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Asie 2019 - Bangkok 2/2

4 mars - Bangkok, une acti-vitrée et des beignes en rafale.
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Pas de bougie sur la papaye, le serveur n’a pas dû comprendre ma demande.

Ce matin, nous nous dirigeons vers la première activité de la journée. En chemin, nous croisons multitude d'affiches électorales, vantant les mérites et les promesses des candidats qui se présentent aux élections législatives du 24 mars.
Il y a même un parti qui affiche une feuille de marijuana. Le cannabis à usage thérapeutique est légal en Thaïlande, mais ce parti voudrait que chaque famille puisse faire pousser 6 plants chez eux. Pas certain qu'il passe celui-là.

Par contre, le militaire au regard méchant a de fortes chances de rester au pouvoir. L'armée, de concert avec le Roi, contrôle le pays, il serait dommage de faire tomber une dictature qui ne tolère aucune contestation.
D'ailleurs, un premier parti d'opposition vient de se faire dissoudre, et la chaîne de télévision créée par les enfants de l'ancien premier ministre en exil, interdite de diffusion pendant deux semaines. Tiens, juste le temps de conforter les bidasses au pouvoir !

Il y a deux jours, j’ai acheté des billets en ligne pour accéder au fameux plancher de verre de l’immeuble Maha Nakhon. Je n’ai jamais eu de confirmation ni de réponse à mes courriels, mais mon compte a bien été débité.

Sur place, il suffira au très dévoué préposé de cliqueter sur son clavier pour confirmer mon achat et nous donner accès à l’ascenseur tellement rapide qu’il doit être capable de nous téléporter.
Sans même ressentir autre chose que les oreilles qui se bouchent, nous arrivons au 74e étage. Étant donné l’heure matinale, nous sommes les premiers au sommet de la tour de 314 mètres.

Construite en 2016, la superbe tour Maha Nakhon abrite des logements, des commerces, des bars et un hôtel de 154 chambres. C’est le gratte-ciel le plus haut de Bangkok et il représente une image pixelisée en cours de téléchargement.

Cet étage est un point d’observation intérieur qui, grâce à la technologie de la réalité augmentée, permet de visualiser les points d’intérêts de la ville via l’écran de nos téléphones.
Le ciel est un peu nuageux, mais ça donne une perspective intéressante à la ville qui s’étend à nos pieds. Des piscines ponctuent de leur bleu invitant quelques terrasses, et au loin, on distingue parfaitement Bang Kachao, le Poumon Vert de Bangkok, où nous avions fait du vélo il y a quelques semaines. Ah oui, il faut se replonger dans les archives…

Mais le voyage n’est pas fini, si nous sommes ici, c’est pour accéder au tout dernier étage, la terrasse et son fameux plancher de verre. Nous montons donc au 75e pour embarquer dans un ascenseur vitré qui nous fait grimper au sommet de la tour, le 78e étage.

En gravissant encore quelques marches, on accède au sommet du sommet, The Peak qui est officiellement le bar le plus haut du Royaume.

En face de ce Pic, le fameux plancher de verre domine le quartier par sa transparence.
On nous demande d’enfiler des housses sur nos chaussures, de laisser sacs et appareils photo afin de ne pas abîmer la vitre, et puis on peut aller baguenauder dans les airs.

Je ne souffre absolument pas d’acrophobie.
Je n’ai peur ni du vide ni des hauteurs, mais un tout minuscule instant de doute me taraude lorsque je pose un pied au-dessus des toits des petits immeubles sous mes semelles.

La logique l’emporte rapidement et je m’élance comme si j’avais des patins à glace. Debout, assis, couché sur le dos ou sur le ventre, je donne un spectacle aux gens dont je me fous royalement. À cet instant précis, je suis seul au monde et j’en profite.

Après quelques minutes, je rejoins André qui respire un peu plus rapidement que d’habitude.
C’est à son tour de s’élancer. Et comme c’est à cause de lui qu’on est ici, il serait malvenu de ne pas honorer ses engagements.

Il fait comme les gens normaux, il doute.
Un pied sur la vitre, le corps sur la brique. Un autre pied, mais retour au bord. Puis, il commence à marcher. Très proche de la pierre à laquelle il pourrait éventuellement s’accrocher si la vitre venait à céder.
Enfin, il traverse, mais en marchant sur des œufs. Comme si le fait d’avoir le pied léger était un gage de sécurité sur une vitre qui mesure plusieurs centimètres d’épaisseur.
On a beau savoir qu’un troupeau de tricératops pourrait entamer une gigue effrénée sur cet épais carreau, on doit quand même totalement faire confiance à une personne qu’on n'a jamais vue.

Bon, André a pris trop d’assurance, il faut presque que je le rappelle à l’ordre, on ne passera pas la journée ici.

Nous montons admirer la vue à 360º du haut du Peak, puis retournons sur le plancher transparent pour un dernier tour de piste, avant de regagner le niveau zéro dans l’ascenseur ultra rapide pour accéder directement dans le grand magasin hors taxe du groupe King Power.

Dans quelques années, la tour Super Rama IX devrait supplanter l’actuelle détentrice de par rien de moins que le double de sa hauteur, soit 615 mètres. Une autre visite à programmer d’ici 3 ans.
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Nous regagnons le grand centre Siam Paragon pour céder au rituel repas d’anniversaire : le barbecue coréen.
Un brasero rempli de charbon de bois incandescent est déposé sur la table, et une hotte aspirante vient se placer à quelques centimètres au-dessus.
La serveuse apporte notre commande de légumes, tranches de bœuf et poulet, que nous déposerons sur la grille. C’est un vrai festin, et nous nous régalons de faire notre petite popote de camping de luxe.

