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Mardi 25 février – Bentota-Colombo, c'est le jour des soldes !

Et voilà, c'est presque fini. 
Dernière virée au Sri Lanka, dernier trajet que nous aurions aimé en train mais qui se fera en autobus. Si mes prédictions sont bonnes et que le chauffeur a compris ma demande, nous devrions être déposés assez proches de notre dernier lieu de résidence. 

En attendant, nous réveillons le gérant de l'hôtel qui sommeillait sur ses livres d'école. Comme prévu, nous payons notre facture revue à la baisse, attrapons nos sacs à dos et marchons sous le soleil prometteur de ce petit matin vers la gare routière d'Alutghama. 
Il est 7 heures 30, le ballet des gros autobus rouillés, poussiéreux et pétunant est commencé depuis longtemps. À peine le temps de demander le bus pour Colom.... et nous sommes déjà dedans. 
Les sacs sont déposés près du chauffeur, nous trouvons deux sièges coté mer, une grande fenêtre pour y sortir une partie de mon corps et ainsi gagner de la place sur le siège. En 1 heure 15 et pour 85 Rp, nous arrivons dans les faubourgs sud de Colombo. Peu après Mount Lavinia, la première station balnéaire, probablement envahie de Russes, je commence à essayer de déchiffrer les panneaux. Nous devons nous arrêter à la station de Galle Road au coin de Hospital. Le vendeur de tickets ne s'occupe plus de nous depuis longtemps, trop occupés à gérer les allées et venues incessantes de passagers. 
Je demande au jeune homme bien cravaté devant moi, mais il ne parle pas bien anglais et en plus ne connait pas du tout Colombo. Son voisin, un honorable citoyen mal fagoté pratique aisément la langue de Margaret et connait très bien Hospital road qui est ... le prochain arrêt ! 
Je lance un regard gris foncé au vendeur qui me sourit en dodelinant, force le passage jusqu'à l'avant de l'allée centrale, saisi mon sac à dos et me retrouve sur le trottoir à côté d'André alors que le bus repart déjà. Il faut être organisé et ne rien laisser trainer, sinon, ce sont des oublis à répétition et une fin de voyage avec le minimum d'affaire qui nous attend. 

Nous arrêtons le premier tuk-tuk meter qui passe, j'ai pris la précaution de noter le nom du quartier, et son restaurant le plus célèbre. Ce sera plus facile à trouver qu'une adresse perdue dans une ruelle où il ne passe jamais personne. Allez chauffeur, au McDonalds de Nugegoda. 
En moins de 15 minutes, il nous dépose devant le clown maléfique, il nous reste 10 minutes de marche avant de franchir le portail fleuri du Silvikris Villa. 
Encore une fois, nous aurons le bonheur d'être surclassés dans une chambre luxueuse avec terrasse privée, vue sur le jardin et lit ''famille nombreuse''. 
Pas le temps de s'extasier, une longue journée nous attend. Au programme Odel, Sri Lanka Tea Board, Green Cabin, Barefoot... 

Le grand magasin Odel Unlimited est situé dans Cinnamon Gardens. Tous les chauffeurs de tuk-tuk le connaisse, c'est un lieu réputé pour les rendez-vous chics de la classe aisée de la capitale. Le magasin offre tout un tas d'articles, dont des souvenirs, masques, poupées et porte-clés, des jouets et vêtements pour les enfants, boutiques de thés, café et boulangerie À la Française, et beaucoup de très beaux vêtements. Les choix des chemises et pantalons en lin sont infinis, ne manquent que les chemises pour les hommes à fortes épaules. 
Ou alors il faut taper dans le clinquant, le mordoré, le satiné, le genre de fringue que je ne pourrais jamais porter ailleurs que sur cette île de beauté. Acheter des vêtements excentriques en vacances limite soit, à ne plus jamais les porter, soit à les réserver pour les soirées déguisées ou encore à passer pour un original. 

J'en sais quelque chose puisque j'arborais fièrement mes chemises tahitiennes à grosses fleurs rouges et boutons en noix de coco en discothèque en plein hiver québécois. Je ne suis jamais passé inaperçu et étais facile à retrouver dans la cohue. O tempora O mores. 

Nous prenons un taxi pour la boutique de thés. Le chauffeur un peu bougon veut absolument nous emmener chez Laksala. Nous lui disons que ça ne nous intéresse pas, que nous avons déjà acheté tous nos souvenirs. Il insiste lourdement, à croire que même dans un magasin gouvernemental, il pourrait toucher une commission. 
Au bout de la dixième proposition de nous y déposer, nous décidons de l'ignorer. Il nous laisse devant le Sri Lanka tea board, nous parle encore de Laksala, récolte deux sourires accompagnés de deux dodelinements et nous rentrons au frais. 

