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Lundi 6 mars – Santiago

Des entrailles de La Vega Central au sommet de la Gran Torre. 

Manjar - Dulce de leche
Pour bien commencer une journée au Chili, rien ne vaut une belle tranche de pain abondamment recouverte d’une épaisse couche de manjar. Si en plus on y ajoute une vue panoramique sur une partie de la capitale baignée de soleil, on comprend mieux pourquoi nous n’avons aucune envie de prendre un avion vers l’hiver dans deux jours…

Caloriquement repus, nous errons dans les rues, admirons les fresques et autres collages sur les murs et nous perdons avec plaisir dans les ruelles où, tranquillement la population reprend le rythme du travail. 

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C’est en ce joli lundi matin que les vacances scolaires se terminent et que les trottoirs se remplissent d’écoliers heureux de retrouver leurs amis. 

Quel que soit le pays, voir des écoliers reprendre le chemin des classes me rappellent invariablement mes propres rentrées. 
Nostalgie de ces grandes vacances loin des parquets cirés des couloirs du collège. Souvenirs de l’inégalé sentiment de liberté, les jambes encore recouvertes d’égratignures des courses dans les herbes folles et les branches de ronce, la peau hâlée et des souvenirs heureux plein la tête. 

Santiago de Chile, bellas artes
Souvenirs et anecdotes qui vont devoir trouver une place dans le tumulte des conversations où chacun voudra exprimer son bonheur des deux derniers mois. J’avais aussi, un peu plus sobrement, le plaisir de retrouver les copains, de découvrir une nouvelle classe, de nouveaux professeurs et rencontrer des nouvelles personnes. 

Mais je suis un adulte et je préfère contempler que subir. Alors je contemple l’architecture, et la vie qui grouille. 

La Plaza de Armas nous offre son espace aéré, et ses nombreux palmiers qui dansent au vent. En lieu et place du gibet que les conquistadors espagnols avaient érigé dans les tourmentées années 1500, se dresse la grande fontaine dédiée au Libertador Simón Bolivar. 

Simón José Antonio de la Santísima Trinidad Bolívar y Palacios, le Vénézuélien, est une des figures emblématiques de l’émancipation et ensuite de l’indépendance d’au moins six pays sud-américains. Il reste une icône dans de nombreux pays d’Amérique latine, et dans le monde. 

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La façade néo-classique de la cathédrale Metropolitana ajoute à la magie des édifices qui encerclent la place. 
Nous poursuivons notre promenade en passant à coté du palais de la Moneda, entrons dans quelques églises, dégustons un mote con huesillo, croisons des policiers fièrement perchés sur leurs magnifiques chevaux et comme par hasard arrivons au marché de La Vega Central, pile-poil pour l’heure du repas. 

Santiago, Chile, ChiliSantiago, Chile, Chili, police

Santiago, Chile, Chili, La Vega Central, Marché
Entre quelques poissons au regard vitreux, nous trouvons place à la tablée de Tio Willy pour nous repaître de ses délicieuses matchas a la parmesana et d’un ceviche aussi frais que sur les rives du Pacifique. 
Nous sommes à moins de 100 kilomètres à vol d’oiseau de l’océan, et les produits de la mer sont aussi vivaces que dans le port de Valparaíso. 

Promenade dans les allées du marché, montagne de mote, ballots d’algues séchées, fruits frais, barbecue dans un chariot d’épicerie, et tonnes de sacs plastique qui finiront probablement leur vie dans le ventre d’un poisson et au final dans nos estomacs. La boucle est bouclée... 

Santiago, Chile, Chili, La Vega Central, MarchéSantiago, Chile, Chili, La Vega Central, Marché

Santiago, Chile, Chili, Barrio Bellavista
Nous quittons le marché en direction du Barrio Bellavista, ayant le but de grimper au sommet du Cerro San Cristobal pour aller nous baigner. Mais le lundi tout est fermé, et on est lundi… 
Alors nous optons pour le plan B que nous venons d’inventer et longeons le Cerro par des rues de moins en moins attractives, coincées entre la montagne, et l’autoroute Costanera. 

