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Jeudi 20 février, la suite – Mirissa-Galle, sans passer par la case prison.

Les dix minutes qui nous séparent de Weligama nous suffisent à prendre une décision. Persuadés que l'inspecteur Labavure s'est fait glisser un joli gros billet dans sa poche, nous nous doutons que plus rien de concret ne se passera sauf une énorme et irremplaçable perte de temps. L'attitude des personnes présentes et dudit policier nous confortent dans cette idée. Pourquoi avoir radicalement changé et ne plus vouloir nous aider. Pourquoi ne pas nous avoir simplement fait signer un papier officiel pour ces vols ? Ça devient compliqué...

À la gare routière nous décidons de rester dans le bus et repartons en direction de Galle (prononcer Gaûlé d'une drôle de manière). Nous avons déjà perdu cinq précieuses heures avec cette misérable histoire, pas question de foutre en l'air le reste de la journée. De toute façon le peu que nous pourrions récupérer via les assurances ne justifie pas de gâcher le reste du voyage. Le coup de téléphone le soir à mon assurance Visa me confirmera cette décision. Tout article de plus de 90 jours n'est pas couvert.

Notre chauffeur est un être humain qui aime à retrouver sa famille le soir après son boulot, il roule normalement. Rapidement nous arrivons au terminus de Galle, devant les fortifications de cette grande ville d'un peu plus de 90 000 âmes, qui marque la fin géographique du sud de l'île.
Nous entrons dans la vieille cité par la porte principale, entre le bastion du Soleil et celui de la Lune. Je cherche un hôtel recommandé par des Français et cité dans le guide, le Frangipani. Sans avoir réservé, le doute sur les disponibilités est permis, alors il faut un peu forcer le pas et ne pas se tromper de direction pour arriver avant les autres passagers qui auraient également oublié de réserver. C'est un peu une course et le premier est souvent récompensé. Nous sommes les premiers, et trouvons deux chambres.

Le prix est bien sûr plus élevé que dans beaucoup de guesthouses, mais aujourd'hui c'est le dernier de nos soucis. Nous n'avons pas payé les chambres d'hier soir et avons donc un crédit de 3000 Rp. Dans nos calculs nous ne comptons pas l'argent et les objets volés, mais le matériel est secondaire et ne nous concernera qu'une fois rentrés de voyage. L'accueil de notre hôtesse est très sympathique et nous ne pouvons nous empêcher de lui faire part de notre mésaventure. Elle est choquée et compatis avec notre malheur, mais ne baisse pas le prix de la chambre. On aura essayé.

Le Serendipity Art Cafe (fermé depuis) nous tends les bancs en bois brut de sa terrasse et sa carte inventive. Et tout à coup nous savons pourquoi nous nous sentons aussi bien. C'est la toute première fois de notre voyage que dans une ville tout est aussi calme. Il n'y a pas de bruit de voiture, de pollution au gaz d'échappement, pas de klaxon intempestif ou de tuk-tuk grouillants comme des cafards.
Cette ville est une bulle dans l'intense cohue qui règne à quelques centaines de mètres.

En 1505, le hasard d'un coup de vent détourna une flotte portugaise vers ce port. Trouvant l'endroit joli, les marins y édifièrent quelques fortifications. En 1640 les Hollandais, avides de conquêtes, prirent la ville, détruisirent le joli travail des Portugais et en 1663, y édifièrent leurs propres remparts. Même si les Anglais finirent par occuper la place en 1796, les solides remparts bataves furent conservés et des siècles plus tard, sauvèrent les vieilles maisons du tsunami de 2004 et nous isolent cet après-midi du bruit des hommes.
Je vous invite à découvrir ce que Serendipity veut dire, j'aime beaucoup ses définitions.

Nous faisons le tour des remparts sous un ciel couvert mais peu menaçant. Le gris profond des nuages contraste avec les façades ocres et les tuiles rouges. Des amoureux, lovés dans des recoins centenaires se touchent le bout des mains, se susurrent des promesses d'amour éternel et rêvent aux nombreux enfants souriants qui vont courir dans le jardin.
Du haut des épais murs, la ville nouvelle mugie et se hâte dans tous les sens. Nous sommes si proches, mais à des lieux de toute cette folie, et notre matinée tumultueuse commence à disparaître comme un mauvais rêve.

