Affichage des articles dont le libellé est New York. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est New York. Afficher tous les articles

Mercredi 5 et jeudi 6 mars – du 54, soi Ngam Duplee, Bangkok à la rue de Bordeaux, Montréal...

Elle est là. 
Cette dernière journée tant redoutée. Depuis le réveil, nous savons que l'ultime compte à rebours a commencé. Dans quelques heures nous serons à l'aéroport, penauds et tristes de quitter l'Asie pour retrouver les plaines gelées de notre lointaine province. 
Hier soir, nous avons fait une simulation de remplissage de bagages. Étonnamment, nous arrivons à tout ranger dans nos sacs à dos. Il faut avouer que Poste Thaï nous a donné un sacré coup de main avec ses tarifs défiant toute concurrence. 
Nous avions d'abord renvoyé nos excédents de vêtements après avoir constaté sur nos photos que nous portions les mêmes shorts et t-shirts tous les jours. L'achat d'un petit sachet de lessive liquide a remplacé 6 kilos de fringues inutiles. 
Les thés et épices acquis au Sri Lanka ont eux aussi pris le chemin des boites aux lettres et ont libéré beaucoup de places pour les achats faits à Bangkok. Plus jamais nous nous ferons avoir par les DHL et autres FeDex qui coûtent chers et sont accompagnés d'une facture salée de taxes de douane. 

Toute la journée se passera au bord d'une piscine, à profiter des derniers rayons de ce chaud soleil. Roulant de la chaise longue aux eaux turquoise de ce petit havre de paix en dégustant quelques cocktails. 
Nous ne savions pas que le grand monsieur qui nous regardait bizarrement était Français. Une chance que nous avons fait nos réflexions à voix très basse concernant son sublime travail de tapisserie à l'aiguille. Un pot de fleur posé sur une table devant un paysage simili-champêtre orne le petit tamis posé sur la table basse. Non, ce n'est vraiment pas beau, mais il s'applique et je le vois mal jouer à la Gameboy... 

En entendant nos intonations, il s'est aventuré à nous adresser la parole et a ainsi abandonné ses travaux d'aiguille. Nous n'avons jamais su son nom et l'avons donc en l'honneur de son âge et de son origine rebaptisé Papy Normandie. Il est adorable, 76 balais et toujours fringant. 
Il trimbale sa carcasse de son village normand humide et vert à la Thaïlande tous les hivers. Personnage sympathique et sociable, il parvient à lier connaissance facilement avec son entourage. Ses nouveaux amis se font un plaisir de l'inviter, qui en Australie, qui en Inde où il part d'ailleurs ce soir. 
Il ne voyage qu'en première classe, car, dit-il, son anatomie ne supporte pas les sièges trop étriqués de la classe éco. Soit. 
Nous parlons de ses voyages, des nôtres, de la hausse des taxes et des baisses des retraites en France. Je l'envie d'ainsi profiter de la vie et de voyager à l'autre bout du monde à son âge. Il nous appelle les jeunesses et nous enjoint de ne jamais lâcher le goût des voyages et des rencontres. De continuellement partir à la recherche de situations inattendues et de surprises qui permettent de vieillir en beauté. Il nous fait promettre de visiter très bientôt le Myanmar qu'il a adoré et d'éviter d'entrer dans le moule des gens ordinaires. 
Je veux adopter cet homme comme le grand-père que je n'ai jamais connu ! Nous le laissons partir boucler son sac de pèlerin pour ses prochains jours d'escapade et attendons que le soleil ait fini sa course avant de regagner notre chambre d'hôtel.  

Il est presque temps de boucler les sacs, mais avant nous allons découvrir le discret Just One Thaï, recommandé par notre Papy Normandie. Un resto juste au coin de la rue qui propose un épais menu et des produits de la mer pour des prix vraiment alléchants. Quatre grosses king tiger praws, des crevettes géantes délicieuses, feront une excellente mise en bouche. 
Ensuite, nous nous fions à ce qui nous paraît le plus évident : le hasard. Qui fera bien les choses puisque tous les plats servis seront tous très bons et le service décousu à merveille. 