Si le choix est intéressant, nous regrettons de ne pas avoir plus acheté chez Chaplon. En plus le service laisse à désirer, les trois jolies filles en uniforme préfèrent apparemment texter sur leurs nouveaux cellulaires que venir à notre rencontre. Finalement, j'en attrape une et lui demande des renseignements, qu'elle ne me donnera pas. 
Le hasard et quelques informations glanées lors de nos visites seront d'une meilleure aide, nous la laissons rejoindre ses copines. Le passage à la caisse est un moment heureux, les prix sont ridiculement bas. 

Notre chauffeur est encore en bas à attendre un éventuel changement de programme, mais le prenant à contre-roue, nous le laissons en plan. 
Le petit resto avec une devanture attrayante ne nous avait pas convaincus le premier jour. Nous y étions allés trop de bonne heure et rien n'était encore prêt. Par contre à l'heure du repas les tables du Green Cabin sont prises d'assaut par une clientèle de locaux, d'expatriés et de voyageurs un peu perdus dans le quartier. Le rice&curry est bon et varié, tous les plats qui passent sous notre nez le sont tout autant appétissants. Pour aussi peu que 1200 Rp, nous avons droit à deux curry à volonté, deux desserts excellents, quatre bouteilles d'eau gazeuse et du thé. Une adresse que je recommande, d'autant qu'elle est située exactement entre la boutique de thés et Barefoot, de l'autre côté de Galle Rd. 

Tient justement puisqu'on en parle, Barefoot... L'immense magasin ne finit pas de nous surprendre. Alors que nous croyions avoir tout vu, je suis curieux de savoir ce qu'il y a de l'autre côté de ce couloir. C'est rempli d'objets magnifiques que nous voudrions tous ramener, des sculptures en pierre ou en bois, des lampes à huile à l'ancienne, des tissus, des cloches en bronze, des livres d'art, de cuisine, de Bawa... Donnez-moi un budget illimité et un DHL ! 
Cachée bien à l'abri du bruit de la rue et des vociférations de la circulation monstrueuse, une terrasse ombragée gargouillant de quelques fontaines, nous propose une pause. Le service est à la hauteur du luxe de la boutique, mais les prix sont très corrects. 
Une escale à ne pas manquer lors d'une visite incontournable dans ce temple de l'artisanat chic et de bon goût. Sinon y a Laksala. 

Hé bien, notre programme touche à sa fin. Il est encore assez tôt, nous sommes heureux de nos achats, et comme il nous reste du temps, nous décidons d'aller jeter un tout dernier coup d'œil au grand centre commercial à cinq minutes de marche du Barefoot, MC (Majestic City) qui, d'après notre guide recèle une boutique de thés que nous ne connaissons pas. Mlesna Tea Center, en voilà une boutique de luxe avec un service à la hauteur de sa décoration ! Nous sommes tout de suite pris en charge par une magnifique hôtesse qui nous explique les différents thés, leurs prix, leurs provenances, et tout ce que nous aurions aimé apprendre un peu plus tôt. Leurs boîtes sont splendides, mais le thé en vrac est tellement moins cher et prend beaucoup moins de place. 
Devant nous, des Chinois hurlent comme des possédés lorsqu'ils apprennent le prix de leurs achats. La dame hystérique veut en acheter encore plus, mais ce qui semble être son mari la modère un peu. Tient, ils me rappellent quelqu'un...

Là, c'est officiellement terminé. La journée d'emplette vient de trouver un terme pour le moins heureux et nous décidons de rentrer ranger toutes ces merveilles. La climatisation de la chambre sera comme un baume sur notre épiderme, la tension accumulée aujourd'hui se dissipe dans un bref nuage de vapeur. 

Pour ne pas récidiver le triste souper du premier soir, maintenant que nous connaissons les tendances culinaires et les appellations étranges des restaurants, nous cherchons un petit comptoir derrière lequel est ouvert une salle surchauffée meublée de quelques tables branlantes et de chaises en plastique graisseuses. Le Serendib est à peine à quelques minutes de marche de notre hôtel, il était fermé lors de la fête de l'Indépendance le jour de notre arrivée. Nous sommes les seuls visages pâles dans ce petit boui-boui, accueillis avec bonhommie par le patron qui nous trouve une belle table sous un ventilateur suffocant et nous sert deux grands verres d'eau du robinet. Nous y préférerons de l'eau gazeuse en bouteille. 

