Affichage des articles dont le libellé est Coron. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Coron. Afficher tous les articles

Asie 2019 - Philippines - Manille

28 février – Manille (enfin la proche banlieue)
.
5 heures du matin. Inutile de compter sur la trompette du réveil pour nous informer qu’il est l’heure de se bouger, nous devançons toujours la mécanique.
Notre pick-up est prévu entre 5h30 et 6 heures, mais la gentille demoiselle de l’accueil fonce en cuisine nous faire préparer un p'tit sandwich.

5 heures 32, un minivan arrive, et c’est pour nous, je fais patienter le chauffeur et ses passagers, je refuse de partir sans notre petite boîte à lunch.

Les sacs rangés, nous roulons en direction de l’aéroport. L’aube commence timidement à poindre derrière les sommets sombres. Au loin, une couleur orangée illumine la nuit, en s’approchant, nous constatons qu’une autre colline est en feu et, à moins de faire venir un Canadair, la végétation va entièrement disparaître.

Même pour un tout petit aéroport il faut passer au contrôle des sacs qui disparaissent dans le tunnel des rayons X. Étrangement, personne ne semble tiquer lorsque mes machettes apparaissent à l’écran, je dois avoir une bonne tête.

Le dépôt des sacs est rapide, j’avais préenregistré notre présence en ligne il y a deux jours. La demoiselle m’informe que nous embarquerons porte 2 à 5 h 50, et comme il n’y a que deux portes, nous devrions nous y retrouver.

L’avion à hélices de Cebu Pacific se présente face à la salle d’embarquement, et on nous fait signe de nous diriger vers la porte arrière.
Décollage rapide, survol d’îles paradisiaques aux eaux invitantes et aux plages désertes. Ici, un atoll déploie ses camaïeux, et les petits nuages décorent un ciel plus bleu que le bleu de tes yeux.

Malheureusement, la magie ne dure guère. 
En 1 heure 20, l’aéroplane survole la baie de Manille aux eaux brunes et polluées. Des centaines de pièges à poissons s'étalent devant la capitale, le ciel est gris, l’air est de la même couleur, j’ai l’impression de m’être endormi dans un cauchemar.

Les sacs récupérés je commande un Grab, qui annule au dernier moment. Puis un deuxième qui nous mènera à notre hôtel.
Nous avons choisi une chambre proche de l’aéroport dans le quartier Aseana, un nouveau secteur où poussent les immeubles, casinos et gigantesques centres commerciaux.

Ah ça, on est loin du Manille où les enfants vivent presque nus dans la rue, sans même se douter qu’il existe un monde où ils sont trop gâtés. Je n’ose imaginer ce qu’ils penseraient de nos jeunes rivés sur leurs écrans de téléphone, trop mous pour se rendre à l’école à vélo, gavés de sucre, de jeux vidéo et de paresse.

En attendant, nous sommes en avance et la chambre n’est pas encore disponible. Nous laissons nos sacs à la consigne et commandons derechef une voiture pour nous rendre au Greenbelt, un centre commercial formé de plusieurs unités réunies autour d’un grand parc.

Un peu moins ostentatoire que les luxueux magasins de Bangkok, l’effet apaisant sur André est quand même très efficace.

De plus, les prix y sont plus intéressants et je trouverais rapidement chaussure à mes pieds. Le vendeur regarde avec un peu de circonspection mes godillots usés par trois voyages et des centaines de kilomètres de poussière. Il doit se dire qu’il est temps que je fasse l’effort d’une dépense loin d’être inutile. Il est loin de se douter que j’aimerais acheter tout le stock exposé sur ses étagères, et que son magasin Adidas serait en rupture de taille 42 2/3 en moins de 15 minutes…

Un expresso bienvenu après trois semaines de petits sachets de café soluble, puis, après avoir fait le tour des cinq édifices, nous embarquons dans une voiture en route vers le troisième plus grand centre commercial d’Asie : le SM Mall of Asia.
L’idée n’est pas de visiter tous les commerces de la capitale philippine, mais nous avons besoin de deux ou trois articles que d’ailleurs nous ne trouverons pas.

Nous craquerons pour les assiettes grasses à souhait de Zebuchon, l’une des succursales du concurrent de Rico’s lechon et également encensé par feu Anthony Bourdain.

