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Dimanche 7 février – de Bagan à Kalaw – Tournicoti, tournicota

Nyaung U à Kalaw - 265km, 5h30 de route
8h45, le ventre plein, nous montons dans le mini-bus en direction de Kalaw. 
Le temps prévu est de 6 heures, je ne sais pas si cela va être respecté, mais le départ se fait à l'heure dite. 

La campagne est jaune de sécheresse, tout est aride et désert. Il n'a pas plu depuis le mois de novembre et les paysans attendent avec résignation la saison des pluies qui devrait commencer d'ici un ou deux mois. 

Aux alentours de midi, nous faisons une courte pause dans un resto routier. Les jeunes serveurs ne sont pas avares de courses en gougounes autour des tables pour y apporter des riz frits trop huileux avec des morceaux de gras de poulet. Le Myanmar n'est pas spécialement le pays de la haute gastronomie… 

Après une courte accalmie sur des routes cahoteuses mais droites, nous attaquons la montagne. Là encore les virages sont serrés et offrent une magnifique vue plongeante sur l'immense vallée. Mais nous avons hâte d'arriver à Kalaw. 

Arrivée qui sera comme une surprise lorsque le chauffeur aux dents rouges stoppe son véhicule et annonce le nom de la ville. Notre demeure pour ce soir est le Eastern Paradise Motel, qui se trouve à quelques courtes minutes de marche. 

À peine quitté la route principale, le silence et le calme nous frappent. Perché à 1309 mètres au-dessus du niveau de la mer, Kalaw est un endroit où l'air sent bon et où le bruit est absent. 
Notre chambre James Bond a heureusement été réservée il y a deux jours par téléphone, car l'hôtel est complet. Le nom que j'ai pris soin d’épeler est illisible sur le livre des réservations, mais nous affirmons que c'est bien nous et obtenons la clé de la 007. 

Nous déposons nos bagages, et allons à la découverte de cette toute petite ville de montagne de 10 000 âmes. Le marché n'est pas encore fermé, les fruits et légumes sont beaux, des tas de feuilles de thé vert séchées remplissent de gros paniers tressés, sur des bâches, s'entassent des aubergines de toutes formes et plein de tomates vertes.

Une femme est en train de trancher des noix qui ressemblent à s'y méprendre à de la muscade. Je lui demande ce que c'est, et à force de mimique de grosse joue, je comprend qu'elle prépare des monceaux de morceaux de noix d'arec qui seront ensuite revendus dans de petits kiosques du marché.

Par contre, rayon boucherie, ça craint un peu... Le poulet jaune, et un peu sec fait une drôle de gueule. 
Le niveau d’hygiène est proche du néant, les billots pleins de sang et de morceaux de viscères grouillent de mouches, les morceaux de viande déjà coupés sont exposés à l'air libre sans aucune précaution. 
Par chance, les rares fois où nous oublions notre végétarisme forcé, la viande est très cuite, nous n'avons jamais été malades. En fait, le plus gros risque vient des légumes crus. 
Lavés à l'eau du robinet, ils transmettent plus facilement des bactéries trop heureuses de découvrir des estomacs étrangers. Il faut impérativement que les légumes soient lavés à l'eau bouillie, comme quelques restaurants l'annonce, où les manger cuits. 

Fatigués et légèrement étourdis par le voyage, nous reprenons quelques forces avant d'aller souper au Everest Nepali Food Center que tous les touristes de la ville semblent avoir élu restaurant du dimanche soir. 
Le service sera interminable, mais nous sommes en vacances, et la nourriture à la hauteur de l'attente.

Un œil sur les feuilles de bétel. Il n'en a pas encore l'âge,
mais lui aussi succombera à la tentation...
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Samedi 6 février – Bagan – Des temples et des laques

Internet est toujours inexistant. Si le signal est là, il a du mal à transférer quelque octet que ce soit. 
Il est r'venu les temps des cartes postaaaaaaales, ce monde est resté, dans un autre millénaire...

Après un gros petit-déjeuner, nous allons retrouver notre monture, mais elle est encore sur la charge ou trop loin au fond de la cour pour la sortir. Nous hériterons donc d'une mopette rose bonbon du plus bel effet. 

Momo attrape nos gougounes, nous épingle un papillon en papier sur le t-shirt et nous entraîne vers son petit commerce, où nous ne voulons rien acheter. Elle est un peu insistante, Momo la vendeuse entreprenante, mais nous lui faisons bien comprendre que sa journée ne commencera pas avec nous. 
Le temple Shwe-Zi-Gon, où nous venons de nous stationner est cerné de vendeurs et de petits commerces, tout le monde veut vendre, nous ne voulons rien acheter. La visite de ce grand monastère est relativement rapide, il n'a pas le charme des ruines désertes. 

