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Dimanche 19 février – De Bariloche à Osorno à Santiago

Ah non, pas Santiago... 

Notre bus est à 10 heures, nous avons tout loisir de profiter du buffet du petit-déjeuner de l’hôtel avant de trouver un taxi pour le terminal des bus. 

En déambulant devant les kiosques de souvenirs, je suis surpris de trouver quelques livres retraçant le passé peu glorieux de Bariloche. Une 9e édition du Bariloche Nazi dont la couverture est ornée d'une croix gammée et d'un Hitler affublé de son ridicule pantalon bouffant. 
Je ne sais pas trop de quoi parle ce bouquin, mais au moins on ne se voile pas la face. Bariloche a été une destination très en vogue pour les couards assassins du IIIe Reich qui ont largement profité de la dictature argentine pour s’installer loin de la justice. 
Certains s’y cacheront pendant 50 ans avant de faire face à leurs juges, d’autres y ont certainement mené une vie paisible jusqu’à leur mort. 

Le bus bleu et blanc de la compagnie Andesmar est en gare. Nos sacs sont étiquetés et rangés en soute, nous regagnons nos sièges et quittons, sous une pluie battante, ce charmant endroit que nous nous aurions aimé découvrir plus en profondeur. 

En peu de temps nous arrivons au poste de douane, les formalités pour sortir du pays sont rapidement menés, puis nous nous arrêtons au contrôle chilien. Par chance, il y a un accès spécial pour les bus, car la file d’attente pour les voitures s’étire déjà sur plusieurs heures. 

Le bus stationne le long d’un quai surélevé, puis, des fonctionnaires sortent tous les bagages des soutes. Nous quittons nos places pour passer au contrôle du seul douanier disponible en ce dimanche. Ça va être long. 

Un mignon labrador est envoyé renifler les sacs, il gambade allègrement sur les bagages, va et vient, la truffe au vent, s’arrête, se concentre, repart et saute de joie. Nous savions que les contrôles chiliens étaient sans concession, mais nous nous posons quand même la question concernant nos kilos de chocolats ! 

Chaque personne dont le passeport vient d’être tamponné doit se présenter aux agents de la SAG (Servicio Agrícola y Ganadero), le service de l’agriculture et de l’élevage, afin d’ouvrir son sac qui doit être fouillé. 

Nous assistons à une scène dramatique. Une dame se fait démonter un magnifique souvenir acheté à Bariloche. Le faux tronc d’arbre en vrai bois contre lequel se repose un faux Saint-Bernard en vrai plastique et peluche assis sur de la vraie mousse est dépecé. L’agent arrache bois et mousse, ne reste qu’un Saint-Bernard, piteux sans son décor de carte postal. Ce souvenir esthétiquement douteux devient totalement baroque, par contre, le visage de la dame s’est intégralement décomposé. 
C’est triste, mais si le Chili veut continuer à rester Terra Solitaria et se préserver de toute infection organique, les contrôles seront toujours aussi drastiques et sans pitié. Par contre, le chocolat, ça passe :)

Le temps s’étire comme un long filet de bave de labrador, nous ne voyons pas le bout de cette file de 50 personnes. Le ciel gris, la pluie et la nonchalance des douaniers endimanchés participent tous au sentiment de déprime totale qui gagne les passagers. 


Enfin, c’est notre tour de présenter nos passeports sous le tampon du douanier, ça va donc être notre tour de défaire nos sacs pour la fouille. Mais bizarrement, tout le monde en a marre, j’ai l’impression que notre ennui collectif est contagieux. D’un seul coup, c’est fini. 
Par je ne sais quel miracle, les agents du SAG ordonnent aux passagers de rentrer dans le bus et aux employés de remettre les bagages en soute. Pourtant il reste un bon tiers des sacs à inspecter, mais soit Youki le labrador n’a manifesté aucun intérêt pour les derniers bagages, dont les nôtres, soit c’est l’heure du frichti. 
Nous regagnons donc nos places et repartons en direction d’Osorno où nous aurions du arriver à 15h30. 

Évidemment, ce long contretemps nous fait arriver avec presque deux heures de retard. Malgré ma course effrénée de kiosque en kiosque, nous ne trouvons plus aucune place pour un bus ce soir. On est dimanche et les gens rentrent à la capitale, tant pis pour les touristes, ils passeront la nuit ici. 