Il fait une chaleur étouffante et la fin des vacances est synonyme de grande affluence sur les routes. 

Santiago est une ville aux trois-quarts encerclée par les montagnes, et si le vent vient à manquer, la capitale se transforme en chaudron recouvert d’un immense nuage gris de pollution. 
Heureusement, aujourd’hui, le ciel est encore bleu et nous avons connu bien pire comme capitale polluée en allant plusieurs fois à Bangkok. 

Santiago, Chile, Chili, Parque de las Esculturas, Toro Sentado, Palolo Valdés
Nous arrivons à l’entrée du Parque de las Esculturas, un joli parc tout en longueur sur les berges du Rio Mapocho, havre de quiétude dans la tourmente citadine. 

Une trentaine d’artistes chiliens y ont créé des sculptures de toute sorte et qui agrémentent ce musée en plein air en procurant autant de plaisir aux yeux qu’aux corps éprouvés par cette marche. Belle vitrine des beaux-arts du pays, les artistes ont laissé libre court à leur imagination et les œuvres sont très variées. 

Santiago, Chile, Chili, Parque de las Esculturas, Semillas, Cristián Salineros
Le Toro Sentado (taureau assis) a le ventre rempli de cailloux et semble plus vouloir charger un matador matamore que rester assis, les Semillas (semences) ressemblent beaucoup au choclo, l’épi de maïs à la base de la nourriture latino-américaine et le tronc d’homme suspendu à son fil, nommé Recurso humano, flotte dans le vide ou tente de se hisser au sommet de la Gran Torre de Santiago. 


Santiago, Chile, Chili, Parque de las Esculturas, Recurso humano, Fernanda CerdaSantiago, Chile, Chili, Rio Mapocho

Franchissant les eaux boueuses du Mapocho, nous arrivons au pied de cette fameuse tour de plus de 300 mètres de haut, la plus haute d’Amérique Latine. 

Santiago, Chile, Chili, Gran Torre, Costanera
L’édifice qui surplombe le centre commercial du quartier moderne de la capitale est une réussite architecturale, mais surtout son point de vue le plus impressionnant. 

L’accès à l’observatoire Sky Costanera est facturé 15 000 pesos (30$ CA), c’est cher, mais le point de vue à 360º est imprenable. Et à ce prix là, on est assuré de ne pas se taper la foule trépignante des grands jours. 

Seuls quelques rubans blancs timides se promènent dans l’azur, et si j’en crois la promotion, la vue porte à 50 kilomètres. De fait, on voit très bien décoller les avions de l’aéroport, qui n’est finalement qu’à une vingtaine de kilomètres à vol d’oiseau. 

Santiago, Chile, Chili, Gran Torre, Costanera
Au-dessus de l’étage d’observation, on accède à la terrasse ceinte d’immenses vitres qui permettent vraiment de se prendre pour un oiseau. Nous admirons le paysage pendant de longues minutes et nous délectons du spectacle de cette magnifique ville aux pieds de la cordillère des Andes. 

Finalement, nous regagnons le plancher des vaches et allons fréquenter les magasins du grand centre commercial Costanera Center. 

Encore une fois nous repartons bredouilles. Force est de constater que nos erreurs passées se reproduisent, comme un éternel Jour de la marmotte, mais sans en tirer le moindre apprentissage. À notre décharge, nous sommes en pleine saison automne-hiver et notre hiver devrait se terminer bientôt. 
Je trouverais quand même avec une paire de chaussures. Pour le boulot… Drôle de souvenir ! 

Pleins de volonté, nous commençons à prendre le chemin du retour en passant par les rues encombrées de piétons en cette fin de journée de travail. Mais, épuisés par des heures de marche sous le soleil, nous finirons notre périple dans un wagon de métro. 
Nous aurons droit, encore une fois, à des avertissements concernant les nombreux pickpockets qui sévissent dans les entrailles de Santiago. 

Nous leur répondons gentiment que nous sommes allé à Valparaíso, ce qui fait rapidement relativiser la dangerosité de la capitale. Et au vu de la réaction des gens, j’ai l’impression d’être le survivant d’un des coins les plus dangereux de la planète.

