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Vendredi 15 janvier – Koh Lanta à Chiang Mai – On perd un voyageur et 20 degrés

Mauvaise nouvelle. 
Réjean est absolument incapable du moindre mouvement. Il ne peut pas mettre un pied devant l'autre et décide de passer quelques jours pour se rétablir. Il nous rejoindra à Chiang Mai dans quelques jours. 

Aux alentours de midi, nous attendons notre transfert vers le quai de Saladan. Nous montons avec la patronne qui doit aller faire des commissions au bourg et laissons, le cœur gros, notre ami à son sort. 

Le bordel est pogné sur le quai, mais notre bateau n'est pas annoncé, nous avons le temps de nous tirer une chaise en plastique et d'avaler un riz frit. 

Le Ao Nang Princess accoste et les gens sont des animaux. À vouloir monter trop vite, ils en oublient de laisser descendre ceux qui arrivent. De toute façon, ce n'est même pas notre bateau, il faut laisser embarquer tout le monde, traverser le pont et descendre dans le speed-boat amarré de l'autre côté. 
C'est spartiate, peu spacieux, et la mousse de notre banquette est imbibée d'eau. Nous le constaterons à l'arrivée, le short trempé comme si notre couche avait débordé. 
Le bateau mérite son qualificatif de rapide, ses trois énormes moteurs hors-bord de 225 chevaux sauvages chaque, emplissent la cabine de leur hurlement. Nulle discussion possible dans cet espace ouvert au vent du large. 
En exactement 1 heure, nous accostons à couple d'un autre bateau au petit quai de Had Nopparatthara à Ao Nang et montons dans le minibus en direction de l'aéroport. 
C'est maintenant que je me rends compte que mon short beige est trempé, je ne ferais pas de comédie dramatique comme les Italiens devant nous et me contenterais d'en rire en marchant de reculons, fesses au vent, pour le faire sécher. 

Il est encore très tôt lorsque nous arrivons à l'aéroport de Krabi, les kiosques d'Air Asia pour Chiang Mai sont encore fermés pour au moins deux heures. 
Nous allons donc manger dans un chouette restaurant au niveau des pistes, ça change des soupes déshydratées vendues dans la zone d'embarquement. 

Enfin, il est l'heure d'enregistrer nos bagages. Nous expliquons à l’hôtesse que l'un des voyageurs ne sera pas du vol et qu'elle peut annuler son billet. Ceci fait, nous passons au contrôle des bagages et allons patienter quelques heures de plus dans la salle d'embarquement. 

Le ciel s'assombrit, les nuages noirs deviennent menaçants, les éclairs transpercent les ténèbres, la foudre tonne et roule de plus en plus proche de la piste de décollage. 
André n'en mène pas large et blêmit à chaque flash, je tente de le rassurer en lui disant que l'orage va passer avant que nous décollions et que les avions sont de toute façon conçus pour supporter ce genre de phénomène climatique. 
Hein, c'est vrai ? 
De toute façon il faut y aller, les autres passagers sont déjà en ligne devant les patientes hôtesses. Je sors les boarding pass et me rends compte qu'il manque celui d'André ! Misère… 
En nous enregistrant, la jeune fille a fait une erreur et a oublié de valider le billet d'André sans doute pensant qu'il était Réjean, mais en validant 2 bagages pour Robin qui n'en a qu'un et que de toute façon nous n'avons droit qu'à un bagage en soute, et inversement. 
En tout cas, ça a l'air aussi compliqué que ça. 

Être plus blanc que blême ça existe, je l'ai en face de moi… Gardant notre sérénité, nous attendons que les demoiselles passent leurs appels et valident la place déjà achetée. Finalement, 5 minutes peuvent paraître très longues dans ce genre de situation, mais tout s'arrange avec le sourire et nous pouvons prendre place dans la cabine. 

