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Dimanche 19 février – De Bariloche à Osorno à Santiago

Ah non, pas Santiago... 

Notre bus est à 10 heures, nous avons tout loisir de profiter du buffet du petit-déjeuner de l’hôtel avant de trouver un taxi pour le terminal des bus. 

En déambulant devant les kiosques de souvenirs, je suis surpris de trouver quelques livres retraçant le passé peu glorieux de Bariloche. Une 9e édition du Bariloche Nazi dont la couverture est ornée d'une croix gammée et d'un Hitler affublé de son ridicule pantalon bouffant. 
Je ne sais pas trop de quoi parle ce bouquin, mais au moins on ne se voile pas la face. Bariloche a été une destination très en vogue pour les couards assassins du IIIe Reich qui ont largement profité de la dictature argentine pour s’installer loin de la justice. 
Certains s’y cacheront pendant 50 ans avant de faire face à leurs juges, d’autres y ont certainement mené une vie paisible jusqu’à leur mort. 

Le bus bleu et blanc de la compagnie Andesmar est en gare. Nos sacs sont étiquetés et rangés en soute, nous regagnons nos sièges et quittons, sous une pluie battante, ce charmant endroit que nous nous aurions aimé découvrir plus en profondeur. 

En peu de temps nous arrivons au poste de douane, les formalités pour sortir du pays sont rapidement menés, puis nous nous arrêtons au contrôle chilien. Par chance, il y a un accès spécial pour les bus, car la file d’attente pour les voitures s’étire déjà sur plusieurs heures. 

Le bus stationne le long d’un quai surélevé, puis, des fonctionnaires sortent tous les bagages des soutes. Nous quittons nos places pour passer au contrôle du seul douanier disponible en ce dimanche. Ça va être long. 

Un mignon labrador est envoyé renifler les sacs, il gambade allègrement sur les bagages, va et vient, la truffe au vent, s’arrête, se concentre, repart et saute de joie. Nous savions que les contrôles chiliens étaient sans concession, mais nous nous posons quand même la question concernant nos kilos de chocolats ! 

Chaque personne dont le passeport vient d’être tamponné doit se présenter aux agents de la SAG (Servicio Agrícola y Ganadero), le service de l’agriculture et de l’élevage, afin d’ouvrir son sac qui doit être fouillé. 

Nous assistons à une scène dramatique. Une dame se fait démonter un magnifique souvenir acheté à Bariloche. Le faux tronc d’arbre en vrai bois contre lequel se repose un faux Saint-Bernard en vrai plastique et peluche assis sur de la vraie mousse est dépecé. L’agent arrache bois et mousse, ne reste qu’un Saint-Bernard, piteux sans son décor de carte postal. Ce souvenir esthétiquement douteux devient totalement baroque, par contre, le visage de la dame s’est intégralement décomposé. 
C’est triste, mais si le Chili veut continuer à rester Terra Solitaria et se préserver de toute infection organique, les contrôles seront toujours aussi drastiques et sans pitié. Par contre, le chocolat, ça passe :)

Le temps s’étire comme un long filet de bave de labrador, nous ne voyons pas le bout de cette file de 50 personnes. Le ciel gris, la pluie et la nonchalance des douaniers endimanchés participent tous au sentiment de déprime totale qui gagne les passagers. 


Enfin, c’est notre tour de présenter nos passeports sous le tampon du douanier, ça va donc être notre tour de défaire nos sacs pour la fouille. Mais bizarrement, tout le monde en a marre, j’ai l’impression que notre ennui collectif est contagieux. D’un seul coup, c’est fini. 
Par je ne sais quel miracle, les agents du SAG ordonnent aux passagers de rentrer dans le bus et aux employés de remettre les bagages en soute. Pourtant il reste un bon tiers des sacs à inspecter, mais soit Youki le labrador n’a manifesté aucun intérêt pour les derniers bagages, dont les nôtres, soit c’est l’heure du frichti. 
Nous regagnons donc nos places et repartons en direction d’Osorno où nous aurions du arriver à 15h30. 

Évidemment, ce long contretemps nous fait arriver avec presque deux heures de retard. Malgré ma course effrénée de kiosque en kiosque, nous ne trouvons plus aucune place pour un bus ce soir. On est dimanche et les gens rentrent à la capitale, tant pis pour les touristes, ils passeront la nuit ici. 

