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Mardi 9 février – Kalaw – Par monts et par vaux

Alentours de Kalaw
Ce matin, nos jeunes serveuses sont un peu débordées par la horde slave qui vient de débarquer. Mais tout rentrera rapidement dans l'ordre avant notre départ pour cette journée de randonnée. 

En arrivant chez Sam's, nous avons la bonne surprise d'apprendre que nous serons finalement cinq à faire la balade. Il nous en coûtera donc 30 000 K en tout pour 2, repas inclus. 
Susan, une sémillante retraitée Anglaise et un très sympathique couple de jeune Français, Marion et Pierre, nous accompagnerons. Notre guide s'appelle San et elle est d'une fraîcheur à faire pâlir la plus belle des fleurs. 

Nous prenons un taxi/tuk-tuk qui nous dépose au nord de la ville, au début du sentier, et nous évite une montée fastidieuse. Nous sommes devant l'école primaire d'un petit village, où les enfants finissent de chanter l'hymne national avant d'entrer en classe. 
Là, ils récitent quelques prières bouddhistes, avant de commencer à chahuter. 

Dans la toute petite classe par laquelle je passe la tête, le seul garçon est loin d'avoir la concentration qu'il devrait avoir et aimerait bien faire tomber ses copines du banc en bois. Il fera moins le malin quand ce sera sont tour d'aller se faire raser la tête et de passer quelques semaines au monastère. 

Les enfants des villages n'ont accès qu'à l'école primaire. À 12 ans, ils doivent aller en ville pour suivre l'enseignement supérieur. Si les parents n'ont pas l'argent pour l'y envoyer, ainsi se finira son éducation scolaire, avec les bases de l'écriture et du calcul, et il ira travailler aux champs avec ses parents. 

Nous poursuivons la balade à travers les rizières en terrasses. Le riz blanc est cultivé dans l'eau et demande beaucoup d'entretien et encore plus de produits chimiques, comme nous le prouveront la quantité industrielle de sacs avec des têtes de mort imprimées dessus. Un sachet ramassé entre les rizières est explicite. Il porte le titre de Inferno, et contient rien de moins qu'un peu de chloropyridinyl Methyl-Nitro-imidazolinimine. Un puissant néonicotinoïde dont les abeilles raffolent, et une victoire assurée au Scrabble. 
C'est ce riz qui est vendu dans les marchés et dont les paysans tirent des revenus, et du poison dans tous les cours d'eau. 

Le riz noir, aussi appelé riz des montagnes, est régulièrement consommé par les paysans pour ses apports nutritifs, il ne demande pas d'entretien et pousse facilement hors de l'eau.

Mais, en ce moment, c'est la saison du chou. Il y en partout où la terre et l'irrigation sont disponibles. Et puis, son prix est élevé, contrairement au chou chinois dont le cours s'est effondré et qui finit de pourrir dans les parcelles. Alors, il pousse partout et s'exporte dans tout le pays. 
Sérieux, j'ai l'impression d'être dans le coin de Krautergersheim, bonjour le dépaysement !

Nous passons par Myinka, le premier village, et sommes invités à boire le thé dans une maison. La dame qui nous reçoit est d'une gentillesse naturelle, elle n'a rien à vendre, juste envie de nous parler un peu, de nous faire voir des photos de ses 12 enfants et d'expliquer, via San, leur vie au village. 

Elle nous offre d'énormes chips de riz et sésame, des oranges et encore du thé. Cette femme est un vrai bonheur. 
Mais elle est un peu contrariée, elle aimerait bien que son papa de 84 printemps reste un peu à la maison pour qu'elle puisse prendre soin de lui. 
Mais le fringant octogénaire n'en fait qu'à sa tête et continue de vivre dans sa maison en bambou trop froide la nuit et trop éloignée du village. 

D'ailleurs, en quittant la belle maison en dur, nous croisons l'aïeul qui nous fait de grands signes de la main en souriant de toutes ses gencives. Sous son chapeau en serviette de bain rose bonbon, son visage est éclatant de bonheur et de santé, il n'est pas prêt à se faire embêter par sa fille ! 

Une vénérable sort de sa cour, en menant par le bout du mufle, ses énormes buffles des marais, son fiston chevauche l'un des énormes animaux. Ils s'en vont sur le chemin, une vraie image d'Épinal. 

Les buffles sont pour les paysans de réels investissements. À 700 ou 800 $ le bestiau, jamais il ne leur viendrait à l'esprit de manger de leur viande. Par contre, il n'utilise pas le lait des vaches qui sert uniquement à nourrir les veaux. 
Les humains se contentent de lait maternel dans leur prime jeunesse ou, de lait en poudre. Un comble de l'hypocrisie et un scandale commercial, puisque l'eau courante n'est presque jamais potable dans ces pays. 

