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Vendredi 19 février – Golden Rock'n roll !

Nous quittons le Galaxy en remerciant infiniment notre charmante hôtesse de son accueil formidable et du bon temps que nous avons passé à Hpa An. 
Un taxi affrété par ses soins nous emmène au bureau de la compagnie de bus qui doit nous conduire à Kyaikhtiyo, ville carrefour pour monter à Kinpun où se trouvent notre hôtel et le Rocher d'or. 

Le bus de 9h arrive à 9h30, jusque-là c'est normal. 
Nous jetons nos sacs dans la soute et montons trouver nos places. Le sol est entièrement recouvert de boites de canettes, ce qui ne laisse pas de place pour allonger les jambes. 
Un bus birman c'est déjà pas super confo... 

Nous nous arrêtons toutes les 3 minutes pour embarquer des passagers, il nous faudra presque 1 heure pour atteindre le pont à 10 minutes de la ville. 
Dans les hauts-parleurs, les prières bouddhistes lancinantes sont hurlées par un moine monotone. Après, nous aurons droit à quelques clips qui finissent toujours de façon dramatique, et l'olive dans le martini, un show d'humour, je crois, interprété par 10 jeunes hommes qui passent leur temps à s'arracher le micro, se taper sur la tête avec des plats en aluminium, se pousser et faire rire le public et les passagers. Enfin, les passagers locaux.

J'ai envie d'arracher mes jambes, je ne trouve plus de position acceptable, mon sac à dos plein d’électronique pèse sur mes cuisses. Je fais une tentative de méditation, mais les coups de klaxon rageurs du chauffeur me tirent régulièrement de ma contemplation.
Finalement, nous arrivons à destination à 12h30, surpris que ce soit déjà là, bonne surprise ! 

Nous négocions rapidement un taxi trop cher, mais exclusif, sinon il aurait fallu trouver les mini-bus qui font la liaison pour 500 K et qui ne partent qu'une fois pleins de passagers. 

À Kinpun, l'hôtel Bawga Theiddhi que j'ai pris la peine d'appeler il y a deux jours n'a pas ma réservation, il n'y a plus de chambres disponibles sinon à 55$ (oui, US). 
J'insiste, demande à voir le registre où peut être mon nom est mal écrit, mais la jeune fille confirme que je n'existe pas... 
Après moult tergiversations, coups de fil à un monsieur qui ne parle pas plus anglais, j'arrive à obtenir une chambre à 40$ (55 au début), mais sans salle de bains, sinon partagée sur le palier. 
Bon, au moins c'est propre, et la chambre est immense, mais donne sur la place centrale qui ne dormira jamais. 

Nous partons acheter le billet de bus vers Yangon pour le lendemain. 
Plus de place avant midi, dit le monsieur bougon en train de chiquer. Son jeune qui parle anglais, trouve deux places sur le bus de 10 heures, c'est réglé. 

Il est temps de monter à ce fameux Rocher d'or. Nous suivons les pèlerins et allons au grand hangar à côté de l'hôtel. Montons dans l'un de ces énormes camions où il reste deux places libres, poussés par des jeunes hommes aux yeux hallucinés. Maudit bétel ! 

Nous sommes une quarantaine, entassés à 6 ou 7 sur une petite banquette, semi-assis, avec l'impression d'être sur un manège, les genoux coincés dans la barre de métal du siège de devant. Chouette. 

Le camion part, et s'arrête 20 mètres plus loin pour 10 minutes. 

Enfin, nous attaquons la montagne. C'est sympa finalement, nous sommes à l'air libre, je lève les bras au ciel et hurle à chaque virage. 
Autour de nous, c'est la consternation, tout le monde nous regarde. Je baisse les bras et fais comme les autres, des oh et des ah plus retenus. 

Premier arrêt, un homme monte sur le camion, avec un gros bol d'offrandes en argent pour récolter des dons. Il explique à tout le monde que c'est pour le bien de la communauté, que la réfection de la route à coûté plus cher que prévu, qu'il faut refaire les peintures des temples, et que ses enfants aimeraient partir à Disneyland aux prochaines vacances. 
Tout le monde s'en tape, personne ne le regarde et nous repartons. 

Jusqu'au prochain arrêt où un monsieur monte sur le camion, avec un gros bol d'offrandes en argent pour récolter des dons, etc. 

Quelques virages serrés, descentes à fond pour attaquer la prochaine côte, et nous nous arrêtons devant une boutique/bar/boui-boui. 
Un monsieur monte sur le camion avec un bol d'offrande en argent… 
Une grosse dame vend des boissons hors de prix sans succès. Le chauffeur éteint le moteur, quitte son volant et part s'installer à une table pour siroter une boisson fraîche en fumant quelques cigarettes. 
Il fait très chaud, personne ne bronche. Je finis par me lever pour soulager mes genoux mis à rude épreuve depuis ce matin. 

Vingt minutes plus tard, le chauffeur claque sa portière et nous repartons. Jusqu'au prochain arrêt, où un monsieur monte sur le camion avec un bol… C'est une .stie de mauvaise blague cette promenade ! 

Ah, maintenant, on s'arrête pour que l'assistant comptable du chauffeur puisse récolter les sommes dues par les passagers, 2 500 K par personne pour ce voyage. 

Enfin, nous attaquons la vraie montagne, le paysage forestier est très beau, le vent fait voler les casquettes et assèche nos t-shirts trempés de tant d'attentes. À chaque virage, j'écrase un peu plus la dame à côté de moi. Elle n'avait qu'à me laisser la place sur le bord au lieu de sortir pour me faire entrer au milieu. 