Maintenant, il faut récupérer nos gougounes sans attirer l'attention de Momo qui doit certainement nous attendre de pied ferme. 
Elles ne sont plus à l'endroit où les avions laissées, la vendeuse, pas folle les a déposées juste devant son boui-boui et nous fait l'article en vantant ses produits qui sont les meilleurs de tout le pays. 
À bien y regarder, ses patentes sont exactement les mêmes que toutes celles qu'on voit partout depuis deux jours, au détail près. Mais où est donc l'usine de fabrication ? 

Nous lui faisons un gros sourire en lui disant que nous avons déjà tout ce qu'il nous faut et elle nous laisse partir avec nos gougounes, et avec sa bénédiction. 

Nous continuons la route le long du fleuve et nous arrêtons au River View, un petit bar perché sur la berge. Les chaises longues en bambou à l'ombre de grands arbres peuplés d'oiseaux piaillards invitent à une grosse sieste. 
Le pichet de limonade maison à la menthe à 1000 K est un pur bonheur. La vue sur le fleuve est majestueuse, en bas, une famille prend son bain. Le bébé hurle lorsque son père le trempe dans l'eau, tu m'étonnes, elle doit pas être terriblement limpide… 

Au milieu d'un petit affluent, un jeune pêcheur répare un piège à poissons. 
Sortie de je ne sais où, une femme transporte une grosse génératrice sur sa tête. Plus loin, c'est un groupe de femmes qui vient de l'horizon pour disparaître ailleurs, la vie s'écoule, tranquille, au rythme du courant quasi-nul entre les bancs de sable de cette saison très sèche. 
Je voudrais bien rester ici, mais il y a encore bien des choses à voir.

La destination réelle de cette balade est le village de Myinkaba (aussi orthographié Myin Ka Par) capitale du laque. 

La laque est une résine récoltée sur Toxicodendron vernicifluum, communément appelé arbre à laque, et qui, bizarrement ne pousse pas du tout dans cette région trop sèche et trop chaude. C'est la région du lac Inle qui fournit la totalité de la laque utilisée à Bagan.

Féminine alors qu'elle est encore résine, le laque devient masculin pour nommer les objets transformés. Le travail est minutieux et très long. 
Nous sommes à mille lieux des objets soi-disant laqués vendus dans les marchés pour quelques pincées de piécettes. 
Il y a, sur les objets de bonne qualité environ 7 couches de laque. Il faut une semaine pour que chaque couche sèche avant de déposer la suivante. Les objets de très grande qualité n'ont pas moins de 14 voire 20 couches de résine et leur prix est en conséquence. 

Un bol commence par la taille d'une tranche de tige de bambou. Ensuite, avec une lame très affûtée, un homme entaille le bout de bambou, et en tire de très fines lamelles en coinçant l'extrémité entre ses orteils.
Lamelles larges et un peu plus épaisses pour des objets solides, comme des assiettes, des plats ou des grandes pièces, ou lamelles très fines et plus courtes pour des bols, tasses et petits objets.

Pour les bols, les lamelles sont tressées, soit entièrement en bambou, soit avec du crin de cheval. Ces derniers sont extrêmement légers et souples, et ne sont jamais utilisés pour contenir quelque chose de chaud, car le contenant n'est pas isolant.

Une fois la pièce tressée, les artisans y déposent une première couche de laque mélangée à de la poudre d'argile pour la rendre plus épaisse et combler les vides. Une fois sec, il faut lisser avec un couteau spécial et apposer une nouvelle couche de laque pure. 
Ainsi de suite jusqu'à obtenir le résultat escompté. 
L'artiste passe enfin une couche de laque mélangée à de la cendre d'os pour la rendre matte et mieux voir le dessin qui va y être gravé. 
Il y a les étapes où l'on passe sur les laques, de la fibre de noix de coco, du bois pétrifié, et d'autres nombreux détails, mais j'ai passé plus de temps à tomber des nues face au boulot des artistes qu'à noter toutes les explications de nos hôtes...

Après le dessin réalisé par les hommes, les fines mains des dames vont ajouter les détails les plus délicats. C'est un vrai travail d'orfèvre, un boulot de moine, où l'erreur n'est pas permise. 

Une fois la pièce entièrement gravée, c'est l'étape des couleurs. Toutes les couleurs apposées sur ces objets de grande qualité sont naturelles. Le vert est obtenu à partir de poudre d'algues, le jaune vient de l'ocre, le rouge vient des cailloux de latérite de la région et la couleur orange est tout simplement un mélange de jaune et de rouge. 

Toutes les pièces sont d'abord colorées en rouge. Entièrement enduit de cette première couleur, il faut à nouveau laisser sécher pendant une semaine. 

Ensuite, il faut laver l'objet, et la couleur reste uniquement dans les parties gravées. 
Les femmes vont gratter la couleur là où on en veut une autre, on protège la première avec une résine, on appose la deuxième couleur et ainsi de suite. 

Un objet abîmé ne peut pas être réparé, la laque n'y collera pas bien, et on verra toujours la réparation.