L'énorme avantage d'avoir une guide, est l'approche très facile des gens rencontrés. Elle nous permet d'entrer dans des intimités, de discuter avec des gens en toute simplicité et sans attentes, et de franchir des seuils où nous n'aurions jamais osé poser le pied. 
Elle nous explique les plantes, déterre quelques racines de gingembre, nous fait voir les cerisiers en fleurs, croquer dans une feuille de moutarde blanche dont on fait d'excellentes salades et soupes et déguster des grains de café fraîchement arrachés à leurs buissons. 
C'est bon du café, c'est un peu sucré, avec un gros pépin dedans, le grain de café… 

Après le café, nous goûtons aux jeunes feuilles de thé, qui elles n'ont aucun goût, si ce n'est une légère astringence. Plus loin, elle prend quelques feuilles d'un buisson anodin dans ses mains, les écrasent l'une contre l'autre pour en faire sortir en jus vert et nous explique en riant que c'est de la Bétadine naturelle. 

Enfin, je sais ce qu'est cette plante que j'ai vu tout le long de la route depuis Bagan. Attachés à de gros piquets en bois ou en béton d'environ un mètre de hauteur, cette plante ressemblant à un cactus est tout simplement Hylocereus undatus. J'aurais dû m'en douter.

Le fruit à ne pas rater en 2016 !
C'est effectivement une cactée, et son fruit est connu sous le nom de pitaya ou plus simplement fruit du dragon. 
Depuis peu, une vague de tordus du couvercle a décidé que c'était LE fruit de l'année. Il est plein de vitamines, d'antioxydants, calcium, blablabla, tout pareil comme les autres fruits, mais comme il vient de loin et qu'il est cher, c'est mieux. 
Décérébrés foodistas qui ne savent plus quoi inventer, d'autant que, si le pitaya est parfait pour décorer un panier de fruits, il n'a aucun goût... 

Bon, revenons à ma San qui a le rire le plus délicieux qui existe. Nous continuons à marcher sur les chemins, tout en devisant de choses et d'autres. Nous lui posons beaucoup de questions, elle a beaucoup de réponses. 
Elle a commencé à apprendre le français, car elle ambitionne de devenir une guide officielle, et non pas juste une guidouille de treks. Et pour ça, il faut parler une autre langue que l'anglais. 
Je comprends qu'elle veuille choisir le français, mais je ne suis pas tout à fait certain qu'elle y trouve ensuite beaucoup de plaisir. 

Il est presque midi, nous arrivons à Taungni, le deuxième village, et c'est ici que nous allons manger. 
Lorsque San veut acheter des œufs pour le frichti, elle se rend compte qu'elle a perdu son beau porte-monnaie brodé de grosses fleurs rouges. 
Elle ne perd pas son sang-froid, et nous emmène chez sa Matante qui fait table d'hôte. 

La délicieuse septuagénaire nous offre le thé et allume le feu sous la marmite. San se met en place pour nous concocter une soupe de nouilles avec légumes sautés, haricots mungo, cacahuètes et gourganes grillées. 
La soupe eut été largement suffisante, mais nous avons droit à un guacamole à faire pâlir les plus hispanophiles des Mexicains de ma connaissance. 
Il y a des avocatiers partout, et leurs fruits sont sur tous les étals, Des plus énormes aux plus petits, ils font le bonheur de toutes les tables, même au petit-déjeuner. 

La jolie petite fille qui avait un petit peu peur de mes grimaces, en redemande. Sa mamie a essuyé son mignon visage morveux avant de prendre place devant son métier à tisser pour nous faire une démonstration. 
Des jolis tissus sont à vendre, et Susan, notre amie d'Angleterre lui demande de se vêtir avec les habits du dimanche. 

Elle est belle comme tout Mamie. Elle est fière et rayonne, elle sourit en plissant ses jolis yeux rieurs. 

Les frangins arrivent de l'école, le grand de 11 ans et le petit diable de 7 ou 8 ans. Quand je dis petit diable, en fait je ne connaissait pas encore son voisin avec qui il traîne toujours. 

Lui c'est un vrai démon sur deux pattes ! Le p'tit maudit joue avec un pigeon vivant, pour l'instant, qu'il menace de nous lancer dessus et rie de nous voir commencer à perdre patience. 

Il a pas l'air comme ça, mais le p'tit gars
en blanc est démoniaque !
Ensuite il nous garoche des cailloux, je te jure mon p'tit tabarnak que si je t'attrape tu vas la sentir passer la fessée ! Je ne veux pas déclencher une émeute, mais la grand-maman se rend compte de la situation et lui passe un savon du tonnerre. Qui ne lui fait pas un pli sur le front. 
Il continue à être le démon du village jusqu'à ce qu'enfin la cloche de son école se mette à sonner. Pas fâché de le voir partir, il m'a plus épuisé qu'un aller/retour Bagan-Hsipaw sur un petit banc en bois. 