J'achète tout de suite des billets pour la première heure demain matin. Ce sera donc un départ à 7h40 avec la compagnie Turbus, et nous devrions arriver à 20h30 à Santiago. 
La journée de repos, se passera dans le siège d’un bus. Au moins j’ai pris la peine de réserver des places dans la section Cama, ces fameux sièges 1ère classe qui se situent au rez-de-chaussée du véhicule. En attendant il faut trouver une piaule… 
Nous nous plongeons rapidement dans les pages du Lonely Planet et jetons notre dévolue sur un petit hôtel dont le nom va nous rappeler nos escapades chez nos voisins du sud, l’Hostel Vermont. Nous ne prenons pas la peine de les appeler et décidons de nous rendre directement sur place. 
Ce n’est pas la porte à coté, mais le quartier est résidentiel et tranquille. L’accueil est sympathique et par chance, il reste une chambre disponible. 

Allez, nous allons découvrir cette petite ville sans grand intérêt si ce n’est d’être le point de passage de toutes les routes qui desservent le sud du pays. 
Une gigantesque vache suivie de ses deux veaux passent devant une banque, une fontaine fait virevolter des guirlandes liquides, le ciel s’est un peu calmé, il est temps de faire une pause houblonnée. 

Le Café de Nuit nous ouvre ses portes, par quelques grillades et d’une bonne bouteille de Camenere à La Parilla de Pepe.

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Samedi 18 février – Bariloche

Ce matin, j’ai fini par craquer et réserver un vol de Santiago à Antofagasta. Il y avait bien des avions pour Atacama, mais il aurait fallu se départir d’un rein et d’un autre organe.
Finalement, avec ces options, nous échapperons à 24 heures de bus pour 2 heures de vol, puis à 5 heures de bus. Le décollage est prévu mardi matin, ce qui nous laisse une belle journée pour nous reposer à Santiago. 

En attendant, le vent a chassé les nuages et le soleil est revenu. Au-dessus de nos têtes, c’est le branle-bas de combat. Les nuages filent comme des troupeaux de chevaux fous, c’est la cavalcade cotonneuse sur fond de ciel bleu. 

La température a drastiquement chuté et le joli lac où je me suis baigné il y a quatre jours est en état de choc. Les vagues, furieuses de ne trouver aucun vaste océan à parcourir, se fracassent contre les rochers de la jetée et font rouler les galets de la plage. 
Pas de baignade aujourd’hui… 

Je trouve enfin ma calebasse à maté chez un vendeur spécialisé. J’en avais vu de magnifiques, gravées par des artisans poilus, mais mon principal défaut m’a encore fait rater cet achat. 
Je vais bien finir par apprendre que repousser l’achat d’un souvenir fini invariablement par me le faire perdre. J’en ai fait les frais lors de notre dernier voyage au Myanmar et ne m’en suis toujours pas remis. J’ai hâte de vieillir pour apprendre de mes erreurs. 
En attendant, cette calabaza est magnifique et à la taille exacte de mes vœux. 

Après quelques détours dans les rues et ruelles de ce petit village aux relents helvétiques du sud de l’Argentine, nous allons nous délecter d’une platée de pâtes dans la succursale italianisante de monsieur Boliche

Nous poursuivons nos déambulations et assouvissons notre gourmandise chez l’un ou l’autre des nombreux chocolatiers du bourg. Quelques vitrines de petits artisans nous laissent admirer leur travail. 

Une fine couche de chocolat est déposée sur un marbre, puis, à l’aide d’une spatule, l’artisan racle rapidement le chocolat en formant une dentelle délicate et gourmande. 
Au fur et à mesure de notre promenade, les kilos virtuels s’accumulent, nous ferons en sorte que cette virtualité devienne réelle et dévaliseront quelques étagères chez Mamushka, Rapa Nui, Frantom, et autres pourvoyeurs de bonheur cacaoté. 

Nous découvrons un concurrent sérieux au biscuit alfajores, une tablette de chocolat noir fourrée de dulce de leche. Du concentré de plaisir ! 

La journée se terminera devant quelques excellentes bières au bar Manush et un souper mexicain assez moyen au El Mexicano.