Nous commandons nos derniers hopper aux œufs et des kottus rotis. Le cuisinier affairé aux hopper est en nage. Il jongle avec ses poêles bombées sur plusieurs flammes de propane qui éclairent de leur lueur bleutée son visage ruisselant. Nous avons chaud dans la salle, je n'ose imaginer la température qu'il fait derrière cette usine à gaz. En face de lui, de l'autre côté de l'entrée, c'est monsieur kottu qui cingle sa plaque chauffante de ses deux grosses lames. 
Telles des rafales de mitrailleuse, il sectionne les crêpes les mélangent avec les légumes, y verse de la sauce, tambourine encore comme un sourd et d'un coup de lame magique ramasse le résultat de ses efforts pour le glisser dans une assiette. 
Le Sri Lanka, c'est beaucoup d'odeurs et énormément de bruits. 

Nous avons mangé plus souvent qu'à notre tour des hoppers et des kottus, mais là c'est le summum. Les hoppers sont exactement comme ils devraient être et qu'ils n'ont jamais vraiment été. Très croustillants sur les rebords, épais et bien cuits au fond, avec un œuf cassé dessus, juste coulant. C'est simple, mais parfaitement exécuté. C'est comme faire une omelette ; très peu d'ingrédients, une recette simple, mais ça peut être tout à fait immangeable... 

Le kottu roti est lui aussi à se damner. Pour une fois, il n'est pas sec et étouffant. Bien épicé, piquant juste comme il faut. Nous demandons la pâte de piments, le chili paste, qui elle aussi se révélera de premier choix. Ça étonne toujours les Srilankais lorsque nous demandons cette fameuse pâte, qui n'est jamais la même d'un établissement à un autre. Elle peut être faite de crevette ou de poisson séché (les petits sprats), mélangé aux piments et à des épices. C'est à la fois marin, sucré et épicé, mais toujours délicieux. 
Repus mais gourmands, nous ne pouvons résister à l'envie de commander deux hoppers natures supplémentaires que nous badigeonnerons de pâte de piments.
Nous remercions sincèrement les cuisiniers de nous avoir offert les meilleures versions de ces deux plats emblématiques. Avec deux ginger beers, ce festin nous auras couté 410 Rp (3,50$) ! Nous finissons le volet culinaire de notre voyage sur une très bonne note. 

La nuit va être courte. Le taxi est réservé pour 3 heures 30, et le sommeil sera difficile à trouver. 

Heureusement, le voyage n'est pas fini. Demain, nous serons en Thaïlande et irons passer quelques jours sur une plage qui risque cependant, d'être un peu plus chargée que celle de Bentota...

Toi je vais te regretter ! ♥



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Jeudi 20 février, la suite – Mirissa-Galle, sans passer par la case prison.

Les dix minutes qui nous séparent de Weligama nous suffisent à prendre une décision. Persuadés que l'inspecteur Labavure s'est fait glisser un joli gros billet dans sa poche, nous nous doutons que plus rien de concret ne se passera sauf une énorme et irremplaçable perte de temps. L'attitude des personnes présentes et dudit policier nous confortent dans cette idée. Pourquoi avoir radicalement changé et ne plus vouloir nous aider. Pourquoi ne pas nous avoir simplement fait signer un papier officiel pour ces vols ? Ça devient compliqué...

À la gare routière nous décidons de rester dans le bus et repartons en direction de Galle (prononcer Gaûlé d'une drôle de manière). Nous avons déjà perdu cinq précieuses heures avec cette misérable histoire, pas question de foutre en l'air le reste de la journée. De toute façon le peu que nous pourrions récupérer via les assurances ne justifie pas de gâcher le reste du voyage. Le coup de téléphone le soir à mon assurance Visa me confirmera cette décision. Tout article de plus de 90 jours n'est pas couvert.

Notre chauffeur est un être humain qui aime à retrouver sa famille le soir après son boulot, il roule normalement. Rapidement nous arrivons au terminus de Galle, devant les fortifications de cette grande ville d'un peu plus de 90 000 âmes, qui marque la fin géographique du sud de l'île.
Nous entrons dans la vieille cité par la porte principale, entre le bastion du Soleil et celui de la Lune. Je cherche un hôtel recommandé par des Français et cité dans le guide, le Frangipani. Sans avoir réservé, le doute sur les disponibilités est permis, alors il faut un peu forcer le pas et ne pas se tromper de direction pour arriver avant les autres passagers qui auraient également oublié de réserver. C'est un peu une course et le premier est souvent récompensé. Nous sommes les premiers, et trouvons deux chambres.