Chaque atelier qui reçoit des visiteurs explique le processus de Âne à Zèbre. Quelques ouvriers travaillent dans un atelier de démonstration et certains font même visiter la cave de séchage des pièces, où il règne une très forte odeur de résine qui n'a rien de chimique et qui est assez agréable. 
Les ateliers proposent des pièces de bonne qualité à 7 couches de laque, et, dans une salle climatisée les objets de qualité supérieur à un prix nettement plus élevé. 

Nous avons eu des coups de cœur dans deux fabriques. Au Family Lacquerware Work Shop où nous sommes descendus dans la cave de séchage, et un peu plus loin en retrait de la route principale, chez Golden Cuckoo, où quatre générations de la même famille perpétuent une tradition séculaire. 
On y trouve de très belles pièces, si le style traditionnel est de mise au Coucou Doré, les créations sont plutôt originales. On peut y acheter des guitares et des casques de moto entièrement laqués. 

Chez monsieur Family, on a introduit des couleurs non-traditionnelles comme le bleu et le jaune vif. Nous ne pourrons pas résister à l'achat de superbes créations, principalement dans la section classique, mais les salons VIP recèlent des merveilles, et la carte Visa est acceptée partout sans frais supplémentaires. 
Il va juste falloir faire très attention au sac dans lequel nos acquisitions vont trouver place.

Sur le chemin du retour, nous visitons encore quelques temples, roulons sur les chemins de sable en silence et apprécions chaque seconde passée ici. 

Un troupeau de chèvres, mené par un chevrier centenaire armé d'un long bâton, fait sonner grelots et clochettes devant les temples rougeoyants. Sur un plan d'eau encore irrigué, un énorme arbre fait refléter sa verte parure, une pagode est un mirage orange inversé. 
Le temps s'est complètement arrêté, seul le soleil poursuit inexorablement sa course. 

Avant d'arriver sur la route principale, des dizaines de vaches à bosses arrivent à notre rencontre. Aucune chance qu'elles s'arrêtent pour nous laisser la priorité, nous nous mettons rapidement sur le côté. 

La lumière joue à contre-jour avec la poussière soulevée par les bovins, les vachères donnent du bâton sur les dissidentes et, toutes, s'en vont vers quelque part, à l'est. 

La jauge de la batterie clignote depuis un peu trop longtemps, ce soir, pas d'émerveillement juché sur un temple devant le soleil qui se couche, nous devons ramener le scooter. 

André sera obligé de marcher un peu, je laisse aller sur son erre mon véhicule qui se recharge un peu, et finalement, nous aurons juste assez de puissance pour arriver chez notre locateur. Nous lui laissons la zézette pour qu'il la recharge et le soir irons manger au Black Bamboo, un chouette restaurant tenu par un couple franco-birman. 

Notre séjour à Bagan se termine. 
Demain matin, nous prenons un mini-bus avec 12 autres passagers pour rejoindre la petite ville de Kalaw. 

Inutile de dire que le temps est passé vite. Nul besoin d'aimer les vieilles pierres pour tomber amoureux de Bagan et de ses temples. Il est maintenant encore temps d'y aller, le tourisme se développe extrêmement vite, bientôt tout sera très différent.

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Vendredi 5 février – Bagan – On s'envoie en l'air !

Merci à Joseph et Étienne ! 
Commencer une journée en se levant à 5 heures du matin sans sourciller est un bonheur grâce à leur diablesse d'invention. 

En cette belle journée de 1783 qui aurait parié un demi-écu d'argent, que 233 ans plus tard, grâce aux frères Montgolfier, nous découvririons l'un des plus beaux sites de notre petit monde. 

Loin de cadrer dans notre budget initial, ce survol de Bagan en ballon est un luxe que nous ne pouvions manquer et puis, on peut payer en Visa… 
Ne pas le faire eut été une longue litanie de j'aurais-dû-ben-dû-donc-dû, et ça, je l'ai fait trop souvent. Nous avons donc décidé de réserver un vol pour ce matin avec la compagnie pionnière dans cette aventure birmane : Balloons over Bagan

Il est 6h00, et nous buvons un thé avec quelques biscuits, en regardant les énormes ventilateurs gonfler les enveloppes de nos ballons. 
Les explications de Mike, notre aéronaute, sont claires et précises malgré son drôle d'accent britannique. Pas de follerie, prendre du plaisir, des photos et suivre ses consignes, surtout pour l'atterrissage qui devrait être tranquille, mais prévoyons le pire. 

Les immenses flammes illuminent l'aube naissante, les enveloppes ocre sont comme des immenses lampions, c'est magique. 
Il est temps d'embarquer dans la nacelle en osier, nous sommes 16 touristes, 4 par compartiment et Mike se tient seul au milieu de son barbecue géant. 
André qui n'aime ni les hauteurs, ni le feu, oublie ses appréhensions et profite totalement de cet instant unique. 

Le décollage se fait tout en douceur, le chef d'équipe au sol nous souhaite un bon vol, c'est partit pour 45 minutes de contemplation. Loin à l'horizon, le soleil fait parvenir ses premières lueurs. Le ciel blanchit, la nuit va bientôt complètement faire place à un nouveau jour. 
Dans l'axe du soleil levant, nous ne pouvons que constater la laideur de la tour Nann Myint, supposée être la tour d'observation la plus hot en ville. 
Ça fait donc un peu plus de 11 ans que cette horreur anachronique de 60 mètres défigure le paysage, de plus la visite coûte cher et personne ne fréquente ce furoncle visuel. 