Plus de dérobades possibles, il est temps de glisser nos derniers achats dans nos sacs et de les fermer. L'habileté va être de mise pour combler tout interstice distrait. Terminé le remplissage à la va-vite en prévision d'une course vers un bus. Avant, dans nos sacs, il suffisait de jeter un peu n'importe comment nos maigres kilos de vêtements et ça finissait toujours par rentrer. Mais après avoir relu les comptes-rendus des derniers jours et constaté que mon petit porte-monnaie déborde de relevés de carte de crédit, je me rends compte que ce soir, il va falloir ruser. 
Nos sacs sont pleins et bouclés. Cette fois-ci s'est bien terminé. Le check-out se passe rapidement, le vieux monsieur chinois habituellement désagréable est même rigolo lorsqu'on lui dit quelle température est prévue au Canada pour notre arrivée. Il fait mine de tomber dans les pommes dans un congélateur. C'est aussi ce qui risque de nous arriver bientôt. 

Les taxis de l'hôtel ne nous demandent même pas où nous allons, trop occupés à jouer avec leur téléphone. Nous marchons quelques mètres sur le trottoir, le mur rayonne encore de la chaleur accumulée, il est 21 heures. Un taxi rose bonbon s'arrête à côté de nous et nous embarque pour Suvarnabhumi à 30 kilomètres de là. 
Le poids des sacs dans le coffre fait geindre les suspensions fatiguées, le moteur fait un drôle de bruit, mais le chauffeur est persuadé que nous y arriverons. À peine embarqués sur l'autoroute, un énorme ralentissement nous force à nous arrêter. Nous ne voyons rien d'autre que quelques gyrophares et l'heure qui tourne. Après dix interminables minutes, la circulation reprend sans que nous ayons jamais su ce qui s'était passé. La voiture file dans un dernier souffle asthénique vers notre destination finale. En seulement trente minutes et 240฿ (plus les péages de 50 et 25฿) nous sommes déposés devant l'immense et triste porte des départs. 
Évidemment, les comptoirs d'enregistrement de la JAL sont à l'autre bout de l'immense hall, mais nous ne sommes pas vraiment pressés. Les comptoirs sont encore vides de passagers, nous sommes les premiers. 
Tout va très vite, les sacs sont pesés, 18 kilos, soit 8 kilos de plus qu'il y a 40 minutes. Dûment étiquetés, ils glissent sur le tapis noir en direction de New-York où nous devrons les récupérer pour les réenregistrer. La douane me met à nu dans leur nouveau scanner où je ressemble à un mec en train de se faire arrêter par une armée de policiers mal informés. Au moins, c'est rapide en plus d'être ludique. 

Nous avons trois heures devant nous pour visiter tous les magasins hors taxes (le duty free français) et nous rendre compte que les voyageurs sont vraiment pris pour des cons. 
Pour moi, littéralement les magasins hors taxes sont des magasins qui vendent des produits d'où les taxes ont été enlevées. En toute logique, on devrait donc trouver des prix bien plus intéressants dans les zones détaxées des aéroports que nos villes surtaxées... Hé bien non ! 
Non seulement ce n'est pas détaxé, mais souvent c'est encore plus cher que dans le petit 7 Eleven du coin de la rue. Par exemple, la petite bouteille de Sang Som que nous avons acheté 500฿ est vendue ici 750, et c'est pareil pour tout le reste. Payer plus de 30$ pour une tablette de chocolat s'est un petit peu exagéré où c'est moi qui suis en train de devenir radin ? 
De toute façon, nous n'achetons rien et les quelques billets qui nous restent seront mis en sécurité au fond du porte-monnaie de voyage pour un prochain séjour. 