Des enfants se lancent des balles de cricket. Un frappeur tape de toutes ses forces sur le petit boulet de canon lancé de main de maître et termine sa course deux mètres plus loin, dans le filet qui assure la sécurité. Ce filet n'est pas de première jeunesse et de temps en temps une balle trouve un passage et fini sa parabole dans un jardin voisin.

Nous descendons de notre perchoir et jetons un œil dans le hall de l'hôtel Amangalla. De vieilles dames riches y prennent un thé accompagné d'un plateaux à trois étages débordant de sandwichs ''pas d'croûte'' au concombre, de scones croustillants qu'elles recouvrent d'une cuillerée de crème fraîche et de confiture, de tartelettes aux fraises et de bien trop d'autres gourmandises. Aucune table ne réussi jamais à finir ses plateaux. Nous entrons en espérant y quetter quelques restes.
Les jolies jeunes filles du personnel sont superbement vêtues d'un long sari blanc et ligné de bleu, les hommes portent le sarong de la même couleur rehaussé d'une large ceinture. Ils nous accueillent comme n'importe quel autre client plus fortuné. La nuit la moins chère est à 400 dollars et je doute que nous puissions en négocier le prix. Nous sommes invités à nous poser sur des canapés, que dis-je, à nous écraser dans les coussins moelleux de l'immense salon et recevons le menu.
Notre accoutrement et probablement l'odeur que nous dégageons font tourner quelques têtes auxquelles nous sourions de toutes nos dents puisque nous, nous les avons encore.
Le cocktail au gin, feuilles de menthe, gingembre et citron vert a un goût incomparable. Il est comme un coucher de soleil parfait après une journée de pluie, un trajet en autobus sans klaxon. Nos guides posés sur la table font hausser les sourcils et quelques nez se pincent. Bien entendu nous nous sentons parfaitement à l'aise et usons de la situation, en hésitant pas à faire des photos comme de vulgaires touristes.

Comme toutes bonnes choses ont une fin, nous quittons ce lieu magique mais terriblement ennuyant, en regrettant de ne pas avoir le culot de quémander les restes des goûters, qui finiront à la poubelle.
Il est temps de profiter de ce que Galle offre, son architecture et ses boutiques. Le célèbre magasin Barefoot y tient une succursale et nous faisons découvrir aux filles ce que nous avions vu à Colombo. Des tissus splendides vendus au mètre, des nappes, chemin de table, sarongs, saris, foulards, bijoux, produits de beauté ayurvédiques, il y en a pour tous les goûts.

Je me dois de faire une parenthèse concernant l'ayurvédisme... À Bali nous avons été écœurés par le terme Spa qu'y était pour le moins galvaudé. Un spa ne peut pas être une simple baignoire limite propre, remplie d'eau et recouverte de pétales de fleurs. On s'attend à autre chose...
Au Sri Lanka, l'ayurvédisme est absolument partout. J'ai peur de trouver du chocolat, du curd ou des biscuits Munchee ayurvédiques. Loin de moi de me moquer d'une médecine plusieurs fois millénaire qui a depuis longtemps fait ses preuves et est reconnu par l'OMS comme une médecine traditionnelle officielle. Les plantes, les épices, la manipulation des corps peuvent soigner. D'ailleurs la médecine occidentale s'est rapidement emparée de ces secrets pour les transformer en pilules chimiques et nous les revendre plus cher. Mais trop c'est comme pas assez. La crème hydratante pour les pieds est une crème hydratante pour les pieds, et le terme ayurvédique fini par ne plus avoir aucun sens...
Ceci étant dit, si vous venez au Sri Lanka, il faut aller chez Barefoot.

Dans une rue perpendiculaire, la boutique Suthuvili Gallery (22, Pedlar street) propose un choix éclectique de masques traditionnels et d'art local. Son nom signifie ''penser différemment'', et ils le font très bien.
En se promenant le soir, le sentiment de visiter une vieille ville cubaine comme Trinidad mélangée aux rempart d'Aigues-Mortes se confirme. Les intérieurs des maisons s'éclairent. Nous y découvrons des splendeurs insoupçonnées, des mobiliers, des céramiques et des jardins invisibles le jour lorsque les portes et les fenêtres sont closes sur ces secrets. D'ailleurs un tiers des bâtisses appartient à des étrangers et se transforment en hôtels privés ou en maisons particulières.
Cela n'empêche pas Galle de toujours vivre au rythme des locaux qui évitent de la transformer en une citée-musée sans âme. Avant d'aller goûter au rice&curry de notre hôtesse, nous passons devant le Café Français, où, sur le comptoir trônent de jolies brioches joufflues et dorées à souhait. Nous parlons un peu avec le copropriétaire qui nous vient de l’Hexagone et nous nous promettons de venir déguster à ces viennoiseries demain matin.