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Vendredi 17 février – Retour à Bariloche


J’ai passé une partie de la nuit à chercher des billets de bus et des correspondances pour monter à San Pedro de Atacama au Chili. Des heures de sommeil perdues et ma patience mise à rude épreuve. Las de mes échecs, j’ai décidé de lâcher mon clavier et rejoindre le fiston d’Hypnos.

Ce matin, il fait grand soleil, mais il est illusion, la pluie va arriver, et, comme nous l’apprendrons plus tard, s’est durablement installée dans la grande banlieue patagonne. 

Nous avons encore du temps pour faire une dernière visite gourmande en ville. Notre avion décolle à 17h15 et notre transfert vers l’aéroport est prévu deux heures avant. 

Nous découvrons une spécialité gourmande très répandue en Amérique latine, le fameux alfajores. Une sacrée chance que nous n’ayons pas connu cette douceur plus tôt, nous en aurions fait notre quotidien. Ceux que nous achetons chez Elisa sont composés de deux biscuits sablés, entre lesquels se cache une couche de dulce de leche, et le tout est enrobé de chocolat. De la décadence en petits sacs. 

Nous parcourons une toute dernière fois la petite ville. Passons devant les boutiques de souvenirs, les devantures offrant excursions et aventures glaciaires, les restaurants où des agneaux gravitent autour d'un brasier rougeoyant, des étagères remplies de liqueurs et confitures à base de calafate, d’immenses et odorants bouquets, que dis-je, bosquets de lavande, saluons le buste de Señor Moreno, admirons quelques terrasses de bars et cafés au mobilier coloré, surprenons une Barbie-campeuse à la mine réjouie, à moitié vêtue d’une robe de bal et surgissant d’une tente, et terminons notre séjour à El Calafate devant une dernière mousse à La Zorra


Dans le petit hall d’accueil de l’hôtel, sous les drapeaux de la planète, nous attendons notre transfert vers l’aéroport. Presque à l’heure dite, nous montons dans le minibus et roulons à travers les landes infinies vers notre avion qui nous ramènera un peu plus au nord. 

Un siège devant nous une touriste mange des Pringles. Hormis le fait que cette simili chips m’écœure, je lui préfère nettement les vraies croustilles et pas ces succédanés de purée écrasée et cuite, je suis abasourdi par sa façon de déguster la chose. 
Il lui faut pas moins de quatre bouchées pour venir à bout du Pringle qui a d’abord été longuement examiné. J’ai fait quelques recherches… 
Les Pringles se composent de seulement 42% de patates, on y ajoute de l’huile, de la graisse, de la farine de riz, de l’amidon de blé, une pincée de maltodextrine, un émulsifiant et du sel. 
D’après mes études très poussée, une chips pèse 1,77 grammes. La demoiselle enfourne donc 0,44 grammes par croquage ! Je dois absolument regarder ailleurs. 

Enfin nous arrivons devant le hall des départs, qui est aussi celui des arrivées, et nous mettons en file pour passer l’enregistrement. Tiens, personne ne nous a fait payer le bus. 
Nous ne saurons jamais si le prix est inclus dans celui de l’avion ou si nous avons profité d’un moment d’inattention. 

Le spectaculaire paysage défile à travers le hublot. Je ne me lasse pas de saturer mes yeux de la beauté de ces terres sauvages. Un immense sentiment de liberté souffle sur cette lointaine Patagonie, j’ai déjà très envie d’y revenir. 

Mais le pilote en a décidé autrement, et, longeant la cordillère sur notre gauche, nous arrivons rapidement en vue du grand lac Nahuel Huapi. La couverture nuageuse fait bondir le coucou qui pointe le bout de son nez vers la piste. L’atterrissage est rapide, le freinage intense, la ceinture bien bouclée nous évite de nous retrouver sur les genoux du pilote, nous sommes arrivés à Bariloche

Nous récupérons nos sacs, sautons dans un taxi pour la station des bus afin d’acheter nos billets en direction d’Osorno au Chili ce dimanche. 
Impossible par contre d’acheter les billets pour Santiago, nous sommes obligés d’attendre d’arriver à Osorno pour faire ces achats. Même via Internet, le payement est refusé, pourtant tout est fait pour que ça fonctionne en ligne, mais au moment de valider, invariablement, le mot error apparaît. Il est grand le mystère d'Interneeeeet !

