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Lundi 22 février – Yangon – Souvenirs coloniaux, richesses et pauvreté

Il fallait bien que ça arrive. 
C'est le dernier jour au Myanmar, le dernier de ces 24 jours qui sont passés tellement trop vite. Mais il n'est pas encore l'heure de verser notre larme, nous avons toute une journée à remplir… 

Ce matin, après un petit-déjeuner frugal, nous nous renseignons auprès du jeune homme de l'accueil de l'hôtel, pour savoir où nous pourrions trouver nos fameux sacs tressés, photos à l'appui. Il nous conseille d'aller traîner du côté d'un petit marché public à quelques minutes de marche vers le nord. 

En route, nous croisons encore ces gens aux pigeons. Assis au bord du trottoir, ils tiennent commerce de graines de maïs et je n'ai jamais su à quoi ça servait… 
Par contre, les pigeons eux, le savent très bien. 

 Ailleurs, ce sont des fagots de riz suspendus à des poteaux électriques qui nourrissent les moineaux, trop heureux de trouver ici un buffet à volonté. 

Un temple indien décore le ciel gris de sa statuaire colorée aux innombrables idoles. Comme il y a plus de 30 millions de divinités dans l'hindouisme, les décorateurs peuvent laisser libre cours à leur imagination... 

Des marchandes de crêpes tiennent commerces sur le trottoir. Par en dessous, elles font cuire la pâte épaisse et recouvrent le tout avec un petit fourneau au charbon de bois, bricolé dans une tôle recourbée. Du génie à l'état brut.

Je ne peux résister à ma gourmande faiblesse pour le jacque, gigantesque fruit du jacquier - il peut peser plus de 30 kilos - que l'on trouve partout en Asie. Même s'il lui ressemble un peu, ce fruit n'a rien à voir avec le durian et son insoutenable odeur. 

Sa couleur jaune crème et son doux parfum aux accents d'ananas et de mangue sont une gourmandise dont je ne me lasse pas. En Thaïlande, on trouve facilement des sacs de fruits séchés pour faire durer le plaisir au retour de voyage.

 Après de longues minutes de marche dans la touffeur de ce début de journée, nous arrivons au marché de Pazun Daung
Les premières allées sont consacrées aux objets usuels, mais seuls quelques sacs décolorés par le soleil et salis par la poussière sont visibles. Au fond, vers la rivière du même nom, sont installés des marchands qu'il n'est nul besoin de voir pour savoir qu'ils sont là. Les odeurs fétides et lourdes du sang et de la mort embaument l'atmosphère. Les poulets, cochons et poissons s'étalent pèle-mêle sur les étals dans une joyeuse débauche d'horreur. Le paradis des végétariens ! 
Mais, l'odeur très forte en cette heure matinale n'est pas du tout du goût de certains estomacs un peu dérangés par l'absorption de quelques amibes. Je dois vite entraîner mon équipier, au teint terreux, vers des zones un peu plus neutres. 
Il fait très sombre et l'air est lourd, on doit certainement trouver de tout ici, mais assurément aucune des affaires que nous cherchons. Tant pis. 
Je le répète : c'est beau, tu le veux : tu l'achètes ! 
Nos bagages seront moins lourds et surtout moins volumineux. 

Dans l'après-midi, je pars à la découverte des anciennes bâtisses coloniales qui trônent encore fièrement le long du fleuve. Ça n'allait déjà pas très bien dans le pays lorsque les militaires étaient au pouvoir, mais le coup de grâce vint du déménagement des institutions administratives. 

En 2007, la peur d'une invasion par la côte et la centralisation du contrôle des provinces rebelles seraient à l'origine du déplacement de toute une partie de l’administration vers Naypyidaw. Le peu d'entretien des bâtiments est alors abandonné, et les vieilles pierres sont exposées aux affres des conditions climatiques difficiles du pays. 

Depuis peu, des travaux semblent redonner un peu de lustre à ces édifices très abîmés. 
Je commence par longer la façade nord de l’énorme ensemble de briques rouges du Minister's building. Achevée en 1902, cette construction était le siège du gouvernement anglais. C'est ici que le général Aung San, le papa de la Lady, fut assassiné en 1947.
Abandonnée lors du déplacement de la capitale en 2005, elle ne fut jamais entretenue. En 2008, le cyclone Nargis a soufflé le toit en tuiles, dont il ne reste pas grand-chose. 
On parle de le transformer en musée et/ou en hôtel de luxe, mais pour l'instant, il n'y a pas l'ombre d'un plâtrier… 

Je passe devant la banque Ayawaddy, ancien département de l'Immigration, puis devant l'hôtel de ville qui date de 1936. 