Une jeune fille change de place avec ses copines, nous avons 3 sièges avec vue sur de gros nuages noir pleins de tension électrique. Je ferme discrètement le rideau et assure à mon fantôme que tout va bien et que l'orage est dernière nous. En vérité, il a fait demi-tour, et après le décollage nous secouera pendant une trentaine de minutes, histoire de nous faire sentir bien vivants. 

Une heure 45 plus tard, nous atterrissons tranquillement à Chiang Mai en ayant perdu une vingtaine de degrés au passage. L'air est respirable, il fait frais, la nuit est claire et le taxi nous emporte pour 150B vers le White Houste Guesthouse où j'ai réservé nos 3 nuits. L'aéroport est vraiment à coté de la ville, il nous faut à peine 10 minutes pour arriver au grand portail vert qui n'a pas changé depuis 2002 et ma première visite. 

Un peu désuet, mais très central et calme, le White House a été racheté par un Suisse et affiche fièrement ICI ON PARLE AUSSI FRANÇAIS. 
Ce qui lui vaut nombre de demandes de renseignements de la part des touristes francophones. Les chambres avec climatisation sont louées 500B, celles avec ventilateur 350B, inutile de préciser que la clim est totalement inutile en ces fraîches contrées. 
Évidemment, à ce prix là il ne faut pas s'attendre à du grand luxe. Les peintures sont fatiguées, les salles de bains sommaires, mais c'est propre, les lits sont confortables et l'accueil chaleureux. 

La journée a été très longue. Nous prenons un repas léger et une dernière bière, en souhaitant le rétablissement rapide de notre ami Réjean.

Points d'intérêts Chiang et alentours

Détails centre historique



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Lundi 3 février – Krabi-Bangkok


Dernier réveil dans le sud de la Thaïlande et épilogue d'une première partie de voyage.

Si la côte et les îles de Krabi n'ont rien à voir avec la déchéance putanesque de Phuket, il reste quand même quelques endroits où le touriste est roi. Ao Nang en fait partie avec son front de mer vomissant des ivrognes de leurs bars à entraîneuses, ses indécents seins nus se balançant au grès des âges ou pas du tout grâce aux pouvoirs anti-gravitationnels du silicone, ses je-fais-ce-que-je-veux-j'ai-payé, et de toute la lie que la société de surconsommation peut produire.
div style="font-style: normal; font-weight: normal; margin-bottom: 0cm;"> Heureusement ce genre de faune ne s'éloigne jamais bien longtemps du troupeau avec lequel elle migre. Un peu comme si, éloigné de la meute, homo touristicus ne pouvait survivre.
Alors il suffit de prendre le large, éviter les sites trop réputés comme Koh Phi Phi et aller à la rencontre des habitants. Les Thaïs ont perdus leur sourire légendaire dans ce magnifique sud, mais il revient instantanément en échange du votre et lorsqu'ils se rendent compte que votre attitude est plus respectueuse que condescendante.

Ao Nang et Krabi restent quand même des villes incontournables si on veut visiter Railay, et d'un petit coup de poignet sur les gaz, on s'échappe rapidement.


Koh Lanta a été notre coup de cœur. Une grande île où 10 jours passent rapidement, peu de choses à visiter, mais beaucoup à faire. Une population amicale et chaleureuse, oui gensses du pays, même avec un voile sur la tête ! Des plages pour tous et une différente chaque jour.

Farniente, scooter, hamac, baignade, randonnées, jus de fruits, bars reggae, petites gargotes , restos plus chics, plongée sous-marine, name it ! Les accros de musique, danse du feu et champignons hallucinogènes y trouveront aussi leur bonheur, mais dans leur réserve.

Maintenant, il es temps de passer à autre chose.



J'ai réussi à négocier un prix avec le frère du gérant du motel pour nous emmener à l'aéroport Pour 200B de moins que ce que nous proposait l'agence et surtout cela va nous éviter de prendre un transport jusqu'à Ao Nang et de là attraper le bus qui dessert l'aéroport en plus d'une heure. En à peine vingt minute notre silencieux chauffeur va nous mener à destination, passage des bagages dans la machine à rayons X, enregistrement, tout va très vite. À 13h35 nous décollons pour Bangkok accompagné de quelques rastapoils qui doivent avoir hâte de se laver. Ou pas.