À notre arrivée à l’hôtel, la réceptionniste, qui parle très vite, me confirme que les deux nuits annulées seront bien remboursées. Nous laissons nos sacs et partons tout de suite nous balader en ville. 

Le vent très fort et la pluie qui commence à envahir le paysage mettent un terme à cette journée que nous concluerons à l’excellente table de chez El Boliche, devant quelques pièces de viande tendres et parfaitement cuites.

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Jeudi 16 février – El Calafate - Glaciarium

Tiens, il pleut. 
Alors nous commençons par nous venger sur le buffet du déjeuner. Les tartines s’enchaînent, le miel et le dulce de leche viennent inonder les tranches de pain que je trempe allègrement dans des bols de maté. 
Il fait bon d’être un lève-tôt, la grasse matinée est un gage de petit-déjeuner avorté. 

Munis de nos imperméables, nous nous dirigeons vers le secrétariat du tourisme provincial, où nous pouvons acheter les billets (env. 25 $CA) pour le Glaciarium
Il nous fallait justement un jour de pluie pour profiter de la visite d’un musée. 

L'accès au petit bus (inclus dans le prix du billet) est sévèrement contrôlé par la conductrice et matrone qui dompte les touristes impatients de passer devant les autres. Il y a des rotations à partir de 11 heures jusqu’à 18 heures toutes les heures. 

Six petits kilomètres séparent la ville du bâtiment ultra-moderne, le centre d’interprétation des glaciers a été inauguré le lendemain de mon 44e anniversaire. C’est un test… 

Un drôle de baromètre, à l'entrée du musée, nous indique qu'ici la météo est tout sauf timide.

Si le phénomène glaciaire est un total mystère pour toi, c’est l’endroit idéal pour tout comprendre. 
Une immense maquette représente le champ de glaciers de Patagonie, qui est tout simplement le 3e plus grande calotte glaciaire du monde après l’Antarctique et le Groenland. Le glacier Perito Moreno est décortiqué et tout devient subitement très clair à nos yeux de néophytes. 

On y évoque aussi les incidences qu’ont les changements climatiques, la pollution et autres malédictions causées par notre présence navrante sur cette belle planète. Le programme n’est pas joyeux, mais c’était loin d’être une surprise. 

Un film en 3D, nous fait pénétrer les entrailles d’un glacier, sa formation, son existence et tout ce qui se cache sous sa surface perturbée. 
On y passe facilement 2 à 3 heures, et on peut, en ajoutant un petit supplément allez fréquenter le fameux Glaciobar, le bar de glace. 
Les verres, le bars, les tables et les chaises sont entièrement faits de glace. 

Il fait -10º dans le bar, à l’accueil, des capes et des moufles genre Reine des Neiges du futur sont offerts, et les boissons, alcoolisées ou non sont à volonté. 
Par contre, la durée est limité, pas question de se réveiller ivre mort sur un bar en banquise. 

De retour en ville, nous faisons un dernier point météo et décidons d’écourter notre séjour à Bariloche. Le mauvais temps s’invite aussi dans la capitale du chocolat et en plus, il faut organiser le peu de temps qu’il nous reste pour remonter au nord du Chili pour avoir une chance de passer quelques jours dans le désert le plus aride du monde, Atacama

Mine de rien il y a un peu plus de 4 200 bornes pour y arriver. Mais nous décidons d’en faire une partie en avion, soit de El Calafate à Bariloche, puis de Santiago à Antofagasta
Les prix et les dates pour en faire plus me découragent, alors je me rabats sur les billets d’autobus. Mais il est impossible d’acheter un billet en ligne, je devrais me contenter de ce qui reste, directement à la gare routière. 

Je demande aussi l'annulation de 2 nuits à l’hôtel Internacional, en espérant que le fait d’avoir réservé avec booking me le permet. La réponse rapide de l’hôtel est affirmative et nous pouvons aborder la suite du voyage avec sérénité. 
Tant pis pour El Chaltén où nous voulions aller, ce sera pour une prochaine fois. 

Nous quittons le cocon douillet de notre chambre pour replonger dans les ruelles de la petite ville. Les touristes sont arrivés par milliers en prévision du Festival. Des motos, des gros pick-up, des camping-car et autres véhicules poussiéreux venus des quatre coins de ces terres désertes parcourent les rues. Il n’y a bien sûr plus aucune chambre disponible, même le petit camping de la ville est plein à craquer. 