J'achète tout de suite des billets pour la première heure demain matin. Ce sera donc un départ à 7h40 avec la compagnie Turbus, et nous devrions arriver à 20h30 à Santiago. 
La journée de repos, se passera dans le siège d’un bus. Au moins j’ai pris la peine de réserver des places dans la section Cama, ces fameux sièges 1ère classe qui se situent au rez-de-chaussée du véhicule. En attendant il faut trouver une piaule… 
Nous nous plongeons rapidement dans les pages du Lonely Planet et jetons notre dévolue sur un petit hôtel dont le nom va nous rappeler nos escapades chez nos voisins du sud, l’Hostel Vermont. Nous ne prenons pas la peine de les appeler et décidons de nous rendre directement sur place. 
Ce n’est pas la porte à coté, mais le quartier est résidentiel et tranquille. L’accueil est sympathique et par chance, il reste une chambre disponible. 

Allez, nous allons découvrir cette petite ville sans grand intérêt si ce n’est d’être le point de passage de toutes les routes qui desservent le sud du pays. 
Une gigantesque vache suivie de ses deux veaux passent devant une banque, une fontaine fait virevolter des guirlandes liquides, le ciel s’est un peu calmé, il est temps de faire une pause houblonnée. 

Le Café de Nuit nous ouvre ses portes, par quelques grillades et d’une bonne bouteille de Camenere à La Parilla de Pepe.

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Samedi 18 février – Bariloche

Ce matin, j’ai fini par craquer et réserver un vol de Santiago à Antofagasta. Il y avait bien des avions pour Atacama, mais il aurait fallu se départir d’un rein et d’un autre organe.
Finalement, avec ces options, nous échapperons à 24 heures de bus pour 2 heures de vol, puis à 5 heures de bus. Le décollage est prévu mardi matin, ce qui nous laisse une belle journée pour nous reposer à Santiago. 

En attendant, le vent a chassé les nuages et le soleil est revenu. Au-dessus de nos têtes, c’est le branle-bas de combat. Les nuages filent comme des troupeaux de chevaux fous, c’est la cavalcade cotonneuse sur fond de ciel bleu. 

La température a drastiquement chuté et le joli lac où je me suis baigné il y a quatre jours est en état de choc. Les vagues, furieuses de ne trouver aucun vaste océan à parcourir, se fracassent contre les rochers de la jetée et font rouler les galets de la plage. 
Pas de baignade aujourd’hui… 

Je trouve enfin ma calebasse à maté chez un vendeur spécialisé. J’en avais vu de magnifiques, gravées par des artisans poilus, mais mon principal défaut m’a encore fait rater cet achat. 
Je vais bien finir par apprendre que repousser l’achat d’un souvenir fini invariablement par me le faire perdre. J’en ai fait les frais lors de notre dernier voyage au Myanmar et ne m’en suis toujours pas remis. J’ai hâte de vieillir pour apprendre de mes erreurs. 
En attendant, cette calabaza est magnifique et à la taille exacte de mes vœux. 

Après quelques détours dans les rues et ruelles de ce petit village aux relents helvétiques du sud de l’Argentine, nous allons nous délecter d’une platée de pâtes dans la succursale italianisante de monsieur Boliche. 

Nous poursuivons nos déambulations et assouvissons notre gourmandise chez l’un ou l’autre des nombreux chocolatiers du bourg. Quelques vitrines de petits artisans nous laissent admirer leur travail. 

Une fine couche de chocolat est déposée sur un marbre, puis, à l’aide d’une spatule, l’artisan racle rapidement le chocolat en formant une dentelle délicate et gourmande. 
Au fur et à mesure de notre promenade, les kilos virtuels s’accumulent, nous ferons en sorte que cette virtualité devienne réelle et dévaliseront quelques étagères chez Mamushka, Rapa Nui, Frantom, et autres pourvoyeurs de bonheur cacaoté. 

Nous découvrons un concurrent sérieux au biscuit alfajores, une tablette de chocolat noir fourrée de dulce de leche. Du concentré de plaisir ! 

La journée se terminera devant quelques excellentes bières au bar Manush et un souper mexicain assez moyen au El Mexicano.