Le gras, c’est la vie comme dirait le grand philosophe Karadoc, mais il m’est un peu resté sur le cœur… Alors qu'une intense fatigue commence à se faire sentir, et du petit sentiment de tristesse qui nous envahit alors que nous sommes sur le point de quitter ce pays, il est temps de marcher vers notre Hop Inn hôtel et de prendre un peu de repos.

Coluche avait raison, les voyages forment la jeunesse, mais je te dis pas dans quel état ça met les valises. La meilleure idée serait de prendre une petite semaine de vacances après un voyage, histoire de revenir bien reposé à la maison.

Finalement, notre projet d’aller visiter le quartier Intramuros tombe dans les méandres d’une sieste et de la nuit qui est arrivée bien plus rapidement que prévu.

Nous n’irons pas plus loin que le 7-Eleven de l’hôtel et essayerons de dormir un peu avant les pépiements hystériques des piafs du réveil à 3 heures du matin.


Asie 2019 - Philippines - Coron 3/3

27 février – Island hopping, entre coraux et paysages de rêve.
.
Le gérant de l’hôtel, un peu difficile de comprenure, a fini par devancer notre départ à ma demande.
Nous avons fait le choix de ne pas nous mêler à la populace bruyante et d’affréter un bateau rien que pour nous.
J’avais également demandé à partir plus tôt pour éviter de nous retrouver aux mêmes endroits que tout le monde en même temps.
Hier soir il avait non seulement oublié de passer la commande du bateau, mais insistait pour nous faire partir entre 8 et 9.

Alors, quand je suis revenu de ma plongée, je suis allé le voir. Et tout s’est réglé avec de grands sourires, fermes.

La fourchette s’est réduite de 30 minutes, et ce matin, à 8h15, un tricycle vient nous chercher pour nous emmener au port.
Alvin, que ses amis moqueurs appellent M’ame, se fout de leurs railleries et poursuit sa route en grande princesse. Ses chums doivent être jaloux des beaux Occidentaux qui accompagnent le vaporeux guide.

En fait, il ne sera pas du tout notre guide, et nous présente à l’équipe qui prendra soin de nous toute la journée.

Trois personnes seront responsables de notre bonheur : Capitaine Sourire, le matelot/cuisinier et le matelot/guide.

Le capitaine traîne un peu pour remplir certains papiers, et nous partons juste avant la cohue des bangkas de 20 personnes, en direction de l’île de Coron où se concentrent les lieux de visite.

En 30 minutes de navigation dans une mer clapoteuse, nous arrivons à Twin Lagoon. 
Le matelot jette l’ancre et nous sommes invités à enfiler des gilets de sauvetage pour barboter jusqu’au lagon. Sérieux, vous voulez vraiment que je porte ce truc ni pratique ni seyant ?
C’est obligatoire depuis 5 ans, lorsqu’un touriste complètement imbibé d’alcool a coulé et s’est noyé. 
Alors, que tu sois champion de natation ou fer à repasser, la consigne est la même pour tous : no lifejacket, no swimming.

Nous descendons par l'échelle et nageons jusqu’au premier lagon. D’ici, il est ensuite facile de nager jusqu’à un tunnel qui permet d'accéder au deuxième lagon, mais j’ai fait l’erreur de prendre mon sac.
Aussi étanche soit-il, je n’ai nullement envie de le tester avec mon drone dedans, et de toute façon il y a bien trop de vent pour faire décoller autre chose qu’une mouette.

Je reviens donc tranquillement au bateau en laissant André avec notre guide poursuivre sa nage jusqu’au point de vue.
Plusieurs bateaux sont arrivés, mais le site est assez grand pour absorber les visiteurs, qui sont autant de points orange fluo sur fond d’eau translucide.

Nous nous dirigeons ensuite vers Skeleton Wreck, une épave dont il ne reste que les membrures, est immergée entre 5 et 20 mètres de profondeur. On y accède facilement avec une simple inspiration, mais le manque de plomb et de palmes limitera mes immersions.
Du haut des flots, André, engoncé dans son gilet flotteur, me surveille et parle dans son tuba dès qu’il voit un poisson.