Les currys de ce soir sont, à notre demande, composés de légumes. Il y a du riz pour 16 personnes et les plats ne finissent plus de s’amonceler sur une table recouverte d'une jolie couverture bleue toute tachée de la compagnie aérienne Oman Air. Nous goûtons pour la première fois au jacquier cuit. C'est bon, mais les noyaux dans les fruits sont comme des gros yeux de poisson et ce n'est pas super appétissant. Hélas pour Tiphaine nous avons oubliés de demander un menu peu épicé et elle en sera quitte pour commander une omelette. C'est vrai que ce soir ils ont un peu forcé la dose.

Enfermés à triple tour nous allons enfin nous reposer dans ce lit immense recouvert d'un baldaquin anti-moustique. Je n'arrive même pas à faire dépasser mes pieds du matelas.


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Vendredi 7 février – Kandy et ses attractions

Une nuit parfaite, sans moustiques, à température idéale. 

Au moment de partir pour notre découverte des attractions kandiennes, nous tombons sur notre aimable propriétaire qui nous demande notre programme de la journée et ce que nous envisageons de faire dans les prochains temps. 
Je lui explique ce que nous avions prévu et je vois bien à sa tête qu'il va me faire une proposition que je pourrais toujours refuser. 

Il me dit de ne pas réserver le train ce matin pour Hatton, et d'aller faire un tour dans le nord du côté du Triangle Culturel. C'est effectivement un incontournable que nous aurions raté et ce serait une hérésie pour ce charmant monsieur. Soit, changeons nos plans, on est plus à un changement près. 

Je lui demande où trouver des épices de meilleure qualité que celles qui sont importées de Chine que l'on trouve au marché. Ce n'est pas compliqué j'ai l'impression d'être dans un marché provençal avec des herbes du même nom qui viennent de Turquie et de Grèce, poussière et sable en prime. 

Notre hôte a justement un ami d'enfance qui tient un jardin d'épices et c'est dans ce genre d'endroit que l'on trouvera la meilleure qualité. Il me dit aussi que ce n'est pas le seul jardin et que nous en trouverons plusieurs sur notre route. Il ne nous force à rien, c'est appréciable. En plus ce jardin enchanté est sur le trajet du jardin botanique où nous avions prévu une visite. Il nous appelle un tuk-tuk qui pour 500 Rp va nous emmener à 5 km pour notre première visite. 

Accueillis par un jeune homme nous découvrons, sentons et dégustons toutes sortes de feuilles, écorces et racines. Les explications sont simples et concises, il nous apprend l'utilisation concrète de ces plantes dans la médecine ayurvédique et dans la cuisine locale, puis s'amuse à me badigeonner le bras d'une crème naturellement dépilatoire. 

Une noix de muscade tombe à nos pieds d'un arbre gigantesque que la mère de sa grand-mère de son arrière grand-maman a planté un soir de pleine lune. Et voilà déjà un souvenir de moins à acheter ! 
En plus d'être une de mes épices préférée, la muscade est extrêmement photogénique tout enrobée de son délicat macis rouge dentelé et brillant. 
La visite se termine par une réunion Tupperware, où sagement assis sur des chaises nous nous étonnons de l'invraisemblable pharmacopée de cette médecine ancestrale. Des lotions pour empêcher les cheveux gris, des crèmes pour toutes sortes de maladies de peau, des huiles infusées de 25 plantes pour les sinusites, des pilules pour le cholestérol, de la poudre pour blanchir les dents, l'incontournable aphrodisiaque à base de racines et de baies, il me les faut tous ! 

Enfin presque tous, j'aime la couleur de mes cheveux j'aimerais juste qu'ils repoussent, mais il n'a rien pour cela, ce n'est pas le département des miracles et pour ce qui est de la fabrication des bébés, je laisse ça aux professionnels. 