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Vendredi 17 février – Retour à Bariloche


J’ai passé une partie de la nuit à chercher des billets de bus et des correspondances pour monter à San Pedro de Atacama au Chili. Des heures de sommeil perdues et ma patience mise à rude épreuve. Las de mes échecs, j’ai décidé de lâcher mon clavier et rejoindre le fiston d’Hypnos.

Ce matin, il fait grand soleil, mais il est illusion, la pluie va arriver, et, comme nous l’apprendrons plus tard, s’est durablement installée dans la grande banlieue patagonne. 

Nous avons encore du temps pour faire une dernière visite gourmande en ville. Notre avion décolle à 17h15 et notre transfert vers l’aéroport est prévu deux heures avant. 

Nous découvrons une spécialité gourmande très répandue en Amérique latine, le fameux alfajores. Une sacrée chance que nous n’ayons pas connu cette douceur plus tôt, nous en aurions fait notre quotidien. Ceux que nous achetons chez Elisa sont composés de deux biscuits sablés, entre lesquels se cache une couche de dulce de leche, et le tout est enrobé de chocolat. De la décadence en petits sacs. 

Nous parcourons une toute dernière fois la petite ville. Passons devant les boutiques de souvenirs, les devantures offrant excursions et aventures glaciaires, les restaurants où des agneaux gravitent autour d'un brasier rougeoyant, des étagères remplies de liqueurs et confitures à base de calafate, d’immenses et odorants bouquets, que dis-je, bosquets de lavande, saluons le buste de Señor Moreno, admirons quelques terrasses de bars et cafés au mobilier coloré, surprenons une Barbie-campeuse à la mine réjouie, à moitié vêtue d’une robe de bal et surgissant d’une tente, et terminons notre séjour à El Calafate devant une dernière mousse à La Zorra. 


Dans le petit hall d’accueil de l’hôtel, sous les drapeaux de la planète, nous attendons notre transfert vers l’aéroport. Presque à l’heure dite, nous montons dans le minibus et roulons à travers les landes infinies vers notre avion qui nous ramènera un peu plus au nord. 

Un siège devant nous une touriste mange des Pringles. Hormis le fait que cette simili chips m’écœure, je lui préfère nettement les vraies croustilles et pas ces succédanés de purée écrasée et cuite, je suis abasourdi par sa façon de déguster la chose. 
Il lui faut pas moins de quatre bouchées pour venir à bout du Pringle qui a d’abord été longuement examiné. J’ai fait quelques recherches… 
Les Pringles se composent de seulement 42% de patates, on y ajoute de l’huile, de la graisse, de la farine de riz, de l’amidon de blé, une pincée de maltodextrine, un émulsifiant et du sel. 
D’après mes études très poussée, une chips pèse 1,77 grammes. La demoiselle enfourne donc 0,44 grammes par croquage ! Je dois absolument regarder ailleurs. 

Enfin nous arrivons devant le hall des départs, qui est aussi celui des arrivées, et nous mettons en file pour passer l’enregistrement. Tiens, personne ne nous a fait payer le bus. 
Nous ne saurons jamais si le prix est inclus dans celui de l’avion ou si nous avons profité d’un moment d’inattention. 

Le spectaculaire paysage défile à travers le hublot. Je ne me lasse pas de saturer mes yeux de la beauté de ces terres sauvages. Un immense sentiment de liberté souffle sur cette lointaine Patagonie, j’ai déjà très envie d’y revenir. 

Mais le pilote en a décidé autrement, et, longeant la cordillère sur notre gauche, nous arrivons rapidement en vue du grand lac Nahuel Huapi. La couverture nuageuse fait bondir le coucou qui pointe le bout de son nez vers la piste. L’atterrissage est rapide, le freinage intense, la ceinture bien bouclée nous évite de nous retrouver sur les genoux du pilote, nous sommes arrivés à Bariloche. 

Nous récupérons nos sacs, sautons dans un taxi pour la station des bus afin d’acheter nos billets en direction d’Osorno au Chili ce dimanche. 
Impossible par contre d’acheter les billets pour Santiago, nous sommes obligés d’attendre d’arriver à Osorno pour faire ces achats. Même via Internet, le payement est refusé, pourtant tout est fait pour que ça fonctionne en ligne, mais au moment de valider, invariablement, le mot error apparaît. Il est grand le mystère d'Interneeeeet !

À notre arrivée à l’hôtel, la réceptionniste, qui parle très vite, me confirme que les deux nuits annulées seront bien remboursées. Nous laissons nos sacs et partons tout de suite nous balader en ville. 

