en exil, interdite de diffusion pendant deux semaines. Tiens, juste le temps de conforter les bidasses au pouvoir !

Il y a deux jours, j’ai acheté des billets en ligne pour accéder au fameux plancher de verre de l’immeuble Maha Nakhon. Je n’ai jamais eu de confirmation ni de réponse à mes courriels, mais mon compte a bien été débité.

Sur place, il suffira au très dévoué préposé de cliqueter sur son clavier pour confirmer mon achat et nous donner accès à l’ascenseur tellement rapide qu’il doit être capable de nous téléporter.
Sans même ressentir autre chose que les oreilles qui se bouchent, nous arrivons au 74e étage. Étant donné l’heure matinale, nous sommes les premiers au sommet de la tour de 314 mètres.

Construite en 2016, la superbe tour Maha Nakhon abrite des logements, des commerces, des bars et un hôtel de 154 chambres. C’est le gratte-ciel le plus haut de Bangkok et il représente une image pixelisée en cours de téléchargement.

Cet étage est un point d’observation intérieur qui, grâce à la technologie de la réalité augmentée, permet de visualiser les points d’intérêts de la ville via l’écran de nos téléphones.
Le ciel est un peu nuageux, mais ça donne une perspective intéressante à la ville qui s’étend à nos pieds. Des piscines ponctuent de leur bleu invitant quelques terrasses, et au loin, on distingue parfaitement Bang Kachao, le Poumon Vert de Bangkok, où nous avions fait du vélo il y a quelques semaines. Ah oui, il faut se replonger dans les archives…

Mais le voyage n’est pas fini, si nous sommes ici, c’est pour accéder au tout dernier étage, la terrasse et son fameux plancher de verre. Nous montons donc au 75e pour embarquer dans un ascenseur vitré qui nous fait grimper au sommet de la tour, le 78e étage.

En gravissant encore quelques marches, on accède au sommet du sommet, The Peak qui est officiellement le bar le plus haut du Royaume.

En face de ce Pic, le fameux plancher de verre domine le quartier par sa transparence.
On nous demande d’enfiler des housses sur nos chaussures, de laisser sacs et appareils photo afin de ne pas abîmer la vitre, et puis on peut aller baguenauder dans les airs.

Je ne souffre absolument pas d’acrophobie.
Je n’ai peur ni du vide ni des hauteurs, mais un tout minuscule instant de doute me taraude lorsque je pose un pied au-dessus des toits des petits immeubles sous mes semelles.

La logique l’emporte rapidement et je m’élance comme si j’avais des patins à glace. Debout, assis, couché sur le dos ou sur le ventre, je donne un spectacle aux gens dont je me fous royalement. À cet instant précis, je suis seul au monde et j’en profite.

Après quelques minutes, je rejoins André qui respire un peu plus rapidement que d’habitude.
C’est à son tour de s’élancer. Et comme c’est à cause de lui qu’on est ici, il serait malvenu de ne pas honorer ses engagements.

Il fait comme les gens normaux, il doute.
Un pied sur la vitre, le corps sur la brique. Un autre pied, mais retour au bord. Puis, il commence à marcher. Très proche de la pierre à laquelle il pourrait éventuellement s’accrocher si la vitre venait à céder.
Enfin, il traverse, mais en marchant sur des œufs. Comme si le fait d’avoir le pied léger était un gage de sécurité sur une vitre qui mesure plusieurs centimètres d’épaisseur.
On a beau savoir qu’un troupeau de tricératops pourrait entamer une gigue effrénée sur cet épais carreau, on doit quand même totalement faire confiance à une personne qu’on n'a jamais vue.

Bon, André a pris trop d’assurance, il faut presque que je le rappelle à l’ordre, on ne passera pas la journée ici.

Nous montons admirer la vue à 360º du haut du Peak, puis retournons sur le plancher transparent pour un dernier tour de piste, avant de regagner le niveau zéro dans l’ascenseur ultra rapide pour accéder directement dans le grand magasin hors taxe du groupe King Power.

Dans quelques années, la tour Super Rama IX devrait supplanter l’actuelle détentrice de par rien de moins que le double de sa hauteur, soit 615 mètres. Une autre visite à programmer d’ici 3 ans.
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Nous regagnons le grand centre Siam Paragon pour céder au rituel repas d’anniversaire : le barbecue coréen.
Un brasero rempli de charbon de bois incandescent est déposé sur la table, et une hotte aspirante vient se placer à quelques centimètres au-dessus.
La serveuse apporte notre commande de légumes, tranches de bœuf et poulet, que nous déposerons sur la grille. C’est un vrai festin, et nous nous régalons de faire notre petite popote de camping de luxe.