All passengers on the flight JL006 to Narita International Airport, are requested to submit F6 door for immediate boarding. 
Tiens, mais c'est nous ça... Derniers bye-bye en direction supposée de la Cité des Anges (bien avant Los Angeles), embarquons dans l'avion et cherchons nos sièges, rangée 48. Il n'y a pas de place pour les pieds, deux boites métalliques en dessous des sièges de devant bloquent tout accès au confort. J'aimerais bien les bourrer de coups de pied, mais comme je ne sais pas si c'est un élément indispensable pour la sécurité de ce vol, je m'abstiendrais. Nous ne sommes qu'à cinq heures de Narita, normalement le vol suivant devrait être plus confortable. 

Au revoir Krung Thep mahanakhon amon rattanakosin mahintara ayuthaya mahadilok phop noppharat ratchathani burirom udomratchaniwet mahasathan amon piman awatan sathit sakkathattiya witsanukam prast, ça a été un plaisir de voir que tu te portes bien, je dirais même de mieux en mieux. 
Nous serons très heureux de te revoir très vite, mais en attendant, nous allons gagner de quoi revenir. 

Aéroport international de Narita, préfecture de Chiba, Tokyo, Japon. 
L'atterrissage est acrobatique, les rafales de vent font tanguer la carlingue du gros Boeing et le tarmac ne veux pas s'aligner face à la caméra de proue. Secondes d'angoisse...
Finalement, les roues se posent, chacune leur tour et nous réussissons à débarquer, un peu flageolants, dans le grand terminal. 

Il est quelque part dans un fuseau horaire de passage, l'heure de l'apéro. Les whiskys japonais sont réputés, et le magasin dans lequel nous jetons notre dévolue offre les dégustations pour tous leurs produits. J'aimerais aller au bout de la rangée de Hibiki, mais la cinquième (ou septième) bouteille semble remporter tous les suffrages. Un Nikka élevé en fût de chêne pendant 21 belles années se promène maintenant avec nous vers les sièges confortables de la salle d'attente. 

Au Japon, même si t'as pas envie, il faut y aller. Les toilettes méritent une visite et le confort est à la hauteur de mes attentes. Le siège est chauffé, la musique est douce et le jet d'eau tiède est aussi surprenant que relaxant. J'y passerais bien le reste de mon heure d'attente, mais ça risquerait de paraître suspect. 
En tout cas, envie pas envie, il faut aller faire un tour dans les toilettes d'un aéroport japonais. 

La traversée de l'océan Pacifique sera plus confortable, les jambes allongées loin sous le banc, le dossier penché, je peux enfin regarder tous les films proposés sur mon petit écran tactile incrusté dans le fauteuil devant moi. Malheur, il y a trop de choix pour que je puisse fermer l'œil pendant ces 13 heures de vol. Alors je profite des allées et venues des charmantes hôtesses pour commander des gin tonic, qu'elles servent à la perfection. 
À défaut de faire un somme réparateur, j'aurais fait un apéro pendant 10 842 kilomètres pendant que mes co-passagers ronflent. 

Nord de l'Amérique du Nord à travers mon petit hublot où l'aube s'installe.
Le paysage a changé, les plaines désolées et les arbres effeuillés remplacent les montagnes vertes et les plages dorées. 
Nous l'avions presque oublié, mais nous ne sommes pas seulement revenus au pays, nous sommes aussi de retour en Hiver. Ici, on y met un H majuscule à notre Hiver, il a été à la hauteur cette année et nous le fera savoir pendant les semaines qui vont suivre. 

Aéroport International John-F. Kennedy, Queens, New-York, USA.
Très étrangement notre passage aux douanes américaines se passe bien. Je crois même que mon cerbère a émis un sourire, mais n'en suis pas certain. 
Par contre, les employés de l'aéroport sont des sergents hurleurs qui aboient leurs consignes aux passagers, et ne donnent nullement envie de rester dans ce pays de paranoïaques. 
Je suis heureux de n'être qu'en transit, même si j'adore New-York, j'ai hâte d'arriver chez nous. 
Nous ne pouvons résister à l'appel d'un burger que le serveur nous propose au format démesuré american style et nous demande la cuisson de la viande. De la viande !
Hors de prix, mais c'est un aéroport et le service à l'américaine fait oublier les excités qui nous ont accueillis. 