Quelques bancs de brume enveloppent encore les temples, les rayons naissants viennent projeter des ombres magiques, aucune photo ne parviendra à illustrer la vision que nous avons. 
Autour de nous, des dizaines de ballons suivent tous une trajectoire différente en fonction des vents. Ces courants d'air imperceptibles, puisque nous naviguons avec eux, nous emportent tranquillement vers une destination plus ou moins choisie par notre pilote. 
Plus proches du sol, nous partons vers une direction qui est différente de celle d'altitude. Mike joue avec ces paramètres pour se diriger et nous faire découvrir les meilleurs points de vue. 
Il envoie le poing rageur avec le sourire à son collègue qui, juste devant nous, a réussi à trouver la trajectoire parfaite pour survoler un temple à très basse altitude. Nous passons au-dessus d'un village qui se réveille. 
En bas, personne ne prête attention à ces gros ballons qui font maintenant partie du paysage aérien. Nos têtes chauffent un peu à chaque coup de feu des quatre chalumeaux géants. 

Au sommet de l'intérieur de l'enveloppe, la température grimpe jusqu'à 100ºC. Grâce à quelques coups de filins, dans sa cuisine du démon, le pilote fait tourner la nacelle pour que tout le monde puisse admirer le plus de choses possible. Le temps file plus vite que notre ballon, le soleil est maintenant bien installé pour une autre belle journée et déjà, il est temps de passer à la phase la plus hasardeuse, l’atterrissage. 

Quelques secondes avant de poser sa nacelle, Mike nous demande de prendre la position prévue. Assis sur une petite banquette, le dos contre l'osier, agrippés à une main courante, nous attendons. Finalement, le retour sur le plancher des vaches se fera aussi tranquillement que le décollage et nous n'aurons rien d'épique à raconter. 

L'équipe au sol attrape la nacelle, et nous déplace par petits bonds jusqu'à une zone où l'enveloppe pourra se dégonfler sans finir dans les branches épineuses des arbres secs. Aussitôt débarqués, quelques jeunes filles souriantes viennent nous vendre des souvenirs, cartes postales, livres et autres colifichets. 

Notre autobus vintage est là, la table est mise, les petits bancs installés, les croissants, cake aux bananes et fruits prêts à être dévorés. Mike fait péter le champagne et, à 8 heures du matin, nous vidons allégrement quelques coupes. Finalement, le champagne, ça passe aussi très bien au petit-déj'. 

Jamais avare de réponses et d'anecdotes, Mike répond à toutes nos questions avec gentillesse et passion. Fils d'aérostier, il vit pleinement son héritage paternel entre Bagan, dont la saison dure environ 6 mois, et les plaines du Yorkshire. 

Il est temps de rentrer à nos hôtels et de commencer une deuxième journée de découvertes. Une chambre moins chère s'est libérée, nous déménageons nos affaires et nous installons dans la chambre 115 au fond d'une cour, loin du bruit et de la poussière de la route. Un coq y habite, nous le saurons demain de très matin… 

Notre beau scooter noir sans rétroviseurs et poussiéreux nous attend. 
C'est avec les nouvelles informations d'une vénérable dame qui nous livre ses secrets de temples cachés que nous reprenons la route. 

Nous trouvons le fameux ensemble de temples dévoilé par notre vénérable, et effectivement, il n'y a vraiment personne. La visite de la majestueuse pagode nous fait découvrir un escalier dérobé, caché dans l'épaisseur des murs. Aucune lumière, aucune indication ne permet de le deviner. 
Il faut avoir grimpé plusieurs autres escaliers officiels pour connaître l'astuce et percer le secret. L'escalier est délabré, les marches inégales et la pénombre totale. Les plafonds sont très bas, la tête trop haute et les bosses bien réelles. 
La montée est finalement d'une facilité déconcertante comparée à la descente… 

Du haut du petit balcon étroit, la vue se projette au loin. Il n'y aucun bruit sinon le roucoulement des pigeons et les bêlements de quelques maigres troupeaux de chèvres. Nous sommes seuls au monde et profitons de ce calme bienfaiteur dans un pays où le klaxon est roi. 

Remontant sur notre électrette, nous suivons quelques sentiers sablonneux, dans lesquels nous nous enlisons, dérapons et devons nous arrêter, incapable de faire un mètre de plus à force de rire. 

Dans tous les temples, dans tous les monastères ou pagodes, qu'ils soient restaurés, en ruine, visités ou non, trônent des statues de Bouddha. Aucune n'est identique à une autre, visage grave, souriant, souvent énigmatique, le Saint Homme nous regarde à travers ses yeux mi-clos.