Un peu plus haut, sur la rue Paya Sule, la caserne des pompiers, qui date de 1912, abrite quelques véhicules que l'on croiraient sortis d'un musée. 

Traversant le parc Bandoola, je souris en voyant un enfant faire la star sous un Chinthe, cet animal mythique, mi-homme, mi-lion, gardien des temples, des sites remarquables et des billets de banque. 
D'ailleurs c'est une des frustrations de quelques habitants rencontrés, il n'y aucun humain sur l'argent… 
Ailleurs nous avons des hommes et femmes remarquables, ici, ce sont des animaux qui décorent les billets de banque. Tout le monde a hâte de voir des poètes, héros nationaux et autres scientifiques géniaux prendre la place d'un garuda, d'un éléphant ou d'un chinthe.

    

Tout en haut d'un mur, des voltigeurs aux pieds nus, tentent de redonner un coup de jeunesse à la peinture de la façade de la Haute Cour. Les majestueux lions, perchés sur le faîte, imperturbables colosses de pierre, les pattes croisés sous leur gueule béante, dominent la ville et les hommes. 

En continuant vers le fleuve, je longe l'imposante façade d'une grosse banque, puis les célèbres arcades de l'ancien bâtiment de l'administration régionale de Yangon. 
Mais tout est en travaux et recouvert d'immenses bâches, on ne voit donc rien du tout. Il est question, là aussi, de reconvertir ce bâtiment en hôtel de luxe. 

L'Hôtel des douanes date de 1915, et est toujours en activité. Finalement ça prend essentiellement des banquiers et des douaniers pour faire rouler l'économie… 

Des bouquinistes exposent quelques livres très colorés sous des parasols, des cruches en terre cuite sont disséminées çà et là, remplies d'eau pour tout un chacun. 

Suivent la capitainerie avec ses grandes tours blanches, puis le fameux hôtel Strand arborant fièrement ses cinq étoiles. Ouvert en 1901, il est réputé pour avoir accueilli de célèbres écrivains, dont Kipling, Orwell, Wells, Huxley ou Maugham. Là, évidemment, il faut un peu de culture littéraire pour apprécier ce genre de visite.
Une nuit coûte un tout petit plus de 380 piasses, sinon on peut y aller pour un café. Mais là aussi il faut préparer les bidous, parce que l'expresso est vendu 6,25$… 
Je comprends pourquoi tout le monde me regarde de travers. Suant, le t-shirt collé à la peau, mon sac qui pue et mon appareil photo sur l'épaule, je ne dégage pas vraiment ce parfum particulier d'opulence auquel on s'attend dans ce genre d'endroit. 
C'est une bulle de grand luxe au milieu de l'effervescence. C'est beau, grandiose, et tellement éloigné de ma réalité. 
Finalement, ce café ne valait pas ce prix, je vais aller boire un jus de canne sur le bord de la route, oui monsieur, avec des glaçons d'eau du robinet, j'ai encore quelques kilos à perdre… 

Je continue ma marche le long de cette rue bruyante et poussiéreuse, en remarquant pour la première fois qu'il n'y a pas une seule moto, pas un seul scooter. 
Pour une ville d'Asie, c'est très surprenant de ne pas voir se faufiler des centaines de deux-roues entre voitures, camions et piétons. J'apprendrais que les militaires ont banni ce moyen de transport de la ville, craignant des attaques terroristes. 
Paranoïa quand tu nous guettes. 

Les bâtiments coloniaux se suivent. Ici, la grande poste, toujours en fonction témoigne, elle aussi, de l'incroyable âge d'or, que la capitale Rangoon a connu au cours des années 1920. 
Tombée dans l'oubli et la décrépitude, elle essaye de se relever et de retrouver ses ors d'antan. 

Dans une ruelle, un mini-marché expose ses quelques boutiques. Des bassines débordent de carcasses de poissons baignant dans une espèce de sauce grisâtre, des dames vendent des assiettes de grains de maïs pour les pigeons, des enfants attendent le client dans leur tout petit réduit plein de sacs de charbon de bois. 

Sur Strand Road, un homme armé d'une fourche, se démène dans un grand conteneur de déchets, la petite voie de chemin de fer qui fait le tour de la ville est recouverte d'immondices, des centaines de gens vivent dans ce salmigondis de pauvreté. 
J'ai l'impression d'avoir été téléporté à des années-lumières de l'hôtel d'où je viens de sortir.
  