Et voilà, après 1 heure de route, mais surtout d'attentes, nous arrivons à destination. Il nous faut maintenant marcher quelques centaines de mètres jusqu'au poste de péage réservé aux touristes seulement, où nous nous acquittons de la dîme de 6 000 K exigée, en échange d'un badge en papier suspendu à un joli ruban bleu, et une carte imprimée du fameux rocher. 

Des porteurs, chargés comme des mules, nous dépassent en trottinant, d'autres, croulent sous le poids de leur chaise à porteurs. De riches Chinois sont confortablement perchés sur leurs épaules et font des signes de la main comme notre bonne Reine. Beurk. 

L'histoire : il y a 2484 ans, en janvier, Nathalie et Nathan, surnommés les deux Nats, étaient un peu désœuvrés. Leur statut d'esprits sacrés dans le culte bouddhiste avait beau les placer sur un piédestal, il n'en demeurait pas moins que le temps leur était long. 
Alors, ils choisirent un beau gros caillou et un bouquet d'églantines, se les glissèrent sous le bras et partirent siffler en haut de la colline. 
Mais, le rocher de 6 mètres de diamètre est instable. Alors, Nat a une idée et s'en va chercher un cheveu du Patron. 
Il est d'ailleurs étonnant de trouver autant de cheveux du Saint Homme un peu partout sur les sites sacrés alors qu'il avait le crâne rasé. 
Le cheveu fut placé sous le rocher qui, depuis ce jour, ne bougea plus d'un poil. Il devint l'un des principaux lieux de culte pour les bouddhistes birmans. 

Enfin le voilà, le fameux Rocher. Enfin, ce que l'on en devine… 
Le département "peintures et réfection" a décidé que c'était aujourd'hui qu'il allait installer un grand échafaudage en bambou tout autour du gros caillou. 

La LEM nous poursuit depuis ce matin, c'est donc la suite logique. Un peu comme la loi de Murphy, ''Tout ce qui est susceptible de mal tourner, tournera nécessairement mal'', la Loi de l'Emmerdement Maximum est juste la suite d'un tas de petits problèmes qui donne un mauvais goût à une journée. 

Donc, le Rocher est ceint de bambous, mais ça lui donne aussi un petit cachet que peu de gens auront la chance d'admirer. Nous en faisons le tour, prenons quelques photos, nous étonnons encore une fois des nombreuses interdictions faites aux femmes et visitons le reste du site. 

Beaucoup de pèlerins se pressent autour du roc sacré. Ils y appliquent des feuilles d'or et se recueillent avec beaucoup de ferveur. Tout autour, les ouvriers s,activent et montent une structure incroyable en bambou. Ça n'a pas l'air comme ça, mais c'est sacrément solide. Enfin j'espère, il y a des gens suspendus au-dessus du vide.

La vue est sublime sur les montagnes alentours, nous culminons à 1200 mètres d'altitude et le soleil commence doucement à décliner. 

Nous repartons vers les camions, le dernier bus pour les étrangers est à 18 heures, je ne sais pas pourquoi nous avons droit à un traitement de faveur. 

Nous montons dans le camion qui commence à se remplir, je m’approprie d'autorité une place au fond et sur le côté, et personne ne trouve à y redire. Sûrement que mon non-verbal est hurlant.

Et là… Nous attendons. Le camion est plein, les places à côté du chauffeur sont occupées, mais nous attendons. Au bout de 20 minutes, c'est enfin le départ, le soleil frôle les cimes des montagnes. 
La descente est rapide, très rapide même, mais à mi-parcours, c'est le même cirque. Nous nous arrêtons pour que l'assistant grimpe et récolte encore une fois 2 500 K par personne. 
Là par contre il semblerait que les locaux ne payent pas du tout la même somme que nous. Qu'importe, finalement, il ne s'agit que de 2,50$. 

Les questions que nous nous sommes posées : 

  • Pourquoi ne pas vendre des billets à coupons détachables pour l'aller et le retour dans un kiosque au départ du village ? 
  • Pourquoi le camion doit-il s'arrêter deux fois à chaque voyage pour verser une somme à des péages ? 
  • Pourquoi passer de longues minutes à attendre pendant que le chauffeur grille son mégot ? 
  • Pourquoi ne pas partir quand le camion est plein ? 
  • Pourquoi, pourquoi… Mystère birman. 
En tout cas, c'est mal organisé en s'il vous plaît ! 

N'ayant plus beaucoup de forces physiques et mentales à perdre ce soir, nous remontons dans notre chambre, allons prendre une douche et finirons par être les seuls clients dans la salle à manger. Bizarre pour un hôtel dont toutes les chambres sont occupées… 

Conclusion de cette journée : si j'avais su comment se passerait cette escapade au Rocher d'or, nous serions restés une journée de plus à Hpa An et partis directement à Yangon.

Clique donc !

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Jeudi 18 février – Hpa An en liberté

Ce matin, le Chef nous gâte avec un bol de dhal aux épices et des papadums. 
En fait, on peut en avoir autant qu'on veut, et tout ça se termine avec des tranches de pastèque et de papaye. J'adore la papaye ! 

Nous avons réservé un scooter à l'hôtel et prenons rapidement la route, enduits de crème solaire et de nos casquettes. La journée promet d'être égale à toutes les autres : chaleureuse. 