Il y a un peu plus d'une heure, nous avons presque survolé Montréal. Nous en avons maintenant pour cinq heures d'attente avant de pouvoir monter dans notre dernier coucou d'American Airlines où des enfants à bout de nerfs hurleront pendant 80 minutes et s'endormiront au moment où l'avion se posera à Montréal. Je suis heureux de posséder ces indispensables bouchons pour les oreilles et mon manque cruel de sommeil contre lequel je combattais, me fait endormir dès que je touche le fond du fauteuil. 

Je n'ai rien vu du décollage, par contre une heure plus tard je m'aperçois très bien dans ce virage serré au-dessus du sud des îles de Boucherville qu'il y a beaucoup trop de neige. Le pilote annonce une température polaire. 
J'ai déjà besoin d'un autre voyage. 

Aéroport international Montréal-Trudeau, Dorval, Montréal, Québec, Canada.
Le taxi nous transporte à travers des avenues froides aux bas-cotés recouverts de neige noire. Le ciel est bleu, le soleil prend un malin plaisir à nous narguer. Le centre commercial Rockland est d'une tristesse sans pareil dans nos souvenirs de Siam. Il va vite falloir reprendre nos esprits, mais pas ce soir... 

Du 54, Soi Ngam Duplee à la rue de Bordeaux, 16 035 kilomètres et 33 heures de voyage nous séparent. La planète Mars me semble plus accessible.

C'est fini, nous sommes de retour, nos sacs sont défaits, c'est un peu le bordel dans l'appartement trop petit et dans nos esprits. Le gargantuesque burger new-yorkais traine encore dans notre système digestif, nous nous contenterons d'une théière de FBOP et d'une émission de ... voyage en Indonésie. 

 Et si on repartait demain ?
 

.

New York en liberté avec Sinorama - Jour 3

1er juillet 2013 - Jour 3

Cette ville est un aimant !
Impossible de résister à son attraction, mais il faut bien la quitter pour mieux la retrouver.

Notre retour se fera sous une pluie battante et notre chauffeur... Ahhhhh notre chauffeur !
Il mériterait à lui tout seul un blog au complet... L'archétype du... oui j'ose... du gros con ! Désolé pour mes lecteurs à l'oeil prude et fragile, mais je n'ai pas trouvé de synonyme à ce qualificatif. Une chance que notre jeune et pimpante guide a fait de son mieux pour égayer le bus et compenser la lourdeur de l'ambiance due à ce malotru. Bon rapidement quelques lignes, après on en parle plus...

Un départ peu après minuit de Montréal, nuit agitée, entrecoupée de quelques sommes et par l'inquiétude de mon compagnon de voyage qui semble nerveux. À la dernière halte vers 7h du matin, il m'explique que pendant que je dodelinais de la tête perdu dans des rêves étranges, le bus voguait d'un bord à l'autre de sa voie. Le chauffeur commençait à s'endormir, se grattait la tête nerveusement et enfilait les canettes de Red Bull... Rassurant.

9H15, samedi nous arrivons à Manhattan, il fait déjà chaud, nous sommes fatigués mais excités par la journée qui s'annonce. Le chauffeur que nous allons appeler Michel, nous crie de sortir rapidement du bus car il va prendre une contravention, il crie sur le pauvre jeune homme qui a oublié son appareil photo dans la soute, il crie qu'il aurait du y penser avant et qu'il doit se dépêcher... Jamais un sourire, jamais un bonjour ou une réponse à un bonjour, jamais une porte tenue, pas un merci à la demoiselle qui lui tient la porte... Par contre il aime ça les barres chocolatées, les chips au vinaigre et les boissons énergisantes. 

Le dernier jour donc, sous une pluie battante et dans une circulation dense, notre bon Michou échappe son téléphone sur lequel il est bien sûr en train de texter. Ah oui, nous sommes sur l'autoroute un lundi  matin, il roule à 100km/h, il pleut et tout le New Jersey s'en va au boulot...
Le téléphone gît à terre, étant assis juste derrière la masse de son dos, je me dis, ben là au moins il pourra se concentrer sur la route.
Que nenni ! Il va descendre son siège pneumatique au maximum, défaire sa ceinture de sécurité et se contorsionner de toute sa souplesse pachydermique pour aller chercher son téléphone en gardant deux doigts sur le volant et un semblant d’œil mi-clos sur la route.
Je viens de faire pipi dans mon pantalon.