André continue son programme fastueux en me traînant dans le très chic café du Mandarin Oriental pour y déguster du bout d’une dent de fourchette en argent un dessert haut de gamme.

La journée a trop rapidement avancé et apporter nos achats à l’hôtel avant de finir la soirée en beauté est une perte de temps. Heureusement, au-dessus du métro Silom, des consignes sont installées et nous pouvons y déposer nos sacs que nous récupérerons ce soir avant de rentrer à l’hôtel.

Chose faite, nous avons amplement le temps de nous balader sur le quai du khlong, juste à côté du superbe ensemble de maisons ancestrales récupérées par Jim Thompson dans les années 50 avant qu’elles ne se fassent démolir à une époque où il fallait faire disparaître le passé pour laisser place au présent.

Des fresques décorent le béton et les bateaux filent à toute allure sur le petit canal dans des éclaboussures d’eau peu ragoûtante.

Nous grimperons dans un de ces bateaux qui, pour à peine 9 bahts nous déposera à la station proche de la Montagne d’or que nous avons l’intention de visiter.

Souvent côtoyée, nous n’avions jamais grimpé les marches pour accéder au Wat Saket, le temple qui domine toute cette partie de la ville.

La vue du haut de la colline est très belle, et le soleil qui commence à frôler les toits de la mégalopole annonce un splendide spectacle.
Quelques moines concurrencent André dans le sonnage de cloches et de gong, mais l’hurluberlu percussionniste ne laisse pas sa place et court de battant en marteau. J’ai un tout petit peu honte, mais il s’amuse et c’est son anniversaire.

Nous sommes choqués par tous les visiteurs qui gardent leurs chaussures au dam de la bienséance. Mais en sortant récupérer les nôtres, nous voyons les grands panneaux et la voix lancinante d’un haut-parleur intimant aux visiteurs de garder leurs chaussures aux pieds.

...

Il est déjà temps de regagner le sol pour notre prochaine activité, un trop longtemps reporté match de muay thai (le vrai nom de la boxe thaïe) au stade Rajadamnern.

En 2002, j’avais assisté à un match au réputé stade Lumphini, fermé depuis et avait vraiment adoré ça. Oui, c’est violent et les pugilistes commencent jeunes. Mais pour devenir bon, comme dans tous les domaines, il faut bien débuter le plus tôt possible. Certains coups sont interdits, et le combat est surveillé de près par l’arbitre et les entraîneurs.

Nous sommes assis au premier rang, le nez dans les cordes. Il y aura 9 matchs de 5 rounds chacun. Une reprise dure 3 minutes, puis 2 minutes de repos, autant dire qu’on va passer du temps ici.

Comme dans tous les matchs, on commence par les plus jeunes. Même s’ils sont musclés comme des athlètes de haut niveau, ils ne doivent pas avoir plus de 15 ans. Le rituel, suivi à la lettre, est mené par une troupe de trois musiciens. 

Tambour, cymbale et hautbois nasillard font résonner une musique lancinante qui rythme les mouvements des boxeurs.

Les deux combattants dansent autour du ring, invoquent les protections, remercient leurs entraîneurs et le public. Ils s’étirent et bougent au son des notes, le spectacle est déjà commencé.

Le coup de gong annonce le début du match.

L’arbitre s’assure que les garçons portent la coquille de protection, essuie les dernières gouttes d’eau sur les gants et rappelle les règles de bonne conduite.

Premier round. Les gamins se jaugent, se tournent autour, se lancent quelques coups de pied et de poing pour voir comment l’autre va réagir. Gong.

Retour dans leurs coins, rouge et bleu se dirigent vers leurs équipes. Rapidement, un grand plateau en métal est poussé sous le boxeur, il pourra ainsi se faire rincer et soigner sans salir le tapis. Massage, eau glacée, conseils, hurlements de motivation, information sur les paris en cours, l’équipe est surchauffée et ira crescendo jusqu’au coup de gong final ou au KO.