Quelques kiosques vendent de l’artisanat local. Tricots, sculptures, pâtisseries, bombillas et calebasses pour l’incontournable maté, des bérets pour ressembler aux fiers gauchos, et autres ponchos. Il y a beaucoup de belles choses, mais nous résistons aux tentations. 

Les concerts vont commencer dans l’Anfiteatro Del Bosque, et les émanations fumantes des grillades de chorritos nous attirent. Ce soir, le repas sera donc composé de choripans garnis de saucisse, de choucroute et de sauce chimichurri
C’est quand même meilleur que les indigestes completos chiliens !



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Lundi 13 février – San Carlos de Bariloche

Le lit est vraiment petit, mais le Carménère a fait son œuvre. Le soleil se pavane dans le ciel de cette petite ville de montagne perchée à 900 mètres d’altitude.

Dans les alentours proches, des dizaines d’activités sont proposées, mais nous n’avons pas le temps d’en profiter. Éventuellement, nous nous promettons de rester quelques jours au retour pour faire un balade à cheval ou découvrir les paysages fantastiques lors d’une randonnée.

En attendant, nous déambulons dans les rues de la ville, admirons le travail de quelques artistes hippies. Colliers, bracelets, pipes à pot, calebasses à maté, travail du cuir et autres sculptures en trombones.

San Carlos de Bariloche a été fondé en 1902 et a longtemps été habité par une colonie majoritairement germanophone. Les noms des commerces et son architecture actuelle ne démentent pas ses origines.

Hormis son cadre idyllique, la ville est également connue pour avoir servi de refuge à des criminels nazis. Les gouvernements dictatoriaux et totalitaires, contrôlés par les militaires du Paraguay, de l’Argentine et du Chili, fermèrent les yeux, voire accueillirent les tortionnaires nazis sans états d’âme. Ces fuyards ne se cachèrent même pas, bien à l’abri de la justice. Quelques-uns finirent quand même par être attrapés et durent faire face à leurs immondes crimes. Beaucoup de ces vieillards, trop âgés, malades ou très malins échappèrent tout de même à la justice.

Rafraîchissement capillaire chez le barbier du coin ; pause repas fait de spätzele et gulasch, de choucroute et bière pression à la Cerveceria Bachmann, avant de finir dans les eaux cristallines du lac qui borde la ville. 

Une drôle de mousse blanche qui ressemble beaucoup à un dépôt chimique recouvre les rochers. Aussitôt mouillé, le traître tapis blême devient extrêmement glissant, et la mise à l’eau est beaucoup moins élégante. J’apprendrais plus tard que cette mousse est une algue parasite extrêmement envahissante et que la population est appelée à la combattre pour éviter de la transmettre à tous les lacs de Patagonie.
La plage est entièrement bondée, mais les rochers moussus sont parfaitement adaptés à une pause balnéaire. 

Par contre, la température de l’eau est bien loin d’autoriser une baignade longue et voluptueuse. 


Nous regagnons le centre-ville et, puisque la chair est faible, nous ne faisons aucun effort pour résister à la tentation d'un détour par le comptoir de glaces du célèbre chocolatier Mamuschka.

Dans les rues en travaux, les abords du parc et dans chaque recoin, des chevelus et des filles en robe à fleurs ont installé leurs petits kiosques ou simplement leurs tapis sur lesquels s’étalent leurs créations artistiques. Des jeunes interpellent les touristes en susurrant cambio, cambio, signe évident que la toute brève et fragile stabilité monétaire du pays vient à nouveau de sombrer dans les étranges fluctuations de l’économie nationale.

Nous referons honneur à la généreuse table de chez Alberto, avant de faire la tournée de quelques-uns des nombreux magasins de chocolat de la rue Mitre.
Les comptoirs débordent de délices cacaotés, les boites écarlates et dorées se mirent dans les vitrines éblouissantes, les miroirs reflètent multitudes de gourmandises fourrées au manjar, de tablettes fines et délicates dans lesquelles se noient amandes, noisettes, pistaches et baies séchées.

Nous savons déjà ce que nous allons faire de notre prochain séjour à San Carlos de Bariloche !


