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Mardi 26 janvier – 125 km, de Mae Chaem à Chiang Mai. Fait frette en tabarouette !

Parlez-moi d'une nuit tranquille ! 
Si le vent a de temps en temps soulevé les rideaux, et fait entrer un froid polaire dans notre cabane, c'est l'un des endroits les plus calmes que nous ayons connus. 
À 5 h du matin, le tintamarre de la pluie s'abattant sur la campagne nous confirme, si besoin était, les prévisions. Mais l'aube est encore loin, et de toute façon, il fait vraiment trop froid pour sortir de sous ces maigres couvertures. 

Le Doi Inthanon quand il fait beau
La virée jusqu'au sommet du Doi Inthanon qui, fort de ses 2565 mètres domine le royaume, semble compromise. Le ciel est complètement bouché, nul espoir de voir les cimes se dégager dans les prochains jours. 
Nous prendrons donc la route la plus directe vers Chiang Mai. 

En prévision des intempéries, nous revêtons nos tenues étanches et rigolotes. L’entraînement d'hier a eu du bon, nous savons comment nous y prendre pour ne laisser aucun morceau de peau apparent. Hormis mes mains en contact direct avec le vent, je suis aussi étanche qu'un Tupperware. 

Nous quittons Mae Chaem, il ne pleut pas, mais il fait frais. Très frais, le thermomètre indique toujours un pauvre 12º et je ne suis pas optimiste pour la suite du trajet, car nous avons quelques cols à franchir. 
La route est en bon état, mais glissante, tout le monde fait très attention. Mes origines alsaciennes sont un réel avantage pour ce qui est de la conduite dans le froid, le brouillard et l'humidité. 

Le Doi Inthanon quand il fait moche
Dans la montée vers le Doi Inthanon, nous traversons des forêts ruisselantes et fantomatiques. Il fait de plus en plus froid et la visibilité se résume à 2 mètres, il faut redoubler de prudence et anticiper chaque virage. 
Le thermomètre confirme ce que mes doigts gourds ressentent, il fait 7º, mes mains sont complètement paralysées, et je dois souvent les secouer pour y faire circuler le sang. 
La moto, c'est agréable en presque tous temps, il suffit d'avoir l'équipement adéquat. 

Enfin, c'est la descente vers la grande plaine. Le brouillard disparaît derrière nous, la route est sèche et les longues lignes droites succèdent aux virages. Le mercure remonte un peu, mais ne dépassera jamais 13 degrés. 

Je m'autorise des pointes de vitesse, en espérant que le casque miteux de mon passager tienne le coup. Juste avant d'arriver à Chiang Mai, dans la circulation d'un grand boulevard, nous nous arrêtons au Central Plaza Chiang Mai Airport. 
Immense centre commercial qui, comme son nom l'indique, se trouve à côté de l'aéroport. Une halte bienvenue pour se réchauffer, et prendre un bon repas dans le food court. 
Nous sommes tentés par un café, mais la multinationale au logo vert à face de sirène, propose ses cafés au double du prix de chez nous. 
Nous trouverons un café local, bien meilleur et sans reverser le moindre sous aux actionnaires déjà trop riches. 
Évidemment, la visite de quelques boutiques s'impose, j'en connais un qui n'est pas sevré et un peu en manque... 

Nous sommes à quelques minutes de la ville, trouvons facilement notre résidence, y stationnons la moto avant de nous défaire de nos tenues extraterrestres et prendre un instant de repos plus que mérité.
Nous aurons finalement le privilège de tester l'étanchéité de nos tenues sous une averse tropicale, je peux confirmer que nous avons fait un excellent choix, autant aux niveaux des couleurs que des matériaux.

New Delhi restaurant
Le soir, nous irons manger dans le meilleur restaurant indien jamais fréquenté, le New Delhi. 
Anonymement installé sur la rue Ratchawithee, près du pub irlandais, ce restaurant propose d'authentiques plats indiens très bien préparés, parfaitement épicés et servis généreusement. Un must que je recommande chaudement. 

C'est la fin de notre voyage à moto dans le nord de la Thaïlande. Un road trip génial qui nous a mené en des endroits extraordinaires, à la rencontre de gens et de paysages uniques. 

Faire de la moto/scooter en Thaïlande et une expérience que je recommande à tout le monde. Enfin, à tout le monde qui a une connaissance du maniement d'un deux-roues, un peu d'expérience et une grande soif de découverte. 

Le Nord, avec ses belles routes et une circulation plus fluide est le terrain idéal pour de belles journées le nez au vent.

https://www.google.com/maps/d/edit?mid=zcgTcGRJk8v0.kdIALMdO3FeU
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Lundi 25 janvier – 165 km, de Mae Hong Son à Mae Chaem, déguisés en bonbons...

Lac de Mae Hong Son
À 5h45, je suis réveillé par un déluge biblique. Ça augure vraiment mal pour la journée qui va bientôt commencer. Je me rendors et rêve de canicule. 

Nous nous levons tôt, la pluie fait une pause et nous partons au marché pour trouver des impers. C'est primordial, il fait vraiment plus froid et la pluie nous attend quelque part sur la route qui est relativement longue et sinueuse. 
J'ai quelques talents d'acteur lorsque je joue au Taboo ou Times Up, et je vais en faire profiter les commerçantes du marché. 
Enfin, à force de mimer la pluie qui tombe, mon désespoir d'avoir froid et d'être mouillé, elles sortent des impers. Enfin, une fois qu'elles ont fini de se bidonner. 
Et leurs voisines de kiosque aussi, parce qu'il est impossible d'offrir un spectacle personnel dans un marché. Je récolte des applaudissements, quelques sucreries et des viscères de porc que je me ferais un plaisir de cuisiner ce soir. 