Le vent très fort et la pluie qui commence à envahir le paysage mettent un terme à cette journée que nous concluerons à l’excellente table de chez El Boliche, devant quelques pièces de viande tendres et parfaitement cuites.

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Jeudi 16 février – El Calafate - Glaciarium

Tiens, il pleut. 
Alors nous commençons par nous venger sur le buffet du déjeuner. Les tartines s’enchaînent, le miel et le dulce de leche viennent inonder les tranches de pain que je trempe allègrement dans des bols de maté. 
Il fait bon d’être un lève-tôt, la grasse matinée est un gage de petit-déjeuner avorté. 

Munis de nos imperméables, nous nous dirigeons vers le secrétariat du tourisme provincial, où nous pouvons acheter les billets (env. 25 $CA) pour le Glaciarium. 
Il nous fallait justement un jour de pluie pour profiter de la visite d’un musée. 

L'accès au petit bus (inclus dans le prix du billet) est sévèrement contrôlé par la conductrice et matrone qui dompte les touristes impatients de passer devant les autres. Il y a des rotations à partir de 11 heures jusqu’à 18 heures toutes les heures. 

Six petits kilomètres séparent la ville du bâtiment ultra-moderne, le centre d’interprétation des glaciers a été inauguré le lendemain de mon 44e anniversaire. C’est un test… 

Un drôle de baromètre, à l'entrée du musée, nous indique qu'ici la météo est tout sauf timide.

Si le phénomène glaciaire est un total mystère pour toi, c’est l’endroit idéal pour tout comprendre. 
Une immense maquette représente le champ de glaciers de Patagonie, qui est tout simplement le 3e plus grande calotte glaciaire du monde après l’Antarctique et le Groenland. Le glacier Perito Moreno est décortiqué et tout devient subitement très clair à nos yeux de néophytes. 

On y évoque aussi les incidences qu’ont les changements climatiques, la pollution et autres malédictions causées par notre présence navrante sur cette belle planète. Le programme n’est pas joyeux, mais c’était loin d’être une surprise. 

Un film en 3D, nous fait pénétrer les entrailles d’un glacier, sa formation, son existence et tout ce qui se cache sous sa surface perturbée. 
On y passe facilement 2 à 3 heures, et on peut, en ajoutant un petit supplément allez fréquenter le fameux Glaciobar, le bar de glace. 
Les verres, le bars, les tables et les chaises sont entièrement faits de glace. 

Il fait -10º dans le bar, à l’accueil, des capes et des moufles genre Reine des Neiges du futur sont offerts, et les boissons, alcoolisées ou non sont à volonté. 
Par contre, la durée est limité, pas question de se réveiller ivre mort sur un bar en banquise. 

De retour en ville, nous faisons un dernier point météo et décidons d’écourter notre séjour à Bariloche. Le mauvais temps s’invite aussi dans la capitale du chocolat et en plus, il faut organiser le peu de temps qu’il nous reste pour remonter au nord du Chili pour avoir une chance de passer quelques jours dans le désert le plus aride du monde, Atacama. 

Mine de rien il y a un peu plus de 4 200 bornes pour y arriver. Mais nous décidons d’en faire une partie en avion, soit de El Calafate à Bariloche, puis de Santiago à Antofagasta. 
Les prix et les dates pour en faire plus me découragent, alors je me rabats sur les billets d’autobus. Mais il est impossible d’acheter un billet en ligne, je devrais me contenter de ce qui reste, directement à la gare routière. 

Je demande aussi l'annulation de 2 nuits à l’hôtel Internacional, en espérant que le fait d’avoir réservé avec booking me le permet. La réponse rapide de l’hôtel est affirmative et nous pouvons aborder la suite du voyage avec sérénité. 
Tant pis pour El Chaltén où nous voulions aller, ce sera pour une prochaine fois. 

Nous quittons le cocon douillet de notre chambre pour replonger dans les ruelles de la petite ville. Les touristes sont arrivés par milliers en prévision du Festival. Des motos, des gros pick-up, des camping-car et autres véhicules poussiéreux venus des quatre coins de ces terres désertes parcourent les rues. Il n’y a bien sûr plus aucune chambre disponible, même le petit camping de la ville est plein à craquer. 