Great Residence
De l'aéroport de Don Muang où nous atterrissons à celui de Suvarnabhumi où nous allons prendre la navette de l'hôtel il y a le taxi, mais surtout il y a le bus gratuit. Sur présentation de la carte d'embarquement d'Air Asia nous pouvons accéder à ce transport très pratique et en quelques 45 minutes nous arrivons au gigantesque aéroport international qui porte un nom difficile à prononcer. Nous cherchons pendant de longues minutes la pancarte du Queen's Garden où j'ai réservé, mais c'est un jeune homme du Great Residencehttp://www.greatresidencehotel.com/ qui vient nous trouver. Le Queen's n'existe plus. La Reine est morte vive la Résidence !

Une chambre confortable, une piscine invitante mais infestée de moustiques, un quartier plutôt désert, mais une carte de resto très correcte. Un hôtel juste pratique car à seulement 10 minutes de l'aéroport, ce qui est parfait pour des transferts entre deux vols.

On se retrouve au Sri Lanka ?

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Vendredi 31 janvier – Ambivalence des sentiments pour Railay

Avant d'attraper les pires infections respiratoires que cette salle de bain au plafond troué et recouvert de mousse verdâtre va certainement nous transmettre, la première action de la journée est de tirer le jeune gérant de sa paillasse et de lui demander la clé d'une autre chambre. 
Nous tombons bien, pas de bruit, pas de moisissures, nous ne verrons qu'un peu plus tard que le pommeau de douche ne tient que par l'esprit sanctifié de Bouddha.

Comme promis par notre cher Tour Operator, le quai d'embarquement pour les plages de Railay ne sont qu'à quelques pas de notre logis. Détail que nous apprécierons grandement ce soir...

Nous payons les 80B pour le transport et trempons avec dégoût nos pieds dans une eau glauque et graisseuse avant de monter sur ce long tail boat. 
Un bateau longue-queue est une invention typiquement thaïe, un moteur souvent énorme, capable de faire décoller un jet, invariablement assourdissant, un interminable arbre de transmission et au bout une hélice qui se promène au gré des commandes du pilote. Ça demande beaucoup de force, des tympans en téflon et une dextérité sans pareil sous peine de décapitations en série. Il y a quelques années lors d'un visa run à la frontière birmane, j'avais moi-même fait les frais d'un pilote débutant et n'ai dû ma survie qu'à un réflexe que je n'explique que par une intervention divine ! 

Une fois le quota de passagers atteint, le pilote met le cap sur le bout de cette péninsule inaccessible par la route. Nous arrivons sur la côte Est et commençons tout de suite la découverte de ce que beaucoup surnomme une Merveille du monde.
Les premiers hôtels sont beaux, des chaises longues sont alignées comme à la parade, les riches touristes sont heureux de ne pas être trop dépaysés, ils sont entassés et déjà à l'ombre.

Nous empruntons le sentier qui part vers la plage de Phra Nang, que d'aucun considère comme une des plus belles plages du monde. D'aucun devrait un peu plus voyager, car si cette plage est belle, elle ne remporte pas tous mes suffrages. C'est noir de monde, des touristes en goguette se bousculent pour quelques centimètres carrés de sable, ils s'entassent comme des sardines dans une boite de la Belle-Îloise. 
Tient en passant si un jour vous avez l'occasion de goûter à leurs sardines, garochez-vous, c'est du pur bonheur !

Ça sent l'huile de coco, la cigarette et le pot d'échappement, car c'est un des lieux desservis pas les long-tails. C'est un ballet incessant de shorts à fleurs et de parents stressés par leurs enfants surexcités dans un vacarme de tous les diables. Les speed-boats des grands hôtels se joignent à la cohue, je n'y voit absolument aucune magie. Désolé d'avoir gâché votre carte postale...