Le spectacle n’est pas que sur le ring. Dans la section publique où les gens sont debout, les paris vont bon train. Les spectateurs hurlent et se déchaînent à chaque coup porté.

Au fur et à mesure des combats, des boxeurs de plus en plus balaises et expérimentés se relayent. Un petit râblé en short rouge fait face à un grand aux longs bras. La culotte bleue lance loin ses coups. Le rouge, court sur pattes ne peut les éviter et encaisse sans broncher.
Je ne sais pas ce qu'il se dit dans le coin du rouge pendant une pause, mais il semble temps de passer à l'attaque.

Sa force extraordinaire compense largement sa taille. Il déboule comme cinq lions sur son adversaire qui n’a rien vu venir. Crochets, uppercuts, coup de pied dans le ventre, coups de genoux et de coudes, en moins d’une minute, une avalanche de boulets de canon se déverse sur le grand trop sûr de lui.
C’est un KO sans appel.

Le suivant, en short bleu, ne paye pas de mine et, lui aussi en prend plein la gueule. Mais nous comprenons rapidement sa stratégie. Il est capable d’encaisser, et laisse son adversaire prendre de la confiance.

Mais ses coups de tibia sont dévastateurs. Il frappe avec une force et une rapidité hallucinante, toujours au même endroit.
La cuisse gauche sous le short rouge commence à marquer. Une grande trace écarlate apparaît. Il boite et ne peut plus éviter les coups qui tombent sans discontinuer sous les hurlements hystériques des parieurs en face de nous.
Il a beau avoir une jambe musclée et entraînée, elle finit par céder sous les coups de pilon. Il tombe. L’arbitre le compte, il essaye de se remettre sur ses gambettes flageolantes sans y arriver.
C’est terminé. 
Son adversaire l’aide à se relever, il est porté hors du ring sur une civière, son lendemain sera difficile.

C’est ultra violent, mais c'est un sport codifié où tous les coups ne sont pas permis avec des règles strictes qui doivent être respectées. Il y a une vraie admiration de la part des combattants. Lorsque l’un reçoit une beigne qu’il n’a pas vue venir, il sourit, hoche la tête : ouais, bon coup, mon gars, je ne l'avais pas vu arriver celui-là.

Tous les autres matchs se gagneront aux points et les gagnants et perdants sont applaudis par le public.

Il est presque 22 heures, le stade s’est tranquillement vidé après les combats plus professionnels et nous quittons nos places avant la fin du tout dernier match qui réunit deux amateurs. Nous avons eu notre quota de mornifles.

En sortant du stade, les taxis offrent de nous ramener à des prix défiant toute logique.

Non, pas de compteur, je vous fais un prix à 300 baths. Ce ne sont que 12 dollars, mais en quittant la zone touristique, un chauffeur nous prendra en déclenchant un compteur qui affichera 70 baths à l’arrivée.

Il n’y eut ni bougie ni chanson faussement marmonnée, mais ce 4 mars a été agréablement célébré.





Asie 2019 - Thaïlande - Bangkok 1/2

1er mars – De Manille à Bangkok
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Les oiseaux n’ont pas eu leur mot à dire, encore une fois, nous nous sommes réveillés avant eux.
Je profite de mes dernières heures de connexion internet pour commander un Grab et en quelques minutes nous arrivons devant le terminal 3 où déjà les files d’attente sont en train de s’allonger.

L’aéroport de Manille est réputé pour son immense bordel, car dès les petites heures du matin les voyageurs s’accumulent devant les portes où les contrôles des bagages commencent.

Il faut, comme partout au pays, passer par le scanneur où les sacs sont inspectés. Au fur et à mesure de la journée, les délais s’allongent et finissent par créer retards et hystéries.
Heureusement, il est encore très tôt et nous passons relativement rapidement sous l'œil tolérant des contrôleurs qui, une fois de plus, laissent passer mon sac rempli d’armes blanches sans sourciller.

La boutique hors taxes vend des produits plus chers qu’en ville, et la distributrice d’eau ne se lasse pas de répéter ad nauseam "cold water cold water cold water...’’


Malgré les messages apaisés et répétés des préposés à l’embarquement, les gens se ruent vers le portillon où ils sont refoulés. On appelle les seniors, femmes enceintes, familles avec enfants, puis les passagers par rangées.