André continue son programme fastueux en me traînant dans le très chic café du Mandarin Oriental pour y déguster du bout d’une dent de fourchette en argent un dessert haut de gamme.

La journée a trop rapidement avancé et apporter nos achats à l’hôtel avant de finir la soirée en beauté est une perte de temps. Heureusement, au-dessus du métro Silom, des consignes sont installées et nous pouvons y déposer nos sacs que nous récupérerons ce soir avant de rentrer à l’hôtel.

Chose faite, nous avons amplement le temps de nous balader sur le quai du khlong, juste à côté du superbe ensemble de maisons ancestrales récupérées par Jim Thompson dans les années 50 avant qu’elles ne se fassent démolir à une époque où il fallait faire disparaître le passé pour laisser place au présent.

Des fresques décorent le béton et les bateaux filent à toute allure sur le petit canal dans des éclaboussures d’eau peu ragoûtante.

Nous grimperons dans un de ces bateaux qui, pour à peine 9 bahts nous déposera à la station proche de la Montagne d’or que nous avons l’intention de visiter.

Souvent côtoyée, nous n’avions jamais grimpé les marches pour accéder au Wat Saket, le temple qui domine toute cette partie de la ville.

La vue du haut de la colline est très belle, et le soleil qui commence à frôler les toits de la mégalopole annonce un splendide spectacle.
Quelques moines concurrencent André dans le sonnage de cloches et de gong, mais l’hurluberlu percussionniste ne laisse pas sa place et court de battant en marteau. J’ai un tout petit peu honte, mais il s’amuse et c’est son anniversaire.

Nous sommes choqués par tous les visiteurs qui gardent leurs chaussures au dam de la bienséance. Mais en sortant récupérer les nôtres, nous voyons les grands panneaux et la voix lancinante d’un haut-parleur intimant aux visiteurs de garder leurs chaussures aux pieds.

...

Il est déjà temps de regagner le sol pour notre prochaine activité, un trop longtemps reporté match de muay thai (le vrai nom de la boxe thaïe) au stade Rajadamnern.

En 2002, j’avais assisté à un match au réputé stade Lumphini, fermé depuis et avait vraiment adoré ça. Oui, c’est violent et les pugilistes commencent jeunes. Mais pour devenir bon, comme dans tous les domaines, il faut bien débuter le plus tôt possible. Certains coups sont interdits, et le combat est surveillé de près par l’arbitre et les entraîneurs.

Nous sommes assis au premier rang, le nez dans les cordes. Il y aura 9 matchs de 5 rounds chacun. Une reprise dure 3 minutes, puis 2 minutes de repos, autant dire qu’on va passer du temps ici.

Comme dans tous les matchs, on commence par les plus jeunes. Même s’ils sont musclés comme des athlètes de haut niveau, ils ne doivent pas avoir plus de 15 ans. Le rituel, suivi à la lettre, est mené par une troupe de trois musiciens. 

Tambour, cymbale et hautbois nasillard font résonner une musique lancinante qui rythme les mouvements des boxeurs.

Les deux combattants dansent autour du ring, invoquent les protections, remercient leurs entraîneurs et le public. Ils s’étirent et bougent au son des notes, le spectacle est déjà commencé.

Le coup de gong annonce le début du match.

L’arbitre s’assure que les garçons portent la coquille de protection, essuie les dernières gouttes d’eau sur les gants et rappelle les règles de bonne conduite.

Premier round. Les gamins se jaugent, se tournent autour, se lancent quelques coups de pied et de poing pour voir comment l’autre va réagir. Gong.

Retour dans leurs coins, rouge et bleu se dirigent vers leurs équipes. Rapidement, un grand plateau en métal est poussé sous le boxeur, il pourra ainsi se faire rincer et soigner sans salir le tapis. Massage, eau glacée, conseils, hurlements de motivation, information sur les paris en cours, l’équipe est surchauffée et ira crescendo jusqu’au coup de gong final ou au KO.

Le spectacle n’est pas que sur le ring. Dans la section publique où les gens sont debout, les paris vont bon train. Les spectateurs hurlent et se déchaînent à chaque coup porté.

Au fur et à mesure des combats, des boxeurs de plus en plus balaises et expérimentés se relayent. Un petit râblé en short rouge fait face à un grand aux longs bras. La culotte bleue lance loin ses coups. Le rouge, court sur pattes ne peut les éviter et encaisse sans broncher.
Je ne sais pas ce qu'il se dit dans le coin du rouge pendant une pause, mais il semble temps de passer à l'attaque.

Sa force extraordinaire compense largement sa taille. Il déboule comme cinq lions sur son adversaire qui n’a rien vu venir. Crochets, uppercuts, coup de pied dans le ventre, coups de genoux et de coudes, en moins d’une minute, une avalanche de boulets de canon se déverse sur le grand trop sûr de lui.
C’est un KO sans appel.

Le suivant, en short bleu, ne paye pas de mine et, lui aussi en prend plein la gueule. Mais nous comprenons rapidement sa stratégie. Il est capable d’encaisser, et laisse son adversaire prendre de la confiance.