Santiago, Chile, Chili, Gran Torre, Costanera, Cerro San Cristobal


Vendredi 3 mars – La Serena - Coquimbo

La Serena - Chili - Amérique du Sud - Voyage
Ce matin, après un petit-déjeuner aussi généreux que servi avec amour à la table commune du El Arbol, nous partons en ville pour réserver une excursion dans la vallée de Elqui. 

Quelques agences se partagent le gâteau, nous en choisissons une qui porte un nom aussi engageant que vendeur : Ecoturismo. Je me demande ce qui va se vendre sous ce joli nom prometteur… 

Plage de La Serena - Chili - Amérique du Sud - VoyageEnsuite, direction le plein ouest vers la plage. 
Des plages plutôt, qui s’étirent sur 20 kilomètres entre Punta Teatinos au nord de la Serena, jusqu’à Coquimbo au sud. 

La Serena se trouve pile au milieu, et quand il fait beau et chaud, il doit y avoir l’embarras du choix pour s’étendre sur le sable. 
Aujourd’hui, le choix est encore plus vaste, il vente et il fait frais sous le ciel gris et triste. Mais la promenade, le nez au vent du large est un bonheur. 

Des restaurant, des bars, un casino et tout un tas d’agrès de gymnastique sont posés tout au long du front de mer. 
Les vagues, encore très en forme après leur traversée du Pacifique de quelque 12 000 kilomètres, viennent enfin se reposer sur le sable. 

Plage de La Serena - Chili - Amérique du Sud - Voyage
La baignade est fortement déconseillée, de toute façon, rien n’invite à tremper plus que quelques orteils dans cette eau frisquette et tumultueuse. 

Dans l’après-midi, nous partons à Coquimbo en autobus. Une navette fait des allers-retours entre La Serena et Coquimbo pour quelques maigres pesetas, pourquoi s’en priver ? 

Port de Coquimbo - Chili - Amérique du Sud - VoyageDéposés près du port, nous profitons de cette fin de journée où le soleil et la chaleur ont décidé de faire leur grand retour pour flâner entre les étals des pêcheurs. 

Coquimbo est une ville portuaire longtemps éclipsée par sa voisine plus chic. 
Sur la colline, l’immense et futuriste Croix du Troisième Millénaire veille, du haut de ses 93 mètres, sur la ville de 240 000 âmes. 

Coquimbo vient du quechua ‘’eaux tranquilles’’, et en ce vendredi après-midi, il n’y a pas que les eaux qui soient tranquilles, mais toute la ville.

Barrio Ingles - Coquimbo - Chili - Voyage
Le Barrio Inglés est devenu le quartier branché du coin avec ses restaurants et ses bars tendance. On peut facilement y passer une très belle soirée en faisant quelques pauses bien méritées. 

Les maisons coloniales du XIXe siècle, sont bien restaurées et quelques mannequins endimanchés occupent des balcons donnant l’illusion que tout le quartier est resté figé dans le temps. 

 Coquimbo - Chili - Voyage
À partir du secteur relativement plat du port, des ruelles zigzaguent sur le flanc de la colline pour rejoindre les quartiers haut perchés. 

Point de vue exceptionnel, d’où la vue sur le port et toute la baie est incroyable. 

Dernier tour dans les rues, et sur le port, petits pas perdus en flânerie alors que le jour va se lever ailleurs avant de monter dans un collectivo pour rentrer à la Serena.


Fresque - Coquimbo - Chili - VoyageBarrio Ingles - Coquimbo - Chili - Voyage
Fresque - La Serena - Chili - VoyageBarrio Ingles - Coquimbo - Chili - Voyage



Samedi 18 février – Bariloche

Ce matin, j’ai fini par craquer et réserver un vol de Santiago à Antofagasta. Il y avait bien des avions pour Atacama, mais il aurait fallu se départir d’un rein et d’un autre organe.
Finalement, avec ces options, nous échapperons à 24 heures de bus pour 2 heures de vol, puis à 5 heures de bus. Le décollage est prévu mardi matin, ce qui nous laisse une belle journée pour nous reposer à Santiago. 