Le prix est bien sûr plus élevé que dans beaucoup de guesthouses, mais aujourd'hui c'est le dernier de nos soucis. Nous n'avons pas payé les chambres d'hier soir et avons donc un crédit de 3000 Rp. Dans nos calculs nous ne comptons pas l'argent et les objets volés, mais le matériel est secondaire et ne nous concernera qu'une fois rentrés de voyage. L'accueil de notre hôtesse est très sympathique et nous ne pouvons nous empêcher de lui faire part de notre mésaventure. Elle est choquée et compatis avec notre malheur, mais ne baisse pas le prix de la chambre. On aura essayé.

Le Serendipity Art Cafe (fermé depuis) nous tends les bancs en bois brut de sa terrasse et sa carte inventive. Et tout à coup nous savons pourquoi nous nous sentons aussi bien. C'est la toute première fois de notre voyage que dans une ville tout est aussi calme. Il n'y a pas de bruit de voiture, de pollution au gaz d'échappement, pas de klaxon intempestif ou de tuk-tuk grouillants comme des cafards.
Cette ville est une bulle dans l'intense cohue qui règne à quelques centaines de mètres.

En 1505, le hasard d'un coup de vent détourna une flotte portugaise vers ce port. Trouvant l'endroit joli, les marins y édifièrent quelques fortifications. En 1640 les Hollandais, avides de conquêtes, prirent la ville, détruisirent le joli travail des Portugais et en 1663, y édifièrent leurs propres remparts. Même si les Anglais finirent par occuper la place en 1796, les solides remparts bataves furent conservés et des siècles plus tard, sauvèrent les vieilles maisons du tsunami de 2004 et nous isolent cet après-midi du bruit des hommes.
Je vous invite à découvrir ce que Serendipity veut dire, j'aime beaucoup ses définitions.

Nous faisons le tour des remparts sous un ciel couvert mais peu menaçant. Le gris profond des nuages contraste avec les façades ocres et les tuiles rouges. Des amoureux, lovés dans des recoins centenaires se touchent le bout des mains, se susurrent des promesses d'amour éternel et rêvent aux nombreux enfants souriants qui vont courir dans le jardin.
Du haut des épais murs, la ville nouvelle mugie et se hâte dans tous les sens. Nous sommes si proches, mais à des lieux de toute cette folie, et notre matinée tumultueuse commence à disparaître comme un mauvais rêve.

Des enfants se lancent des balles de cricket. Un frappeur tape de toutes ses forces sur le petit boulet de canon lancé de main de maître et termine sa course deux mètres plus loin, dans le filet qui assure la sécurité. Ce filet n'est pas de première jeunesse et de temps en temps une balle trouve un passage et fini sa parabole dans un jardin voisin.

Nous descendons de notre perchoir et jetons un œil dans le hall de l'hôtel Amangalla. De vieilles dames riches y prennent un thé accompagné d'un plateaux à trois étages débordant de sandwichs ''pas d'croûte'' au concombre, de scones croustillants qu'elles recouvrent d'une cuillerée de crème fraîche et de confiture, de tartelettes aux fraises et de bien trop d'autres gourmandises. Aucune table ne réussi jamais à finir ses plateaux. Nous entrons en espérant y quetter quelques restes.
Les jolies jeunes filles du personnel sont superbement vêtues d'un long sari blanc et ligné de bleu, les hommes portent le sarong de la même couleur rehaussé d'une large ceinture. Ils nous accueillent comme n'importe quel autre client plus fortuné. La nuit la moins chère est à 400 dollars et je doute que nous puissions en négocier le prix. Nous sommes invités à nous poser sur des canapés, que dis-je, à nous écraser dans les coussins moelleux de l'immense salon et recevons le menu.
Notre accoutrement et probablement l'odeur que nous dégageons font tourner quelques têtes auxquelles nous sourions de toutes nos dents puisque nous, nous les avons encore.
Le cocktail au gin, feuilles de menthe, gingembre et citron vert a un goût incomparable. Il est comme un coucher de soleil parfait après une journée de pluie, un trajet en autobus sans klaxon. Nos guides posés sur la table font hausser les sourcils et quelques nez se pincent. Bien entendu nous nous sentons parfaitement à l'aise et usons de la situation, en hésitant pas à faire des photos comme de vulgaires touristes.