Mais ses coups de tibia sont dévastateurs. Il frappe avec une force et une rapidité hallucinante, toujours au même endroit.
La cuisse gauche sous le short rouge commence à marquer. Une grande trace écarlate apparaît. Il boite et ne peut plus éviter les coups qui tombent sans discontinuer sous les hurlements hystériques des parieurs en face de nous.
Il a beau avoir une jambe musclée et entraînée, elle finit par céder sous les coups de pilon. Il tombe. L’arbitre le compte, il essaye de se remettre sur ses gambettes flageolantes sans y arriver.
C’est terminé. 
Son adversaire l’aide à se relever, il est porté hors du ring sur une civière, son lendemain sera difficile.

C’est ultra violent, mais c'est un sport codifié où tous les coups ne sont pas permis avec des règles strictes qui doivent être respectées. Il y a une vraie admiration de la part des combattants. Lorsque l’un reçoit une beigne qu’il n’a pas vue venir, il sourit, hoche la tête : ouais, bon coup, mon gars, je ne l'avais pas vu arriver celui-là.

Tous les autres matchs se gagneront aux points et les gagnants et perdants sont applaudis par le public.

Il est presque 22 heures, le stade s’est tranquillement vidé après les combats plus professionnels et nous quittons nos places avant la fin du tout dernier match qui réunit deux amateurs. Nous avons eu notre quota de mornifles.

En sortant du stade, les taxis offrent de nous ramener à des prix défiant toute logique.

Non, pas de compteur, je vous fais un prix à 300 baths. Ce ne sont que 12 dollars, mais en quittant la zone touristique, un chauffeur nous prendra en déclenchant un compteur qui affichera 70 baths à l’arrivée.

Il n’y eut ni bougie ni chanson faussement marmonnée, mais ce 4 mars a été agréablement célébré.





Asie 2019 - Thaïlande - Bangkok 1/2

1er mars – De Manille à Bangkok
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Les oiseaux n’ont pas eu leur mot à dire, encore une fois, nous nous sommes réveillés avant eux.
Je profite de mes dernières heures de connexion internet pour commander un Grab et en quelques minutes nous arrivons devant le terminal 3 où déjà les files d’attente sont en train de s’allonger.

L’aéroport de Manille est réputé pour son immense bordel, car dès les petites heures du matin les voyageurs s’accumulent devant les portes où les contrôles des bagages commencent.

Il faut, comme partout au pays, passer par le scanneur où les sacs sont inspectés. Au fur et à mesure de la journée, les délais s’allongent et finissent par créer retards et hystéries.
Heureusement, il est encore très tôt et nous passons relativement rapidement sous l'œil tolérant des contrôleurs qui, une fois de plus, laissent passer mon sac rempli d’armes blanches sans sourciller.

La boutique hors taxes vend des produits plus chers qu’en ville, et la distributrice d’eau ne se lasse pas de répéter ad nauseam "cold water cold water cold water...’’


Malgré les messages apaisés et répétés des préposés à l’embarquement, les gens se ruent vers le portillon où ils sont refoulés. On appelle les seniors, femmes enceintes, familles avec enfants, puis les passagers par rangées.

Certains veulent absolument passer devant tout le monde.
De loin je montre ma barbe au jeune homme qui contrôle la foule que je fais rire, mais je ne suis apparemment pas assez vieux pour bénéficier d’un traitement de faveur.

Fidèle à ses habitudes, l’avion de Cebu Pacific partira avec presque 60 minutes de retard, mais comme les temps de vol sont majorés, nous arriverons à l’heure prévue à Bangkok.

Nous décidons de prendre le train vers le centre-ville, car il est tôt et il y a peu de chance que notre chambre soit prête.
Situé sous l’aéroport, l’accès y est très simple, et la liaison avec le réseau de métro d’une efficacité redoutable.
On est à des années-lumière d’un autobus 747 bloqué dans la circulation ou d’un taxi hors zone trop cher.

Surprise, la chambre est disponible et fait face à la piscine. Nos plans de secours tombent à l’eau, nous pourrons nous laver et nous changer avant d’affronter la touffeur de la ville.
Ville où contrairement à nos craintes, il fait bon respirer.

Les masques antipollution sont inutiles, on voit même le ciel !
On dirait qu’il y a moins de circulation, et que le vent a chassé l’épais smog loin de capitale de plus de 20 millions d’habitants, toujours est-il que l’air est à nouveau respirable.

C’est parti pour une course aux derniers achats dont je vous ferais grâce.

MBK, Siam Discovery, Siam Paragon, Siam World, Siam Center, Central World en veut-tu des centres commerciaux ? Je veux dire des beaux, propres, modernes, lumineux avec du service, du personnel souriant et tous les commerces dont on rêve. C’est ici que ça se passe et la Place Versailles semble sortir d’un cauchemar.

2 mars – Jatujak weekend market
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Aujourd’hui c’est samedi et c’est l’occasion rêvée d’aller visiter le très célèbre marché du week-end de Jatujak (Chatuchak).
Plus de 11 500 vendeurs, répartis en 15 000 stands nous attendent.
Si tu ne le trouves pas à Jatujak, il y a peu de chance que tu le trouves ailleurs.