Entre-temps, notre belle San est partie à la recherche de son porte-monnaie. Au bout de 45 minutes, elle est de retour avec son butin. Elle l'avait perdu dès le début de notre randonnée alors qu'elle venait d'arracher quelques bulbes de gingembre. Voir plus haut.

Nous quittons notre accorte grand-maman qui a une nouvelle visite de touristes et prenons la route du retour. Sur le chemin nous aurons la joie de nous faire présenter quelques jolies grand-mères, qui portent encore quotidiennement le costume traditionnel. 
Elles nous offrent des friandises, un genre de sucre à la crème fait avec du sucre de palme, c'est délicieux. 

En descendant de la montagne, une âcre fumée nous informe que les paysans ont mis le feu à leurs champs. Mais d'après ce que je vois et le bruit des bambous qui explosent, il m'est avis qu'ils ont perdu le contrôle de leur feu de joie et que le vent est en train de faire cramer toute la forêt. Et si on ne traînait pas plus longtemps par ici ? 

Palaung et Birman
Le pick-up nous attend devant deux panneaux souhaitant la bienvenue à Kalaw. L'un est écrit en birman, l'autre en palaung, la langue parlée dans les villages alentours.

Notre journée se termine devant chez Sam's, mais notre guide a une dernière surprise pour nous. Elle nous emmène chez une de ses amies qui a pour spécialité la salade de papaye verte. Cette jeune demoiselle est vraiment pleine de ressources ! 

Nous sommes donc assis à une table très basse, sur des tabourets d'enfants et admirons le travail de notre nouvelle cuisinière. Pour chacun, elle demande si nous désirons épicé ou pas et prépare ses salades au fur et à mesure. 
San nous mets au défi de manger la salade comme elle, c'est à dire bien relevée. André et moi relevons le défi, mais avec un piment de moins. 
Nous finirons nos assiettes de cette délicieuse salade, mais finalement quatre piments c'est peut être un de trop. Quand à San, elle a perdu son pari, elle avait cinq piments, et ça, c'est carrément un de trop ! 

Nous nous quittons en lui glissant un pourboire dans la main. 
Je l'aime tellement que je me laisse aller à la serrer dans mes bras, eux qui n'embrassent même pas leurs enfants devant les autres ! Mais elle rie de mon élan, et nous remercie d'avoir été des clients aussi curieux de tout et sympathiques. 
San, toi et moi c'est quand tu veux pour un nouveau trek ! 

Pour finir cette dernière soirée dans les hautes montagnes du royaume Shan, nous allons honorer la tables du restaurant Thirigayha Restaurant plus connu sous le nom des 7 Sisters Restaurant. 
Très belle maison au bord de la route principale, excellente table, menu complet et nourriture exquise. André veut vraiment goûter au vin du pays... qui restera au pays. 
Nous ne trouvons pas toutes les frangines, mais remercierons les cuisinières et les serveuses pour avoir su clore un séjour aussi agréable.


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Lundi 1er février – Hsipaw – Des beaux mollets sur les chemins de poussière

Le royaume des sacs en plastique
Ce matin, nous déclinons encore une fois les offres de trekking et profitons du petit-déjeuner gargantuesque offert par l'hôtel. 
Des œufs, des crêpes, des toasts, des fruits, soupe, nouilles et riz, il y en a pour tous les goûts, et de quoi tenir de longues heures. 

Dès que le soleil a chassé la brume matinale, nous partons sur les chemins à bicyclette. 
Houla, ça fait longtemps que je suis pas monté sur un vélo ! Surtout un vélo comme ça… Selle au maximum de sa hauteur, mais genoux dans le menton, pas de vitesse et gros panier devant le guidon qui aide à l'équilibre générale de l'ensemble… 
Mais le dicton dit vrai, une fois appris, jamais oublié.

Nous allons donc nous balader dans les environs de la ville, à travers quelques villages Shan, et avec comme objectif, des sources d'eau chaude.
On ne lâche pas le morceau, des vrais pitbull de la cascade et des geysers. 

Nous visitons le temple des Gardiens de la ville, où se mêlent statues de tigres effrayants, éléphants, Bouddha, et autres divinités. 
Une jeune fille protège son scooter en faisant vrombir le moteur et en émettant des séries de trois coups de klaxon. Peut-être cherche t-elle la protection de son klaxon aussi. 