Déballage de la marchandise. Un poncho bleu, pas super pratique. Un pantalon et une veste de pluie rose vieux bonbon, là, on commence à trouver ça pas mal. 
Finalement, j'opterais pour un ensemble du meilleur goût, un pantalon rose et une veste longue bleue poudre. 
Assortis avec des sur-chaussures en sac poubelle, la pli ka tombé, vent ka soufflé, on est prêts ! 

Nous revenons à notre chambre, et admirons nos précieux achats. Ça doit faire quelques années que ces articles sont stockés, les plis sont presque collés entre eux. 
Qu'importe, c'est solide, très étanche et presque à la bonne taille. 
Ah oui, le one size fits all c'est valable pour les Thaïs, mais difficile de faire entrer un Christophe tout entier dedans. 

Les manches remontent un peu sur les avants-bras, les bas de pantalon à mi-mollets, on va ajuster tout ça avec de la ficelle et des élastiques. Et puis, hormis aux yeux des Occidentaux, nous ne serons jamais ridicules pour les locaux, ici, c'est système débrouille, qu'importe le look. Heureusement ! 

En attendant, notre réveil aux aurores nous permet d'aller dévorer un excellent petit-déjeuner au café 77 House's. Une belle adresse, qui sait faire d'excellents expressos, et de bons plats. 
Allez, il faut se motiver un peu, c'est l'heure de partir. Nous nous équipons dans notre chambre, étudions les tenues, ajustons quelques longueurs, et nous préparons à enfourcher notre monture. 

Un couple de Français Parisiens nous interpelle : 
  • Ben dis donc y s'lèvent tard les motards. Et ça marche bien cette moto ? Vous avez dû la payer cher. Nous, on préfère le petit scooter. Oui, à deux dessus, c'est cool. Et puis on va pas vite, on a le temps de voir le paysage, on en profite, nous. De toute façon une grosse bécane comme ça, c'est trop lourd pour ici. Tu sais, moi en France, j'ai une grosse moto, alors je sais ce que c'est, blablablabla... 
Verbiage, logorrhée verbale, je m'écoute parler, je suis fendant et prétentieux, je suis ? Je suis ?

Promis, je suis resté serein, en fait, je ne lui ai même rien répondu. J'ignore assez bien les gens à qui je n'ai rien à dire, atterré par le flot de conneries qui peut sortir d'une simple bouche. 
Je monte donc sur ma moto trop lourde et trop chère, embarque mon copilote et m'en vais dans le doux ronflement de ma bécane de riche voyageur. 

Quelques kilomètres au sud, dans les contreforts des premières montagnes, le ciel s'assombrit. Nous nous arrêtons au bord de la route pour enfiler nos bottes en sac-poubelle et les attacher avec des bouts de ficelle en nylon, que j'ai prélevé sur ma corde à linge.

C'est très difficile de faire des nœuds solides quand on a les mains gelées et une crise de fou rire. Impossible de rester sérieux quand on voit notre dégaine, ça a du bon de ne pas se sentir jugés. 
En fait, les Thaïs croisés sur la route, nous font des signes OK avec le pouce levé au ciel et de grands sourires. Ils doivent se dire : Maudit qu'ils sont brillants, ces farangs. 

La route est vraiment sympa, dommage que le thermomètre de la moto affiche un anémique 12º. Il ne pleut pas, mais nous roulerons très souvent dans le brouillard. 
Les gros nuages gris que nous voyions, avant d'attaquer ces routes de montagne, sont agrippés aux sommets et ne comptent pas en bouger avant quelques jours. 
Nous traversons des villages complètement cernés par le mauvais temps. Les habitants sont regroupés autour de petits feux, abrités sous toutes les couvertures et vêtements les plus chauds qu'ils aient pu trouver. 
Nous apprendrons plus tard que le froid de cet étrange hiver a tué plus d'une soixantaine personnes dans le nord du pays. 

Enfin, la petite ville de Mae Chaem est en vue, et l'hôtel où nous avions trouvé un chalet et une piscine pour nous soulager de la chaleur, il y a 10 ans et toujours là. 
Le chalet en bois est toujours à 400 B, nous n'avons pas un instant d'hésitation, mais j'ai du mal à sortir les passeports, mes mains sont complètement tétanisées par le froid. 

Nous ne traînons pas, et allons faire un tour au marché où nous dévorons un délicieux épi de maïs très chaud. Il est emballé dans un sac plastique, alors, je le passe sur mon corps pour me réchauffer. La vendeuse est morte de rire et interpelle ses copines. Nous quittons le marché avant de recevoir d'autres viscères en guide de remerciements.

Sur la route, nous mangeons dans un tout petit restaurant tenu par une dame adorable et revenons nous reposer et nous réchauffer dans notre bungalow. 
Le village est endormi, léthargique, assommé par ce temps détestable. Les rares commerces sont à peine entrouverts, il n'y a rien à faire, sinon se reposer et reprendre des forces pour demain. 

Le soir, nous trouverons la force de tomber sur un restaurant familial où nous nous sustenterons d'un pad thaï devant un soap local avec les enfants du couple. 

Il est temps de regagner notre masure, où les fenêtres sont des moustiquaires que nous tentons de colmater avec les volets. 
Le vent froid y trouvera son chemin jusqu'à nos lits, j'ai bien fait de refuser les chambres avec clim que la fille de l'accueil m'avait proposé avec un petit sourire ironique.


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