De la décoration, aux vêtements neufs ou usagés, des pièces pour la voiture ou le scooter, des animaux en peluche ou vivants, des habits et des laisses pour lesdits animaux, des cafés et du café, de la nourriture à manger et de la bouffe déco, des masseuses toujours prêtes à vous remettre sul' piton, de la vaisselle de tous les jours ou du dimanche, de l'artisanat et des antiquités, de vraies fausses copies attendues avec impatience par les douaniers, des accessoires de cuisine, des spatules, cuillères et bols en bois, des baguettes chinoises, de fausses fleurs par brassées, des t-shirts souvenirs, des chaussures et des gougounes, beaucoup de pacotilles, des millions de petits bracelets colorés, encore des kiosques de nourriture et de jus, des têtes de Bouddha interdites à l’exportation, des accessoires de fumeurs de tabac de drogue, des zounes ouvre-bouteilles, de pen’ porte-clés, des phallus cendriers, des lingams juste pour décorer.

Attends, j’en ai encore 12 957…

Inutile d’arriver trop tôt, les rideaux de fer commencent tranquillement à se lever vers 10/11 heures. Il n’y a pas encore trop de touristes dans les petites allées, et il n’y fait encore trop chaud. Mais ça ne va pas durer, bientôt ce sera la cohue et l’exaspération va nous gagner.
Premiers arrivés premiers à marchander. 
Lorsque les commerces ouvrent, c’est plus facile, car le premier argent qui entre dans le porte-monnaie porte bonheur. Donc les ventes sont plus faciles à négocier, puisque le vendeur veut son premier billet. Comme chez nous, l’argent appelle l’argent.

La plupart des commerces sont regroupés par thèmes, mais ce serait trop simple si c’était vrai pour tous. Et puis, il faut acheter quand ça nous plaît, car ensuite il devient quasiment impossible de retrouver la petite vendeuse chez laquelle on avait trouvé ça telllllement beau !

Nous terminons notre visite de plus de 6 heures dans le coin des artistes. Des vrais, pas des trucs importés de Chine. Tiens, je me demande si les Chinois savent que les souvenirs qu’ils achètent viennent de chez eux…

De grands tableaux, des peintures magnifiques, des collages, des sculptures, des photos d’art, ici, c’est pas compliqué, dans chaque alcôve nous aurions acheté quelque chose. Mais évidemment, les prix ne sont pas du tout les mêmes que dans les sections ''copies et fanfreluches''.

Totalement épuisés, nous reprenons le métro jusqu’à notre salvatrice piscine dans laquelle nous immergerons nos corps vidés de leur énergie.

3 mars - Sur les flots du Chao Praya, les recoins de Kao San et les embruns du khlong 
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Un tour très rapide au Icon Siam, ce centre commercial tout nouveau et hyper luxueux avant de naviguer sur le Chao Praya en direction de Kao San road.

Il fait une chaleur hallucinante, 39º à l’ombre, mais cela ne nous empêche pas de manger dans un resto spécialisé dans la cuisine du nord du pays.
Assiette de salade de fleur de bananier, bol de bœuf haché à la menthe, éclats de riz cru et citronnelle, le tout accompagné de sourires et de gentillesse.

Puis, nous marchons jusque dans le fief des rastapoils et autre babaroutards, l’unique et indémodable Kao San road.

Si la rue des backpackers est encore très en vogue, elle a beaucoup perdu de son authenticité, qu’on l’aime ou pas, c’était ce qui faisait son identité.

En 2017, le gouvernement a annoncé qu’il voulait supprimer tous les vendeurs de rue. Officiellement pour libérer l’espace public et faciliter la circulation sur les trottoirs, mais surtout de peur de ne pas récolter les taxes de vente, les petits kiosques de street-food ambulants ont commencé à se faire éliminer. On peine à y croire, mais on circule presque librement sur des trottoirs où mettre un pied devant l’autre il y a juste 3 ans était un vrai casse-tête.

Aujourd’hui, au mieux il y a des heures et des zones très strictes à respecter, sinon il n’y a plus rien du tout.
Alors, dans Kao San, on marche devant des boutiques où les vendeurs n’y croient plus et tentent par réflexe de rameuter un client qui a besoin d’être plus motivé que ça.

C’est triste, car c’est ce qui faisait la particularité de certains quartiers et permettait de manger bon et vraiment pas cher.
Qu’on se rassure, la police n’a pas mis la main sur tous les petits vendeurs ambulants, et on peut encore trouver moult soupes et fritures dans des endroits moins touristiques.

Je laisse André à ses occupations artistiques et vais me balader un peu dans le coin.
Je constate que les Chinois ont toujours la grande classe vestimentaire, et que les Français ont débarqué en nombre pendant leurs vacances scolaires.
Eux qui poussent de hauts cris lorsque l’heure change deux fois par an, mais qui ne se choquent pas par 6 heures de décalage horaire pour une semaine de congés, et donc un autre 6 heures pour le retour…

Une patrouille de policiers arpente le bitume et, à 17 heures, des barrières empêchent la circulation automobile. Les boutiquiers commencent à installer leurs kiosques de souvenirs et de nourriture.

Les incontournables pad thaï et jus frais sont concurrencés par une nouveauté : l’alligator grillé.
Une longue broche plantée dans le corps, il parcourt à dos d’homme les derniers mètres qui le séparent de son barbecue.

C’est insolite, mais pas plus dégueulasse qu’un méchoui d’agneau ou un poulet sur braise. Par contre, ça sent l’épate à touristes à plein nez, un peu comme les vendeurs de brochettes de scorpions ou les plateaux d’insectes et de grenouilles frits.