Comme toutes bonnes choses ont une fin, nous quittons ce lieu magique mais terriblement ennuyant, en regrettant de ne pas avoir le culot de quémander les restes des goûters, qui finiront à la poubelle.
Il est temps de profiter de ce que Galle offre, son architecture et ses boutiques. Le célèbre magasin Barefoot y tient une succursale et nous faisons découvrir aux filles ce que nous avions vu à Colombo. Des tissus splendides vendus au mètre, des nappes, chemin de table, sarongs, saris, foulards, bijoux, produits de beauté ayurvédiques, il y en a pour tous les goûts.

Je me dois de faire une parenthèse concernant l'ayurvédisme... À Bali nous avons été écœurés par le terme Spa qu'y était pour le moins galvaudé. Un spa ne peut pas être une simple baignoire limite propre, remplie d'eau et recouverte de pétales de fleurs. On s'attend à autre chose...
Au Sri Lanka, l'ayurvédisme est absolument partout. J'ai peur de trouver du chocolat, du curd ou des biscuits Munchee ayurvédiques. Loin de moi de me moquer d'une médecine plusieurs fois millénaire qui a depuis longtemps fait ses preuves et est reconnu par l'OMS comme une médecine traditionnelle officielle. Les plantes, les épices, la manipulation des corps peuvent soigner. D'ailleurs la médecine occidentale s'est rapidement emparée de ces secrets pour les transformer en pilules chimiques et nous les revendre plus cher. Mais trop c'est comme pas assez. La crème hydratante pour les pieds est une crème hydratante pour les pieds, et le terme ayurvédique fini par ne plus avoir aucun sens...
Ceci étant dit, si vous venez au Sri Lanka, il faut aller chez Barefoot.

Dans une rue perpendiculaire, la boutique Suthuvili Gallery (22, Pedlar street) propose un choix éclectique de masques traditionnels et d'art local. Son nom signifie ''penser différemment'', et ils le font très bien.
En se promenant le soir, le sentiment de visiter une vieille ville cubaine comme Trinidad mélangée aux rempart d'Aigues-Mortes se confirme. Les intérieurs des maisons s'éclairent. Nous y découvrons des splendeurs insoupçonnées, des mobiliers, des céramiques et des jardins invisibles le jour lorsque les portes et les fenêtres sont closes sur ces secrets. D'ailleurs un tiers des bâtisses appartient à des étrangers et se transforment en hôtels privés ou en maisons particulières.
Cela n'empêche pas Galle de toujours vivre au rythme des locaux qui évitent de la transformer en une citée-musée sans âme. Avant d'aller goûter au rice&curry de notre hôtesse, nous passons devant le Café Français, où, sur le comptoir trônent de jolies brioches joufflues et dorées à souhait. Nous parlons un peu avec le copropriétaire qui nous vient de l’Hexagone et nous nous promettons de venir déguster à ces viennoiseries demain matin.

Les currys de ce soir sont, à notre demande, composés de légumes. Il y a du riz pour 16 personnes et les plats ne finissent plus de s’amonceler sur une table recouverte d'une jolie couverture bleue toute tachée de la compagnie aérienne Oman Air. Nous goûtons pour la première fois au jacquier cuit. C'est bon, mais les noyaux dans les fruits sont comme des gros yeux de poisson et ce n'est pas super appétissant. Hélas pour Tiphaine nous avons oubliés de demander un menu peu épicé et elle en sera quitte pour commander une omelette. C'est vrai que ce soir ils ont un peu forcé la dose.

Enfermés à triple tour nous allons enfin nous reposer dans ce lit immense recouvert d'un baldaquin anti-moustique. Je n'arrive même pas à faire dépasser mes pieds du matelas.


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Mercredi 5 février – Colombo en long en large et en travers

Qui aurait cru que je me ferais plus d'amis en une seule journée qu'en 7 ans sur Facebook ? Hello my friend !! Les Sri Lankais sont super amicaux et ont les plus beaux sourires de la terre, tout simplement.