Chacun ici va prier et déposer des offrandes devant la divinité qui va lui offrir le maximum de protection. L'encens fume un peu partout, les tigres ont des bananes dans la gueule, les chandelles forment des flaques de cire, c'est très paisible et vivant. 

Nous remontons sur nos biclous et continuons notre chemin. Pas bien longtemps, puisque nous tombons sur le fameux jardin de Miss Popcorn. 
Une vieille dame qui tient un petit café/resto, dans un agréable jardin et qui perd un peu la tête et ses commandes entre les tables. Ses jus sont frais et ses chaises confortables. 
C'est un bel endroit pour passer un peu de temps avant de reprendre la route. 

Nous continuons notre pérégrination, mais juste après madame Maïs Soufflé, un monastère nous ouvre ses portes. En fait, les portes des temples et monastères sont toujours ouvertes à qui veut bien se déchausser et respecter les lieux. 
Nous n'y croisons jamais personne, je me demande bien où sont les 500 000 moines du pays. 

La particularité de ce temple (et du suivant) est d'abriter une très vieille statue de Bouddha en bambou recouverte de feuilles d'or. 
Les lieux sont frais et agréables, le visage serein du saint homme appelle à la méditation, mais nous avons encore un peu de route si nous voulons tremper nos corps meurtris par tant d'efforts dans cette fameuse source. 

Je me fie au plan dessiné à la main, et, à l'école, je décide de prendre à droite, sur ce qui me semble être la route la plus logique. 
La longue route semble ne pas finir. Évidemment, aucun panneau ou signe de piste ne confirme la direction. Nous nous arrêtons demander notre chemin à deux gentes dames qui tiennent commerce et qui, devant nos mines asséchées nous offrent un verre d'eau. 
Nous le buvons par politesse, tout en espérant qu'elles aussi, ont dans l'arrière-boutique une de ces grosses bonbonnes d'eau potable comme on en voit partout. 
Lorsque je demande où se trouvent les sources, elles me font signe de faire demi-tour et de tourner quelque part à droite. Je le savais, il fallait bien aller tout droit il y a 20 minutes…

Nous retournons donc à la fourche et, pour plus de sécurité redemandons aux deux messieurs qui pétunent, tout en crachant rouge dans la poussière. Ils regardent la carte, lisent l'inscription en birman, et me font un signe clair d'aller dans la direction par laquelle je viens juste d'arriver. Évidemment… 
Les prochaines sources d'eau chaude, toutes les prochaines, sortiront du pommeau de la douche de ma salle de bains. 

Je profite de cet arrêt en face d'une école très bruyante, pour aller voir la maîtresse et lui donner une poignée de stylos. Elle est super contente, me remercie infiniment pour mon geste, me serre la main et m'envoie presque des bisous. Les enfants regardent par les fenêtres, me font des gros sourires et des signes de la main. Je crois que je n'aurais pas assez de ce mois en Birmanie pour m'habituer à tant de gentillesse spontanée. 



Nous roulons un peu au hasard des sentiers, croisons des dames qui se lavent dans le joli ruisseau bordé de détritus, faisons des sourires à deux vaches qui pataugent dans la fange et saluons les gamins qui viennent de sortir de l'école. 
Nous repartons en direction de la ville et faisons notre pause journalière au Yuan Yuan. Même avec plein de rhum dans le shake, c'est le même prix. Aubergiste, une autre pina colada ! 

En discutant avec les deux gentilles globe-trotteuses françaises croisées ce matin au petit-déjeuner, nous apprenons que la fabrique de nouilles est juste au bout du chemin de l'auberge. 
Nos cocktails avalés, et un peu feeling, nous reprenons le guidon et allons par-delà la voie toute démantibulée du chemin de fer. 

Tout un tas de nouilles de riz sont en train de sécher sur des supports en bambou au gré de la brise poussiéreuse. Un jeune homme vient chercher quelques bâtons, et nous fait signe de le suivre dans la fabrique. 
Une sacrée organisation artisanale s'offre à nos yeux. 

Dans la pénombre et la vapeur, six personnes se concentrent sur leurs taches respectives. Une dame sépare les nouilles et les passe à sa collègue qui les pèsent rapidement. 
Un jeune homme les prend, forme un tas homogène et le dépose sur une machine à vapeur. Le chanteur du groupe ferme un couvercle recouvert de linge sur le tas de nouilles qui ramollit. Il tape fort dessus avant de les passer sous une presse pour les plier en deux et de les transmettre à son pote qui les plient encore une fois en paquets identiques. 
C'est la doyenne qui ferme ce ballet infernal en attrapant les paquets chauds pour les écraser sous une petite presse et leur donner leur forme définitive. 
Pour terminer, un petit voyou local récupère ces paquets et les empilent sur une bâche un peu poussiéreuse, dans le courant d'air d'un ventilateur pour les faire sécher. Rien d'hygiénique, ni de très sécuritaire, mais ça fonctionne. 
Et, foi de gourmand, ces nouilles sont exquises dans une soupe ou en salade avec des tranches poulet et une bonne sauce à la tomate et piments. 