Le but de la journée est de revisiter les sites qui nous avons les plus appréciés hier, mais à notre rythme, et sans les excellentes blagues de Dietrich. 

Suivant les indications un peu brouillonnes de notre plan reçu au Galaxy, nous nous dirigeons vers l'est où nous espérons retrouver la grotte de Kaw Ka Thaung, mais surtout sa fameuse piscine naturelle. 
Cette fois-ci, c'est décidé, je veux m'y baigner. 

Finalement, ce n'est pas très compliqué de s'orienter, il n'y a pas tant de routes où nous pourrions nous perdre. Sur la carte, les noms des sites sont aussi inscrits en birman, ça facilite les échanges avec les locaux. 
D'ailleurs, ici tout le monde connaît ces endroits, on ne risque pas de se perdre. 

Après quelques hésitations, nous trouvons le site où aucun touriste n'est encore arrivé. Seuls quelques locaux trempent dans l'eau. 
J'essaye de trouver l'entrée de la grotte submergée dont on parle dans les guides, mais j'ai beau faire le tour et fouiller sous chaque caillou, je ne trouve vraiment rien. 

Tant pis, allons boire un verre dans cette petite gargote qui offre une très belle vue sur les rizières. Nous nous installons au fond de la terrasse et commandons quelque chose à boire. 
Dans le silence de la campagne, nous entendons des voix sur la terrasse voisine et nous rendons compte que ce sont Pascale et Jacques, le couple de Français que nous avions rencontré à Nyaung Shwe et retrouvé à Bago. 
Nous les rejoignons pour discuter un peu. Ils sont descendus directement à Mawlamyine, mais trouvant l'endroit sans grand intérêt, ils en sont vite repartis. Eux aussi font le tour des sites, juchés sur un scooter et découvrent en trois jours les quelques grottes qui font la beauté de Hpa An. 
Ils nous parlent de leur programme de visite, et je leur conseille la fameuse grotte des chauves-souris pour clore leur journée. Nul doute que nous allons nous recroiser. 

Après notre verre et ayant profité de cet heureux paysage, Jacques et moi allons nous baigner dans cette piscine aux eaux claires. Une expérience que je recommande fortement pour tout visiteur de cet endroit. L'eau est vraiment propre et fraîche, c'est un vrai plaisir de se tremper dans cette oasis, alors que le soleil plombe la campagne environnante. 
De plus, ça amuse beaucoup les Birmans de voir de pâles occidentaux se baigner en maillot de bain. Ici, même les hommes restent habillés pour se tremper. 
Par contre j'ai quand même conservé mon short, le petit maillot échancré ça va bien sur une plage thaïlandaise, mais je me suis gardé une petite gêne. 

En partant, nous traversons le petit pont, vers le village de Lakkana, qui surplombe les rizières. Une mobylette chargée comme un camion africain, zigzag dangereusement sur la passerelle en béton. 

Au bout, nous tournons à droite et retrouvons Pascale et Jacques qui étaient partis un peu avant nous. Nous allons retraverser les rizières vers la route principale, mais cette fois-ci, le pont est un simple ruban de béton posé sur des piles de briques. 
C'est très étroit, la seule option est de ne pas tomber. Même si ce n'est pas très haut, il sera quasiment impossible de sortir le scooter des rizières inondées et vaseuses. 
Il faut conserver une bonne vitesse pour rester stable. 

Jacques a déposé Pascale au début du pont et s'en va tout seul. Nous partons un peu après Pascale, mais comme je suis obligé de rouler à une certaine vitesse pour ne perdre l’équilibre, nous l'obligeons à courir. J'aurais pu attendre un peu… 
Bon, on est partis et comme je ne compte pas finir cette journée dans les boues polluées des marais rizicoles, je continue donc sur ma lancée. Finalement tout se passe bien, nous arrivons sains et saufs au bout de ces longs mètres très étroits, et un peu angoissants. Pascale est essoufflée d'avoir tant couru, j'ai un tout petit peu honte de moi… 

De l'autre côté, un touriste s'approche du passage, le regarde, et décide sagement de faire demi-tour. 

Dans la montagne, un surplomb abrite un Bouddha couché que tout le monde semble avoir oublié. La montée est rude pour le scooter, mais le reste l'est tout autant pour nos jambes. 
Il n'y a ici rien de spécial si ce n'est une très belle vue sur la plaine en contrebas. Et puis il y a un peu d'ombre… 

Parce qu'il est bientôt l'heure de manger et que je pense savoir où nous sommes, je me dirige vers le Waterfall village. Sur place, il y a pas mal de touristes qui prennent la même pause que nous, hier. 
Le petit garçon qui aide au service est complètement perdu. La langue est un gros frein à la communication, peu de gens parlent correctement anglais, et certains touristes ont des questions qui dépassent la compréhension. 
Quand on voyage, et que la communication verbale est un handicap, il faut rester basique dans ses demandes. Pour manger rapidement et sans complication, il vaut mieux apprendre un ou deux plats qu'on aime et qui sont faciles à faire dans n'importe quelle gargote. Le riz frit est LE grand classique de tout voyage en Asie. Après il faut savoir comment le prononcer… 

Les bassins sont occupés par plein de jeunes, principalement des garçons, et l'ambiance est très festive. Au milieu du tumulte, quelques femmes font un brin de lessive. Autant profiter de cette eau claire, habituellement ça se passe dans des rus relativement glauques.  