Vers midi nous arrivons à Woodbury, étape quasi incontournable des accros du shopping au retour de Big Apple. Un faux village tout entier consacré aux bonnes affaires, mais surtout destiné à vider votre porte-monnaie avec le sourire et l'entregent des commerçants américains.
Tout à fait mon genre d'environnement, d'ailleurs je m'empresserais de perdre la paire de Ray-Ban que je venais de m'acheter...
Bien entendu, alors que les 10 autres autobus de Sinorama ont leurs soutes grandes ouvertes pour que les passagers puissent y ranger leurs achats, les nôtres restent obstinément fermées, et personne ne s'aventure à aller voir le bulldog déjà installé à son volant, une main dans un sac de chips l'autre sur son clavier de téléphone.

Par chance la douane à Lacolle commence tout juste à s'engorger et notre bus passe dans les premiers. La file d'attente pour les voitures est interminable, ça fini bien un week-end 3 heures d'attente à la douane !
Notre jolie guide Kiki Sunrice (je me souviens plus de son vrai prénom) tente de faire applaudir notre distingué chauffeur, mais je préfère le huer et faire comprendre ma désapprobation quand à son attitude. D'ailleurs ma lettre de plainte est restée sans réponse... Hey Sinorama c'est quand vous voulez ! Voilà pour les dernières anecdotes.

Alors si vous avez peu de temps, pas de voiture, pas envie de vous taper un Greyhound pendant 7 heures avec 5 arrêts, que les voyages en groupe ne vous rebutent pas, je vous conseille cette escapade. Même en étant libres tous les jours il y a quand même des contreparties : attendre tous les voyageurs le soir (les nôtres étaient particulièrement disciplinés), être tributaires de certains changements de programme, comme la croisière du deuxième jour qui me fit perdre patience, et un dernier jour dans des Outlets dont personnellement je n'avais rien à faire.

Il en ressort quand même de la satisfaction d'un super séjour et de quoi écrire quelques lignes.

Bon voyage...


où est Christophe ?

.

.

New York en liberté avec Sinorama - Jour 2

30 juin 2013 - Jour 2

On dirait que la ville au complet s'est transformée en hammam ! Il fait une chaleur et une moiteur digne d'un sous-bois amazonien, comment font tous ces yuppies pour se promener en costard-cravate ?
Ma deuxième (et dernière) exigence lors de ce voyage est d'aller assister à une messe gospel dans Harlem. Toutes les chances sont de mon coté : on est dimanche, il est tôt et le bus nous dépose dans Manhattan.
Il nous dépose certes, mais au sud du pont de Brooklyn pour emmener des touristes faire une croisière. C'était pas prévu ça... Je me dis que nous avons encore le temps, la messe commence à 11 heures, il est 9h30 et la ligne de métro est directe.
Niaisage entre bus, on échange des passagers, on attends, on attends encore, et encore... Désolé, mais là ma patience vient tout juste d'atteindre sa limite maximale de tolérance. Nous sommes tellement au sud de Manhattan que d'ici on peut lire les noms des immigrés de la stèle d'Ellis Island ! 10h30, je ne sais pas où je suis, pas de métro à l'horizon, cette journée commence vraiment mal. 