Si les Thaïs ne sont pas rebutés par avaler quelques insectes triés sur le volet, ce que je n’ai jamais vu à Bangkok, l’offre de toutes ces bestioles est exclusivement destinée à donner des frissons aux touristes.

Allez, t’es même pas cap’! Moi ?
Non, effectivement, mais c’est parce que je suis végan, allergique au gluten, antispéciste et contre la cruauté faite aux animaux, et de temps en temps je jette du faux sang sur les vitrines des bouchers. Sinon ça m’aurait bien tenté.

Le soleil se couche derrière la Montagne d’or et nous embarquons dans le bateau rapide sur le khlong en direction de la station de métro Phetchaburila. 
C'est le moyen le plus rapide et le plus économique pour revenir à notre hôtel.

Nous visiterons quand même très rapidement le Singha Complex, un nouvel immeuble (encore) qui sent la peinture fraîche et abrite bien entendu quelques boutiques hors de prix. Mais l’architecture est agréable et de nombreux espaces de coworking donnent envie de se mettre au boulot.
Mais pas ce soir...


Asie 2019 - de Bangkok à Cebu en passant par moult rebondissements

31 janvier – Bangkok à Manille à Cebu. Ah ben non.
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Nous profitons du transfert à prix modéré fourni par l’hôtel pour nous rendre à l’aéroport. À notre arrivée, il y a déjà beaucoup de monde en train de faire la file devant les guichets de la compagnie Cebu Pacific.
Si j’avais pensé à nous enregistrer en ligne, nous serions passés tout de suite, mais il en est ainsi de notre organisation.

Kshirasagara manthana
Les billets en poche, nous parcourons les immenses halls de Suvarnabhumi jusqu’au terminal C, en traversant des zones où les boutiques de luxe ont pignon sur rue et remplies de touristes asiatiques.

Je soupçonne les richissimes voyageurs japonais, coréens ou chinois de vouloir dévaliser Dior, Vuitton, Hermès ou Balenciaga avant de rentrer au pays.

Nous nous contenterons d’un croque-monsieur et d’un thé avant de rejoindre la porte C10, la plus éloignée.

L’avion est là, gentiment garé contre le sas, n’attendant que notre entrée pour pouvoir se mettre en ligne de décollage. Mais les hôtesses incitent les passagers impatients à aller s’asseoir, il reste encore un peu de temps avant que les portes n’ouvrent.

Il est presque 9h55 et rien ne se passe, une voix annonce que l’embarquement est décalé à 10h30. Puis à 11 heures…

À travers mon casque audio, j’entends le grésillement du micro et une voix annonce que l’embarquement se fera finalement à 12h00 porte E6.

Je le répète à André qui n’a rien compris et nous prenons rapidement nos sacs pour sortir du chaos qui est doucement en train de naître.

Dans la vie de tous les jours, le E est très proche du C, mais pas dans le démesuré aéroport international de Bangkok. Nous repassons devant les tablettes de Toblerone qui me font de l’œil et sommes les premiers à arriver devant un portail clos.
Au moins, nous aurons les places proches de la borne de recharge et pourrons tranquillement continuer à vider les batteries de nos téléphones.

Sur le panneau, l’heure change encore pour 12h 30 puis 13 heures.
Nous avons une correspondance à Manille qui décolle à 18 heures, j’avais expressément pris de la marge suite à des commentaires concernant l’organisation un peu confuse sur place.
Avec un peu moins de 4 heures de vol, nous sommes encore dans la marge, mais c’est limite.

Et puis, les minutes s’égrènent, tranquillement, sans que rien ne se produise. Plus d’agents de bord, plus de modification sur le panneau, rien.

Nous sommes en Asie, et personne n'est vraiment impatient ou en panique, j’imagine que nous ne sommes pas les seuls à avoir une correspondance.
Bon, là c’est certain que nous n’aurons pas notre vol de 18h, mais la fréquence est assez importante pour que nous puissions espérer un vol plus tardif.

Espoirs douchés par le jeune agent en formation qui monte nous prévenir que le vol est annulé et que nous devons le suivre. Le pauvre, c’est sûrement son baptême du feu et il essaye tant bien que mal de répondre aux questions des 200 passagers.

Encore une fois, nous prenons les devants et repassons devant les douaniers qui annulent notre visa de sortie. Un tampon cancelled que nous n’avions pas encore dans nos passeports, mais dont nous nous serions bien passés.

Un couple mené par un garçon très bronzé commence à faire des histoires et s’en prend aux agents. Il est fâché et veut passer devant tout le monde. Son arrogance me laisse à penser qu'il vient d'un pays de ma connaissance.
Allez, on rejoue au petit jeu d’hier qui vous mènera sur une plage de notre choix à vos frais ?

Nous récupérons nos sacs et nous rendons à l’extérieur où, si j’ai bien compris, des bus viennent nous ramasser pour nous emmener dans un hôtel.
Rien n’est vraiment organisé et tout le monde essaye de passer devant les autres. J’envoie André dans le bus avec nos deux petits sacs et prends les deux gros pour les mettre en soute.

Enfin, après 30 minutes de route à travers la banlieue enfumée de gaz carbonique, nous arrivons au pied d’un immense hôtel où on nous remet rapidement une clé de chambre en nous invitant à aller nous sustenter au buffet.
Là par contre, l’organisation est parfaite, on dirait bien qu’ils sont habitués à ce genre de péripétie.