Nous continuons la route vers le temple Kyauk Ka Latt pour profiter d'un bon jus de canne et faire quelques photos. Les longues cannes noires sont nettoyées au couteau, lavées à l'eau que je suppose être non filtrée, puis coupées en longueurs égales. 
Le monsieur démarre le moteur pétaradant de sa presse et introduit le bout de bois qui regorge de vesou. Ben oui, c'est comme ça qu'on appelle le jus de la canne. 

Les moulins crantés écrasent les fibres, et une quantité non-négligeable de jus en sort. Il plie la canne et la repasse 3 à 4 fois dans la presse pour en extraire jusqu'à la dernière goutte de cette boisson un peu verdâtre et très sucrée. 
Il filtre ensuite le jus à travers un tissu fin pour en retirer les impuretés avant de remplir des verres presque propres. 
Sa femme sort un gros morceau de glace d'une boite en polystyrène et, en quelques coups de masse en extrait de gros glaçons qu'elle ajoute dans le verre. Allez, je suis certain que c'est de la bonne eau qu'ils utilisent pour fabriquer cette glace. Hein ? 
C'est vraiment bon, et plein de bonnes oligo-choses pour notre anatomie. Reste à savoir si la glace est comestible. 

Reprenant le guidon, nous nous dandinons sur la selle noire devenu plaque de cuisson, et retrouvons la route. Au loin, une musique très forte parvient à nos oreilles. C'est dingue, ici la musique est soit inexistante, soit poussée au maximum du volume. 
D'ailleurs, nous croiserons souvent des espèces de disco-mobiles complètement improbables. Sur un tout petit tracteur, format tondeuse à pelouse, un jeune est perché sur une montagne de hauts-parleurs. 

J'ai juste le temps de dégainer mon appareil photo pour immortaliser cette drôle de vision. Lui, accroché à son énorme système de son est mort de rire en nous voyant éberlués par l'incroyable attelage. 

Nous traversons la rivière Salouen et prenons la direction de la grotte Yathaypyan
La route traverse de grandes rizières dont le vert tendre est un pansement pour la rétine. 
Tout est calme et serein, seuls quelques épouvantails volent au vent. 
L'approche de cette grotte est toujours aussi majestueuse. En fait non, elle l'est encore plus.  

Hier, nous étions arrivés en tuk-tuk, et la vision à travers les maigres interstices du plastique servant de toit au véhicule ne permettait pas de jouir de la vue comme nous pouvons le faire aujourd'hui. Alors on écarquille les yeux et on respire à fond ! 

Nous traversons les salles obscures pour aller directement à l'ouverture qui offre un point de vue exceptionnel sur les environs. Il n'y a personne, tout est d'un calme olympien et nous profitons de longues minutes de solitude pour nous imprégner de ce paysage si beau.

Au loin, un homme repique ses pousses de riz. Il est seul au monde dans cette immensité aquatique. Quelques aigrettes viennent piquer de petits poissons à travers la surface argentée. Et nous restons assis, profitant de toute cette quiétude. 

Tranquillement, l'après-midi tire à sa fin. Cette dernière journée à Hpa An est une pure réussite et nous regrettons presque de partir ailleurs. Mais le voyage continue et nous avons encore quelques petites choses à voir avant de quitter ce magnifique pays. Nous nous arrachons à notre rêverie pour nous diriger vers la grotte des chauves-souris. 

Mais il est encore un peu tôt pour faire le pied de grue devant l'ouverture nauséabonde de leur refuge. Et, comme ce voyage est extrêmement bien organisé, nous tombons sur une grande pancarte barrée d'un grand Thai Village
Au bout du chemin en terre, quelques huttes en bambou recouvertes de feuilles de cocotier n'attendent que notre passage. 
Une petite fille s'amuse à se faire peur en nous regardant. C'est très drôle, et ses frères en profitent pour se moquer d'elle. Un petit peu. 

Le propriétaire nous parle et nous demande de bien conseiller son resto sur TripAdvisor, ah les progrès de la technologie ! 
La discussion s'oriente sur le passé du pays. En fait de passé, on parle d'avant-hier, lorsque les militaires avaient la mainmise sur la vie de tous les citoyens. 
Il nous explique que la communication était impossible. Même entre eux, les Birmans ne pouvaient pas avoir de nouvelles. Les téléphones étaient hors de prix et les cellulaires inexistants. 
De toute façon, le moindre allusion litigieuse ou une discussion politique était quasi immédiatement sanctionnée par la visite de la police. Et je ne suis pas certain que c'était de simples visites de courtoisie. 

Les espoirs sont grands en ce moment, un nouveau président va être élu dans moins d'un mois. Le premier président civil, démocratiquement élu depuis plus de cinquante ans de domination militaire. Il y a encore tant à faire, à reconstruire, mais les Birmans sont patients et rien ne pourra leur enlever le sourire et la joie de vivre. 

Nous leur souhaitons tout le bonheur auquel ils aspirent, et quittons ce charmant monsieur, qui visiblement a fait un effort pour parler aussi librement. Ce n'est pas parce que ça va un peu mieux depuis un ou deux ans, que le passé tumultueux s'oublie aussi rapidement. 

Nous remontons vers le nord, passons sous le pont et garons notre engin près du monastère qui annonce la fameuse grotte des chauves-souris. 
À peine installés sous le premier stupa, un peu en contrebas de la sombre ouverture qui pue toujours autant, les touristes commencent à arriver. 