Sur certains murs, d'immenses fresques ont traversées vaillamment les siècles, les épreuves du temps et des hommes pour parvenir jusqu'à nous. 
Loin d'être un fan de temples modernes, ceux-ci sont empreints de sagesse, de calme et de plénitude. Impossible de rester indifférent à moins d'être un gros blasé de la vie...

De temples en temples, nous remontons tranquillement vers le nord et le fleuve Irrawaddy, y traversons la route où les autobus, taxis et autres carrioles foncent vers les deux temples les plus courus pour le coucher du soleil. 

Nous laissons passer la cohue et visitons le grand sanctuaire Ananda, où de nombreux marchands du temple tentent de nous vendre porte-bonheur, images saintes, copies de livres et cloches en bronze. 

À l'intérieur de l'enceinte, devant les quatre imposantes statues dorées de Bouddha debout, nous restons cois. Quelques touristes prennent toute la place, plus ou moins intéressés par les explications de leur guide. Ils la veulent la photo de Bouddha et font tout pour trouver le meilleur point de vue. 
Mais ce genre de troupeau ne reste jamais longtemps en place, le petit drapeau s'éloigne, suivi de près par le bétail obéissant. Le site est à nous. 

Au pied du Majestueux, trônent deux plus petites statues de Bouddha presque totalement déformées par les couches d'or déposées par les fidèles. La superstition veut qu'en appliquant une feuille d'or à l'endroit où l'on a mal cela fera guérir. Ce n'est pas plus étrange que se soigner avec l'homéopathie finalement, c'est juste plus joli. 

Des épaisseurs sur le front, les mains ou le cœur résument les maux les plus courants. 
À Mandalay, un Bouddha est ainsi recouvert d'une épaisseur de 25 cm d'or, seul son visage a été épargné. 

Nous voyons à travers les fenêtres que la lumière devient un peu plus chaleureuse. L'heure tourne et le soleil termine tranquillement sa course, il est temps d'essayer de trouver notre poste d'observation. 

Sur son blogue, Brice parle d'un petit monastère non loin de la route et qui est encore un lieu calme et serein. Pas facile à trouver dans la multitude, je devine plus ou moins où il doit être et roule dans cette direction. 
Deux scooters sur le sentier, et deux têtes sur un toit me confirment que c'est bien cet endroit que je cherche. 

Un Chilien et son guide sont déjà à l'affût. Le guide paraît surpris et me demande comment je connais cet endroit. 
Il a dû vendre un spot totalement secret à son client et nous en rions de bon cœur, lui promettant de ne pas dévoiler ce lieu à tout un chacun. 
Il y a des sites peut-être encore plus sympas et plus secrets, mais l'avantage de celui-ci est qu'il est proche d'une vraie route et non loin de Nyaung U. Bonne chasse. 

Finalement, nous ne serons pas plus d'une vingtaine sur ce toit, loin du tumulte des terrasses d'hier soir. Encore une fois le spectacle est à la hauteur de nos espérances les plus optimistes. 
Les couleurs sont délirantes, les ombres s'allongent et, face à nous, les contours s'assombrissent et s'enveloppent de velours orange. Derrière, les façades en brique des bâtisses s'illuminent et se chargent de chaleur lumineuse, le spectacle est sublime. 

La magie de Bagan est à son comble, il n'y a aucun bruit sur le toit, tout le monde est happé par cette superproduction. 

Le soleil fini par disparaître derrière une crête, et une voix se fait entendre, sunset time is over, time to shopping ! Les marchands de peinture avec sable et croquis bouddhistes sont installés et sont à l'affût des quelques affaires. 
Toujours présents, mais jamais trop insistants, ils font partie du paysage, autant s'y habituer et apprendre à dire no thank you en souriant. 

Il me reste une bonne dose de puissance dans la batterie et je négocie un retour un peu plus tardif à ma loueuse. Ça nous permettra d'aller manger dans la zone des restaurants, un peu éloignée de notre hôtel. 

Nous choisirons le restaurant indien Aroma 2, qui a un joli jardin et une très belle décoration, mais dont les plats n'arrivent pas à la cheville du New Delhi de Chiang Mai.

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Jeudi 4 février – Bagan – Le pays des merveilles

Longue est la nuit, très longue la journée, mais quelle féerie ! 

La route est gavée de virages plus dangereux les uns que les autres. Mais à la différence des chauffeurs Srilankais, les Birmans aiment la vie et voudraient bien arriver entiers à destination. Alors ils prennent leur temps pour négocier les courbes en épingle, et cèdent le passage aux plus rapides. 
L'assistant de notre chauffeur a quand même failli perdre une partie de son jeune corps lorsque le bout de bois qui servait de cale à un semi-remorque rempli de grosses roches a explosé sur son pied. Heureusement, il s'en sort bien. 
Probablement avec une fracture, mais vivant. 