Contre toute attente une bouche de métro apparaît, nous savons où nous sommes et savons où aller. Pour faire court : le métro arrive tout de suite, ligne directe pour Harlem, repérage immédiat des rues et la messe commence avec 1 heure de retard (ou alors mes informations ne sont pas à jour). Les astres semblent se réaligner, et les portes du Greater Refuge Temple s'ouvrent devant les foules de croyants et de quelques touristes.
Au même titre que traverser l'East River à pied ou voyager dans le temps au Oyster Bar, une messe Gospel est une expérience à vivre. Croyant ou non, il se dégage de cette ferveur un je-ne-sais-quoi d'irréel. Les chants et témoignages font monter la tension, les têtes dodelinent aux rythmes des incantations, quelques personnes sont quasi possédées, elles dansent entre les bancs, frappent des mains, hurlent Alleluia ! Pray Jesus ! Pray God ! Amen ! Alleluia, etc.
Juste derrière nous un homme exulte sa foi en hurlant littéralement sa joie de vivre, il finira par se faire sortir par son fils rouge de honte.
La dame à coté de moi ressemble à ma grand-mère. Une grande bringue bien mise avec des cheveux blancs éclatants et des gants en dentelle. Elle fraude l’aumône en montrant ostensiblement un billet de 20$ tout neuf et par un habile tour de passe-passe le remplacera par un coupon rabais. Astucieuse comme l'était Mamama Mathilde !
Après une heure trente de délire mystico-religieux et n'en voyant pas la fin, nous nous éclipsons discrètement pour rejoindre le soleil et l'athéisme plus calme. La jolie grand-maman me bénis et me souhaite une bonne vie. Je vous en souhaite tout autant ma belle dame.
Mon sentiment est ambivalent, partagé entre la joie d'avoir participé à une fervente communion très joyeuse et colorée, mais aussi par ce semblant de fanatisme religieux. Une chose est certaine, j'ai très envie de revenir faire un tour dans un temple baptiste un dimanche matin !

Nous regagnons le sud de Manhattan pour visiter le site de Ground Zero. Le ciel bas et la pluie font de ce gigantesque mémorial un endroit glaçant. Les noms des 3000 victimes sont gravés sur des parapets de bronze au bord de deux immenses fontaines représentants les tours effondrées. Dans le quartier on aperçoit encore çà et là des traces de cet incroyable désastre.

Les parasols des  terrasses de Little Italy sont invitants, le retour du soleil et la truculence méditerranéenne nous emmènent bien loin de la Grosse Pomme.

La journée va bientôt se terminer, il est temps de rejoindre Times Square.
Cet endroit est dément ! La foule s'y presse sans trop savoir où elle va, le nez en l'air, hypnotisés par les néons multicolores, les immenses affiches des comédies musicales et le déroulant du NASDAQ qui nous nargue de ses milliards de dollars. Les héros d'un jour exhibent leurs muscles gavés d'un délicieux cocktail de testostérone et de stéroïdes, d'autres font les clowns dissimulés sous des déguisement complètement ratés de Spiderman, ou encore des créatures toutes droits sorties d'un manga miment des minauderies ou des scènes de combat. Times Square c'est comme un très gros Jean Coutu, on y trouve de tout !

Nous pourrions rester à Manhattan et rejoindre l'hôtel via les transports en commun. Mais la journée s'est suffit à elle même, les jambes en coton tige et le front rougeoyant nous grimpons dans le bus climatisé en direction du New Jersey. Nous aurons même du mal à finir notre bouteille de gros rouge californien...


.

New York en liberté avec Sinorama - Jour 1

29 juin 2013 - Jour 1 

J'irais un jour à New York avec toi, et avec toi, et avec toi, et avec toi, et avec toi aussi... Le charme des voyages en groupe.
Deuxième séjour à NYC, cette fois-ci nous avons opté pour le prix et la formule "liberté" de l’agence de voyage Sinorama.
Le principe est simple, départ de Montréal dans la nuit, arrivée au petit matin dans le coin du Rockefeller Center, récupéré le soir vers 21h direction un hôtel à l'autre bout du monde, idem le lendemain et retour vers Montréal le 3ème jour sans oublier l'inévitable arrêt dans un outlet.
Une formule sympa, même si nous trouvions que l'hôtel était sacrément loin du bourg, mais à la fin de la première journée nous n'avions plus ni l'énergie ni l'envie de faire autre chose que prendre une douche et un verre de vin dans notre chambre.
Ça se marche New York, c'est grand New York !