Une jeune indigène un peu lente du ciboulot s'amuse à déchirer les feuilles du livre de son petit frère qui a l'air de trouver ça drôle. 
Ensuite, elle nous jette des feuilles d'une branche en dansant sur un pied et tente de nous faire lécher les contacts d'une vieille batterie de voiture. Devant notre désintérêt poli, mais ferme, elle finit par jeter le gros bout de plastique plein de produits chimiques dans la forêt et s'en va en rigolant, vers d'autres aventures et insectes à écraser. 

Pascale et Jacques arrivent et s'installent avec nous pour le grand spectacle. Nous en profitons pour nous donner rendez-vous afin d'aller manger ensemble dans la soirée. 
Mais en attendant, c'est de nouveau le festival du Chiroptère en folie ! 

Je rassure nos voisins francophones en leur disant que malgré leur impression, ce n'est qu'une pause, et que les autres millions de bestioles vont suivre sous peu. Les rapaces veillent patiemment dans le bleu du ciel, le repas sera bientôt servi. 

Après les agapes des uns et des autres, nous prenons la route du retour vers Hpa An. 
La route qui longe la rivière et passe entre les rizières est à présent plongée dans l'obscurité. Et ce ne sera le petit phare timide de ma mob' qui va m'aider à y voir plus clair. Pour ajouter un peu de difficulté à l'épreuve, tous les insectes de la Création se sont donnés rendez-vous. Impossible de garder les yeux ouverts, je dois naviguer à l'estime en restant concentré le plus possible sur cette route, où tout le monde a décidé de rouler comme des fous. 

Heureusement, je traîne plusieurs années de pratique de deux-roues et arriverais à nous ramener sains et saufs à destination. 

Plus tard en soirée nous allons chercher Pascale et Jacques avec qui nous partageons un dernier repas au San Ma Tau Myanmar où l'on sert d'excellents currys, toujours accompagnés de sauces plus ou moins identifiables au goût très prononcé et au parfum de vieille crevette un peu pourrie.

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Mercredi 17 février – Hpa An – Découvertes et des merveilles

Le petit-déjeuner du Galaxy est, on ne peut plus, original. 
Nous sommes plongés dans la culture birmane avec des samosas épicés et des petites crêpes épaisses recouvertes de noix de coco séchée. C'est très bon et ça change des omelettes. 

À 8 heures 30, comme prévu, nous embarquons dans un spacieux tuk-tuk avec un couple de retraités allemands. Le chauffeur nous explique notre trajet, et nous confirme que nous allons faire le tour de tous les points d'intérêts de la région. 

Nous commençons par la grotte de Kaw Ka Thawng
À 11 kilomètres de Hpa An, cette première visite est constituée d'une grande grotte habitée par tout un tas de statues de Bouddha. Les murs sont recouverts de milliers de statuettes en terre cuite, et, ça et là des statues plus imposantes peuplent les ouvertures dans la roche. 

À l'extérieur, le long du chemin, une longue procession de moines en plâtre, nous emmène vers la curiosité de l'endroit, une piscine. 

Sortie des tréfonds de la terre, l'eau limpide coule et remplit un bassin. Le liquide frais et cristallin invite à la baignade, mais la journée est encore longue et l'inconfort des vêtements mouillés n'est pas au programme. 

Pourtant, c'est très tentant, et la mousse qui recouvre la margelle aurait tôt fait de nous faire glisser et tomber accidentellement dans le bassin. 

Les alentours sont sublimes. Les rizières recouvrent une bonne partie de la plaine, et, tout autour, les sommets de quelques montagnes décorent la ligne d'horizon. C'est vraiment un endroit paisible où nous nous promettons de revenir. 

Nous reprenons la route en direction de la grotte de Sadan, la plus imposante et la plus éloignée de toutes
Le chemin qui y mène est en très mauvais état. Le tuk-tuk, qui n'est pas spécialement prévu pour le tout-terrain, brinquebale et saute de trou en trou. À moitié assis sur nos banquettes recouvertes de plastique, cramponnés aux barres métalliques, nous sommes secoués de tous les côtés et bienheureux de n'avoir encore rien mangé. 

Enfin, au loin, une ombre dans la montagne et un léger courant d'air un peu plus frais nous informent que nous sommes au bout de nos peines. 
Le chauffeur stationne son engin et nous partons à la découverte de cette immense grotte qui nous réserve de belles surprises. 

L'entrée est majestueuse, ici, comme partout ailleurs il faut aller pieds nus, et les crottes de pigeon et de chauves-souris forment bientôt une semelle glissante sous nos pieds.
Concentrons-nous sur la beauté des lieux et sa fraîcheur bienvenue dans cette matinée devenue trop rapidement torride. 

Les salles sont immenses, le plafond, tout là-haut, est squatté par quelques milliers de Chiroptères, occupés à grincer et à faire plein de cacas glissant et malodorants. 
Quelques stupas sont érigés dans la grotte, ainsi qu'une drôle de tête dorée de François Mitterrand, surmontée d'une cloche. 

Les parois sont décorées de formes animales, paon, grenouille ; de formes géométriques ou de Bouddhas, entièrement réalisées avec des petites sculptures en argile doré. 

Un beau Bouddha ascétique médite devant une goutte qui tombe du plafond. 

Quelques moines se recueillent et déambulent dans les ombres. Le silence est apaisant. 