Chambre immense, buffet bien garni, ne reste plus qu’à aller à la chasse aux informations. Aucun personnel de Cebu Pacific n’est présent, nous recevons des bribes d’infos et je ne sais toujours pas comment on va réussir à prendre une correspondance pour le lendemain.

Mais les filles de l’accueil sont au top et conservent le sourire en toute circonstance. Inutile de s’énerver, elles sont encore moins responsables de ce qui arrive que notre pauvre jeune homme en formation.

D’après ce que je comprends, le vol devrait avoir lieu entre 2h30 et 3h du matin, mais je ne sais pas à quelle heure nous devons nous présenter. La nuit sera courte…

Prenant notre courage à deux mains, nous sortons dans la rue et aussitôt nous ressentons la gêne causée par l’incroyable pic de pollution qui sévit en ce moment sur la ville.

La sensation de brûlure dans la gorge est intense.
Nous croisons beaucoup de monde avec des masques et décidons de faire comme eux en allant en acheter au 7-Eleven.
Une cliente me montre quel modèle choisir, il est noté 2,5 PM, et c'est paraît-il, efficace contre les microparticules. À part une bouteille d'oxygène pur, rien n'est plus efficace en ce moment. Nous repartons munis des précieux filtres, que nous enfilons immédiatement.

L’air est chaud, les lunettes pleines de buée , mais nous respirons mieux et les gens nous regardent avec l’air de dire, mais qu’ils sont brillants ces Farangs !

Retour à l’hôtel, aucune nouvelle fraîche, alors nous allons nous poser un peu et profiter de la grande chambre et de la salle de bal de bain.
...
20h30
Dernière nouvelle, nous avons rendez-vous à 2 heures du matin dans le lobby de l'hôtel.
...
22h35, on frappe à la porte. Par le judas je distingue un employé de l'hôtel avec une liste. Je comprends qu'il faut descendre, et qu'il faut se grouiller.
Très efficaces dans l'urgence, nous quittons nos siestes, bouclons les sacs et sommes dans le lobby 1 minute 15 plus tard.

On dirait qu'un enfant a donné un coup de pied dans une fourmilière, ça grouille, ça crie, ça panique un peu.
Les parents tirent leurs marmailles aussi fort que leurs valises, les gens réfléchissent individuellement, en fait ils ne réfléchissent plus du tout. Le cerveau reptilien a pris le dessus, l'instinct primitif est en action.

Et c'est là, sur l'épais gravier du stationnement, que le sac à dos prend tout son sens.
Les roulettes des valises s'embourbent dans les petits cailloux, et, prises de panique elles tanguent et se retournent comme des animaux en danger.
Des dames, probablement très dignes en d'autres circonstances se transforment en harpies, doublent et foncent comme si elles avaient le diable aux trousses.

Je vais directement au dernier bus, le plus éloigné de la cohue. Un monsieur crie qu'il reste deux places, c'est exactement celles-là que je voulais.
Par contre, la soute à bagages est pleine, qu'importe, nous montons avec nos sacs et les aurons sur les genoux. Nous serons plus rapides à l'arrivée, lorsque tout le monde voudra récupérer ses biens.

La jeune hôtesse nous offre une petite boîte à lunch garnie d'une brique de lait de soja, d'un verre d'eau et de viennoiseries sèches. C'est l'intention qui compte.

22 h 57, l'équipage s'ébroue. Notre autobus quitte un stationnement où des âmes en peine qui ont un peu trop traîné dans leurs chambres errent à la recherche d'une place dans un véhicule. Nos phares les éclairent une dernière fois avant de s'enfoncer dans la moiteur nocturne. 
23 h 32 (j'aime la précision) le bus accoste devant le Hall des départs.

La file pour l'enregistrement est juste en face de nous et nous sommes 21 et 22e derrière la ligne d'attente. L'avion est effectivement prévu de décoller à 2h30, mais je me garde une petite réserve.

Et là, évidemment ça merde. Un problème informatique bloque tout enregistrement, mais, à part un Occidental habillé comme Ronald McDonald's, personne ne se plaint.
...
00h42, ça y est, nos sacs sont déposés sur le tapis, le préposé nous donne des coupons pour deux vols gratuits et nous refaisons la file pour passer la douane.

Un troupeau de Chinois se rue vers les cordons censés canaliser la foule, ça crie, ça gesticule, c'est un spectacle très vivant.

Enfin, nous atteignons la porte d'embarquement D1A, et nous installons confortablement sur les bancs à côté des toilettes. Le meilleur endroit pour se reposer, entre les allées et venues, les drôles de bruits qui s'échappent des bécosses et les odeurs relativement atténuées par le salon fumeurs de l'autre côté de la pièce.
...
2h08, il manque la moitié des passagers…

1er février – Le jour sans fin
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Il est 4 heures 30 quand, enfin, l’avion se catapulte par-dessus les nuages de plomb et la brume toxique qui recouvrent Bangkok.
Dans mon état semi-comateux, je me demande si c’est normal que l’avion roule aussi longtemps sur le tarmac, et si le bruit de sifflement n’est pas un signal pour nous inviter à nous échapper de la carlingue. Trop tard, les roues quittent le sol, les vibrations cessent. 

L’hôtesse assise en face de nous recommence à respirer et range son chapelet.
Soit c’est une sacrée froussarde atteinte d’aérodromophobie ce qui est un comble pour une agente de bord, soit la demoiselle est atteinte de religiosité aiguë.