Je n'avais pas beaucoup d'exigences pour ce voyage. Mais il me fallait aller manger une chaudrée de palourdes (clam chowder) au Oyster Bar de Grand Central. Et du coup voir enfin ce hall de gare mythique qui me hante depuis l'avoir vu dans des films et des reportages.

En résumé, Grand Central c'est aussi ça : 164 383 passagers par jour (cherchez pas, ça fait 60 millions par an), 3 hectares, 7 niveaux, 55 000 lampes, 797 trains par jour, 44 quais, 67 voies, 35 restaurants, 2 courts de tennis, un gigantesque drapeau américain suspendu dans le grand hall, mais aucun banc... Le plafond du hall principal est impressionnant (et français !). Il ne fut redécouvert que vers la fin des années 90 après 12 ans de restauration, car sa surface était entièrement encrassée de suie et de goudron de la fumée de tabac.
L'horloge mythique qui trône au milieu du hall est faite d'opale sur ses quatre faces et il est de bon ton de s'embrasser en-dessous. Ah les superstitions...

Le Oyster Bar, improbable restaurant carrelé blotti au coeur de cette gare doit devenir un incontournable d'une prochaine visite à New York. C'est beau, et c'est bon ; la chaudrée de palourdes est crémeuse, riche et réconfortante (même si dehors le mercure frôle les 35º), les plateaux d'huîtres parait-il aussi et l'ambiance y est indéfinissable. De vieux busboy abrités derrière des tabliers d'une propreté douteuse y débarrassent des tables à l'aide de bacs en plastique, les serveuses ancestrales sont d'une vélocité extraordinaire et l'ambiance balance entre touristes curieux et affamés, hommes d'affaires en train (d'essayer) de lâcher prise et voyageurs ayant un peu de temps entre deux voyages.

Candice, fidèle au poste depuis 1887
En quittant la gare, faites un détour par la bibliothèque public (New York Public Library), si ce n'est pour consulter l'un des 53 millions de documents, du moins pour aller voir Candice, la dame aux cheveux fous et roux. Je croyais que c'était un élément de décoration, mais elle est bel et bien vivante. 

Poursuivant notre route vers le sud en descendant la 5ème Avenue, le Flatiron Building est toujours aussi emblématique. Le Madison Square Park offre un îlot de verdure et de fraîcheur dans cette fournaise. 

Nous essayons d'économiser quelques cennes de ticket de métro pour nous rendre au pont de Brooklyn à pied et en profiter pour lamentablement nous perdre. Finalement nous opterons pour le métro dans lequel nous nous perdrons tout aussi lamentablement mais avec encore plus de chaleur. Par chance les wagons sont climatisées et nous finirons par atteindre les rives de Dumbo (District Under the Manhattan Bridge Overpass), encore un acronyme très à la mode, un peu comme notre HoMa.
Le pont de Brooklyn, est une promenade dont je ne me lasserais jamais ! La vue sur Manhattan y est splendide, marcher au-dessus du trafic en direction d'une des villes les plus emblématique du monde est un must qu'il ne faut surtout pas rater.

À la sortie du pont, remontant vers le nord pour traverser Chinatown et y acheter les souvenirs les moins chers de la ville, s'arrêter prendre un verre dans NoLIta (North of Little Italy !), passer dans NoHo (North of Houston street) et se procurer une bouteille de vin 5 fois moins cher qu'à la SAQ, avant de rejoindre l'effervescence de Times Square.

Et ceci en une seule journée de marche forcée, est-ce que l'éloignement de notre hôtel est encore un sujet de discussion ?
. .

Vermont - USA

Je vous l'ai dit et répété, le Vermont c'est à coté, c'est magnifique et en plus les gens sont d'une gentillesse extraordinaire. Ils aiment parler, faire découvrir leur région et leurs produits locaux, utilisent leurs clignotants lorsqu'ils veulent tourner et s’arrêtent même pour laisser passer les piétons. Bonjour civilisation ! 