Après plusieurs séances d’apnée, je remonte sur le bateau qui nous emmène sur un plateau corallien à quelques minutes d’hélice.
Le sable blanc est recouvert de toutes sortes de coraux durs et mous. Les poissons y batifolent à l’abri des grands prédateurs, la zone est protégée des pécheurs et des ancres.

Les couleurs sont splendides, c’est un enchantement, on a l’impression de nager dans un aquarium. André n’arrête pas de me parler à travers le tuba, ce qui n’aide pas à la compréhension de ses propos, mais je devine qu’il s‘émerveille de tout.
Inutile de le faire plonger plus profond, ce qu’il voit lui suffit largement.

Retour sur le bateau et direction une plage pour y manger. 
Le temps passe tellement vite que nous n'avions même pas deviné qu’il était l’heure de passer à table.
La capitaine crie : tout le monde a fini d'écrire ? Je jette l'ancre !

Le petit barbecue à l’arrière de notre vaisseau a cuit du poisson, des légumes et d’autres mets qui nous seront servis sur une plage où seuls cinq autres bateaux ont mouillé. D’ailleurs, la plupart ont également été affrétés par des couples, ainsi nous sommes très peu nombreux sur la jolie bande de sable.

Notre table, protégée par un toit en palmes, fait face à la mer qui miroite de bonheur sur le sable blanc, que demander de plus ?

Je laisse les crevettes à André et m’occupe de la jolie bonite que j’arrose de jus de calamansi. Bol de riz, aubergine, tomates et sauce soja améliorée seront du menu.

Profitant de la situation un peu moins exposée au vent violent qui souffle depuis ce matin j'envoie le petit Mavic faire quelques photos du haut des cieux.
Mais là-haut, ça souffle fort, et les formations rocheuses créent des interférences à la bonne réception du GPS. 

L'œil rivé sur l’écran de contrôle, je manipule délicatement les manettes de vol pendant que mon assistant ne lâche pas le tout petit point noir dans le ciel du regard. L'alarme de batterie m’informe qu’il est temps de rentrer et de ranger la machine avant un drame et une nouvelle épave à visiter.

Nous reprenons la mer en direction d’une des activités phares de toute visite dans le coin, le lac Kayangan.
Celui-ci est accessible sans mouiller le maillot grâce à un long quai en bois où les bateaux s’amarrent. Et quand il y en a trop, hé bien on passe de pont en pont jusqu’à la terre ferme.

Un escalier grimpe dans la montagne jusqu’à un belvédère qui offre un point de vue magistral. Les bangkas flottent sur l’air qui a la couleur de l’eau. Entre les formations rocheuses, le petit lagon expose ses plus beaux atours et les nuances des bleu marin rivalisent avec le bleu du ciel.
Les quelques touristes présents se pressent pour faire selfies et portraitiser à contre-jour, nous, nous continuons le chemin vers le lac.

Vaste étendue d’eau au sein de l’île, parsemée des gilets jaunes plus calmes qu’autour d’un rond-point.

André ne reste pas longtemps sur le petit ponton et saute à l’eau dont la température varie en fonction de sa composition. Ici aussi, comme à Barracuda Lake, les eaux douces et salées se superposent, mais de façon moins ordonnée.

Je demande à notre guide si je peux lancer mon drone, il acquiesce et je me dépêche de préparer l’engin. Le lac est complètement encerclé de hauts pics, et je dois commencer mon vol à vue. C’est risqué, car le GPS ne fonctionne pas et l’appareil ne se stabilise pas, je dois le gérer totalement manuellement. Arrivé en aire un peu plus découverte, le GPS est activé et je peux le faire monter pour prendre quelques photos.
Un sifflet et un cri de l’autre côté de la rive m’intiment de ramener l’engin dont l’utilisation est interdite ici. Mon guide n’aura pas son pourboire, je le crains…

Je me hâte de faire revenir la mécanique volante et trouve un terrain d’atterrissage entre deux planches branlantes. Vite démonté et rangé, je me faufile avec grâce dans mon gilet trop petit et me jette à l’eau avec masque et tuba.

La baignade est agréable dans cette eau presque douce. Inutile de tenter d’aller voir ce qui se passe sous la surface, la flottabilité super positive nous empêche de descendre plus bas que le bout du tuyau en plastique coincé entre les dents.