Au fond, une grande statue d'un Bouddha debout et prête à s'envoler, est auréolée d'une lumière bleue fluorescente. 
Il n'y a quasiment aucun touriste. Malgré la beauté de Hpa An et de sa campagne, cet endroit n'est pas aussi populaires que Bagan ou le lac Inle. Tant mieux.

Nous nous enfonçons dans la pénombre de la terre. Seules, quelques ampoules blafardes éparpillées éclairent misérablement la noirceur palpable. J'ai pris la précaution de me munir de ma lampe frontale, petit objet fort utile pour les quelques dizaines de mètres où aucune lumière ne parvient à percer l'opacité impénétrable. 
Enfin, au bout d'une dizaine de minutes de marche, nous apercevons la clarté du jour au loin. Mais ce n'est qu'un éboulis qui laisse entrer une réconfortante et douce lueur, la véritable sortie est un peu plus loin. 

Le contre-jour fait surgir une très grosse stalagmite, et, enfin, un escalier nous mène jusqu'à un petit lac de conte de fées. 
Quelques canards, des oies et des dindons habitent cet endroit. 
Nul doute que si je voyais Blanche-Neige sautiller dans un coin avec un faon, je ne serais pas plus étonné. C'est tellement cuuuuute ! 
On dirait un décor de film, quelque chose avec des princesses, des licornes ou des ours gentils qui parlent… En fait, un dindon c'est pas spécialement mignon, mais sa laideur et son cri rauque sont pour le moins originaux. 

Des paysans s'affairent, des bateliers attendent leur tour de ramener les touristes à leur point de départ. Ah, mais oui, on peut revenir sur une petite pirogue moyennant 2 000 K par personne. 

La balade est géniale, on vogue au ras de l'eau, passons sous un énorme rocher, et croisons quelques pêcheurs. 

L'épervier décolle des bras du pêcheur juché sur la pointe de sa pirogue instable. Il s'ouvre majestueusement et termine sa course dans l'eau, ses plombs l’entraînant rapidement vers le fond, emprisonnant quelques petits poissons. Le repas de la famille est assuré pour aujourd'hui. 

Nous quittons le lac et nous enfonçons entre les rizières où un étroit canal a été creusé. 
La tête dans les jeunes pousses vert tendre, nous sommes assommés par la chaleur, et submergés de silence. 
Seule, la pagaie vient de temps en temps troubler l'immense quiétude des lieux. Il faut dire que le bruit omniprésent au Myanmar, fait apprécier rapidement les zones de silence. 

Nous rejoignons notre tuk-tuk et reprenons la route vers le village "Waterfall", qui n'a pas de nom, mais où nous allons manger. 

En fait de village, ce sont quelques gargotes posées aux abords de deux bassins où des gens se baignent. 
En saison humide, une cascade surgit des sommets de la falaise pour finir sa course dans les piscines. Mais en ce moment, seul un faible courant venant du ventre de la montagne alimente et régénère les eaux troubles des bassins. 

C'est pas le tout d'être admiratif des mystères de notre planète, il est grand temps de se sustenter. 
Les petits restaurants sont tous occupés par des touristes transportés par les tuk-tuk de leurs hôtels et guesthouses. 
Qui des Soe Brothers, du Golden View ou du Tiger, tous s'arrêtent ici pour manger. Nous retrouvons évidemment les visages rencontrés quelques jours plus tôt aux alentours du lac Inle, de Kalaw ou même à Bagan, comme ce couple de jeunes Allemands qui attendait une chambre comme nous. 
Que ce soit dans le sens nord/sud ou sud/nord, presque tous les voyageurs font les mêmes visites et se croisent régulièrement. 

Le repas vite expédié, nous sommes plus que tentés de faire un plongeon dans le bassin amont, uniquement réservé aux hommes. Les femmes ont droit au bassin suivant, dont l'eau est un peu plus trouble… 

Je n'arriverais jamais à comprendre cette obstination à vouloir toujours imposer la deuxième place aux femmes. Oh, ce n'est pas la peine de se rengorger de la liberté de nos pays occidentaux soi-disant démocratiques, où la situation est exactement la même. 
On est juste plus hypocrites. 

Finalement, le spectacle des familles et des enfants en train de s'ébattre dans l'eau fraîche se suffit à lui-même. 
Une petite fille barbote dans les bras de son papa, tandis que son grand-frère à peine plus âgé me fait des sourires où il manque quelques dents de lait. 
L’aîné est fier de me montrer comment il saute du rocher et adore se voir en photo. Rien n'est impossible à ce jeune cascadeur en herbe, pourvu qu'il puisse m'épater. 
Le papa regarde fièrement sa progéniture, et tout le monde ri de se voir sur l'écran de mon appareil. 

Dans l'autre bassin, plus grand, des enfants de partagent une grosse bouée, s'amusant à se pousser dans l'eau.
Des ados se poussent et font les coqs devant quelques jeunes filles un peu gênées. Tranches de vie...

   


Nous embarquons dans notre véhicule pour la prochaine visite. 