En attendant, le vent a chassé les nuages et le soleil est revenu. Au-dessus de nos têtes, c’est le branle-bas de combat. Les nuages filent comme des troupeaux de chevaux fous, c’est la cavalcade cotonneuse sur fond de ciel bleu. 

La température a drastiquement chuté et le joli lac où je me suis baigné il y a quatre jours est en état de choc. Les vagues, furieuses de ne trouver aucun vaste océan à parcourir, se fracassent contre les rochers de la jetée et font rouler les galets de la plage. 
Pas de baignade aujourd’hui… 

Je trouve enfin ma calebasse à maté chez un vendeur spécialisé. J’en avais vu de magnifiques, gravées par des artisans poilus, mais mon principal défaut m’a encore fait rater cet achat. 
Je vais bien finir par apprendre que repousser l’achat d’un souvenir fini invariablement par me le faire perdre. J’en ai fait les frais lors de notre dernier voyage au Myanmar et ne m’en suis toujours pas remis. J’ai hâte de vieillir pour apprendre de mes erreurs. 
En attendant, cette calabaza est magnifique et à la taille exacte de mes vœux. 

Après quelques détours dans les rues et ruelles de ce petit village aux relents helvétiques du sud de l’Argentine, nous allons nous délecter d’une platée de pâtes dans la succursale italianisante de monsieur Boliche. 

Nous poursuivons nos déambulations et assouvissons notre gourmandise chez l’un ou l’autre des nombreux chocolatiers du bourg. Quelques vitrines de petits artisans nous laissent admirer leur travail. 

Une fine couche de chocolat est déposée sur un marbre, puis, à l’aide d’une spatule, l’artisan racle rapidement le chocolat en formant une dentelle délicate et gourmande. 
Au fur et à mesure de notre promenade, les kilos virtuels s’accumulent, nous ferons en sorte que cette virtualité devienne réelle et dévaliseront quelques étagères chez Mamushka, Rapa Nui, Frantom, et autres pourvoyeurs de bonheur cacaoté. 

Nous découvrons un concurrent sérieux au biscuit alfajores, une tablette de chocolat noir fourrée de dulce de leche. Du concentré de plaisir ! 

La journée se terminera devant quelques excellentes bières au bar Manush et un souper mexicain assez moyen au El Mexicano.

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Vendredi 17 février – Retour à Bariloche


J’ai passé une partie de la nuit à chercher des billets de bus et des correspondances pour monter à San Pedro de Atacama au Chili. Des heures de sommeil perdues et ma patience mise à rude épreuve. Las de mes échecs, j’ai décidé de lâcher mon clavier et rejoindre le fiston d’Hypnos.

Ce matin, il fait grand soleil, mais il est illusion, la pluie va arriver, et, comme nous l’apprendrons plus tard, s’est durablement installée dans la grande banlieue patagonne. 

Nous avons encore du temps pour faire une dernière visite gourmande en ville. Notre avion décolle à 17h15 et notre transfert vers l’aéroport est prévu deux heures avant. 

Nous découvrons une spécialité gourmande très répandue en Amérique latine, le fameux alfajores. Une sacrée chance que nous n’ayons pas connu cette douceur plus tôt, nous en aurions fait notre quotidien. Ceux que nous achetons chez Elisa sont composés de deux biscuits sablés, entre lesquels se cache une couche de dulce de leche, et le tout est enrobé de chocolat. De la décadence en petits sacs. 

Nous parcourons une toute dernière fois la petite ville. Passons devant les boutiques de souvenirs, les devantures offrant excursions et aventures glaciaires, les restaurants où des agneaux gravitent autour d'un brasier rougeoyant, des étagères remplies de liqueurs et confitures à base de calafate, d’immenses et odorants bouquets, que dis-je, bosquets de lavande, saluons le buste de Señor Moreno, admirons quelques terrasses de bars et cafés au mobilier coloré, surprenons une Barbie-campeuse à la mine réjouie, à moitié vêtue d’une robe de bal et surgissant d’une tente, et terminons notre séjour à El Calafate devant une dernière mousse à La Zorra. 