Certains veulent absolument passer devant tout le monde.
De loin je montre ma barbe au jeune homme qui contrôle la foule que je fais rire, mais je ne suis apparemment pas assez vieux pour bénéficier d’un traitement de faveur.

Fidèle à ses habitudes, l’avion de Cebu Pacific partira avec presque 60 minutes de retard, mais comme les temps de vol sont majorés, nous arriverons à l’heure prévue à Bangkok.

Nous décidons de prendre le train vers le centre-ville, car il est tôt et il y a peu de chance que notre chambre soit prête.
Situé sous l’aéroport, l’accès y est très simple, et la liaison avec le réseau de métro d’une efficacité redoutable.
On est à des années-lumière d’un autobus 747 bloqué dans la circulation ou d’un taxi hors zone trop cher.

Surprise, la chambre est disponible et fait face à la piscine. Nos plans de secours tombent à l’eau, nous pourrons nous laver et nous changer avant d’affronter la touffeur de la ville.
Ville où contrairement à nos craintes, il fait bon respirer.

Les masques antipollution sont inutiles, on voit même le ciel !
On dirait qu’il y a moins de circulation, et que le vent a chassé l’épais smog loin de capitale de plus de 20 millions d’habitants, toujours est-il que l’air est à nouveau respirable.

C’est parti pour une course aux derniers achats dont je vous ferais grâce.

MBK, Siam Discovery, Siam Paragon, Siam World, Siam Center, Central World en veut-tu des centres commerciaux ? Je veux dire des beaux, propres, modernes, lumineux avec du service, du personnel souriant et tous les commerces dont on rêve. C’est ici que ça se passe et la Place Versailles semble sortir d’un cauchemar.

2 mars – Jatujak weekend market
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Aujourd’hui c’est samedi et c’est l’occasion rêvée d’aller visiter le très célèbre marché du week-end de Jatujak (Chatuchak).
Plus de 11 500 vendeurs, répartis en 15 000 stands nous attendent.
Si tu ne le trouves pas à Jatujak, il y a peu de chance que tu le trouves ailleurs.

De la décoration, aux vêtements neufs ou usagés, des pièces pour la voiture ou le scooter, des animaux en peluche ou vivants, des habits et des laisses pour lesdits animaux, des cafés et du café, de la nourriture à manger et de la bouffe déco, des masseuses toujours prêtes à vous remettre sul' piton, de la vaisselle de tous les jours ou du dimanche, de l'artisanat et des antiquités, de vraies fausses copies attendues avec impatience par les douaniers, des accessoires de cuisine, des spatules, cuillères et bols en bois, des baguettes chinoises, de fausses fleurs par brassées, des t-shirts souvenirs, des chaussures et des gougounes, beaucoup de pacotilles, des millions de petits bracelets colorés, encore des kiosques de nourriture et de jus, des têtes de Bouddha interdites à l’exportation, des accessoires de fumeurs de tabac de drogue, des zounes ouvre-bouteilles, de pen’ porte-clés, des phallus cendriers, des lingams juste pour décorer.

Attends, j’en ai encore 12 957…

Inutile d’arriver trop tôt, les rideaux de fer commencent tranquillement à se lever vers 10/11 heures. Il n’y a pas encore trop de touristes dans les petites allées, et il n’y fait encore trop chaud. Mais ça ne va pas durer, bientôt ce sera la cohue et l’exaspération va nous gagner.
Premiers arrivés premiers à marchander. 
Lorsque les commerces ouvrent, c’est plus facile, car le premier argent qui entre dans le porte-monnaie porte bonheur. Donc les ventes sont plus faciles à négocier, puisque le vendeur veut son premier billet. Comme chez nous, l’argent appelle l’argent.

La plupart des commerces sont regroupés par thèmes, mais ce serait trop simple si c’était vrai pour tous. Et puis, il faut acheter quand ça nous plaît, car ensuite il devient quasiment impossible de retrouver la petite vendeuse chez laquelle on avait trouvé ça telllllement beau !

Nous terminons notre visite de plus de 6 heures dans le coin des artistes. Des vrais, pas des trucs importés de Chine. Tiens, je me demande si les Chinois savent que les souvenirs qu’ils achètent viennent de chez eux…

De grands tableaux, des peintures magnifiques, des collages, des sculptures, des photos d’art, ici, c’est pas compliqué, dans chaque alcôve nous aurions acheté quelque chose. Mais évidemment, les prix ne sont pas du tout les mêmes que dans les sections ''copies et fanfreluches''.