L'entrée du jardin botanique est facturée 1000 Rp. J'imagine que le prix n'est pas le même pour les locaux qui sont légion à se tenir la main sous les figuiers centenaires.
Les bosquets de bambous géants qui nous accueillent dès l'entrée forcent le respect. Les troncs se perdent dans le ciel immaculé et le grincement qu'ils font en se frottant les uns sur les autres au gré de la brise est irréelle. Tout est très calme ici, nous sommes loin de l'agitation dantesque qui règne sur la route. 
Le parc offre un paysage très varié et quelques bestioles viennent animer les cocotiers géants. Nous traversons des palmiers de collection, un petit jardin de plantes médicinales, contournons le lac asséché que seul un inquiétant serpent fréquente encore, et sommes accompagnés par de drôles de petits singes coiffés comme des pages de François Ier. 

Le mâle dominant couvre toute femelle à sa portée mais s'assure auparavant que la dame est propice à ses faveurs. 

Monsieur Sans-Gêne se place de façon à inspecter la carrosserie arrière de la belle, tripote un peu le pot d'échappement et sans autre forme de procès y fourre son nez et sa langue. Si le fruit est mûr, la saillie s'ensuit, sans amour ni tendresse, un petit coup de ça-va-ça-vient et hop la vie continue, madame ne semble pas choquée et monsieur fait le crâneur. 

Une odeur nous signale que nous approchons d'une zone à grand risque de chute de fientes. Effectivement, les cimes des arbres de toute une partie du nord du parc sont entièrement couverts de milliards de très grosses chauve-souris. 
Ça sent la grotte pas fraîche et je me pose une question existentielle, est-ce que le caca des chauves-souris leur coule sur le corps vu qu'elles sont accrochées la tête en bas ? 

Un jardinier arrache une branche et frappe violemment sur le sol. Je me demande ce qu'il peut bien faire jusqu'à ce que j'entende et vois toutes les bestioles poilues s'envoler de l'arbre sous lequel le forcené s'agite. Bien entendu il vient rapidement me voir pour une rémunération à la hauteur de sa performance et semble fort contrit lorsque je lui tends un billet de 20 Rp tout froissé. 
Un peu plus loin je me propose de faire de même et de quêter l'argent pour payer le bus du retour à Kandy, mais les arbres sont à présent vides de roussettes et de toute façon je crains de m'attirer les foudres du vieillard fâché. 

Parce qu'elle m'a grossièrement doublé alors que c'était mon tour de monter sur le petit pont suspendu, je m'efforce de bien marquer la cadence en marchant au pas. Je réussis à faire balancer l'étroite passerelle histoire de laisser un souvenir impérissable à la dame qui semble souffrir d'acrophobie et, lorsque sa couleur atteint le blanc fluo je me penche par-dessus la frêle balustrade en lui faisant un délicieux sourire. 

S'il y a bien un endroit touristique c'est ce jardin botanique, alors de toute évidence c'est ici que nous allons enfin trouver des cartes postales à envoyer. Depuis notre arrivée, hormis les cartes du Barefoot à 3,50$, nous n'avons trouvé que de vieilles images décolorées aux coins tout racornis. Et bien non, même ici tout est hideux. Alors à ceux qui s'attendaient à recevoir une carte, nous nous en excusons sincèrement, il reste les photos, je peux toujours y mettre un petit mot à votre intention. 

Par contre, la serre des orchidées est une pure merveille. Je me délecte d'observer ces fleurs sublimes et si photogéniques. De la plus délicate à la plus imposante, toutes ces fleurs explosent de couleurs vives et d'ingéniosité pour piéger les insectes pollinisateurs.

Le retour vers Kandy se fait de la façon la plus simple et la plus économique. Juste à côté de la sortie du jardin il y a un arrêt de bus. Il suffit de faire signe en secouant la main à plat vers le sol pour que le chauffeur s'arrête dans un hurlement de freins épuisés et un épais nuage de poussière. 
La porte arrière est en face de nous, nous sautons dans la cabine et miraculeusement deux places sont libres juste en face. Il nous en coûtera 17,50 Rp (0,14$), je n'en reviens toujours pas du prix des transports en commun. 