Nous traînons et papotons comme des retraités dans un sanatorium puis revenons au quai où nous attend notre chaperon.
Il est temps de quitter le lac pour laisser la place à d’autres, j’ai l’impression qu’il y a un contrôle de la fréquentation.

Le matelot/cuisinier me demande si nous voulons rentrer. Je lui trouvais aussi une tête de lendemain de veille à celui-là, mais non, nous n’allons pas encore rentrer, j’ai envie de faire une dernière exploration sous-marine, et je sais que sur la route du retour il y a un site à visiter.

Siete pescados est un platier entouré de 7 petits îlots où tous les bateaux de la journée vont lâcher leurs foules destructrices de corail et autres apnéistes.

Le vent fort oblige le capitaine à manœuvrer en faisant le tour des îles pour se mettre un peu à l’abri avant d’attraper la bouée sur laquelle il va pouvoir amarrer notre embarcation. Interdiction formelle de jeter l'ancre dans ce jardin qui a mis des centaines d’années à pousser. Dommage de ne pas interdire également les sandales et autres chaussures dont sont équipés les touristes avant la mise à l’eau. Ils se sentiraient un peu moins à l’aise et ne fracasseraient pas les très fragiles branches de calcaire qui finiront bientôt par rendre ce jardin aussi triste qu’une plaine sibérienne en novembre.

André flotte toujours dans son gilet et s’extasie à chaque fois qu’il voit quelque chose bouger, c’est-à-dire en permanence.
Je me hâle le long du mouillage pour descendre sans effort et profiter des activités sous-marines. J’espère croiser une tortue, mais j’imagine que la bruyante circulation de surface n’aide pas ces reptiles antédiluviens à relaxer et mener une vie pépère.

Nous aimerions rester ici, mais notre peau commence à ramollir et nous informe qu’il est temps de sécher un peu et de passer à la crème après-solaire.

En un rien de temps, nous arrivons au port et débarquons en remerciant tout ce beau monde. L’évanescent Alvin n’est pas là pour nous accueillir et nous mettre dans un tricycle inclus dans le prix de la journée, et l’équipage n’a pas l’air au courant des procédures de retour des touristes.
Pas grave, nous avons à faire au bourg et il ne faut pas plus de 15 minutes de marche pour retrouver notre piscine.

Hier, j’ai essayé de réserver un transfert pour l’aéroport, mais le prix de 150 pesos par personne monte à 900 si le minivan n’est pas rempli de 6 voyageurs.
Je passe donc au bureau des informations touristiques et réserve deux places pour demain matin. J’annulerais ainsi nos réservations à l’hôtel qui a probablement dû perdre le petit papier de toute façon.

Une dernière piscine pour nous dessaler, une sérieuse séance de crémage de dos et nous partons assister au spectacle immuable et merveilleux du soleil qui se couche en face de la terrasse de la Sireneta. Accueillis par la pétulante propriétaire, nous buvons notre bière en dégustant un kinilaw, et nous pâmons des derniers instants de ce jour fantastique.

Une ultime journée à la hauteur de ce voyage aux Philippines qui avait si bizarrement commencé. Demain, réveil à 4 heures, pour notre ultime destination : Manille.


Asie 2019 - Philippines - Coron 2/3

26 février – Sous les eaux de Coron, entre lac et épaves
.
Rendez-vous à 8 heures au club de plongée Corto del Mar, un des très nombreux centres dédiés aux activités subaquatiques sur cette île qui recèle bien des trésors.
Très chaleureusement accueilli par l’équipe, nous sommes 6 plongeurs à embarquer dans un tricycle qui n’arrivera pas à monter la côte. Il faudra lui donner un petit coup d’épaule pour que son moteur n’explose pas sous l’effort.

Une Allemande, deux Chinois, deux Taïwanais et votre héraut sont du voyage. Je ferais équipe avec les Taïwanais dont l’équipement dernier cri m'envahit d’une jalousie malsaine. Nous sommes pris en charge par le très souriant Carlo, un dive-master philippin dont nous suivrons les consignes avec zèle.