Habité par les Iroquois, c'est monsieur de Champlain qui en fit le premier la visite en 1609. Samuel trouve l'endroit des Verts Monts charmant, donne son nom au lac, fait bâtir un joli fort, trace quelques sentiers pour que ses soldats puissent se détendre et profite du paysage en pensant à sa doulce épousaille abandonnée au Royaume de France.
Les Anglais ne tardent pas à venir mettre le nez et leur tunique rouge dans cet idyllique tableau, et dès 1724 commence à prendre possession du sud de l'état. Le traître Traité de Paris de 1763 scelle définitivement le sort des derniers colons Français. Batailles, guerres, rivalités, expulsions se feront désormais entre anglophones. Le Traité de Paris de 1783 fera pencher la balance du coté des Américains en exigeant le départ des envahisseurs anglais. Tiens toé !


Quittant Burlington vers le sud, nous longeons le lac Champlain sous un ciel chargé de mauvaises intentions. La route est superbe : à droite les longues eaux, à gauche sous la brume, les collines verdoyantes.
Nous faisons un arrêt dans la toute petite ville de Vergennes pour profiter de la fraîcheur des embruns de la chute de Otter Creek, mais comme il doit faire 15º et qu'il pleut nous ne nous éternisons pas.

En traversant le pont de Chimney Point nous franchissons la frontière de l'état vers celui de New-York. D'un seul coup le lac est à gauche. C'est à n'y rien comprendre.
Hé bien ici aussi c'est très beau, et après quelques kilomètres nous retraversons le lac vers le Vermont en empruntant le petit traversier à Ticonderoga qui en langue iroquoise signifie "à la jonction des deux cours d'eau". J'avais une nounou Iroquoise alors je pratique assez bien cette jolie langue fleurie.

Ici aussi ce sont des Français qui ont posés la première pierre de ce fort nommé Fort Carillon et encore une fois la perfide et jalouse Albion est venue semer le trouble... Comme s'il n'y avait pas d'autres endroits à envahir !

Remontant vers le nord et ce qui semble être une éclaircie nous nous perdons au milieu des vallées, des collines et des prairies. C'est incroyable comme tout devient aventureux lorsque on arrête le GPS !

 Finalement nous revenons à Vergennes pour aller manger au Vergennes Laundry que nous avions vu chez la tentante Josée di Stasio. L'endroit est chaleureux, l'odeur de pain frais titille les narines, les tables accueillantes. Un petit menu de pain maison et produits locaux et une carte des vins sympathique permettent de caler un creux. Nous aurions aimés avoir un accueil un tout petit plus amical au vu de ce que dégage l'endroit.

Ça y est il est revenu ! La grisaille se dissipe et le soleil illumine enfin nos pupilles.

Toujours plus vers le nord et obliquant vers l'est nous allons visiter la capitale de l'État : Montpelier. Capitale, c'est vite dit... 8000 habitants, 7 rues, 28 ruelles et une rivière. Contrairement à ce que son nom pourrait laisser croire, c'est bien une ville fondée par des Américains. Les Français ayant aidé ces derniers pendant la Révolution américaine et parce que la France est toujours à la pointe de la mode, cette modeste bourgade a été baptisée du nom de son aînée héraultaise.
Hormis le fait que les armes sont interdites à la cour municipale et que nous croisons un chien rasta, il ne semble pas se passer grand trouble par ici, mais l'endroit est bucolique et facilement accessible par l'autoroute.

De retour à Burlington nous ratons de 5 minutes la visite de la fabrique de chocolat et devons nous rabattre sur la boutique de Church Street.
Le retour vers Montréal se fera par la voie la plus directe et a peine franchi le poste de douane sous le regard bienveillant d'un officier fatigué le ciel nous tombe sur la tête. Un orage cataclysmique noyé dans un déluge hallucinant m'oblige à trouver le trottoir à tâtons de roue et à espérer ne pas participer involontairement au journal du soir.

Un jour de libre ? Deux ? N'hésitez surtout pas à traverser la frontière américaine et constatez par vous même que nos voisins du sud ne sont pas tous des rednecks acculturés avec un Colt dans une main et la Bible dans l'autre. Ici on préfère la bière et le bon vivre.



.

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...