  

Je traverse le large boulevard et me dirige vers la pagode Botahtaung. Un temple réputé pour son couloir en zigzag, doré du sol au plafond et pour, je vous le donne en mille, des cheveux de Bouddha. 

Je ne vais cependant pas le visiter, ayant probablement eu mon compte de temples et de dorures. Et puis, j'évite toujours de visiter tout ce qu'il y à voir, ça me donne une bonne raison pour revenir combler ces manques. 

Je continue vers le sud et arrive sur les berges de la rivière Yangon, où l'activité maritime bat son plein. La marée basse laisse apparaître les berges vaseuses sur lesquelles des échassiers piquent les crabes imprudents. 
Le Royal Irrawaddy fait le plein de victuailles pour sa croisière nocturne, les ferries attendent leur tour pour aller charger passagers et véhicules. Des pirogues longue-queue transbordent matériel et ballots jusqu'au ponton le plus proche. Des ouvriers se reposent sous une bâche, les protégeant timidement du soleil qui perce à travers la brume de chaleur. 

Un peu plus loin, ce sont les élégants yachts du Vintage Luxury Yacht Hotel qui tanguent au rythme des eaux écrasées sous la chaleur de ce début d'après-midi. 

Sur les quais, des enfants recouverts de crasse suivent leur grand-père, à la recherche de quelques déchets encore comestibles ou utilisables. Les plus pauvres des pauvres se retrouvent près des ports, avec le mince espoir de survivre à une autre journée. 
Pour eux, le sourire a depuis longtemps laissé la place à un douloureux masque de résignation. Cette vision d’extrême détresse est d'une tristesse sans nom et, ça me renvoie à l'absurde et intolérable prix, payé pour un seul café. 

Je quitte les rives pour remonter la rue Botahtaung. 
Partout, le long des hauts murs des immeubles, des cordelettes descendent des étages. Terminées d'une grosse pince, on y accroches les journaux ou des listes de courses. Des sacs en tissu sont suspendus pour y déposer l'épicerie, c'est ingénieux et ça me rappelle La Havane où j'avais vu le même système. 

Tout le long des routes, autour des poteaux où il est plus facile de grimper, les fils électriques de la ville sont vampirisés par des connections pirates. Je me demande si quelqu'un paye son électricité dans cette ville. Telles des lianes folles, des dizaines de fils de cuivre descendent vers les boutiques ou les appartements. 

De chaque balcon, fleurissent des paraboles bleues, oranges ou blanches, excroissances technologiques sur les murs lépreux. 

Enfin, l'air frais de la climatisation de la chambre m'enveloppe et me permet de retrouver quelques forces. Lesdites forces ayant momentanément quitté le corps d'André, nous n'irons pas très loin pour prendre notre dernier repas birman. Mais ne trouvant rien à notre goût, nous marcherons quand même jusqu'à la pagode Sule. 

Sur le chemin du retour, dans la faible clarté des rares lumières, quelques cuisines de rue se sont installées. Soit la chaleur de la journée me joue des tours, soit un habitant connaît mon prénom et le prononce parfaitement. Je délire… 
Mais non, c'est bien Pascale qui, assise avec Jacques, devant une soupe aux nouilles m'a reconnu. Quel incroyable hasard ! 
Quelques minutes de discussion, les derniers au revoir, et nous rentrons à notre chambre pour préparer nos sacs. Demain, le réveil se fera à l'aube, puisque l'avion décolle à 8 heures. Il faut arriver 3 heures avant et prévoir 1 heure de taxi pour se rendre à l'aéroport. 
Le jeune homme de l'accueil me dit qu'arriver 2 heures avant est largement suffisant et que la circulation devrait être fluide, il se charge aussi de réserver un taxi et négocie un prix tout à fait convenable.
Le réveil se fera donc à 4h45 au lieu de 4h15, chouette, une grasse matinée !

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Dimanche 21 février – Yangon – Des pierres et des prières

Comme prévu, la chambre est bruyante, mais avec une bonne paire de bouchons dans le fond des oreilles, tout va bien. Il y a des chambres libres coté cour, mais là, j'ai installé ma corde à linge et les sacs sont éventrés. Le déménagement se fera un autre jour. 

Nous partons à la découverte de cette grande cité, ancienne capitale du pays. 
Yangon, Rangoun, Rangoon… La même ville aux noms différents. 