Nous remercions toutes ces belles personnes, si concentrées sur leur tâche qu'ils ne nous voient même plus et revenons déposer nos vélos à l'hôtel. Je réussis à organiser la suite de notre voyage en réservant deux billets dans un bus qui fait le trajet directement de Hsipaw à Bagan. 

Il part à 19 heures et arrive le lendemain aux alentours de 6 heures. Je pensais qu'il fallait impérativement s'arrêter à Mandalay pour changer de bus, voire y passer la nuit à cause des horaires. Mais non, il y a bien un chauffeur qui va se taper 11 heures de route avec des passagers, pour faire les 375 kilomètres qui nous séparent de Nyaung U. 
Et nous, pendant ce temps-là, on va essayer de dormir... 

En attendant, le soleil quitte le pays. 
La poussière devient complètement visible dans les rayons des phares des rares véhicules qui en possèdent, mais nous irons quand même manger chez ce Chinois assez peu affable, qui fait une excellente cuisine, dont une salade de nouilles Shan au poulet.


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Dimanche 31 janvier – Hsipaw – Les fous du volant

Ce matin, j'ai pris la décision de louer un scooter. Après avoir relu ma journée d'hier, je me dis que c'est vraiment une idée étrange. 

Il fait encore frais jusque vers 10 heures, la journée débute tranquillement sur notre balcon face à une école où les élèves répètent leurs leçons en une psalmodie lancinante et interminable. 
Ils commencent tôt, vers 6 heures du matin et finissent bien après le coucher du soleil. Je trouve ça original et beau, à en oublier de rédiger toutes les journées qui manquent encore à mon journal de voyage. 
Mais au bout de 2 heures, c'est devenu envahissant. D'ailleurs, plusieurs messages dans notre guesthouse s'excusent de la gêne occasionnée par ces deux écoles privées qui viennent de s'installer. 

Qu'importe, notre journée ne se passera pas sur notre balcon, la route nous attend. 
Nous nous rendons au petit restaurant non loin de notre chambre, qui est aussi loueur de mobs. Il demande trop cher pour ce que c'est, mais on dirait que les prix ne sont pas négociables. 
Bon, je sortirais donc 12$ pour cette petite 125 sans rétroviseurs et que le patron s'est empressé de vider de son essence. Il n'y a aucun casque à la bonne taille, la plupart ne s'attachent pas, il y a plus de poussière que de mousse, et de toute façon, ils sont optionnels. 

Allez, zou, direction la route de Mandalay, et les sources d'eau chaude qui nous attendent quelque part. 
Nous passerons le péage sans payer, astuce que nous indiquent quelques motards véreux, roulerons sur une route en assez mauvais état, serons doublés par des camions tonitruants et crachant noir, en direction de sources d'eau chaude. 

Les paysages sont grandioses et les gens croisés égaux à eux-mêmes, souriants et serviables. Aussitôt que nous demandons notre chemin, carte avec inscription birmane à l'appui, ils se feront un devoir de nous indiquer la route à suivre. 
Qui ne sera jamais la même d'une personne à l'autre. 
Nous ne trouverons jamais les sources d'eau chaude… 

En redescendant vers la plaine, nous remarquons des gens arrêtés près d'un stupa. Ce doit être un très beau point de vue du haut de cette dernière falaise, je décide de m'y arrêter moi aussi. 
En fait, nous comprenons rapidement que ce n'est pas du tout un point de vue, mais que dans ce virage très serré un terrible accident s'est produit il y a peu de temps. 
Un promontoire, un gros arbre avec un tronc très abîmé, beaucoup de branches brisées, presque 20 mètres de vide, et, tout au fond, des tôles éparpillées, un morceau de voiture. 

Nous imaginons parfaitement ce qui s'est passé. Vitesse excessive, perte de contrôle, tremplin sur la butte en terre, percute le tronc d'arbre et chute. Je ne veux pas penser au bus qui nous ramènera à Mandalay dans quelques jours… 

Nous regagnons donc les terres planes et trouvons enfin un point remarquable, le gros temple la Paya Bawgyo, où nous devons tourner vers le village des faiseurs de sel. Mais d'abord, c'est frichti.  
Pas de vrai resto, nous sommes à l'entrée du temple et trouvons une gargote sans carte, sans personne avec qui échanger deux mots et sans savoir ce qui est au menu du chef ce midi. 
Dans ces cas-là, rien de plus simple et efficace que de rentrer dans l'espace ''cuisine'' et de désigner ce que l'on aimerait déguster. Je précise que nous sommes végétariens (dans le doute…) en faisant un signe négatif vers le bout de bidoche qui pend au bout d'un crochet rouillé. 