Quelques kiosques vendent de l’artisanat local. Tricots, sculptures, pâtisseries, bombillas et calebasses pour l’incontournable maté, des bérets pour ressembler aux fiers gauchos, et autres ponchos. Il y a beaucoup de belles choses, mais nous résistons aux tentations. 

Les concerts vont commencer dans l’Anfiteatro Del Bosque, et les émanations fumantes des grillades de chorritos nous attirent. Ce soir, le repas sera donc composé de choripans garnis de saucisse, de choucroute et de sauce chimichurri. 
C’est quand même meilleur que les indigestes completos chiliens !



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Mercredi 15 février – Glacier Perito Moreno

Ce matin, après un petit-déjeuner roboratif fait de tartines recouvertes d’une épaisse couche de dulce de leche, nous partons à la découverte de l’attraction incontournable de ce coin de pays : le glacier Perito Moreno. C’est carrément pour lui que nous sommes venus ici, ce serait bête de passer à côté.

En réservant la chambre par internet, j’ai vu que l’hôtel proposait plusieurs sorties. J’ai donc réservé cette journée de découverte en ligne. L’avantage c’est d’être certain de trouver une place, même si la ville entière est dédiée au tourisme glaciaire et que le choix des agences est vaste, l’inconvénient c’est qu’on ne choisit pas sa journée, et donc sa météo. 

Et il pleut. 
Enfin il pleut, disons qu’il crachine comme un 16 août sur une plage normande, et que le ciel varie de gris foncé à noir clair, entrecoupé de longs nuages chargés d’intempérie. 
Mais l’ambiance est bonne dans le bus, Jamina, notre fringante guide, met l’ambiance et nous faisons rapidement connaissance avec nos voisins. 
Routards, retraités, voyageurs, tourdumondistes, de 7 à 77 ans, tout le monde est dans l’attente impatiente de cette découverte. 


Comme promis, la visite est alternative, au lieu de suivre le flot des autobus qui prennent la route la plus directe pour se rendre au glacier, nous empruntons un chemin de traverse et parcourons les landes. Nous apprenons que nous sommes depuis plusieurs minutes en train de rouler sur les terres de la Estancia Rio Mitre, petite propriété de 70 000 hectares. 
700 kilomètres carrés de terres battues par les vents, où plusieurs dizaines de milliers de moutons paissent en toute quiétude. Je n’arrive pas une seule seconde à imaginer la grandeur de cette propriété, et ce, même si Jamina nous informe que ça part des montagnes sur notre gauche, là-bas très loin à l’horizon jusqu’aux rives du grand lac, sur la droite. 

En route, notre guide nous parle de la révolution patagonne. Une stèle commémore le massacre de 150 ouvriers du coin qui ne demandaient qu’un peu de liberté. 

Un peu d’histoire
En 1920, plus de 20 millions d'hectares sont répartis en secteurs appartenant à des étrangers. L'État étant presque absent en Patagonie, les travailleurs ont été déshérités. Les « gauchos » et les immigrés pauvres ont été les protagonistes principaux de la rébellion en Patagonie, principalement les Chiliens et les Européens, qui survivaient « dans le sud lointain » de l'Argentine en travaillant dans des conditions semi-serviles pour les monopoles qui contrôlaient le territoire.
Lors de la première rébellion en 1917 dans la ville de Rio Gallegos, les ouvriers se sont battus contre les tortures corporelles auxquelles les travailleurs mineurs étaient soumis. Quelques années plus tard, avec l'appui des syndicats de Rio Gallegos, ils ont exigé l'amélioration des conditions de travail et des salaires décents. Au cours de l'hiver 1921, l'armée savait que les grévistes voulaient négocier avec des soldats.
Les négociateurs et les leaders syndicaux ont été abattus sur place. Des milliers d'ouvriers ont été enfermés à clé dans des enclos pour animaux, dénudés et attachés avec un fil métallique à des colonnes en bois. Ensuite, en petits groupes, ils sont sortis avec des pelles ou des bidons d'essence dans leurs mains. Ils ont dû creuser leurs tombes puis on leur a tiré dessus. Quand le sol était trop dur et les soldats impatients, les corps étaient brûlés avec l'essence. L'état a assassiné 1 500 ouvriers au cours de ce massacre. Pendant des mois, les militaires et la police ont persécuté, torturé et assassiné tous ceux qui paraissaient suspects.
Source : fr.sputniknews.com 

..........