Dans le petit hall d’accueil de l’hôtel, sous les drapeaux de la planète, nous attendons notre transfert vers l’aéroport. Presque à l’heure dite, nous montons dans le minibus et roulons à travers les landes infinies vers notre avion qui nous ramènera un peu plus au nord. 

Un siège devant nous une touriste mange des Pringles. Hormis le fait que cette simili chips m’écœure, je lui préfère nettement les vraies croustilles et pas ces succédanés de purée écrasée et cuite, je suis abasourdi par sa façon de déguster la chose. 
Il lui faut pas moins de quatre bouchées pour venir à bout du Pringle qui a d’abord été longuement examiné. J’ai fait quelques recherches… 
Les Pringles se composent de seulement 42% de patates, on y ajoute de l’huile, de la graisse, de la farine de riz, de l’amidon de blé, une pincée de maltodextrine, un émulsifiant et du sel. 
D’après mes études très poussée, une chips pèse 1,77 grammes. La demoiselle enfourne donc 0,44 grammes par croquage ! Je dois absolument regarder ailleurs. 

Enfin nous arrivons devant le hall des départs, qui est aussi celui des arrivées, et nous mettons en file pour passer l’enregistrement. Tiens, personne ne nous a fait payer le bus. 
Nous ne saurons jamais si le prix est inclus dans celui de l’avion ou si nous avons profité d’un moment d’inattention. 

Le spectaculaire paysage défile à travers le hublot. Je ne me lasse pas de saturer mes yeux de la beauté de ces terres sauvages. Un immense sentiment de liberté souffle sur cette lointaine Patagonie, j’ai déjà très envie d’y revenir. 

Mais le pilote en a décidé autrement, et, longeant la cordillère sur notre gauche, nous arrivons rapidement en vue du grand lac Nahuel Huapi. La couverture nuageuse fait bondir le coucou qui pointe le bout de son nez vers la piste. L’atterrissage est rapide, le freinage intense, la ceinture bien bouclée nous évite de nous retrouver sur les genoux du pilote, nous sommes arrivés à Bariloche. 

Nous récupérons nos sacs, sautons dans un taxi pour la station des bus afin d’acheter nos billets en direction d’Osorno au Chili ce dimanche. 
Impossible par contre d’acheter les billets pour Santiago, nous sommes obligés d’attendre d’arriver à Osorno pour faire ces achats. Même via Internet, le payement est refusé, pourtant tout est fait pour que ça fonctionne en ligne, mais au moment de valider, invariablement, le mot error apparaît. Il est grand le mystère d'Interneeeeet !

À notre arrivée à l’hôtel, la réceptionniste, qui parle très vite, me confirme que les deux nuits annulées seront bien remboursées. Nous laissons nos sacs et partons tout de suite nous balader en ville. 

Le vent très fort et la pluie qui commence à envahir le paysage mettent un terme à cette journée que nous concluerons à l’excellente table de chez El Boliche, devant quelques pièces de viande tendres et parfaitement cuites.

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Mardi 14 février – El Calafate

La fête des amoureux, c’est tout le temps, mais nous allons quand même souligner ce jour en nous offrant une virée encore plus au sud. J’ai l’impression que depuis deux semaines, nous ne faisons qu’être plus au sud du sud tous les jours. Ce pays n’est-il donc qu’un sud sans fin ?

Et puisque le temps nous est compté, nous avons opté pour un vol vers El Calafate, 1300 kilomètres au sud de Bariloche. Nous avions bien sur l’option plus économique de prendre le bus pendant 24 heures, mais à bord de notre aéroplane, nous rejoindrons la ville en 1 heure 45. Et puis le paysage est tellement beau vu d’en haut !

Nous avalons rapidement quelques brioches dans la salle à manger avant d’attraper un taxi au bord de la route. Le transfert en bus est long et ne passe pas assez régulièrement pour que nous soyons à l’heure à l’aéroport qui se situe à une quinzaine de kilomètres de la ville. Le chauffeur a une immense route vide devant lui et fonce tête baissée vers la zone d’embarquement.