Mais en revenant après 16 heures, alors que la grande majorité du tourisme de masse est repartie vers leurs hôtels aseptisés respectifs, la magie opère. Le soleil qui commence à tutoyer l'horizon apporte des couleurs chaudes et dorées aux stalactites qui frôlent les flots, la plage a retrouvé son calme et sa beauté hallucinante. Je me sens mieux de pouvoir modérer mes premières impressions.

Par contre j'ai beaucoup aimé la grotte de Phra Nang, la grotte de la Princesse Sainte. Cette jeune princesse indienne n'eut guère de chance, car sa barque toute royale qu'elle fût, fit naufrage et la belle, n'ayant jamais appris à nager coula à pic. Comme elle était belle et de sang royal, son esprit vint se réfugier dans la grotte de cette falaise, ce qui ne serait jamais arrivé à une simple roturière croyez-moi. 
Le mysticisme exalté des pêcheurs thaïlandais eu tôt fait d'y coller des pouvoirs surnaturels et leurs vœux furent exaucés pour peu que des hommages soient rendus.
Je ne sais pas du tout quel est le lien entre une pêche abondante et un phallus/pénis/verge/zizi/bite/zoune sculpté, en bois, plastique, peint, nature voire même en photo, mais de voir la réaction des enfants vaut tous les voyages ! 
Comme vous l'avez compris, cette grotte est remplie de pénis de toutes formes et de toutes tailles, je n'oserais faire la corrélation de ce rituel avec le nom bien à propos des bateaux desdits pêcheurs.

Revenant sur nos pas j'aperçois une discrète pancarte indiquant Lagoon-View Point. 
Une corde pend au milieu de rochers affleurant une terre rouge et glissante. Heureusement tout est sec sinon il eut été impossible de franchir les premiers centimètres. Armés de nos Birkenstock nous commençons l'escalade, c'est un peu plus ardu que ce à quoi je m'attendais, mais devant nous deux mamouchkas semblent donner tout ce qu'elles ont dans les tripes, impossible de renoncer sans se faire moquer par la colonie russe qui a envahie le site. Autant j'avais l'impression que Koh Lanta était devenu un de nos nouveau DOM/TOM tant il y avait de Français, autant les poubelles de Railay débordent de bouteilles de vodka.

Il fait chaud, nous sommes en sandales, et les plages sont juste en dessous, mais qu'est-ce qu'on fait là ?
L'arrivée au point de vue se fait finalement assez aisément, la vue est belle et englobe les plages Est et Ouest du haut de cette verticalité où il est bien indiqué que le base jumping est strictement interdit.

Nous cherchons maintenant à atteindre ce fameux lagon. Les sentiers partent un peu dans tous les sens et plus aucun panneau n'indique une quelconque direction. Je prend la décision de suivre le mauvais chemin, mais heureusement un randonneur a fait demi tour après une bonne marche à travers une jungle touffue. Finalement nous croisons une dame passablement dépitée par ce lagon qu'elle n'a pas vu car c'est trop dangereux, et qu'elle n'a pas les bonnes chaussures. Comme nous...

Mais c'est sans compter sur la qualité des sandales allemandes et de la détermination d'un Alsacien et d'un Québécois qui refusent de faire demi-tour après tous ces efforts.
Descentes vertigineuses, sandales coincés dans les rochers, mains glissants sur des cordes lisses, perte d'équilibre et glissades contrôlées, pour enfin arriver aux derniers obstacles. Les prises dans la roche sont parfaites, ce n'est pas pour rien que les falaises de Railay sont unanimement convoités par tous les varappeurs qui y trouvent tous leur compte. Les deux derniers à-pics sont franchis et je me retrouve devant un lac dans lequel je ne me baignerait pas, mais qui dégage une lumière et une sérénité qui font oublier tous ces efforts. 
Une espèce de cratère de volcan plein d'eau glauque, moi qui m'attendait plutôt à un décor digne de ce film fantasme des années 80 et de couleur bleue...
Une grosse balade qui évite de rencontrer tout un tas de monde et qui vaut vraiment le coup, il faut quand même avoir le pied sûr et la cuisse alerte.
Nous redescendons avec précaution, il s'agirait pas de se vautrer, car je me demande bien qui viendra nous chercher dans ce dédale de branches.