Peu de temps après, nous faisons une petite pause à la estancia. Cabane perdue au milieu d’un paysage monumental, quelques troncs de bois face aux éléments, aux vents puissants et sans fin. Un feu brûle dans l’âtre et sa chaleur réconfortante nous enveloppe à travers les brumes humides de ce bout du monde. 

Un couguar au pelage miteux et drôlement empaillé trône sur une poutre et surveille de son œil torve le passage des touristes emmitouflés. Quelques poules folles courent entre nos jambes, et pour compléter le tableau, un gaucho coiffé d’un grand béret perché sur son petit cheval nerveux, arrive au galop. 

Une vraie image d'Épinal, que vient compléter quelques dizaines de chèvres au poil long se dirigeant vers la terrasse d’où nous admirons le paysage. Nullement impressionné par notre présence, elles gambadent autour de nous en se laissant caresser. 
Leur pelage long est rêche et quelques dreadlocks commencent à se former. Un petit tour chez le coiffeur serait de mise. 
Des chevreaux se dressent les uns contre les autres, un bouc aux cornes démoniaques nous intimide un peu et nous oblige à reculer pour laisser passer le maître des landes. 


Nous poursuivons notre route en direction du mythique glacier. 
Le passage au contrôle des parcs nationaux nous déleste de 330 ARS (± 24 $CA), dix minutes plus tard, au hasard de quelques virages l’énorme masse glaciaire se dessine au fond d’une large vallée. 
Devant une carte du site, Jamina nous explique rapidement le circuit pédestre sur les sentiers aménagés et les options de découverte. 

Nous décidons d’embarquer sur le Santa Fé (400 ARS ± 28$CA) qui va longer les 5 kilomètres de front pendant environ 1 heure. Le catamaran promène son étrave à travers quelques gros blocs azur ballottant sous les bourrasques fraîches et pluvieuses. 
Vu du lac, le glacier est encore plus majestueux. Il s’élève à 75 mètres de hauteur, et 170 mètres se cachent sous les vagues laiteuses, un monstre qui se prolonge de 30 kilomètres vers l’ouest. Ce n’est qu’un des 48 glaciers que l’immense champ de glace du sud de la Patagonie, et l’un des seuls au monde qui n’est pas en recul. 

La paroi est striée de toutes les variantes de bleu, de quelques reflets gris et de couches noires de cendres volcanique et de poussière séculaires.

Même s’il avance de 700 mètres par an, il reçoit plus de 8 mètres de neige, ce qui lui permet de ne pas perdre de terrain. En tout cas, en avançant de 2 mètres par jour, on est assuré de profiter d’un spectacle permanent. D’énormes blocs se détachent de la paroi, des bruits sourds grondent, le tonnerre roule sous la surface chaotique, ce gros glaçon est bien vivant. 


Après notre promenade lacustre, nous nous dépêchons de parcourir les passerelles métalliques qui serpentent à travers la forêt en plusieurs parcours. Tous offrent un point de vue imprenable sur le glacier, nous ne savons pas où donner des yeux. 

 
Le spectacle est partout, tout le temps, imprévisible. Un bruit puissant attire notre regard, mais rien ne se passe. Un autre nous fait tourner la tête, encore une fois l’action se passe ailleurs. La plupart de ces bruits vient des entrailles du glacier, ce n’est que le hasard qui viendra a bout de nos patientes observations. 

Un énorme pan de la montagne gelée se rompt et tombe de toute sa hauteur dans les eaux calmes du lac. Une grosse vague vient s’écraser sur les rives de la montagne, le public est aux anges, le monstre blanc nous a offert un beau spectacle. 


Bien sûr nous aurions aimé assister à la fameuse rupture, le choc titanesque que produit l’effondrement du pont qui relie les deux langues du glacier à la terre ferme. Mais nous ne sommes ni à la bonne saison, ni même dans la bonne année, cette rupture a lieu environ tous les 4 ans et la dernière s’est produite le 10 mars 2016. 
Ici un lien vers une vidéo de ce gigantesque spectacle : Rupture pont Perito Moreno
Et ici, une vidéo (en anglais) qui explique le cycle de ce phénomène : LIEN

Nous poursuivons rapidement notre promenade en nous tenant à l’affût d’un autre effondrement. Les variantes de tous les bleus se propagent dans les entrailles du géant, d’après Jamina c’est grâce au manque de soleil que ces couleurs sont aussi vives et profondes. Une manière comme une autre d’apprécier le ciel de plomb et le soleil défaillant… 

Un pic robuste creuse l’écorce d’un arbre à la recherche de sa pitance. Sa grosse tête rouge donne des coups effrénés sur le tronc, sa cervelle doit trouver le traitement pour le moins violent. 