Finalement, nous avons largement le temps de visiter la salle déserte avant de nous enregistrer et de monter à bord du Boeing 737.
Les Andes à droite, les plaines sans fin à gauche et partout autour un paysage désertique.

Quelques lacs céruléens ponctuent la lande infinie, les azurs clairs cèdent la place à des bleus laiteux, taches colorées perdues au milieu du beige ennuyant du désert. Si d’aucuns sont intéressés de savoir d’où viennent ces couleurs irréelles, il suffira de lire la journée du mercredi…

À 11 heures 10 notre avion se pose sur le tarmac de l’aéroport d’El Calafate. La température a chuté, mais le ciel est dégagé et le vent, si fameux dans cette région du monde semble au repos aujourd'hui.

Nous attendons que le van de VES se remplisse. Moins cher que le taxi, il est l’équivalent du Transvip chilien, un bon compromis entre le bus et le taxi. Après avoir croisé deux nandous, des tonnes de lapins sauvages, quelques renards, nous arrivons dans les faubourgs de la petite ville patagonne. Le chauffeur dépose les touristes à leurs hôtels respectifs.
Nous débarquons les derniers à l’Hostel del Glaciar Pioneros, un genre d’auberge de jeunesse avec ambiance festive, grands espaces communs, mais au prix d’un vrai hôtel, à la hauteur de la situation géographique. 

Il faut compter au moins 70$ pour une chambre double, le petit-déjeuner, sous forme de buffet, est inclus. Il y a bien sûr des lits (23$) proposés en dortoir, mais nous laissons ces places aux backpackers désargentés, tourdumondistes au budget serré et autres jeunesses en quête de communauté de voyageurs.
La bonne humeur et l’accueil agréable, et en français, sont appréciés, la chambre très confortable, je profite de la disponibilité pour réserver une nuit supplémentaire. Par contre ensuite, tout est complet. 

Ce week-end, c’est le début de la Fiesta del Lago, et tous les humains des immenses alentours se dirigent inexorablement vers les lumières festives d'El Calafate. Nous sommes tombés sur la seule fin de semaine où il sera absolument impossible de trouver un lit dans n’importe quel hôtel, B&B, AirBnB, Camping, auberge, ou même coin de trottoir à l’abri de la pluie… Ou alors à des prix complètement délirants.

El Calafate est officiellement fondée aux alentours de 1927 au milieu d’un grand désert bordé du lac Argentino, le plus grand des lacs de Patagonie. Environ 17 000 personnes habitent la ville en permanence, les touristes doublent, voire triplent la population locale lors de la belle saison et de la fameuse Fiesta.
Le calafate est un buisson épineux du sud de la Patagonie dont les baies, qui ressemblent à des bleuets, sont comestibles et on les trouve en abondance dans les desserts, confitures et glaces vendus en ville.

La ville est la porte d’entrée du parc national Los Glaciares, et de son réputé glacier Perito Moreno. 

Notre projet de demeurer un peu plus longtemps ici tombe à l’eau aussi sûrement que la pluie qui s’invite dans les prochains jours. 
Notre expédition dans le parc du mont Fitz Roy que nous avions prévu à partir d'El Chaltén, un petit village au nord, est également compromise. Aucune chambre n’est disponible et tout est très cher. En plus, les prévisions météo sont très pessimistes.

Mais là, tout de suite, il fait beau et nous voulons en profiter avant que les nuages ne s’amoncellent au-dessus de notre bonne humeur. La Zorra, un joli resto/bar nous ouvre ses portes et ses pintes de bière maison, l’accueil est à la hauteur des conditions rudes du pays, généreux et souriant.

Confiants, nous allons parcourir toute la ville à la recherche d’une chambre. De rues, en ruelles, en venelles, en hôtels, auberges, piaules, nous repartons bredouilles à chaque fois. Une seule demoiselle nous dit que peut-être, incidemment, possiblement, mais c’est loin d’être certain, une chambre pourrait éventuellement se libérer vendredi. Il faudrait repasser à ce moment-là. 
Houla, il y a bien trop d’incertitudes et nous n’avons pas le temps de vivre avec des hypothèses. On verra ça demain.