Nous aurons droit à une soupe exquise, dans laquelle baigne des nouilles shan et des légumes, tout ceci accompagné de légumes marinés et d'une grosse bouteille d'eau. Le monsieur qui vient de finir de broyer quelques branches de canne à sucre me propose un verre. C'est excellent !
Il est temps de passer à la caisse… 
1700 kyats ! 1,70 $. Pour deux ! Je pense que nous venons de battre le record de tous les temps en terme de repas économique. Ce soir, on se paye la traite pour 6 piasses ! 

Nous reprenons la route vers ce fameux village des salins, mais nous ne trouvons pas. Normal. 
En faisant une énième fois demi-tour, nous voyons des bassins remplis d'eau et des paniers de sel. C'était donc ça. 
Deux jeunes femmes qui lavent leur linge dans le tourbillon mousseux d'un ruisseau trouble nous font signe que c'est bien ici et que nous pouvons laisser notre pétrolette dans le coin de ce grand banian. 
Aussitôt l'engin stationné, deux bambins se jettent littéralement sur moi et me font un câlin de première classe. 

Ils voient arriver André qui est monté à pied, courent vers lui, lui sautent dans les bras et se collent contre lui. 
C'est complètement délirant et d'une beauté sans nom. De l'amour à l'état pur, des enfants comme ça, j'aurais aimé en voir plus souvent. 
Ils posent pour la photo, et s'en retournent à leurs jeux de chérubins, bâton et eau. Un classique… 

Nous partons visiter les salins, mais on dirait que c'est le jour de repos du centre d’interprétation. Il n'y a personne, si ce n'est une jeune maman et son nourrisson, qui seront très heureux de poser pour la postérité. 

Des bassins creusés dans le sol sont recouverts de toiles en plastique noir. Remplis d'eau, on distingue une fine couche de fleur de sel à la surface, mais je doute qu'il y ait un marché pour ce produit. La priorité doit se trouver ailleurs que dans un petit pot de luxe dont on saupoudre généreusement les plats de nos riches tables. 
En attendant, il n'y a toujours personne pour nous inviter à visionner le diaporama de cet établissement... Je me demande encore comment est fait ce sel. Est-ce de l'eau salée, un mélange de terre qui décante, le mystère restera entier. 

Nous reprenons la route, non sans avoir envoyé la main et des bisous à nos jeunes fans, et nous dirigeons vers une cascade d'eau. 

Les cascades ont toujours été des légendes dans nos voyages. 
Lorsque nous finissions par la trouver, ce qui était rarissime, elle était immanquablement à sec. C'est donc sans trop d'attentes que nous suivons le chemin au bout duquel est supposé se trouver cette fameuse Nam Tok. Le Thaï et le Shan sont des langues relativement similaires, nam tok veut bien dire cascade dans les deux pays. 

Nous sommes précédés par une horde de moines à scooter, qui nous font de grands sourires et confirment que c'est la bonne direction. 
Nous faisons comme eux, stationnons notre engin à côté des leurs, puis, les suivons sur la piste qui serpente entre les petites parcelles de maïs et de bananiers. 

Et voilà la fameuse cascade, deux filets d'eau qui tombe d'une belle hauteur, il y fait frais et les seuls touristes, c'est nous. 
Évidemment nous sommes en saison sèche et j'imagine que le débit doit être beaucoup plus important lorsque les pluies torrentielles noient le ciel. 

Une petite grimpette me permet de passer derrière la cascade, où j'en profite pour glisser sur les rochers moussus et me vautrer comme un sac dans la boue et les cailloux. Heureusement, mon appareil photo est intact, mes lunettes aussi. Il n'y a que mon amour-propre qui vient de prendre une grosse claque. Par chance, j'étais encore invisible de mon public. 

Sur le chemin du retour vers Hsipaw, nous trouvons facilement la route qui monte à un point de vue identifié par un globe. Effectivement, un peu en dessous d'un temple, une statue de Bouddha est assise sur un énorme globe terrestre qui domine toute la vallée. 
La vue y est très belle, et encore une fois, deux petites filles, nous font des beaux bonjours en prenant la pose comme les stars qu'elles ont vues à la télé. 

Croisant quelques énormes semi-remorques chargés de centaines de cartons de pastèques, nous nous dirigeons vers notre dernière étape, Sunset Hill. 
Suivant les recommandations de notre hôtesse, c'est vraiment un endroit à ne pas manquer, il serait malvenu de ne pas suivre ses conseils. 