La nuit va être courte, et se résumera à une sieste instantanée de 15 minutes, entrecoupée de tête qui tombe, de mal de nuque et de début de ronflement.

De toute façon, il fait tellement froid que je refuse de m’endormir de peur de ne jamais me réveiller. J’ai l’impression que quelqu’un de mal intentionné a ouvert un hublot quelque part et que les -53º arrivent directement sur ma personne.

À peine le temps de penser à ma future hypothermie, que déjà à travers l’interstice du hublot, le ciel blanchit. Le soleil vers qui nous nous dirigeons est sur le point de terminer sa nuit. Il dore la mer de nuages qui recouvre celle de Chine.
Le spectacle est magnifique, mais j’ai vraiment les yeux qui piquent et cette fois-ci, ce n’est pas à cause de la pollution de Bangkok, mais du manque de sommeil.

Pourtant, nous sommes en approche de l’aéroport de Manille et je dois me rendre à l’évidence, ce n’est pas maintenant qu’il faut dormir.

Nous survolons des quartiers de la lointaine banlieue aux maisons toutes identiques, aux villas grandioses, mais surtout aux bidonvilles en ruine, où les masures délabrées sont posées les unes sur les autres. Ça sent la misère jusque dans la cabine, on distingue parfaitement les eaux noires remplies de déchets, les planches brinquebalantes qui franchissent les pilotis et les bouts de tôles mal ajustées qui servent de toit.

Au loin, dans un horizon sombre et brumeux, les buildings de Manille forment les contours d’un immense château fort aux murailles invulnérables.

L’avion se pose sur le tarmac, le pilote annonce notre arrivée et c’est un tonnerre d’applaudissements et de cris de joie qui accompagnent ces propos. 

Notre hôtesse, tétanisée par la peur commence à reprendre des couleurs, il faut vraiment qu'elle change de métier la pauvre cocotte.

Il nous faudra encore plus de 40 minutes pour accéder à une passerelle, le trafic en ce vendredi matin étant très intense. Un avion tout cassé est comme une drôle de décoration à notre passage, pourvu que ma demoiselle phobique ne le voie pas.

Nous passons la douane et allons rapidement récupérer nos bagages avant de reprendre un billet pour une nouvelle aventure.

Le vol Air Asia pour Cebu est perdu, le préposé ne peut rien faire. Nous allons donc chez Cebu Pacific pour voir s’ils peuvent nous arranger quelque chose.
Hormis un papier certifiant le retard et le conseil d’aller retourner voir Air Asia, c’est tout ce qu’ils peuvent faire pour nous.

Retour au guichet précédent, où la fille nous explique que peut-être en allant chez Air Asia au terminal 4 ils pourront faire un geste, mais rien n’est moins sûr.
Nous sommes au terminal 3, il faut prendre un taxi, nous n’avons pas d’argent, une petite pointe de découragement est en train de nous picosser.

Bon, reprenons l’option A et allons voir aux bureaux de Cebu Pacific ce qu’ils nous proposent avec le petit carton de gratuité que nous avons eu à Bangkok.

Le vol de 13 h 45 dans lequel il restait de la place vient de fermer, ils ne peuvent plus nous mettre dessus. Le prochain vol disponible est demain. Échange de regards découragés, il est midi, nous n’avons toujours pas dormi, ni mangé depuis bien longtemps. Je demande à la jeune fille de trouver une solution, il est hors de question que nous passions une nuit à l’aéroport.

Cliquetis intenses sur le clavier, concentration sur les lignes qui défilent, elle en appelle à sa superviseure, et nous propose un vol pour Tagbilaran dans 1 h 45.
Tagbilaran est l’aéroport de l’île de Bohol, elle-même reliée à Cebu par deux heures de bateau.

Brève concertation avec André et nous décidons à prendre ce billet, puis de trouver un logement à Bohol où nous avions de toute façon décidé d’aller.

Par contre, il faut payer la taxe d’aéroport, et en liquide. Je cours donc au sous-sol, trouve un guichet et retire de l’argent avant de repartir à la course retrouver ma petite dame et son client à la triste mine.

André décide d’acheter à manger dans un petit comptoir de sandwich, mais commande un plat qui va mettre 15 minutes à arriver, et l’embarquement est dans 20 minutes. Ce n’est pas comme si nous n’avions pas déjà vécu un peu de stress depuis ces dernières heures… Heureusement, le plat arrive un peu plus tôt et l’embarquement commence un peu plus tard, les astres s’alignent.

J’ai réussi à acheter une carte SIM pour mon téléphone et fouille les sites pour trouver un logement décent et abordable à Bohol.
Force est de constater que mes critères sont discriminatoires pour nombre de piaules et qu’en ce début de week-end, il n’y a plus rien de disponible.

Nouveau changement de plan, nous prendrons bien un bateau de Bohol à Cebu et honorerons une partie de la réservation au Mayflower Inn où nous avons déjà perdu une nuit. Rapidement, je vais sur leur site et en réserve deux autres, nous avons besoin d’arrêter de courir et nous reposer un peu.

Habitués au rythme de Cebu Pacific, nous ne nous offusquons pas des 58 minutes d’attente dans l’avion. De toute façon, je m’endors par saccades et m’apercevrais à peine du décollage.

Assis coté hublot, André profite d’un paysage magnifique, moi, je dois me concentrer pour ne pas tomber tête première dans les chariots de bouffe des hôtesses.