Au bout de presque 11 heures de route, nous arrivons à 5h30 du matin à la gare routière, à l'extérieur de la ville de Nyaung U. Un taxi nous attend, mandaté dit-il, par notre guesthouse. Le prix qu'il demande est délirant, je lui dis que j'ai payé deux fois moins cher pour 1 heure de route à Mandalay. 
Yes, but c'est loin, il est tard, taxi not easy, le métier est difficile, la concurrence, Uber et compagnie… Je réussis à négocier un petit rabais, mais après 6398 virage, je ne suis plus aussi efficace qu'il y a quelques heures. 
Impossible à cette heure-là, d'échapper au péage que tout visiteur de Bagan se doit d'acquitter. Il nous en coûtera 25 000 K chacun pour pénétrer sur le site historique. 
Nous rencontrerons un couple de Français, qui eux sont arrivés avec le bus local en pleine ville et ne sont pas passés par le péage. 

Finalement, la gare routière n'est pas si loin que ça, enfin moins loin que ce que le chauffeur m'a vendu et le chauffeur n'a jamais été envoyé par notre logeur...

La May Kha Lar guesthouse se réveille à peine. Il n'y aucune chambre disponible, le check-out ne se fait qu'à midi. 
Nous sommes certains d'avoir une chambre, mais entre maintenant et midi, il y a de la marge. Le jeune homme qui vient de se réveiller nous indique la direction pour aller voir le levé du soleil. Tant qu'à attendre, autant faire quelque chose de sympa. 
Il nous dit que le site est à environ 20 minutes de marche et que nous avons largement le temps de nous y rendre. 

Dopés par l'adrénaline du voyage, nous partons sur les chemins, dans la pénombre. Plusieurs vélos et scooters électriques nous doublent, seuls signes de vie dans le bled à cette heure matinale. Nous marchons d'un pas alerte vers le point de vue où tout le monde doit déjà patienter. 
La lueur de l'aube commence à poindre, nous entendons le vrombissement des montgolfières quelque part dans la campagne. Le ciel devient de plus en plus clair, et pour moi, il est aussi très clair que nous n'aurons jamais le temps de nous rendre où que ce soit pour voir ce fameux sunrise
Ses 20 minutes, à mon jeune homme endormi, devaient être en scooter… 

Nous faisons demi-tour et regagnons les fauteuils de l'accueil en attendant qu'une chambre veuille bien se libérer. Au bout de 1 heure, las de patienter et probablement en vain, j'accepte de voir la chambre 301 qui est libre, mais plus chère. 
Allez, ce ne sont plus 10$ qui vont faire une énorme différence, nous sommes épuisés, étourdis par tous ces virages nocturnes, nous la prenons. Une douche, un changement de vêtements et nous partons en quête d'un e-bike. 

À Bagan, les étrangers ne peuvent pas conduire de véhicules à essence, nous ne pouvons louer que des vélos ou des e-bikes. Ces derniers sont des deux-roues électriques, qu'ils soient vélos ou scooters. 
Par chance, en face de l'hôtel, une dame loue justement des scooters deux places un peu plus performants que les autres. Les scooters réguliers pour une personne sont loués 6000 K, le nôtre est à 10 000, ça fera toujours 2 piasses d'économie par jour… 

Le garçon de l'accueil de notre hôtel nous donne un plan des lieux et moult explications. Il prend le temps de surligner tous les temples dignes d’intérêt, et nous souhaite une bonne journée. 

Temple Bupaya
Le plus gros inconvénient du e-bike, c'est qu'à un moment donné, il faut recharger la batterie, mais ce n'est rien comparé à l'avantage de circuler relativement rapidement (50 km/h), sans aucun bruit, ni pollution. Je trouve ça vraiment génial, au nombre de touristes qu'il y a ici, le vélo électrique est l'initiative la plus brillante jamais prise. 
De plus, malgré sa puissance limitée, c'est un véhicule qui passe presque partout comme nous le prouveront les kilomètres qui vont suivre. 
Route, chemin de terre, sable ou cailloux, ses grosses roues sont stables, et il se manie très facilement. 

Je ne ferais pas l'inventaire de tous les temples visités, je crois qu'on les a tous faits ! 
À la différence des temples plus modernes, clinquants, brillants, dorés et souvent kitsch, les monuments de Bagan sont passionnants. 
Tous différents, ils invitent à la découverte, à l'exploration et à l'aventure. S'il y a beaucoup de touristes à Nyaung U ou New Bagan, ils sont invisibles sur l'immense site de 50 km².

Dès le 7e siècle, le site est occupé, mais le fort des constructions se fera entre le 10e et le 14e siècle. Les monuments sont construits en brique, et ensuite recouverts d'un stuc blanc, qui a presque entièrement disparu aujourd'hui. 
L'intérieur des temples est souvent recouvert de fresques représentant Bouddha himself ou des passages de sa tumultueuse vie. 

Situé sur une zone sismique, le site subit plusieurs destructions, mais en 1975, un tremblement de terre majeur détruisit 500 temples, surtout ceux situés au bord de fleuve qui finirent leur existence dans les eaux limoneuses. 
Mais qu'on se rassure, il reste officiellement 2834 temples, de quoi occuper plusieurs journées. 