Un peu après le pont qui surplombe la rivière Myitnge, nous bifurquons à droite et attaquons l'abrupte côte qui mène au sommet de la colline. 
Ah, je crois que je vais rendre la monnaie de sa pièce à mon vampire à essence. Si je me fie aux hoquets de la pétrolette, mon réservoir est presque vide. Je pourrais descendre en roue libre et finir le dernier kilomètre en mode économie. Il n'aura même pas besoin de siphonner son réservoir pour son prochain client. 

En attendant, nous sommes subjugués par la vue sublime qui s'étale à nos pieds. 
Debout sur un muret du temple, nous admirons l'étendue de la petite capitale de l'état Shan, les reflets mordorés du soleil sur le miroir de la rivière et les montagnes embrumées. 

Le ciel est doré, il y a toutes sortes de nuances pastel, du bleu au rose, parsemé d'un peu d'or, le tout enrobé des ombres vert foncé des forêts et des prairies. C'est un instant magique. 

Nous ne verrons pas le soleil se coucher, de toute façon le spectacle était parfait. Et puis, rouler quand il fait jour est dangereux, alors lorsque la nuit tombe, il vaut mieux être arrivé à destination. 

Nous finissons l'après-midi chez Mr. Shake, au Yuan Yuan, le célèbre et unique bar à jus de la ville. Un très beau monsieur se charge de passer au blender tous les fruits frais de saison pour faire des shakes complètement parfaits. Avocat, orange, pastèque, citron, ananas, avec ou sans alcool, il suffit de demander ou de se fier au menu collé au mur pour avoir un plein verre de jus frais antioxydant, détoxifiant, vitaminé, anticancéreux, alouette, ah ah ah.

À 1 000 K le jus, c'est une affaire qui roule du tonnerre, c'est toujours plein. 
Je m'imagine ce que ça pourrait être avec un peu d'aménagement, de nettoyage et de décoration.


  


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Samedi 30 janvier – de Mandalay à Hsipaw - Le bus, c'est exotique !

4h15, oui, du matin. 
Le réveil me tire d'un rêve délicieux, mais quitter Mandalay pour Hsipaw se mérite. 

Comme prévu, nous sommes à la réception à 4h45 pour prendre notre taxi vers la station des bus. Notre chauffeur dort encore, mais finira de se réveiller en conduisant. Finalement, il ne nous emmène pas à la station des bus, mais au bureau de la compagnie, qui est encore fermée. 
Aucune inquiétude de la part de notre chauffeur, il n'est que 5 heures et nous partons à 6. 
 À 5h15, je lui demande quand même de passer un petit coup de fil pour savoir si c'est bien ici qu'il faut attendre. 
Il ne voit pas de numéro de téléphone, fouille sur mon ticket et me montre le numéro à appeler. Je n'ai pas de téléphone, puisque le Samsung acheté à Chiang Mai ne fonctionne pas, et de toute façon c'est écrit en birman… 
Lui, il a oublié ses lunettes et n'y voit rien. Une chance qu'il dormait encore en conduisant. Je lui prête les miennes, mais ça ne l'aide pas, et il arrête une dame dans la rue. 
Enfin, il réveille quelqu'un qui lui dit que le transfert ne devrait pas tarder, et de ne pas nous inquiéter. 
Il me fait un grand sourire, me serre la main, me souhaite bonne chance et repart vers ses draps encore chauds. 

Nous attendons encore quelques minutes avant de voir s'ouvrir la grille. Pas plus de réponses à nos regards interrogateurs de la part du jeune homme endormi, mais, à ce moment là, un gros camion arrive. 
Deux jeunes gaillards chargent des tas de paquets que l'on imagine très lourds dans le bahut. Au bout de 10 minutes, ils nous font signe de monter à côté de la cargaison, c'était donc ça notre transfert. 

Assis sur des bancs en bois, en face de gros sacs de glutamate monosodique, nous affrontons le vent frais du petit matin, avant d'arriver à la minuscule station de bus de la compagnie. On nous fait signe de patienter quelques minutes, puis un employé charge nos sacs dans la soute et nous fait entrer à l'abri de la cabine. 

Nous avons les sièges A1 et A2, juste derrière le chauffeur. La place idéale pour voir tout ce qui va se passer sur la route. Chouette ! 
À six heures pétantes, le bus chargé de 8 passagers dont deux Canadiens, prend la route en direction du nord. Le copilote insère un DVD dans le lecteur, et nous avons droit à une vidéo qui tourne en bouche, sur les temples majeurs du pays. C'est très mal filmé, il y a autant de neige sur l'écran que dans le pare-brise d'un chauffeur de truck de la Baie James, et les prières bouddhistes agrémentent ce magnifique petit film promotionnel. 