Non loin, le site de Lumbini Garden est impressionnant. Au pied du mont Zwegabin qui culmine à 723 mètres, s'étend un parc où sont plantées plus de 1 000 statues de Bouddha toutes identiques. 
L'alignement est parfait et me rappelle les ordres aboyés par un instructeur commando lors de ma lointaine formation militaire : JE VEUX VOIR UNE SEULE TÊTE ET C'EST LA MIENNE ! Douce poésie militaire… 

Le lieu, bien que peu entretenu et écrasé sous les impitoyables rayons d'un soleil forcené, est magique. 
Les montagnes lui donnent une petite touche d'exotisme, vite balayé par les commentaires de Dietrich, notre compagnon de voyage communiste et païen. 
Bien que le bouddhisme ne soit pas une religion, il associe ces constructions, statuaires ou toute autre forme de dévotion à une ferveur inutile, proche de l’extrémisme. 
  • Bitte Dieter, halt die Klappe, und bewundern Sie die Landschaft. Und lassen Sie diese jungen Männer ruhig ! 
Mais ma chère dame, je comprends très bien l'allemand et je vous remercie de demander à votre cher et tendre de garder ses commentaires. 
Non, ils sont gentils nos retraités teutons, et puis je chausse des Birkenstock, ça fait un rapprochement… C'est juste que Dieter a un humour un peu particulier qui n'est pas très drôle, mais nous aurions pu tomber sur pire. 

À l'est du site, un chemin grimpe au sommet de la montagne, en de trop nombreuses marches et dans une température satanique. 
De toute façon on a déjà gravit une montagne hier, à chacun son tour. 

Nous laissons donc nos Bouddhas à leur sérénité, et partons visiter le temple que tout le monde connaît, du moins en photo. 
La pagode de Kyauk Ka Lat est construite sur une petite île au centre d'un lac artificiel. Au sommet du haut rocher qui domine le monastère, se dresse la pagode. 
Haut lieu de pèlerinage, le monastère est très fréquenté par les moines, mais aussi par les couples de jeunes mariés, qui trouvent ici bénédictions et superbe décor pour leurs photos officielles. 

Un vieux moine noue quelques fils orange autour de nos poignets en murmurant des protections divines. Je ne sais pas ce que ça vaut, mais la couleur est parfaite sur un bras bronzé. 
Dans le jardin qui encercle le piton, nous croisons un lapin blanc, il ne lui manque qu'un petit gilet et une montre tout en s'écriant ငါနောက်ကျနေပြီ !

Quelques marches grimpe sur le roc, ensuite c'est une échelle en bambou. Mais cet accès là nous est interdit, seuls les moines peuvent grimper au sommet. Un drapeau bouddhique claque au vent et flotte au-dessus du temple. 

Nous faisons une petite pause chez un extracteur de jus de canne à sucre qui broie un excellent jus vert frais et sucré. Je ne suis pas certain des glaçons, mais j'imagine qu'il ne lui viendrait pas à l'idée de m'empoisonner… 

Nous poursuivons nos visites, Dieter commence à être fatigué, et ses blagues un peu moins nombreuses. Ça rassure sa femme qui le trouvait trop familier avec nous, quand je disais que je comprenais l'allemand… 

Au sud du pont qui enjambe la rivière Salouen, une grotte majestueuse nous attend. L'entrée de la grotte Kaw Gon est payante, il faut débourser 3 000 K par personne (appareils photos inclus). 
On se demande pourquoi il faut payer dans certains endroits. Si les taxes gouvernementales sont/étaient empochées par la junte militaire, je suppose que dans ce genre d'endroit, ce sont les moines qui s'occupent du bon fonctionnement de leurs monastères et de l'entretien des sites historiques. 

Le site de Kaw Gon (ou Kawgun) a hélas subit de grands dommages suite aux dynamitages des collines karstiques des alentours afin d’approvisionner la cimenterie voisine. 

Des milliers de figurines en argile cuit sont collées contre les parois mais beaucoup ont quitté leur emplacement suite aux vibrations des explosions, mais ce qu'il en reste est superbe. 
Il y a ici beaucoup de moines, et un vénérable fait bien comprendre que les femmes ne sont pas autorisées à croiser sa route, et ne sont pas non plus prioritaires dans un escalier étroit.  
Les tablettes votives en argile datent du 7e siècle, et la galerie fut aménagée par le roi Manhua aux alentours de 1030. 
Il s'y réfugia quelques années plus tard, suite à une défaite militaire qui le laissa amer, mais créatif. 

Elle fut redécouverte au 19e siècle et depuis 1975 c'est un site préservé. Sauf pour la cimenterie... 

À côté de la grotte, monte un raide escalier en béton jusqu'à une pagode d'où le point de vue est tout simplement époustouflant. 
Quelques singes sautent d'arbres en arbres, plus à l'aises que nous le long de cette falaise abrupte. 

À l'est, les rizières vert tendre s'étalent jusqu'à la rivière aux eaux calmes. 
Le mont Zwegabin veille à la quiétude des lieux de son imposante masse. Au nord, quelques collines sont éventrées et laissent apparaître leur calcaire blanc au milieu de toute cette verdure. Matière première pour la fabrication du ciment, je me demande si ces magnifiques concrétions de calcaire vont survivre à l'appétit des machines. 

Nous quittons notre nid de pie, et retrouvons Dieter et sa femme qui font une sieste sur un banc. Ils n'ont pas voulu dépenser 3, 30 $ par personne pour aller visiter une énième grotte trop spirituelle pour eux. C'est bien la peine d'aller à l'autre bout du monde… 

À peine distante de deux kilomètres, la grotte de Yathaypyan (ou Ya The Byan) nous ouvre sa gueule béante. En cette fin d'après-midi, la fraîcheur des entrailles terrestres nous accueille avant même que nous soyons arrivés. 