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Dimanche 12 février – Puerto Montt à Bariloche – Viva Argentina !

La pluie n’a pas cessé de toute la nuit. Malgré l’aération naturelle de notre fenestration bon marché, l’eau n’est pas rentrée dans notre chambre.
Nous nous levons aux aurores et montons à la salle à manger pour profiter du petit-déjeuner offert avec la chambre.

La table à coté est occupée par quatre Chinois qui mangent tellement comme des cochons que ça en devient insupportable. Le préposé au déjeuner préfère se rendormir sur le canapé plutôt que subir les mâchouillis, mastications bruyantes et renâclements de gorge. J’ai trop faim, je vais tenir le coup.

Nous terminons rapidement nos sacs et marchons vers le terminal des bus. Notre autobus part à 8h30, et j’ai choisi les pires places, en face de la porte des toilettes, tout au fond.

De Puerto Montt, nous repassons par le petit terminal de Puerto Varas puis faisons un arrêt à Osorno. Ensuite, nous longerons certains des lacs où nous avions campé avec notre Maradonette quelques jours plus tôt, et passerons par Entre Lagos où malheureusement, nous n’aurons pas le temps de déguster une part de ce délicieux küchen, au café homonyme.

Une famille canadienne, avec un papa diplomate à Buenos Aires, s’est installée à l’avant du bus. Leur fiston, Gabriel, blond et bouclé comme un Saint Jean-Baptiste, est atteint d’un virus qui lui fera passer des très longues minutes aux toilettes.
Régulièrement, nous le voyons, blanc comme un linge propre, courir dans l’allée, ouvrir la porte en catastrophe et se jeter tête première dans le fumet nauséabond du petit bol en inox.
À chaque fois, nous espérons qu’il n’y a personne, car nous sommes les voisins directs des lieux d’aisances.

Ses cris et gémissements emplissent alors une partie du bus et brisent les cœurs les plus endurcis. Sa maman vient le voir en lui prodiguant moult encouragements et gentils mots. Elle s’excusera du dérangement engendré par son garçon, mais nous nous mettons à sa place et compatissons avec ferveur.

Enfin, vers midi, nous arrivons à la douane chilienne. Instant redouté par André qui panique à l’idée que l’on découvre qu’il n’a rien d’incriminable dans ses affaires. Il s’agit simplement de sortir du bus, de faire une file rapide, de collecter le tampon de sortie du pays et nous pouvons remonter vers nos sièges.

Quelques dizaines de kilomètres plus loin, à travers le Parque Nacional Puyehue, nous traversons un no mans land volcanique où quelques arbres se battent pour survivre au milieu des landes de scories, nous arrivons à la frontière argentine. Ici aussi ça va assez vite, enfin pas loin d’une heure, mais les formalités sont rapidement expédiées. 
Vérifications du passeport, et surtout de la taxe de réciprocité dont sont imposés les ressortissants de quelques pays, dont le Canada. Cette taxe, qui existait également au Chili avait été supprimée peu de temps avant notre voyage, mais elle a toujours cours en Argentine. Exigée par le Canada pour les Argentins est donc logiquement réclamée aux Canadiens par le gouvernement argentin.

Il faut impérativement la payer en ligne et l’imprimer avant le passage à la frontière, sinon l’accès au pays est, soit interdit, soit surtaxé comme pour cette Québécoise dont nous croiserons la route à El Calafate. Arrivée à la douane comme une fleur, sans s’être moindrement renseignée, il lui a fallu payer 200$US pour un visa express sur place, en ligne, il en coûte 79$US.

Nous redescendons vers la plaine et les innombrables lacs. La forêt de résineux, la fraîcheur montagnarde, et les reflets éblouissants du soleil dans l’eau limpide des lacs nous transportent dans un pays plus alpin, quelque part entre Autriche et Suisse.

Enfin, à 16h15, notre autobus arrive à San Carlos de Bariloche. Délivrance pour le jeune Gabriel qui est maintenant presque transparent, et pour sa maman qui ne sait plus quoi faire pour aider son fils. Au moins, il va avoir droit à des vraies toilettes pour se débarrasser de son envahissant virus.
N’ayant pas le moindre centime de monnaie locale, nous ne pouvons monter dans un taxi et nous rendons à pied au centre-ville..
Presque quatre kilomètres à parcourir avant de débusquer la réception de l’Hôtel Internacional et d’accéder à notre petite chambre où nous pouvons enfin nous débarrasser de nos sacs.