Frustré d'avoir quitté mon rêve, j'installe mes écouteurs, m’enfouis sous ma capuche et cherche à retrouver ce que j'ai quitté il y a si peu de temps. Je m'endors pendant les deux heures les plus intenses du voyage parait-il. Dire que j'ai raté ça. 
Finalement, je retrouve mes esprits un peu avant le premier arrêt. Une cantine sert des plats chauds, mais j'ai oublié mon argent dans le bus fermé à clé. Nous en seront quittes pour attendre dans le froid et le ventre vide. 

Pendant ce temps, à grands coups de jet d'eau glaciale, les chauffeurs arrosent leurs freins qui fument et sifflent comme des cocottes sous pression, la vapeur enveloppe les camions et autobus. 
Après une demie-heure, nous reprenons la route. 

Dans un col, toute une file de camion attend. Nous ne pouvons pas nous croiser, alors deux policiers y vont à coups de sifflets et de radio, pour organiser la circulation. C'est raide, les chauffeurs sont prudents au risque de trouver un raccourci fatal.
Je trouvais notre chauffeur pas mal fancy d'avoir amené son shake rouge cerise. Tiens, ce gars-là est prévoyant et plutôt grano, ça change des chauffeurs dopés au Red Bull, au M150 ou autre boisson énergisante. 
Il s'est préparé un shake au nom poétique du genre Wake up Sweet Driver, ou Happy Morning, Welcome to the sun, un truc du genre… 

Mais force est de constater que la petite bouteille se remplit plus vite qu’elle ne se vide, et ceci, à chaque fois qu'il se met un paquet de feuilles en bouche. Bon, la bouteille est remplie de crachats, c'est le summum du dégueu. 
Mais si ça le tient en éveil et concentré, qu'il la remplisse sa canisse ! J'éviterais simplement de regarder sans arrêt ce qu'il fait avec. 

La voisine d'André fait exactement la même chose, mais n'ayant pas encore vidée sa bouteille d'eau, elle utilise le petit sac noir à vomito. Une chance que je ne suis pas sensible dans les transports, sinon je lui aurais rempli moi son sac à gerbe ! 

Nous ferons une autre petite pause pipi (et vomi pour quelques dames) avant d'arriver à Hsipaw en à peine 5 heures 30. 
Finalement, la conduite de ce pays, comme dans beaucoup d'autres où le code de la route est une invention démoniaque, fonctionne avec ses propres règles. 
Le clignotant ne veut pas nécessairement dire qu'on va changer de direction, le klaxon ne veut pas non plus dire quelque chose de précis, c'est un avertissement pour doubler, se faire doubler, s'arrêter, prévenir qu'on arrive ou faire peur aux chiens couchés trop proche de la chaussée. 

Par contre, je suis très content que le copilote soit devenu la norme, c'est une chouette avancée pour la sécurité routière. 

Dès notre arrivée dans le bourg, nous apprécions le calme relatif qui y règne. Nous sommes attendus par deux jeunes gens qui prennent nos sacs et nous font monter dans le véhicule qui va nous emmener chez Mr. Charles, notre guesthouse. 

Enfin, nous voilà à bon port. Le fameux Royaume Shan, pays des gens de montagnes, rudes paysans et fiers guerriers. 
Originaires du sud de la Chine, ils fondèrent le royaume en 94 avant J.-C., et eurent beaucoup d'influence sur le pays. Persécutés par la junte militaire, contre laquelle ils s'opposèrent, ils résistèrent avec une armée de 10 000 hommes. 
C'est aussi l'état le plus grand du pays. Voilà pour la toute petite histoire… 

L'accueil est chaleureux, le chic hôtel n'est pas pour nous, nous serons logés juste à coté, à la guesthouse. 

Nous profiterons de notre arrivée quasi-matinale pour visiter le bourg. 

Le marché est authentique, les taches rouges décorent les trottoirs et les rues poussiéreuses, les sourires sont toujours très présents et les gens, généreux de mingalabar (le bonjour local) et de signes de main. 

Un essaim rose de jolies petites nonnes coiffées de leurs chapeaux coniques, parcoure les ruelles à la quête de nourriture.

Le soir, fatigués et encore étourdis de tous ces virages, nous ferons une tentative de découverte du Hsipaw nocturne. 

C'est très nocturne, aucune lumière ne vient percer les ténèbres envahies de poussière soulevée par les véhicules. 
Il est dangereux de se promener sur le bord du chemin habillé tout en noir, nous ferons rapidement demi-tour pour rentrer à l'hôtel et mangerons sur place.

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