Nous pourrions passer plusieurs jours à contempler ce spectacle démesuré, mais le temps file et malheureusement le rendez-vous à l’autobus se précise. Nous terminons notre promenade en traversant une petite forêt aux troncs moussus 

Un dernier arrêt au restaurant qui surplombe le lac, et déjà nous retrouvons nos sièges en attendant deux jeunes françaises en retard. 

...

Lors du retour vers El Calafate, en raison du manque de place et de la météo qui va en s’aggravant, nous décidons de ne pas rester dans ce magnifique sud patagon. 
Nous organisons donc notre retour vendredi à Bariloche où de multiples activités s’offrent à nous. Randonnées à cheval, baignade dans le lac, promenade sur les dizaines de sentiers dans les montagnes, et bien sûr quelques pauses dans les nombreuses chocolateries de la ville. 

Dès notre arrivée à l'auberge, je m’empresse de me connecter à Internet et réserve une chambre d’hôtel pour 5 nuits. Dans le réfectoire, une jeune Québécoise narre ses voyages à deux Français moyennement intéressés par ses aventures. 
C’est elle qui a oublié de se renseigner sur les modalités de visa pour entrer en Argentine et qui a du débourser plus de 200 $US une fois coincée à la douane. Belle aventurière… 

J’ai pris quelques informations concernant le meilleur endroit pour déguster quelques grillades. De plus, le jeune homme de l’accueil nous a également réservé un transport pour nous rendre à la Parrilla Don Pichon. 


À l’heure dite, un taxi arrive, nous lui demandons si c’est bien la voiture envoyée par le restaurant, évidemment me répond le chauffeur qui n’a pas trop l’air de savoir où il s’en va. 
Après de courtes minutes nous arrivons devant la porte du restaurant, et le chauffeur nous demande quelques pesos pour la course. Pourtant il me semblait avoir compris que le transport était offert, de fait ce n'est pas du tout la voiture envoyée par notre hôte. Et nous avons pris un taxi qui passait là par hasard…

Qu’importe, nous sommes bien accueillis dans la grande salle dont la baie vitrée surplombe la ville et le paysage sublime où le soleil va se coucher derrière de longs nuages roses. Dans une petite pièce vitrée, des carcasses d’agneaux tournent lentement autour d’un feu, une vision d’un village d’Astérix où le sanglier est remplacé par l’animal qui a fait la fortune des quelques propriétaires des interminables estancias sud-américaines. 

Nous commandons une parrillada, sélection de viandes et de saucisses déposée sur un petit barbecue dont les braises rougeoyantes finissent de les griller. L’Argentine n’est pas très portée sur le végétarisme… 

Une bonne bouteille de vin achève de faire descendre toute cette viande, et, repus nous admirons les derniers reflets du soleil qui a daigné nous faire l’honneur de son apparition quelque part en fin d’après-midi. 
Il est 21 heures 30 heures et les ultimes lueurs disparaissent derrière les montagnes. 

Nous marchons en direction du centre-ville et profitons de l’entrée gratuite aux concerts dans l’Anfiteatro Del Bosque. 
Grand amphithéâtre circulaire où la musique résonne, où les enfants courent, où les effluves des chorritos embaument l’air, où la fête bat son plein. Après Salta la Banca, c’est Los Nocheros qui enflamme le public, la musique est vraiment bonne. Rythmes traditionnels mâtinés de riffs rock et de solos de batterie, les chansons s’enchaînent, l’ambiance est chaude et réconfortante. 

La journée a été longue, et la fatigue commence à se faire sentir. Il est temps de regagner notre chambre et de profiter d’une nuit sous les étoiles du sud.

Ah, au fait, Le glacier Perito Moreno est baptisé du nom de l'explorateur Francisco Moreno (perito signifiant « expert ») qui a étudié cette région au xixe siècle... J'ai failli l'oublier !

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