Totalement épuisés, nous reprenons le métro jusqu’à notre salvatrice piscine dans laquelle nous immergerons nos corps vidés de leur énergie.

3 mars - Sur les flots du Chao Praya, les recoins de Kao San et les embruns du khlong 
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Un tour très rapide au Icon Siam, ce centre commercial tout nouveau et hyper luxueux avant de naviguer sur le Chao Praya en direction de Kao San road.

Il fait une chaleur hallucinante, 39º à l’ombre, mais cela ne nous empêche pas de manger dans un resto spécialisé dans la cuisine du nord du pays.
Assiette de salade de fleur de bananier, bol de bœuf haché à la menthe, éclats de riz cru et citronnelle, le tout accompagné de sourires et de gentillesse.

Puis, nous marchons jusque dans le fief des rastapoils et autre babaroutards, l’unique et indémodable Kao San road.

Si la rue des backpackers est encore très en vogue, elle a beaucoup perdu de son authenticité, qu’on l’aime ou pas, c’était ce qui faisait son identité.

En 2017, le gouvernement a annoncé qu’il voulait supprimer tous les vendeurs de rue. Officiellement pour libérer l’espace public et faciliter la circulation sur les trottoirs, mais surtout de peur de ne pas récolter les taxes de vente, les petits kiosques de street-food ambulants ont commencé à se faire éliminer. On peine à y croire, mais on circule presque librement sur des trottoirs où mettre un pied devant l’autre il y a juste 3 ans était un vrai casse-tête.

Aujourd’hui, au mieux il y a des heures et des zones très strictes à respecter, sinon il n’y a plus rien du tout.
Alors, dans Kao San, on marche devant des boutiques où les vendeurs n’y croient plus et tentent par réflexe de rameuter un client qui a besoin d’être plus motivé que ça.

C’est triste, car c’est ce qui faisait la particularité de certains quartiers et permettait de manger bon et vraiment pas cher.
Qu’on se rassure, la police n’a pas mis la main sur tous les petits vendeurs ambulants, et on peut encore trouver moult soupes et fritures dans des endroits moins touristiques.

Je laisse André à ses occupations artistiques et vais me balader un peu dans le coin.
Je constate que les Chinois ont toujours la grande classe vestimentaire, et que les Français ont débarqué en nombre pendant leurs vacances scolaires.
Eux qui poussent de hauts cris lorsque l’heure change deux fois par an, mais qui ne se choquent pas par 6 heures de décalage horaire pour une semaine de congés, et donc un autre 6 heures pour le retour…

Une patrouille de policiers arpente le bitume et, à 17 heures, des barrières empêchent la circulation automobile. Les boutiquiers commencent à installer leurs kiosques de souvenirs et de nourriture.

Les incontournables pad thaï et jus frais sont concurrencés par une nouveauté : l’alligator grillé.
Une longue broche plantée dans le corps, il parcourt à dos d’homme les derniers mètres qui le séparent de son barbecue.

C’est insolite, mais pas plus dégueulasse qu’un méchoui d’agneau ou un poulet sur braise. Par contre, ça sent l’épate à touristes à plein nez, un peu comme les vendeurs de brochettes de scorpions ou les plateaux d’insectes et de grenouilles frits.

Si les Thaïs ne sont pas rebutés par avaler quelques insectes triés sur le volet, ce que je n’ai jamais vu à Bangkok, l’offre de toutes ces bestioles est exclusivement destinée à donner des frissons aux touristes.

Allez, t’es même pas cap’! Moi ?
Non, effectivement, mais c’est parce que je suis végan, allergique au gluten, antispéciste et contre la cruauté faite aux animaux, et de temps en temps je jette du faux sang sur les vitrines des bouchers. Sinon ça m’aurait bien tenté.

Le soleil se couche derrière la Montagne d’or et nous embarquons dans le bateau rapide sur le khlong en direction de la station de métro Phetchaburila. 
C'est le moyen le plus rapide et le plus économique pour revenir à notre hôtel.

Nous visiterons quand même très rapidement le Singha Complex, un nouvel immeuble (encore) qui sent la peinture fraîche et abrite bien entendu quelques boutiques hors de prix. Mais l’architecture est agréable et de nombreux espaces de coworking donnent envie de se mettre au boulot.
Mais pas ce soir...


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