La bangka se nomme Pandora, prénom du ''bijou romantique'' du marin aventurier Corto Maltese. Par contre, le peintre a dû vider sa deuxième bouteille de Tanduay lorsqu'il a décidé de créer le portrait du capitaine maltais dont j'ai dévoré tous les albums, on dirait qu'il lui manque le menton... Hugo Pratt doit se retourner dans sa tombe !

La première plongée a lieu à Barracuda Lake, un lac situé sur l’île de Coron à quelques encablures de la ville du même nom, mais qui se trouve sur l’île de Busuanga. Bon, tout le monde suit ?

L’équipage transfert bouteilles et matériel sur un petit hors-bord dans lequel nous nous tassons et jouons avec la ligne de flottaison. Un coup de moteur et nous voilà débarqués sur un ponton où nous nous équipons avant de franchir quelques marches.

En arrivant sur l’île, Carlo nous a montré le petit tunnel qui relie le lac d’eau douce à la mer. Sa particularité est donc de posséder de l’eau douce et de l’eau salée en alternance sur plusieurs couches.

On nous a recommandé de laisser nos combinaisons sur le bateau, car l’eau de surface est à 28º, ce que les locaux trouvent particulièrement frais. Par contre, contrairement à ce qui se passe naturellement, l’eau devient plus chaude lorsque nous approchons du fond.

Nous nous mettons à l’eau et tout de suite c’est l’émerveillement.
Très claire, avec une visibilité parfaite, les roches se découpent et plongent vers les fonds turbides. La sensation est très agréable, lesté d’à peine deux kilos de plomb, je me laisse couler le long de la falaise.

Soudain, l’eau change radicalement de température. On a beau être au courant, c’est quand même surprenant de passer de 28º à 38º en l’espace d’une fine couche de quelques centimètres.

L’eau douce a laissé la place à l’eau de mer, puis une nouvelle couche d'eau douce se dévoile. Les thermoclines et haloclines se succèdent et troublent momentanément paysage et plongeurs.

Des poissons d’eau de mer semblent complètement amorphes, nageant à la limite des couches d’eau. La thermocline qui sépare horizontalement le lac reflète comme un miroir transparent. C’est compliqué à expliquer, mais c’est incroyablement fascinant. Les épaules à 38, la main à 27, on s’amuse comme des fous.

Au fond, les feuilles décomposées forment une épaisse couche où notre guide s’amuse à foncer tête première et s’enlise dans l’épais tapis jusqu’aux épaules. J’y plonge le bras qui disparaît dans un mélange de sable et de vase, c’est une drôle d’expérience.
Pour terminer cette plongée, Carlo nous fait enlever nos palmes, et nous marchons sur les rochers en remontant tranquillement vers la surface.
Nous n’avons pas vu le fameux barracuda, mais nous nous sommes bien amusés.

À présent, nous nous dirigeons vers ce qui fait la renommée de Coron, ses nombreuses épaves de bateaux japonais.

.....

Lors de la Seconde Guerre mondiale, la marine impériale japonaise utilise les îles des Philippines pour abriter ses navires d’avitaillement. De cette position centrale, ils peuvent ensuite suppléer en provisions, munitions et carburant les vaisseaux de guerre engagés dans les opérations contre les Alliés.
Début septembre 1944, la flotte d’approvisionnement basée dans la baie de Manille est la cible de nombreuses attaques aériennes américaines.
Le 21, ordre est donné à une partie des bâtiments d’aller rejoindre la baie de Coron, jugée plus sûre, mais le mouvement ne passe pas inaperçu.
À l’aube du 24 septembre, une centaine de chasseurs et de bombardiers américains s’élance du pont de différents porte-avions. L’effet de surprise est total.
En 15 minutes d’attaque, les avions incendient et coulent la plupart des navires au mouillage. (source : sangat.com)

.....

Ce sont ces épaves qui attirent tant de plongeurs amateurs d’histoire et de sensations.

Plonger sur une épave n’est pas anodin. Il y a d’abord les risques liés à la profondeur et aux courants, mais surtout à l’épave elle-même.
Il existe un tas de bateaux coulés intentionnellement pour créer un récif et offrir des plongées plus sécurisées, comme le HTMS Chang en Thaïlande sur lequel j’ai plongé en 2014. Une aventure passionnante à redécouvrir ici.