Un échafaudage en bambou sert de perchoir à un homme qui vient de finir de remettre en état un grand Bouddha mystérieux. D'autres grandes statues aux yeux mi-clos surveillent les allées et venues. 
Au centre de la grande ouverture, un promontoire rocheux est couvert par une plate-forme surmontée de plusieurs statues et d'un grand stupa doré. 

Mais le grand intérêt de cette grotte se trouve de l'autre côté. 
En dix minutes de marche, à travers stalactites et stalagmites, sur un sol que l'on devine glissant lorsque mouillé, nous arrivons au pied d'un escalier. Quelques marches montent vers une ouverture dans la montagne. 

La vue est à couper le souffle. Le paysage est composé de parcelles de rizières, de quelques bosquets et surtout, empreint d'une grande sérénité. 
Des éclats de voix d'enfants au loin, sont les seules preuves de signe de vie dans cette campagne bucolique. 

Mais nous ne sommes pas seuls, et devons respecter l'horaire afin de ne pas manquer l'épilogue spectaculaire de cette superbe journée. 

Dans le petit village au bord de l'eau, tout le monde est sourire et salutations. Les enfants sont heureux de nous voir et nous hurlent de longs bye byyyyye ! Quel plaisir de traverser ces villages et de croiser ces gens adorables. 
C'est la plus grande richesse de ce grand pays, et elle est disponible à volonté. 

Mais déjà, nous arrivons à notre dernière destination, la grotte des chauves-souris. Elle n'a, à ma connaissance aucun autre nom, mais il sera largement justifié. Nous entrons par la porte d'un monastère, il faut donc aller pieds nus. 
Une fête se prépare, et comme partout, la musique dont on teste les haut-parleurs, est poussée à fond. Le paisible village tremble et vibre aux rythmes des basses hurlantes.
Heureusement, notre chemin part plus loin dans le bois, et en contournant un promontoire rocheux, nous n'entendons plus rien que les bruits de la forêt. 

Une volée de marches mène à deux stupas et continue jusqu'au sommet du piton qui domine la rivière. Nous nous arrêtons au stupa où plusieurs touristes sont déjà en attente, le doigt sur le déclencheur de leur appareil photo. 

Un trou, noir et malodorant, s'ouvre dans la montagne. 
Comme une méchante bouche renfrognée et édentée, d'où sortent quelques grincements aigus et une pénombre malsaine. En face, la rivière s'écoule doucement. 

Sur le sable, un chantier naval où des ouvriers pyromanes viennent de bouter le feu à leur construction. Je ne sais pas trop à quoi sert cette manœuvre, mais personne là bas n'a l'air de s'en formaliser. 
Les flammes rouges montent à l'assaut de la coque en bois. Elles lèchent les membrures jusqu'au pont, et la fumée noire s'élève en volutes dans le ciel de ce début de nuit. 

Tout à coup, des percussions brisent le silence. Un homme âgé et son épouse, se mettent à cogner sur des seaux et des bidons. Cela ne donne pas le signal aux chiroptères de quitter leur abri, mais prévient les touristes que ça va bientôt commencer. 

Dans le ciel, des oiseaux de proie ont fait leur apparition. Ils tournent dans les courants ascendants, ombres noires et patientes. 
D'un coup, des centaines de chauves-souris sortent de la noirceur de la montagne. Les cris se font entendre plus nettement, l'odeur ammoniaquée prend au nez, le spectacle est impressionnant. 
Aussitôt, les rapaces fondent sur les bestioles imprudentes qui se sont éloignées du groupe. Mais la chasse n'est pas facile. Le nuage des petits mammifères s'éloigne le long du cours d'eau et le calme revient autour de la caverne. 

Certains touristes commencent à quitter les lieux, d'autres ramassent leur équipement vidéo, et moi je suis dubitatif. J'avais lu que la sortie des animaux pouvait durer de longues minutes, nous sommes loin du compte. Je suis certain que la petite troupe n'était qu'un apéritif pour les rapaces affamés, le plat de résistance devrait suivre. Alors, nous restons assis et attendons. 

À peine deux minutes plus tard, les percussionnistes reprennent leurs bâtons et leurs grosses caisses. Et le spectacle commence. 

Un nuage ininterrompu de chauves-souris est en train d'être vomi par la montagne. 
Des millions de petits corps poilus et ailés se suivent en un flot incessant. À chaque coup de tambour, le nuage monte dans le ciel. Je comprend que c'est probablement pour éviter que certaines ne soient tentées par le désir de s'accrocher dans les cheveux des filles... 

Là-haut, c'est le délire. Les nuages se font et se défont comme des bancs de poissons. 
Des masses sombres se séparent et partent à la chasse aux insectes partout dans les environs. 

Les rapaces fondent sur leurs proies agiles et rapides. Aussitôt attrapés, les corps sont déchiquetés en plein vol et avalés derechef. Mais le nombre fait la force de cette communauté. 
Cela fait plus de 10 minutes que l'envol a commencé, et le rythme ne s'est pas ralentit. Le soleil a quitté notre monde, la nuit commence à tomber et il est temps de rentrer à la maison. 

Nous laissons donc la nature poursuivre son œuvre, et nous promettons de revenir demain.

Le tuk-tuk nous dépose devant le Galaxy, nous saluons notre hérétique Dieter et sa femme et, avant que la fatigue ne nous rattrape, nous nous dirigeons vers le Khit Thit, petit resto local, où l'on sert une bonne cuisine et bien plus propre que le conseillé Lucky 1 en face.

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