Mais commençons cette journée par le commencement...
Il est tôt, impossible de se réveiller naturellement aussi tôt lorsqu'il faut aller travailler. Les vacances génèrent leur propre cycle de sommeil, et ça tombe bien il y a tant à faire en une journée. Nous déjeunons sur notre terrasse de quelques pains à hot-dogs et de fromage en tranche et je goûte avec une gourmandise feinte au jus du wood-apple. Je comprends en lisant cet article pourquoi je n'ai pas vraiment aimé ça.
Pas question de passer la journée en gougounes, une bonne paire de chaussures sera nécessaire. 
Nous ne tergiversons pas ce matin et arrêtons le premier tuk-tuk indiqué meter sur le toit. Nous lui demandons de nous emmener au MC pour Majestic City, un centre commercial que tout le monde connaît dans le coin. Le fameux magasin Barefoot se trouve jute à quelques pas de cet endroit et il est indispensable d'y faire un tour.

Depuis hier, toutes les personnes croisées dans la rue nous font d'immenses sourires. Ils viennent vous chercher du regard et dès qu'ils l'ont accroché, ils ferrent et dévoilent un sourire à faire fondre la calotte glaciaire. Beaucoup vous interpellent d'un Hello, ou Good Morning, et veulent tous savoir d'où vous venez. Bon certains sont un peu plus insistants que d'autres, comme ce professeur qui voulait me faire signer une pétition contre une somme modique ou ce pilote à la retraite qui voulait mon courriel, mais il est facile de les éconduire gentiment en souriant et en dodelinant de la tête. J'ai dû passer pour un doux cinglé.

Les portes de la boutique présagent de folles dépenses, mais c'est encore fermé, il est 9h30. De l'autre côté de la rue Galle se trouve un petit café qui nous semble fort à propos pour patienter trente minutes. Mais il faut traverser... 
Aujourd'hui n'est plus jour férié et on dirait que tout le monde veut rattraper le temps perdu. J'ai traversé beaucoup de rues dangereuses durant mes voyages, Montréal en faisant partie. Phnom Penh, Dakar, Bangkok ou Le Caire sont dans nettement en avance dans le Top 10, mais Colombo vient de ravir presque toutes les places. Ailleurs, le culot est souvent payant et les gens finissent par vous laisser passer en respectant votre audace. Surtout avec un geste décidé de la main et un regard autoritaire.

Ici non seulement il y a une circulation démentielle, ça klaxonne sans arrêt mais surtout, le piéton est considéré comme une denrée périssable. Les lignes jaunes peintes au sol ne doivent même pas être mentionnées dans le code de la route s'il existe et aucun véhicule ne tente de freiner si vous tentez de passer devant. Il va falloir ouvrir les yeux et regarder à plusieurs fois avant de prendre le risque de traverser une rue. Vision périphérique activée, nous pouvons continuer. 
La promesse d'un établissement cosy s'efface lorsque nous pénétrons dans la bâtisse, mais le thé est bon. Tout le monde roule des yeux lorsque l'on demande une boisson sans lait ni sucre, mais ils finissent par accéder à notre demande.

Enfin le Barefoot a ouvert ses portes sur sa caverne d'Ali Baba. Ce sont des trésors de tissus, de sarongs, de saris splendides, de bijoux et de mille autres merveilles qui risquent de donner un coup de grâce à la carte de crédit. Mais ce n'est que le premier jour, une simple observation...

Nous cherchons ensuite le Sri Lanka Tea Board, réputée pour être une des meilleures boutiques de thés de Colombo. Je me trompe un peu dans la lecture du plan, mais c'est sans compter sur la gentillesse des habitants qui m'indiquent la bonne direction et surtout qu'il faut prendre le bus pas cher et qui vous arrêtera juste devant. Comme nous sommes décidés à marcher nous nous rendons compte que même pour 100 mètres ils vous conseillent de prendre le bus. Marcher c'est juste pour les pauvres. 

Le soleil en profite pour nous darder de ses implacables rayons. Moi qui pensait être bronzé je constate que je peux faire mieux, en attendant je commencerais par un coup de soleil. Il fait vraiment très chaud et l'air est chargé d'embruns poussés par le vent océanique. Un vent qui ne change pas grand-chose à la température, c'est juste comme un séchoir géant.
Finalement la boutique est trouvée, il y a un choix incroyable de thés, nous avons envie de repartir avec toute la production du pays. Il y fait une fraîcheur bien à propos, mais ce continuel changement de température va finir par me donner la mort.

En continuant vers le nord le long de Galle road nous arrivons sur le front de mer. Les vagues viennent s'écraser sur la petite plage et tout le long des panneaux indiquent que la baignade  est dangereuse. De jeunes et moins jeunes amoureux se cachent sous de grands parapluies. Ainsi abrités du soleil et de la vue des passants ils peuvent se conter fleurette tout en contemplant l'océan. Ils sont mignons, chaque banc est occupé, les mains se touchent et ils se murmurent des mots doux à l'oreille. On est loin de la pudeur des Thaïlandais.