Enfin nous sommes de retour sur la terre ferme et rejoignons la côte Est, il est temps d'avaler un bon repas. Ça tombe bien, Railay c'est plein de restos et d'hôtels chics, nous profiterons d'un spécial qui fera parfaitement notre affaire. Nous sommes complètement accros au Som Tham, la salade de papaye verte, et aujourd'hui elle est servie avec du riz gluant et une cuisse de poulet grillée à point. Arrosé d'un jus de pastèque et citron vert, c'est du gros bonheur !

Sans attendre que nos muscles refroidissent, nous traversons la péninsule en direction de la plage Ouest. Un peu moins de monde car la plage est plus grande, mais nous ne sommes pas encore prêt à nous poser. Un autre sentier grimpe à travers les hurlements des singes pour rejoindre la plage de Ton Sai. Les primates sont là au milieu du chemin, pas du tout effrayés de nous voir et s’enhardissant même à nous approcher de trop près.
Y a des limites à la fraternité, mais ils sont tellement cuuuuuute.

Ton Sai, le repaire des rastapoils ! Si Bob Marley ne nous avait pas fait l'honneur de son passage sur Terre, 90% des bars thaïlandais n'aurait aucune raison d'exister. Les couleurs de la Jamaïque flottent à tous les vents, le célèbre rasta barbu  et son compagnon Ernesto Guevara sont partout, les feuilles de Marie-Jeanne décorent toutes les devantures et les magic shakes aux champignons hallucinogènes sont boissons traditionnelles...
Pour vivre à Ton Sai il faut avoir une guitare ou ressembler à quelqu'un qui a une guitare, avoir des tatoos dans le cou, des piercings, des cheveux longs et sales voire des dreads, s'habiller en chiffons et avoir un sourire béat sous un regard hagard. 
L'avantage c'est qu'ici on trouve de tout pour vraiment pas cher et que l'ambiance est bon enfant et ça change des fesses-cousues de l'autre bord.

Nous louons un kayak et partons découvrir ces îles champignons dont la marée basse commence à faire ressortir ces profils si particuliers.
Les gènes de mon compagnon coureur des bois doivent avoir raté la partie ''découverte du Bas-Canada'', portages et compagnie, mais il finira par prendre le rythme et cesser de m'arroser à chaque coup de pagaie. 
Pendant trois heures nous voguons entre les îlots et les micro-plages qui commencent à apparaître dans l'encoignure de quelques baies invisibles à marée haute.

Les plages commencent à se vider de leur trop-plein de touristes et le ballet des bateaux est intense. Heureusement les pilotes nous voient et nous évitons plusieurs collisions fatidiques. En revenant à notre point de départ nous suivons les conseils avisés du propriétaire des kayaks et entrons par le chenal qui reste le seul endroit encore sous les eaux, partout ailleurs la vase au mieux sinon les rochers et coraux sont à l'air libre sur des centaines de mètres. 
Nous portons l'esquif qui n'a rien de frêle et son poids explique sa capacité à prendre des coups sans se briser en petits morceaux. Mais nous n'aurons que quelques dizaines de mètres à franchir alors que d'autres sont pris en plein milieu de champ de mines et semble vraiment en chier ! Y a des gros mots qui vont bientôt fuser...

Nous n'attendrons pas les scènes de ménage et après avoir bien remplis nos shorts de sable, décidons de rejoindre la côte Est de Railay par un chemin forestier. 
Le problème avec les Thaïs, c'est que lorsque vous demandez votre chemin ils ne peuvent pas dire qu'ils ne savent pas. Alors ils donnent une information qu'ils jugent décente sans aucune idée de l'endroit vers lequel ils vous envoient. Donc, cette dame me dit que : oui, ce chemin va bien de l'autre coté, aucun problème, vas-y les yeux fermés mon joli blond... C'est plus ou moins ce que j'ai compris.