Des restaurations hasardeuses, des reconstructions non-conformes et l'édification de l'hideuse tour d'observation empêchèrent l'inscription de cette merveille au Patrimoine Mondial de l'Humanité.

Roulant de l'un à l'autre, tantôt suivant le plan, plus souvent le hasard et la curiosité, nous nous régalons de découvrir des sites totalement déserts. La plupart des pagodes sont interdites de grimpette, pourtant tous, du plus petit des temples au plus gros des monastères, possède des escaliers qui mènent aux étages supérieurs. 
Pour préserver au mieux, l'héritage culturel de la frénésie de touristes souvent peu attentifs, le gouvernement a décidé d'interdire certains accès.

 Quelques sites moins courus sont encore totalement ouverts, et aucun vendeur de souvenirs ne viendra nous quémander des piécettes pour la superbe carte postale que son bambin a dessiné. 
Il est alors possible, moyennant quelques écorchures et bosses sur la tête de monter sur un toit et d'avoir la vue unique tant recherchée. 

Nous traversons le village de Myin Ka Par, où des artisans laqueurs fabriquent des merveilles. Ces artistes, passent leurs journées, penchés sur leur ouvrage pour créer des objets traditionnels de toute beauté. Les responsables des ateliers se font un devoir d'expliquer par le menu, toutes les étapes de fabrication des ces pièces. 
Promis, nous allons revenir ! 

Le soir, pour observer le coucher du soleil, nous montons sur un temple qui lui n'a rien du tout de secret. Il semblerait même que, Shwe-San-Dew soit le spot que tout le monde recherche, et nous qui pensions être arrivés trop tôt. 

Du haut de ce temple, des centaines de touristes vous contemplent et jouent des coudes pour avoir la meilleure place. 
Je suis un monolithe de 100 tonnes en granit, soudé à ma place. Essaye encore de me pousser ma Chinoise, juste pour voir si je vais perdre mon sourire béat ! 

Il nous fait le grand jeu, comme si demain ne devait pas exister. Le soleil jette ses couleurs dorées dans le ciel, darde toutes les nuances des agrumes, passant du jaune citron profond au orange sanguin et termine sa course folle derrière les montagnes. 
Une Française se plaint de ce connard qui a garé sa voiture juste dans la perspective de mon appareil photo, non mais faut pas être malin, voilà quoi. 
Ça me manquait tient... 

Notre première journée est un succès. Nous ramenons notre scooter à la boutique, la batterie presque à plat. Nous avons peu et mal dormis, la journée à été longue, mais quel pied immense d'avoir eu l'opportunité de visiter un tel endroit. 
Il nous reste deux jours entiers, ils ne seront pas trop longs.

 20h37, il est grand temps d'aller dormir, demain est un grand jour.
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Plan du site de Bagan. 
Il y a des temples plus gros, mieux restaurés, plus visités, mais à mon sens, aucun n'est plus ou moins important qu'un autre. Ici, chacun trouve son temple préféré. 
Bonnes découvertes !




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Mercredi 3 février - Hsipaw – Des rizières et des mâchoires

La carte de Hsipaw
Dernier jour à Hsipaw, nous partons ce soir avec l'autobus de 19 heures pour Bagan, mais en attendant, il faut meubler cette journée.

Comme prévu, Internet ne fonctionne toujours pas. Si le signal est toujours en train de tourner un peu partout, il n'arrive pas à accrocher sur mon ordinateur. Pas de nouvelle publication aujourd'hui, mais au moins je reste loin de toutes ces informations déprimantes. 

Après un solide petit-déjeuner, nous chaussons nos souliers devenus si poussiéreux qu'ils ont maintenant la même couleur beige, et partons découvrir un nouveau chemin aux alentours de la ville. 

Sur les conseils de la carte de notre hôtesse, nous prenons la direction de la fabrique de nouilles et bifurquons à gauche. Au bout de dix minutes, le chemin s'arrête net devant une étendue de rizières. 
Nous comprendrons un peu plus tard qu'il eu fallut marcher sur les margelles qui séparent les petites parcelles pour pouvoir gagner la route de l'autre côté. 
Mais nous décidons de suivre les rails jusqu'à atteindre la petite gare. 

Contrairement au Sri Lanka, ici le train est plus cher, moins confortable et beaucoup plus lent que les autobus. Il faut compter pas moins de 11 heures pour venir de Mandalay alors qu'il en faut environ cinq en autobus. 
Après la gare, nous prenons le chemin des rizières en compagnie de quelques paysans et de vaches allant paître. Finalement, après avoir pataugé dans des bourbiers douteux, nous montons en direction de la route, bien décidés à quitter ce labyrinthe dans lequel nous tournons depuis une demie-heure. 

Des mâchoires un peu partout sur le sol et des cochons, vivants mais pas fiers, nous font comprendre que nous sommes arrivés directement à l'abattoir communal. 
Une grande dalle de béton recouverte de sang et une odeur répugnante indescriptible confirment nos doutes. 
C'est immonde, physiquement impossible de traverser cette scène d'horreur. Nous faisons demi-tour et passons à travers des tas de plumes qui nous informent cette fois-ci que nous sommes dans le rayon volaille. Beurk, je n'en peux plus il faut vraiment sortir de ces lieux très vite. 