Le lac Beira déverse son trop plein verdâtre aux pieds d'un échassier qui y pique du menu-fretin imprudent. Cette couleur est tout sauf naturelle, mais l'effet visuel est très photogénique...

Le quartier du Fort est un mélange d’architecture coloniale et moderne. Les deux tours du World Trade Center domine le vieil hôpital hollandais complètement rénové et transformé en petite zone touristique avec l'un des meilleurs restaurant de Colombo, le Ministry of Crab.
Mais nous n'avons pas 140$ à mettre dans un crabe de 2 kilos, alors nous nous contentons de visiter ce petit coin. Une boutique propose des souvenirs tous plus kitchs les uns que les autres et fait le bonheur des grand-mamans qui vont ramener de très horribles aimants à frigo, des éléphants roses en plastique et des t-shirts à paillettes I♥SL.

Il est temps de passer à table. Nous nous fions à notre guide et cherchons le AVP restaurant que nous ne trouverons jamais et pour cause, la bâtisse censée l'abriter est recouverte de plastique vert sous lequel des ouvriers manient marteaux piqueurs et brouettes.
Mais nous ne le savons pas encore alors nous passons devant sans nous en rendre compte. Il faut dire que la ville est tellement étendue qu'elle ne rentre sur des cartes qu'en réduisant au maximum la police de caractère, et à moins d'avoir un microscope électronique, ou une bonne loupe, il est complètement impossible d'y lire le moindre nom de rue.

Sur les indications de passants affables, nous trouvons le bazar. Je ne sais pas qui tient de qui, mais ce mot est fort à propos concernant celui du quartier Pettah. Non loin de la gare, les rues sont bondées de choses tellement variées qu'il est impossible d'en faire l'inventaire. Des vieillards décharnés tirent des charrettes qu’aucune mule n'aimerait avoir sur le dos, d'autres portent sur la tête d'immenses paniers remplis de régimes de bananes. Des tuk-tuk zigzaguent en klaxonnant et le soleil continue inéluctablement à faire son œuvre de destruction pigmentaire.

Le hasard nous fait entrer dans une partie du marché qui est sans aucune doute dédiée aux bananes. Il y en a des tonnes, des vertes, des jaunes, des rouges, petites, moyennes ou grosses, accrochées à leur immense tige en point d'interrogation et stockées dans des hangars poussiéreux. Les touristes ne doivent pas venir nombreux ici, car nous attirons les regards amusés des marchands qui dodelinent de la tête lorsque je demande si je peux faire une photo. Ici comme en Inde, dodeliner veut dire oui, il faut s'y habituer. J'ai de temps en temps encore le réflexe de soulever les arcades sourcilières pour acquiescer comme on fait à Tahiti... Drôle d'échange, si tu dodelines, je sourcille...

Tenaillés par la faim, nous cherchons toujours désespérément un endroit pour manger. Contrairement à la Thaïlande où il est impossible de faire 15 mètres en ville sans trouve une roulotte, une gargote, un marchand ambulant, un 7Eleven ou un restaurant en bonne et due forme, ici c'est un peu plus compliqué.

Mais la gare de Colombo Fort éveille notre curiosité, il faut un billet pour y pénétrer, mais je promet au gardien de revenir très vite, je veux juste y faire quelques photos. Ouverte en 1917 cette gare offre une structure métallique de toute beauté et un rapide voyage dans le passé. Je m’attends presque à avoir débarquer des dames en crinoline et des messieurs en chapeaux, mais ce sont des sacs à dos et des voyageurs locaux qui se pressent sur les quais.

Nous ressortons et comme d'après le plan nous ne sommes pas loin du AVP, nous décidons finalement d'y manger. Et constatons que les immenses bâches recouvrent cette bâtisse complètement vide. Las, à côté du YMCA un restaurant indien semble bien vouloir nous dépanner. C'est rempli et on peut difficilement faire plus local. Nous sommes pris en charge par un serveur qui nous explique le fonctionnement. Nous commandons deux plats du buffet et en quelques minutes il nous les apporte à table. Nous sommes les seuls à avoir des couverts, tout le monde mange avec sa main droite. Au fond de la salle un immense évier et du savon assure l'hygiène, on nous regarde avec amusement et les gens doivent se demander si on va franchir le pas. André se pourlèche les babines et prend un malin plaisir à enfouir les doigts dans le mélange de riz et de légumes, le tout arrosé d'une sauce atomique au piment que même le Diable ne mangerait pas. Il ronge du bout des dents le morceau rachitique de poulet frit et après avoir vu l'état de conservation de la viande dans un comptoir  de boucher, se promet de devenir végétarien pour les trois prochaines semaines.
La question qui se pose maintenant est de savoir si tout cela va être digéré normalement...