Nous sommes promptement éjectés hors du bus devant le marché où encore une fois le rayon des viandes lève le coeur. Je ne suis pas spécialement dédaigneux, mais il faut être fait fort pour circuler dans ces allées sans éprouver un fort sentiment de dégoût. La dernière fois que j'ai eu cette sensation c'était en Égypte où les bosses des dromadaires trônaient au milieu de têtes de vaches, leurs entrailles fétides exposées aux nuées malsaines de voraces mouches vertes. En apnée totale depuis trop longtemps je sens mon corps m'abandonner, il faut vite s'extraire de ce calvaire. Heureusement nous commençons un peu à connaître les environs et rapidement nous regagnons l'air libre et le soleil. 

L'heure culturelle est arrivée, nous allons visiter le fameux Temple de la Dent. Rien à voir avec un regroupement de denturologues, cette dent appartenait à rien de moins que le célèbre Bouddha. 

Pour la petite histoire, au XVIe siècle, les Portugais ont dérobé la dent, l'ont emmené jusqu'à Goa en Inde et l'ont brûlé en faisant la fête autour de l'immense brasier, histoire  de faire bisquer les Sri Lankais. Mais ceux-ci avaient prévu le coup de traître des colons et avaient remplacé l'originale par une copie.

Nous franchissons le portique de sécurité très sérieusement gardé par un militaire moustachu, qui depuis le terrible attentat de 1998 ne laisse plus passer personne sans le fouiller et vérifier l'intégralité de son sac. C'est aussi le moment de se parer d'un sarong, car les jambes et les épaules nues sont interdites. 
Pour s'assurer du sérieux de la pose, le jovial moustachu nous lève le t-shirt par-dessus la tête et nous ceint de ce bout de tissu comme si nous étions destinés à être momifié et ainsi cacher nos gambettes. 

À la billetterie nous payons les 1000 Rp et laissons nos chaussures à l'employé voisin. Mais c'est quoi l'idée de poser du pavé noir sous le soleil lorsque tout le monde doit se balader pieds nus ?
Rapidement, en sautillant grotesquement nous entrons dans les murs du temple bouddhiste. Quelques guides essayent de nous vendre leurs services, mais un sourire et un No Thank You suffisent à les éconduire. 
Au Sri Lanka tout le monde essaye de vous vendre quelque chose, taxi, tuk-tuk, colifichets, guides, mais personne n’insiste lourdement. Il suffit de faire un non de la main avec le sourire et l'affaire est close. 

Nous pénétrons dans le lieu saint où est gardé la copie de la Dent, que nous ne verrons pas, et sommes immédiatement envahis d'une ferveur intense. Les gens prient sans s'occuper de nous, ils murmurent des invocations, les yeux fermés et les mains jointes. 

L'air est saturé d'ondes positives, la fraîcheur des lieux et les rayons du soleil traversant les persiennes ajoutent à la magie. Dans une autre salle, deux moines en robes safran sont en train de bénir des visiteurs, bouddhistes ou non en leur accrochant un bout de ficelle blanche autour du poignet. 
Demain nous prenons l'autobus régulier pour aller à Dambulla, je pense qu'il est plus que recommandé de passer entre les mains de ces moines, une petite aide spirituelle ne sera pas de trop. 

Je tends mon poignet droit à l'aimable monsieur, il me noue plusieurs tours de ficelle en psalmodiant quelques incantations divines. Il m'émeut, je lui fais un beau sourire et le remercie en joignant mes mains avec un regard que j'espère respectueux et fervent.

Nous entendons des chants venant de la salle de la Dent. Nous montons voir ce qui se passe et assistons à un instant privilégié de prières de moines et de nonnes assis face à l'autel. Un chœur de voix entonne des chants très doux. Moi qui pensais avoir atteint l'apogée de mon émotion avec le moine à ficelles, me voilà complètement figé devant ce spectacle. Les chants entrent dans tout mon corps et en fermant les yeux je suis transporté vers quelque chose d'inexplicable. Avant de sombrer dans la dévotion totale, de me raser la tête avec un vieux Bic jetable et de me vêtir d'une robe orange je quitte cet endroit avec respect et à reculons. 

Nous visitons la salle où est exposé Rajah, le dernier éléphant du temple qui y vécut 50 ans et fût consacré par le moine supérieur, ce qui est un fait suffisamment exceptionnel pour qu'ils aient décidé de le naturaliser. 

À la sortie du temple se tient un café, qui propose un expresso fameux, à presque 5$ ! 
J'en reparlerais, mais le Sri Lanka, en dehors de son transport en commun et du Rice and Curry, n'est pas une destination très abordable. Dans quelques années voir des routards ''sacs à dos'' deviendra une attraction... 