Cette promenade nous a permis de constater que El Calafate est la capitale de la lavande. Les buissons odorants embaument l’air, partout les jolies fleurs bleues explosent de parfums, les bouquets sont des bosquets devant les maisons, hormis la température un peu fraîche, on se croirait dans un grand champ provençal. 

Des couples d’ibis à face noire, aimables oiseaux aux grands becs recourbés, cherchent leur pitance dans les pelouses et se content fleurette en poussant quelques cris assez peu mélodieux, coincés quelque part entre le canard et la roue de vélo mal huilée.

À la station-service, des motards sérieusement équipés pour l’aventure remplissent les réservoirs de leurs BMW. Pneus de rechange, équipement complet pour vivre plusieurs jours en autonomie, ces fanatiques de la fameuse Ruta 40, une balade de santé de 5 000 km, qui débute (ou termine) à la frontière bolivienne au nord, font une escale avant la dernière ligne droite pleine de virages qui les mènera à Rio Gallegos aux confins des côtes de l’océan Atlantique.


Nous partons ensuite à la découverte de la Reserva Laguna Nimez, un site protégé au nord de la ville où de nombreux oiseaux ont élu domicile.
Nous nous acquittons de la petite obole demandée à l’entrée, et, munis du plan du site illustré de quelques photos des animaux les plus communs, nous parcourons le doux sentier entre terre et lagune.

Tout est serein, la tourbe est douce sous nos pas, le vent est faible et le ciel change toutes les deux secondes. Au loin, les sommets de la cordillère des Andes dominent majestueusement le paysage.

Les pics enneigés, les nuages et le ciel se reflètent dans le miroir parfait des eaux de la lagune. Le vrombissement de quelques bourdons lestés de pollen se perd dans les buissons en fleur

Nous nous prenons rapidement au jeu d’ornithologues amateurs et nous déplaçons en silence et en prenant mille précautions pour ne pas effrayer la faune aviaire. 
Ici, une Annumbi alouette, perchée au faîte d’un arbre ; là, un canard au bec bleu, l’érismature des Andes ; le bruant chingolo que j’aurais appelé plus simplement un moineau ; plus loin, plusieurs Caracara chimango, un petit faucon dont plusieurs jeunes sont encore un peu étonnés de porter des ailes et de leurs premiers vols.


Nous n’avons jamais vu et ne connaissons bien sûr aucune de ces bestioles, mais le cadre et la sérénité de l’endroit en font un lieu idéal pour se pencher un peu sur le sujet. Le sentier serpente entre les talles de pâquerettes, le soleil va et vient derrière quelque rares nuages, il fait bon se promener dans ce lointain sud patagon.

De l’autre côté de la dune, l’immense lago Argentino étend ses eaux bleues laiteuses que ponctuent de leurs couleurs éclatantes quelques flamants roses. Nous avons la chance d’admirer un couple de Coscorobas blancs, des palmipèdes magnifiques au bec rouge qui n’ont pas su trouver leur place entre le cygne et l’oie. 

De colossales Ouettes de Magellan déambulent paisiblement entre les plantes rabougries, des vanneaux téro gambadent sur la plage et s’envolent rapidement au moindre doute. Les flamants roses sont trop loin, inutile de leur courir après.

Nous repassons le petit cordon dunaire et terminons cette promenade entre les milliers de fleurs qui tapissent le sol et le marais où s’ébroue une foulque noiraude au bec jaune vif. C’est un vrai bonheur de découvrir toute cette faune, nous n’avons même plus à nous forcer pour ressembler à de vrais ornithologues.


En reprenant le chemin de notre hôtel, nous tentons encore de croire qu’une chambre puisse s’être libérée. Mais au cours de la journée de très nombreux festivaliers sont arrivés, et il est illusoire d’espérer. Têtus, nous faisons quand même quelques portes avant de nous résigner et de décider que nous quitterons El Calafate plus tôt que prévu.

Complètement vidés par une journée où nous avons battu tous les records de marche, nous regagnons notre chambre. Il est tard, nous souperons avec quelques biscuits secs, le moral est un peu en berne.



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