Ces épaves ont été nettoyées de leurs polluants, carburant, huiles, et autres cochonneries, et elles sont sécurisées, autant dans leur position géographique, que leur situation au fond de l’eau. Des ouvertures sont faites pour permettre une circulation un peu plus facile.

Avec des épaves accidentées, il y a des morceaux de tôles coupantes, des positions hasardeuses, des endroits moins protégés, des centaines de pièges potentiels et toujours des risques de rester accroché et finir dans le ventre de quelques poissons chanceux.

Évidemment, ces plongées sont réservées aux initiés et très sérieusement encadrées.

Nous commençons par l’Olympia Maru, un cargo de 122 mètres de long reposant sur sa quille à 30 mètres de profondeur. On y pénètre facilement par les ouvertures des cales, et la vie y est riche.

Au centre du bateau, l’impact de la bombe larguée par les Américains a laissé un immense trou béant de tôles éventrées.

Carlo plonge la main sous de vieux sacs et en sort une poignée de riz. Un peu plus loin il nous montre des briques réfractaires ornées d’un logo nippon et les céramiques d’une salle de bain.

La visibilité est moyenne, mais la lumière réussit à transpercer les eaux et crée des contre-jours intéressants. Bon, je ne gagnerais pas un prix international de photo sous-marine avec ma vieille GoPro3, mais si un jour ça tente quelqu’un, je suis preneur de meilleur matériel.

En attendant, je profite de la visite en n’oubliant pas que les 19 membres d‘équipage ont disparu avec leur navire.

Les bateaux ont une âme, en fait ils ont des centaines d’âmes des marins qui y ont vécu.
On ne fait pas que travailler sur un bateau. On y vit, on y passe beaucoup de temps et on finit souvent par l’aimer, même s’il est vieux et qu’il bouge trop.

Alors, circuler dans ces coursives rouillées, colonisées par des coraux mous, des poissons de toutes sortes ou des éponges ne peut que réveiller des souvenirs du temps jadis.

Toute la palanquée a le même rythme de consommation d’air, et pouvons profiter au maximum de chaque immersion, mais la profondeur nous oblige à raccourcir le temps de la visite. Il ne faudrait pas être pénalisés pour la dernière plongée de la journée.

Le repas est servi, les grands classiques sont posés sur la petite table au centre de la bangka. Aubergine et légumes, petits poissons grillés, porc adobo, crevettes, riz, et fruits en dessert.

Les Coréens sont surpris de me voir manger avec les doigts et me délecter en suçotant les arêtes et les délicieuses joues du poisson. La jeune fille me sourit, mais surveille de près le plat dans lequel je continue allègrement de piocher.

L’intervalle de surface respecté, nous attrapons la bouée accrochée au-dessus de la carcasse posée par 25 mètres de fond sur le flanc tribord.

Le Morzan Maru un cargo, de 137 mètres de longueur, est une très belle épave, car le côté bâbord immergé à 12 mètres, est entièrement recouvert de coraux magnifiques.
Des tas de poissons viennent y trouver refuge et les plongeurs ne sont que des visiteurs éphémères. Une très grosse rascasse volante (lion fish), plus connue sous son sobriquet latin de "pterois volitans", darde ses longues nageoires aux pointes venimeuses. Nous ne nous approcherons pas plus du redoutable prédateur.

Un trou dans la coque permet de s’introduire dans la carcasse du navire, et encore une fois, la magie opère.
Nos lampes percent les recoins sombres où quelques vestiges ont résisté au pillage. L’immense chaudière trône au centre de l’épave et notre guide nous montre le charbon qui permettait d’alimenter la machine.

Sans oublier de surveiller nos binômes, nous vivons chacun une plongée unique. Dans une cheminée posée sur le fond sablonneux, je distingue un mouvement.
Ma torche éclaire un gros poisson dont le nom anglais devrait plaire à André nouvellement féru de faunes sous-marines : sweet lips.

Un peu plus loin, un platax me regarde sans broncher. Ces beaux grands poissons sont plutôt curieux et n'hésitent pas à s'approcher des plongeurs.
On devine une tortue qui s’enfuit rapidement dans l’eau trouble, et quelques bonites passent en étant à l’affût de la moindre erreur d’un futur repas.