Le café était la grande richesse de l'île avant qu'une maladie ne détruise tous les plants. Au même moment les colons anglais introduisirent le thé d'Inde, qui prit rapidement la place des défunts caféiers dans les montagnes. Depuis quelques années le pays produit environ 3 tonnes de robusta et celui-ci est d'excellente qualité. Il y a cependant peu de chances qu'il ravisse la place des thés qui ont depuis conquis la planète. 

À 17 heures nous allons voir un spectacle de danses kandiennes qui sont, paraît-il fort réputées. Le spectacle a lieu au nord du lac dans une salle paroissiale où se sont entassés des centaines de touristes arrivés avant nous parce qu'ils avaient eu la bonne heure. Par chance nous trouvons de la place à la mezzanine et je joue le jeu des touristes chinois et nippons en tirant une chaise et en m'installant presque sur les genoux d'un monsieur qui prenait de toute façon trop de place. Forcé de se pousser il me sourit jaune et doit déménager son matériel de technicien de cinéma. Oui cher, je vois très bien, merci beaucoup de votre sollicitude.

Pendant une heure nous avons droit à des démonstrations de danses qui ont fait la réputation des artistes de Kandy et des quelques danses du sud de l’île. Danse du cobra, du paon, de l'oiseau Garuda vainqueur du cobra, danse Raban qui consiste en des exercices d'habileté avec des assiettes virevoltantes, le tout accompagné par le rythme des tambours et des chants. 

Pour terminer en beauté, deux pyromanes se frotteront les corps, la bouche et la langue avec des brochettes enflammées et finiront en transe en marchant sur un gros barbecue rempli de braises rougeoyantes. Un spectacle qui vaut le coup d'être vu, d'autant qu'il n'y a pas grand-chose d'autre à faire le soir à Kandy. 

Le soleil lance ses dernières rougeurs sur les eaux calmes du lac et le ciel commence doucement à s'éteindre dans une palette de couleurs pastels, signe qu'il est temps de trouver une table et un bon repas. 

Un petit resto local où il n'y a aucun touriste, mais beaucoup de gens qui mangent avec leurs mains nous attire. À l'entrée un jeune cuisinier finit de cuire de gros bols en pâte et à côté des espèces de tagliatelles sont prêtes à être mélangées avec la garniture de son choix. Le bol se nomme Hopper et peut être servi nature, avec un œuf ou des légumes. 


Ce que nous pensions être des pâtes sont des lanières de kothu roti, à base de crêpes épaisses roulées et réduites en lanières. Elles sont ensuite grillées et garnies avec les ingrédients de votre choix, et étant donné le chapitre sur la viande, pour nous ils seront toujours végétariens. 
Certains hachent les lanières avec les ingrédients pour fabriquer une espèce de riz frit extrêmement consistant. Prière de ne rien commander avant, il serait malvenu de ne pas finir son assiette.

Contrairement à ce que l'on peut lire ou entendre, la nourriture sri-lankaise n'est pas plus piquante que cela. La thaïlandaise l'est bien plus, et au Sri Lanka les cuisiniers jouent beaucoup sur le mélange des saveurs. Feuilles de curry, noix de coco séchée au piment, gingembre, galanga, un peu de sucré, tout est harmonieusement mélangé et la langue devient folle de joie dans la bouche. Il ne faut donc pas confondre épicé et piquant.

Souvent les restaurateurs demandent spicy or not spicy. Jamais il ne faut dire que vous ne voulez pas épicé, à moins d'avoir un estomac de jeune fille délicate et une langue en soie, sinon ce sera fade et le voyage ne sera pas complété. Vous ne recevrez pas les acclamations du jury et aurez raté une expérience pas si dangereuse que cela. 

Au pire, hâtez-vous de commander un lassi ou un yaourt, cela va rapidement éteindre le volcan que vous avez entre les dents. En sortant du restaurant je croise la voyageuse la plus excentrique jamais vue et pourtant j'en ai vu un sacré paquet de fuckés.

Toute de bleu vêtue, arborant un sourire mystique elle suit une ligne imaginaire dont elle ne peut dévier. De toute façon les gens s'écartent, même les tuk-tuk la laissent passer. Dans sa main droite elle tient un grand bâton noir au sommet duquel est fichée une tête de mort...


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