Un peu en aval de toute cette horreur, quelques cahutes où vivent des humains, et où des enfants jouent avec le liquide qui coule dans les ruisseaux. 

Nous retrouvons la grand' route avec beaucoup de plaisir. La fumée noire des échappements des camions, les klaxons de tout le monde et la circulation cacophonique sont des soulagements imprévus. 

Nous passons devant un temple décoré d'une mini-reproduction du célèbre rocher d'or, et qui possède un original Bouddha debout, la main tendue vers la ville. Genre Super Bouddha prêt à voler au secours de la veuve et de l'orphelin...

Il est temps de manger un morceau et nous nous arrêtons devant une terrasse bien remplie qui nous indique que cet endroit est populaire. C'est un restaurant de currys, il suffit de préciser quel type on désire, poulet, porc ou légumes et en quelques secondes la table se remplit de multitude de petits plats. Si la bassine de riz est très facilement reconnaissable, j'ai des doutes sur tous les autres mets. 

Il y a un bol de sauce rouge avec des morceaux de petits poissons, une verte pleine de piments ou jaune avec des fèves ou du maïs. 
Il y a un gros bol de matières végétales vertes qui sent et qui goûte extrêmement mauvais. Par contre, son poulet en sauce à l'huile n'est vraiment pas mauvais et dans l'ensemble, il y a deux ou trois plats qui sont mangeables. C'est vraiment un resto local, nous avons un peu de mal à saisir toutes les subtilités de cette nourriture très grasse. 

Nous reprenons nos esprits et allons faire un tour au marché. Les légumes sont frais et originaux, on trouve beaucoup de crosnes qui ressemblent à des gros vers, et beaucoup d'autres que nous n'avons jamais vus.
Nous partons faire une pause santé au Yuan Yuan, ça au moins, on sait que c'est plein de bons fruits. Et puis, tout le monde est si sympa dans ce petit boui-boui. 

Il nous reste encore 5 heures à tuer que nous ne voulons pas passer dans l'entrée de l'hôtel. Nous remontons en ville et prenons la direction de la succursale grand luxe de Mr. Charles, le River View Lodge. Au bout de 10 minutes de marche à travers un village relativement propre, le petit mini-bus de notre guesthouse arrive et la propriétaire nous propose de nous emmener. Excellente idée, faisons nous cahoter sur ce chemin caillouteux, ça nous mettra dans le bain pour ce soir. 

River View lodge
Le site est superbe, loin de tout, au bord de la rivière. Il n'y a aucun bruit de circulation, seuls les chants des oiseaux troublent le bruissement de l'air dans les feuilles. Les bungalows sont magnifiques, la salle de restaurant est invitante, c'est propre, confortable, luxueux. Et trop cher… 
Mais nous avons le privilège de rencontrer et de serrer la main du célèbre et unique Monsieur Charles, dont les filles tiennent de main de maîtresse femme la pension créée en 1994, l'hôtel mitoyen, et ce lodge qui lui ne date que d'un an. 
Nous visitons une chambre dans laquelle nous aimerions nous poser pour quelques jours loin du tumulte, mais notre budget est un peu plus serré que son prix de 70$, il nous faut donc partir. 

La balade de retour prend environ 45 minutes. Nous traversons des villages endormis et, surprise, propres ! Je suis certain que le bon monsieur Charles a tapé du poing sur la table pour que les habitants fassent quelques efforts sur la route de son lodge. Du coup tout doit partir dans la rivière… 
Un nouvel arrêt au Yuan Yuan s'impose. Nous allons finir par l'avoir notre carte Privilège ! Retour à l'hôtel, pause sur la terrasse, tentative de connexion internet, échecs multiples. Nous discutons avec un couple de Français tourdumondiste. Ils sont partis il y a 4 mois, sacs sur le dos. Une belle aventure. 

Allez, il est temps pour nous aussi de quitter ces lieux pour d'autres horizons. Une dernière douche, un riz aux bourgeons de thés marinés et nous montons dans le pick-up qui nous emmène à la compagnie d'autobus pour Bagan. 
Ils n'attendaient que nous pour quitter la ville. Dans la soute où sont déposés nos sacs, il y a 2 scooters et un tas d'autres marchandises qui seront débarquées au fur et à mesure du trajet. 
Un monsieur un peu trop accro au bétel est assis à nos places et se fait déménager par le jeune contrôleur. Il nous jette un regard mauvais, tente de négocier, mais les numéros des places sont inscrits sur les billets, il devra partir au fond, non sans nous lancer quelques malédictions shan. 

Il est 18h40, en avance de 20 minutes sur l'horaire prévu, nous quittons Hsipaw en direction de la plaine. Une longue nuit, 370 kilomètres, et de trop nombreux virages nous attendent.

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