Cette fois nous ne ferons pas l'erreur d’errer sans fin dans les rues et arrêtons le premier tuk-tuk dès la sortie du restaurant. Nous lui demandons de nous emmener au temple de Gangaramaya, un temple bouddhiste qui abrite des collections insensées d'offrandes de pieux pèlerins. L'entrée coûte 200Rp qui à la demande du moine-caissier sont immédiatement jetés dans une énorme urne en guise d'offrande. S'ensuit une visite libre dans un dédale de pièces et de passages. Un éléphant ado est vautré de tout son long dans une piscine à peine assez grande pour lui, la patte attachée à trop courte chaîne. Triste spectacle.

Les salles renferment des trésors et nous sommes subjugués par la diversité et la richesse des collections. La poussière recouvre tout, seul le doux visage des statues en bronze de Bouddha brille de mille feux. Ils sont dévotement astiqués et contrastent avec les merveilles ternies qui les entourent. Ces dizaines de statues ornent le site et surveillent les trésors qui dorment à l'ombre des vieilles poutres.

Plusieurs défenses d'éléphant sont abandonnées à même le sol, chacune devant valoir son pesant d'or. Les étagères débordent de montres à gousset, de peignes en écaille, de colliers en corail rouge, de lunettes cerclées de fer, de pièces de monnaie et de billets de tous les continents, de masques anciens et de sculptures en bois, un énorme éléphant en stuc plus vrai que nature, des cloches en bronze, des statuettes en ivoire, des téléphones, des couteaux de toutes formes, des épées et des sabres à manches en argent incrustés de pierres précieuses, des charrettes, des voitures antédiluviennes et des Mercedes flambant neuves oubliées dans le fond d'une remise, des affiches éducatives prônant l'abstinence, la tempérance et la fidélité, encore des ivoires sculptés, des bijoux et des Bouddha en jade, des colliers en argent, des dentiers, des tasses en porcelaine fine, et encore de l'ivoire, brut, tranchés, sculptés, en filigrane... 
J'ai l'impression que ce temple est à lui seul responsable de la disparition d'un bon tas de pachydermes en Asie !

Nous ressortons tout étourdis par cette visite en nous disant que cet endroit ferait le bonheur de nombre de collectionneurs. Laissez-moi seul une petite demi-heure, je vais vous en faire du rangement et par la même occasion remplir mon sac de merveilleux souvenirs.

D'un coup de tuk-tuk nous nous rendons dans Cinnamon Gardens, qui contrairement à ce que son nom suggère ne possède plus de canneliers mais est devenu un quartier très chic. Odel Unlimited est le rendez-vous de la classe aisée de la capitale où le moindre café équivaut à un mois de salaire d'une cueilleuse de thé. C'est un regroupement de plusieurs boutiques chics sous un même toit, de cafés et petits restos moyens mais chers. Par contre pour trouver des vêtements en lin à bon prix et quelques souvenirs c'est un bon plan.

Juste à côté se trouve l'Hôtel de Ville qui ressemble à s'y méprendre à la Maison Blanche. En face s'ouvre Viharamahadevi Park, le plus grand parc de Colombo, qui offre une promenade à l'ombre rafraîchissante de majestueux arbres envahis des charmants chants de centaines de corbeaux. Quel animal déprimant.

Il est temps que cette journée se termine. Épuisés, les jambes en coton-tige, les épaules cuites à point, le nez rougeoyant comme une braise ardente, les oreilles cillant des incessants et assourdissants coups de klaxon, les poumons intoxiqués par les méga-particules et la peau recouverte d’une épaisse couche gluante de sueur et poussière nous hélons un taxi. Nous tombons sur Gino, le latin lover de Colombo, qui en chantant, sifflant et faisant moult politesses aux passantes tourbillonne entre les pare-chocs et les pots d'échappement. Si vous le rencontrez faites lui un gros tata de notre part !

C'est enfin la délivrance avec douche fraîche, et un repos plus que mérité sur la terrasse sur le toit, en compagnie d'une grosse Lion bien froide et d'un Cohiba qui me suit depuis la Havane. Toute une journée sans voir une seule fois le célèbre inspecteur...

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