Le chemin traverse la jungle et monte sans arrêt, nous ne sommes plus à ça près. Il traverse des ensembles de bungalows que nous imaginons très peu chers mais oh combien envahis de moustiques et inconfortables. Un hamac, quatre pans de mur en paille et un toit en bambou on dirait la cabane des trois p'tits cochons...
Avec le soleil déclinant, la lumière dans la jungle est fantasmagorique, il n'est que le chant des oiseaux et les cris lointains des singes pour troubler le silence monacale qui a envahi nos oreilles. Sommes nous toujours dans la bonne direction ? 
À mon avis d'ancien scout qui ne s'est pas souvent perdu je dirais que oui, et de toute façon il faut que l'un de nous deux soit convaincant pour que l'autre suive. Ce chemin va de toute façon nous mener quelque part... Nous retrouvons un semblant de civilisation, et retombons presque sur notre point de départ ! En fait nous avons fait le tour de la montagne et sommes sur la plage Ouest, qui commence à se préparer aux festivités du Nouvel-An. 

Un tout petit chemin bétonné à suivre et nous arrivons au point de rendez-vous des bateaux au départ pour Ao Nam Mao. Enfin ! Nous sommes épuisés. Je crois que ce soir la nouvelle année se fêtera sans nous, en même temps on est pas plus Chinois que ça.
Béni soit ce quai à deux pas de notre douche et de notre chambre salvatrice. 
Les Birkenstock c'est bien, costaud, confortable, mais ce n'est pas vraiment fait pour escalader des montagnes, n'en déplaise aux bergers teutons, ou alors avec des grosses chaussettes de laine...

Pour en finir, il faut vraiment aller à Railay, c'est beau en ti-père, il y a plein de choses à faire hors de la plage et à un moment donné les gens s'en vont.

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Samedi 18 janvier – Un peu plus au sud !

Il est déjà temps de refaire nos sacs. En quatre années de vacances ''statiques'' nous avons complètement perdu l'habitude de faire et défaire les sacs à dos. Mais comme le vélo et les porte-clés en scoubidou, ça revient très vite.
Nous hélons un taxi sur la route pour nous emmener à Don Mueang, l'ancien aéroport international qui dessert à présent les destinations locales. Le chauffeur fait un peu la tête quand je lui demande de démarrer son compteur, mais fini pas accéder à ma requête. Il nous en coûtera 180B auxquels il faut ajouter les 50 du péage pour une trentaine de minutes de trajet dans une circulation dense.
Nous enregistrons nos bagages en nous félicitant de voyager léger, car au dessus de 15 kilos les prix se mettent à grimper. La file d'attente devant le comptoir des excédents est assez éloquente.
La zone sous douane est devenue une malodorante concentration de fast-food. McDo, KFC, Subway, Starbucks et autre Burger King ont subtilisés la place du restaurant local qui servait une excellente nourriture pour un prix dérisoire.
On respire profondément !
Encore une fois un changement de porte d'embarquement de dernière minute nous fait traverser une partie des terminaux au pas de course, et nous embarquons dans un avion d'Air Asia flambant neuf. Cet avion sent la voiture neuve, à croire qu'ils y ont mis un parfum d'ambiance de plastique frais fondu, il ne manque que le petit sapin à la pêche au rétroviseur du pilote...
Depuis ce matin le ciel est redevenu ce qu'il aurait toujours du être, gris et pollué. Mais en atteignant les cieux, nous franchissons cette chape et la transition est impressionnante. En bas les humains qui déploient des efforts titanesques pour continuer à polluer, et là, juste au-dessus un ciel bleu, propre et limpide qui fait rire les oiseaux et danser les écureuils. On est vraiment mal barrés...