Premières constatations, c’est cher ! La chambre d’hôtel n’est pas une surprise puisque nous l’avion réservé en ligne, mais dans l’ensemble, la vie semble plus chère qu’au Chili. Et pour cause… 
Durant l’année 2016, ce sont 40 % d’inflation que le pays a connu, les prix indiqués dans notre guide de voyage sont obsolètes et pour éviter que l’économie vacillante du pays ne soit encore plus instable, le retrait maximal dans les distributeurs est de 167$ CA avec des frais fixes de 13$, plus 2$ de frais bancaire. Je n’ai pas du tout l’impression de me faire arnaquer...

Et ici, l’argent comptant sort plus vite que prévu, puisque, contrairement à son voisin, le pays accepte beaucoup moins les cartes de payement. 

Mais c’est beau ! Le site est superbe, la ville perchée au bord de l’immense lac Nahuel Huapi, et l’architecture ressemble à s’y méprendre à une ville des rives d’un lac alpin.
Nous faisont un tour sur la place que domine le fier général Roca campé sur son canasson. 

Un peu d’histoire :
Président du pays en 1880, Alejo Julio Argentino Roca Paz est également connu pour avoir mené des campagnes militaires afin de conquérir des territoires originellement occupés par les autochtones. Comme tout bon homme blanc, il considérait les sauvages comme des animaux, en moins pratique, et fut prompt à les génocider par dizaines de milliers. Bien que les Mapuche furent de solides guerriers, ils ne purent lutter contre une armée moderne et bien entraînée. Après avoir décimé les guerriers, l’armée de Roca fit passer plusieurs dizaines de milliers de femmes, enfants et vieillards au fil de l’épée ou fauchés par la mitraille. Les survivants furent déportés dans des endroits où même un caillou refuserait de pousser, des milliers de familles et de couples furent séparés pour qu’aucun nouveau-né ne puisse être engendré.

Henri Bouquet
On ne pousse pas de hauts cris horrifiés, car à pareille époque, nos vaillants conquérants ds nouveaux mondes faisaient subir le même sort aux Amérindiens d' Amérique, aux Aborigènes d’Australie et de Tasmanie et autres peuplades ancestrales. 
Soit par la chasse organisée comme en Australie, où les Aborigènes ne furent exclus de la liste des plantes et des animaux qu’en 1967, ou tout simplement par maladie. Rhumes et grippes apportés par les colons, ou grâce à des couvertures et vêtements contaminées par des maladies mortelles. 

Et surprise, c’est un Suisse, le démoniaque Henri Bouquet, qui semble être à l’origine de cette première guerre bactériologique en 1764, lorsqu’il offrit généreusement des couvertures infectées de variole aux Amérindiens.
Il a quand même une bonne tête de salaud. 

On revient au grand bol d’air frais et à notre découverte bucolique de Bariloche. 
Des gros chiens Saint-Bernard, tonnelet dûment accroché autour du cou attendent le touriste pour une photo souvenir. 
Partout dans la ville, des dizaines de magasins de chocolat laissent échapper leurs effluves cacaotés dans les rues venteuses.
Capitale incontestée du chocolat, où pourtant aucun cacaoyer ne pousse, nous serons fort agréablement surpris par sa qualité et ses prix abordables. Je sens que ce séjour sera une réussite !

Le soir, nous allons nous poser au fameux El Boliche de Alberto, un restaurant réputé, tout entier dédié à la viande. Nous avons de la chance de trouver une place, car cet endroit est extrêmement couru. 

Un immense barbecue occupe un vaste espace, des boudins bedonnants, des chorizos fringants et de fières pièces de bœuf ou de porc trônent sur le comptoir, une vision de l’anti-chambre des Enfers pour les végétariens.

Le bife de chorizo (contre-filet) de 400 grammes est accompagné d’un Everest de frites fraîches. Tout est surdimensionné, il y a la moitié d’un jardin dans le bol de salade et la purée pourrait nourrir une table de 4 personnes affamées. 

La viande est un pur délice, cuite à la perfection, fondante à souhait, et le tout est évidemment arrosé d’un vin à la hauteur de cette bonne table.

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