L’avion se pose à Bohol, les passagers, sourds aux annonces, quittent leurs ceintures de sécurité aussitôt que les roues touchent le sol. Habitué, le personnel de bord ne s’en offusque même pas.

Nos sacs arrivent, nous quittons l’aéroport et aussitôt la horde des chauffeurs de taxi nous tombe dessus.
Le premier propose un prix trop élevé, même si je ne connais pas du tout le montant pour se rendre au quai.
Mais le deuxième a une approche bien plus sympathique et commence tout de suite par un prix inférieur. Je discute un peu, nous arrivons à un accord, et finalement, le très sympathique chauffeur aura quand même l'argent demandé. Quand on aime, on ne compte pas.

Félix, nous parle de son île qu’il aime tant et dont il est très fier, de son désir de voyager en Nouvelle-Zélande en Corée du Sud et dans l’Ouest canadien (mon récit de l’hiver 2019 l’a un peu dissuadé de venir au Québec), et des gros tarés d’islamistes qui sévissent au sud de Mindanao et qui font péter des bombes comme des connards sans couilles.
Je l’aime bien, Félix.

Trop heureux de son pourboire, il nous accompagne au guichet et nous explique les démarches à suivre pour acheter les billets, puis, avant de nous quitter, nous offre de louer deux scooters chez lui à bon prix.
Je lui dis juste un, parce que si tu dis à André d’aller à droite, il tourne à gauche, ça le fait beaucoup rire. Ici, les enfants de 10 ans sont déjà des As du guidon.

Nos billets en poche, la taxe de port payée et nos sièges sur le pont supérieur attribués, nous prenons place dans la salle d’attente, le bateau part dans 30 minutes.
Ce qui n’empêche pas un mouvement de panique de Chinois, complètement excités, qui foncent vers la porte dûment gardée par un agent imperturbable et très souriant.

Il a beau leur expliquer que le bateau vient juste d’accoster, qu’il faut débarquer 275 passagers et leurs bagages, ils ne comprennent rien. Peut-être que mon sourire narquois interpelle une dame qui parle un petit peu anglais, car elle vient vers moi avec son billet et me demande si c’est la bonne heure.

Je lui montre le mien, c’est le même bateau, lui dis que nous partons en même temps et qu’elle doit s’imprégner de la zénitude ancestrale de l’occidental qui vient de passer une très longue journée.
Elle ne ratera pas son bateau dusse-t-elle pousser les autres passagers, aidée par sa famille de 18 personnes et autant de valises à roulettes.

Chinois et autres passagers à bord, le commandant envoie un petit coup de corne, les amarres sont larguées et les puissants moteurs nous lancent vers le nord et la ville de Cebu. Pour continuer dans la même veine, nous avons eu les derniers sièges, juste en face de la porte des toilettes. Nous aurons ainsi le plaisir de rencontrer presque tous les passagers de notre pont, principalement ceux qui ont un besoin naturel.

La mer est belle, le sillage impressionnant, et le vent fraîchit un peu. Le soleil est en train de jouer à cache-cache avec un nuage avant de disparaître derrière la chaîne de montagnes du sud de l’île.
Vingt-huit ans plus tard, je reviens à Cebu par la voie royale : le port. Il n’y a rien de plus magique que d’arriver quelque part par bateau.

Le port est l’endroit qui concentre tout ce qui se fait de plus intense dans une ville. Tous les trafics, l’ambiance unique, les opportunistes en tout genre, la pauvreté extrême, les marins qui tanguent d’avoir trop navigué ou trop bu et les crapules qui n’attendent qu’une occasion pour détrousser le matelot innocent.

Mais notre voyage n’est pas tout à fait terminé, il faut encore trouver un taxi et l’hôtel quelque part dans Uptown.
Nous quittons rapidement la zone des taxis voleurs qui refusent d’utiliser le compteur et lancent des prix délirants, enfin pour le pays. Après une centaine de mètres de marche, nous arrêtons un taxi, et grimpons dedans comme si nous étions des habitués. En général ça suffit pour que le chauffeur mette son compteur en marche, pensant que nous sommes au fait des us et coutumes du pays.
Évidemment, à l’arrivée, il nous en coûtera le quart de ce que les arnaqueurs du port nous proposaient.

Nous traversons la basse ville, peuplée d’une multitude grouillante de petits boulots. Barbecues sur le trottoir, circulation dantesque, enfants aux pieds nus tentant de vendre des babioles pour gagner un peu d’argent, le spectacle à travers les vitres de la voiture est tout sauf relaxant.
Je sens la patience et la légèreté quitter doucement le corps d’André. Il ne dit plus un mot et je vois dans ses yeux que ça commence à être trop d’informations pour lui.

Heureusement, après une vingtaine de minutes dans ce délire citadin peuplé de klaxons, de fumées nauséabondes et d’anarchie, nous arrivons à destination.

Enfin, l’enseigne du Mayflower Inn s’affiche devant la voiture. Un gardien de sécurité, solidement charpenté et dûment armé d’un pistolet qui n’a rien de factice vient nous ouvrir la porte et nous invite à entrer dans l’hôtel, muni d’un énorme sourire.

La chambre est là, confortable, propre, tellement attendue.
Il est 19 heures, nous avons commencé cette journée hier à 6 heures du matin, incluant l’heure de décalage, nous concluons un voyage de 38 heures.
Plus qu’il n’en faut pour rallier Montréal à Bangkok, en passant par n’importe quel côté… Nous avons plus que mérité une bière.


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