Les alarmes des ordinateurs de plongée commencent à clignoter. Moi je n’ai qu’une montre et une totale confiance en mes équipiers, mais ils me font signe que c’est le temps de mettre fin à notre exploration et de remonter lentement le long du mouillage.

Dernières minutes en apesanteur, où la flottabilité nulle et l’absence de courant nous permettent d’ondoyer entre deux eaux à 5 mètres sous la surface miroitante.

Voilà, c’est terminé. Tout le monde est à bord, chacun raconte ce qu’il a vu et nous nous débarrassons de nos tenues moulantes et inutiles sous le chaud soleil.

Il nous faudra un peu plus d’une heure pour rentrer au port, chacun dans ses pensées, pendant que l’équipage s’offre une sieste méritée à l’arrière de la bangka.
Je suis chargé de donner l’argent au chauffeur de tricycle pour nous emmener au club et me rends compte que finalement c’est très économique lorsque c’est un local qui paye.
Une bière nous est offerte, on remercie une dernière fois toute l’équipe et avec regret, je quitte ce beau monde de la plongée alors que tout le monde me demande si je reviens demain.

Mais demain c’est tout simplement impossible, car le jour suivant nous prenons l’avion pour Manille. Alors, à moins de vouloir faire un accident de décompression en altitude, il est totalement déconseillé de s’envoyer en l’air après s’être envoyé sous mer.

Retour à l’hôtel où André a tellement pris de soleil qu’il va devoir déclarer son bronzage à la douane !

Cette journée se conclut de la plus belle des façons sur la superbe terrasse de la Sireneta, face à la mer et au soleil qui s’y couche. 

Un plat débordant de kinilaw recouvert du caviar végétal de la mer, une p’tite frette, et hop tout va bien.

Asie 2019 - Philippines - Coron 1/3

24 février – Par delà les flots, en route vers Coron
.
De peur d’avoir mal réglé mon réveil, je l’ai vérifié 40 fois dans la nuit. Autant dire que je manque un peu de sommeil.
Mais comme il n’y a que deux bateaux par jour qui font la liaison entre le nord de Palawan et Coron, il vaut mieux ne pas le manquer, d’autant qu’il se remplit rapidement et que les dates deviennent très vite indisponibles.

À 4h45 un tricycle nous attend sur la route et nous débarque à 5 heures, comme prévu, sur le quai.

D’autres touristes sont également arrivés, et personne ne sait quoi faire. Un employé nous indique la salle d’attente où nous trouvons des sièges et de la place pour nos sacs.
Au bout de 10 minutes, une agitation soudaine nous informe que quelque chose se passe. C'est évidemment le moment qu'a choisi André pour partir aux toilettes, je laisse tous les sacs sur les banquettes et pars rapidement voir ce qu’il se trame.

Deux préposés de la compagnie Montenegro sont assis à une table et valident les réservations. C’est la cohue, les gens essayent de passer devant les autres, mais les jeunes Français derrière moi donnent de la voix.
Ah, ça oui, j’ai bien compris qu’il ne fallait pas faire chier Manon à 5 heures du mat’, et tant pis pour l’effrontée Coréenne qui en a pris pour son grade, elle fera la file comme tout le monde. Pour une fois que des Français font la queue, c'est bien de le souligner.

Billets de bateau en poche, il faut maintenant aller régler la taxe du port de 20 pesos. Là encore, c’est le cafouillage, mais je suis dans les 10 premiers, et personne ne tente de passer devant moi.

Enfin, on nous appelle à nous présenter sur le quai d’embarquement. Un employé nous demande de déposer nos sacs en ligne, puis un chien qui ressemble à un vrai chien fera le tour des bagages pour chercher un éventuel transport de drogue. Si vous suivez un tant soit peu l’actualité internationale, ah oui, il faut sortir du Journal de Mourial, vous devez savoir ce que le président du pays réserve aux trafiquants de substance illicite.

N’ayant rien trouvé de répréhensible, le chien et son maître nous autorisent à franchir la coupée et à prendre place dans le petit bateau rapide.
Un couple s’est emparé de nos sièges près du hublot, mais je serais plus à l’aise côté coursive pour étendre mes jambes. Qu’il reste donc devant sa vitre pleine de sel et d’embruns.