En 1 heure 10 d'un vol sans histoire nous arrivons à Krabi, la température vient de prendre quelques libertés, mais le vent tempère ses ardeurs. Nous prenons un autobus qui pour 90B nous emmène en ''ville'' et nous mettons tout de suite à la recherche d'une chambre. J'avais appelé une guesthouse la veille pour réserver, mais entre les problème de compréhension et la coupure intempestive faute de pièce je me demande si la madame a bien tout compris.
En quelques quinze minutes de marche nous arrivons finalement au Chan Cha Lay et apparemment mon anglais et le sien sont un peu meilleurs que ce à quoi je m'attendais. Nous avons une chambre, mais juste pour une nuit, ce qui finalement sera bienvenu.
L'accueil est gentil et la chambre, avec ventilateur, superbe. Toilettes et douche sous les étoiles, chambre blanche et bleue décorée avec goût, lit confortable, fenêtre donnant sur... houla... la rue des bars. Mais pour l'instant nous voulons aller prendre la température de ce bourg. Beaucoup de bars, et d'hôtels, du plus au moins chic. Nous sommes étonnés de voir des chambres à des prix aussi dérisoires que 180B, en y regardant de plus près nous comprenons que c'est un prix par personne et que ces chambres sont des dortoirs de 6 personnes. 
Le tour des quelques rues de Krabi est vite fait, visiblement à part des départs d'excursions sur les îles alentours, il n'y a pas grand intérêt à passer ses vacances ici. Nous décidons donc de ne pas chercher une autre chambre et de filer directement à Koh Lanta par le premier bateau du lendemain.
Le soir nous allons sur les quais pour y manger dans une des roulottes qui grâce à un wok est capable de servir l'un des 141 plats présentés sur leur menu sans fin.
Nous sommes mal tombés, les nouilles ne sont pas cuites, les rouleaux semblent sortir d'une boite de bouffe industrielle mal décongelée, heureusement les prix sont à la hauteur de ce désastre culinaire.
Misère...
Il est 22h15, on entends les premiers accords de guitare, les musiciens balancent le son, il semble que le concert a lieu ce soir et bien évidemment juste au pied de notre idyllique salle de bain. Il faut fermer la fenêtre, allumer le ventilateur.
Re-misère, le ventilateur oscille lentement en faisant un horrible bruit de galion qui craque de toutes ses membrures au rythme d'une longe houle océanique. Je dois faire un travail personnel, m'imaginer dans la peau d'un corsaire et me dire que ce bruit est mon quotidien, que j'y suis habitué depuis que l'on m'a engagé de force à 10 ans comme mousse sur la Belle-Simone en route vers les Antilles.
Non décidément on ne peut pas associer course en mer et reprises de Bob Marley, quoique... Je me lève, déplace le ventilateur un peu plus loin du lit, renverse la poubelle métallique, me prend les pieds dans le fil électrique et sacre comme un charretier. Il est minuit.
Le galion s'est éloigné, mais il est toujours là. La musique du Reggae Bar domine maintenant l'oscillation du ventilateur, je ne sais pas où j'ai rangé les bouchons pour mes oreilles.
Minuit trente, le concert se termine, le public en délire ne semble pas vouloir aller se coucher, de fait le DJ prend le relais et fait tourner toute la Jamaïque jusqu'à 2 heures.
Il faudra encore 3 bonnes heures pour que tous les saoulons du bled rejoignent leurs dortoirs respectifs. Ça parle fort un anglophone ! Non sérieusement vérifiez vous même, deux anglos dans le métro dans une foule de francophones, les seuls qu'on entend c'est qui ? Ben ici c'est pareil, sauf qu'on est juste deux francophones...
Là du coup, plus de musique, plus de vociférations, reste le ventilateur dont j'arriverais à déconnecter l’oscillation à 8 heures. Une bien longue nuit toute blanche qui vient de me conforter dans l'idée de partir ce matin à Koh Lanta...


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