Quelques sacs à vomi distribués dans la cabine plus tard, nous arrivons enfin à Coron. Il nous aura fallu 4 heures 15 pour remonter vers le Nord au travers de quelques vagues plus ou moins nettes, mais la navigation s’est bien passée.

Récupération des sacs, sortir rapidement de la foule des chauffeurs et autres vendeurs d'excursions pour attraper un tricycle un peu pus loin. Rapide négociation du prix et en quelques minutes, nous arrivons devant le Pearl Vista de Coron, notre hôtel grand luxe.

Le souriant gardien de sécurité nous invite à franchir les portes tout en s'occupant de nos sacs, puis nous nous enregistrons avant de découvrir notre chambre qui est déjà prête.

Wow ! Deux grands lits, une vraie salle de bain, une armoire avec du rangement, une climatisation qui ne fait aucun bruit et une vue sur la piscine assez grande pour laisser libre cours à nos chorégraphies de natation synchronisée.

Le tout petit bruit que nous entendons ne peut qu’être nos chakras qui se réalignent.
Après plusieurs semaines de chambres plus ou moins confortables, douteuses pour certaines et habitées pour d’autres, ces quatre jours de repos voluptueux seront bien appréciés.
Et en plus, on peut mettre toutes nos dépenses sur la facture totale que la carte de crédit va régler d’un seul coup de baguette magique.

Un repas rapidement avalé, nous marchons jusqu’au centre du village, mais on est dimanche, il fait chaud et c’est l’heure de la sieste.

Alors, après une heure d'errements, nous retournons à l’hôtel où nous profiterons de la superbe piscine aux yeux bleus.

25 février – Coron, par monts et par vaux
.
Après un solide petit-déjeuner au buffet, nous partons louer un scooter pour la journée.
Le projet et de trouver une plage où se prélasser, mais la découverte de ce petit bout de terre perdu en mer est déjà un beau programme.

Direction l’Ouest sur la Highway que rien ne distingue d’une simple petite route bétonnée.
Les enfants continuent inlassablement de nous envoyer des signes de la main en criant "Hello", des plus petits nous font des becs qui volent et les mamans sourient à tant de bonheur.

La côte sud-est surtout montagneuse et pas la moindre plage en vue. Ah oui, sur les îles au loin, les bancs de sable blanc soulignent agréablement un paysage idyllique, mais ici rien.

Les collines pelées à la végétation sèche n’invitent guère à la promenade, et nous stressons en voyant le niveau d’essence baisser sans apercevoir la moindre station à l’horizon.

Finalement, nous trouverons un revendeur du précieux liquide qui videra sa bouteille d’un litre de Tanduay dans notre réservoir.
Pour faire la boucle dessinée sur la carte, il faut emprunter un chemin qui traverse la pampa. Sauf que ce chemin se transforme rapidement en sentier caillouteux où notre engin de plastique risque de se disloquer. Au bout de 10 minutes, nous faisons demi-tour et reprenons la route normale.

Quelques archaïques camions de pompiers essayent d’éteindre un feu de colline. Ici, tout le monde met le feu à tout. 
Les Philippines, c’est aussi le pays de la boucane.

Quelques feuilles mortes, hop un feu.
Des bouts de bois, allez, on embrase.
Des noix de coco sèches, on brûle. 
Plastique, papier et autres déchets, on incinère !

À Panglao, à partir de 17 heures, tout le monde se transforme en pyromane et l’air devient irrespirable. Par contre, pas un moustique dans les environs.
Et quelques fois, ils perdent le contrôle… À Coron, tout est archi sec, et évidemment, le petit feu de nettoyage s’est transformé en brasier incontrôlable.

Après de rapides conciliabules, nous décidons de prendre la route de l’aéroport pour aller dans le Nord. Ce n’est qu’un détour de 90 kilomètres après tout…

Bon, pour la faire courte, on n’a jamais trouvé de plage, on a failli tomber en rade d’essence, on a pris des chemins tellement poussiéreux qu’on va en ramener à Montréal et on a fini dans la piscine de l’hôtel.

Mais les paysages sont très beaux et les gens croisés sur la route sont toujours aussi fins et mignons.

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...