En 1753, le petit village de pêcheurs de Dagon est officiellement rebaptisé Yangon. 
En 1824, William Amherst, le neveu du traître Jeffery, ami du fourbe Wolfe, déclenche la première guerre anglo-birmane. Il s'empare de la ville et en profite pour la renommer Rangoon, probablement à cause d'une erreur de prononciation. 

Beaucoup de monde, notamment des Français continue de l'appeler Rangoun. Il y a toujours une polémique concernant les changements de noms de ce pays et de certaines de ses villes (Yangon/Rangoun, Bagan/Pagan, Pegu/Bago,) qui se nomme officiellement Myanma (prononcé à tort Myanmar). Mais j'y reviendrais plus en détail lors de mon bilan. 

En attendant, nous avons pour mission de trouver tous les objets incroyables que nous avons vus dans les marchés de Hsipaw, Kalaw ou Nyaung Shwe. Paniers en bambou, couteaux et machettes, paniers tressés, etc. 

Il y a un marché incontournable à Yangon, le Bogoyoke Aung San Market
Construit en 1926, il est aussi connu sous son nom de baptême de Scott Market.
Il abrite des centaines de boutiques où l'on est supposé trouver de tout. 

Au premier étage, il y a des dizaines de vendeurs de tissu au mètre. De toutes les couleurs, de tous les motifs imaginables, c'est le paradis de la couturière qui sommeille en chacun de nous. Mais, ce n'est pas ce que nous cherchons. 

Au rez-de-chaussée, les kiosques proposent souvenirs et antiquités plus ou moins originales. Outre les t-shirts et sacs à l'effigie de Aung Saun Suu Kyi, la Lady, on trouve des souvenirs plus ou moins de goût discutable. En tout cas, pas du nôtre. 

À l'intérieur de la bâtisse, on trouve beaucoup de marchands de bijoux, or, argent, dorures et pierres plus ou moins précieuses. N'étant pas un professionnel de la caillasse, je ne prendrais pas le risque de sortir ma carte de crédit en échange d'un rubis qui s’avérera un joli morceau de verre. De toute façon, moi, c'est un panier en bambou que je cherche !

Voltant, virevoltant, tournant, rebroussant chemin, tourbillonnant tels des feux follets, nous parcourons toutes les allées du marché. Et ne trouvons rien. 
Force est de constater que les objets de la vie quotidienne des Birmans ne se trouvent pas dans cet endroit très orienté vers le tourisme. Nous finirons quand même par tomber sur deux ou trois commerces dédiés aux tissages traditionnels et devrons nous maîtriser pour ne pas passer notre frustration dans l'achat des boutiques au complet. 
Pour résumer ces infructueuses recherches oh combien frustrantes : tu le vois, tu l'aimes, tu l'achètes... Tout de suite ! 

Nous faisons une pause riz frit et gras, dans un petit resto local et allons prendre quelques minutes de repos dans la fraîcheur de notre chambre, en attendant que la température excessive de nos corps baisse un peu. Il est à présent l'heure de prendre un taxi pour nous rendre à la fameuse Paya Shwedagon




L'histoire : la légende place la construction du zedi principal (stupa) il y a 2600 ans, les textes monastiques eux, parlent du 6e siècle avant J.C, et les archéologues, plus pragmatiques, estiment celle-ci entre le 6e et le 10e siècle de notre ère. 

En 1484, la pagode reçut en cadeau une cloche de bronze qui pesait presque 300 tonnes et, toujours considérée comme la plus grosse cloche du monde. 
En 1608, un mercenaire portugais la déroba pour la fondre et en faire des canons, mais lors de son transport sur la rivière Yangon, son poids brisa le bateau et elle disparut dans les flots, sous des mètres de boue. Toutes les recherches menées depuis ont échoué. 
Avis aux aventuriers... 

Le stupa est construit en brique, et recouvert de milliers de plaques d'or. De nombreux tremblements de terre, incendies, dégradations, et manœuvres militaires hasardeuses firent d'innombrables dégâts, mais toujours, il est reconstruit et embelli. 

© JT of jtdytravels
La couronne (hti) du zedi principal culmine à presque 100 mètres de hauteur. Quelque mille clochettes d'or et plus de 400 d'argent y sont accrochées. La girouette est ornée de pierres précieuses, et, tout en haut, une sphère d'or est incrustée de milliers de diamants et d'une émeraude. 




Trop loin pour être admirée, nous ne pouvons qu'en imaginer la magnificence. Mais l'essentiel de la richesse du site, ce sont ses visiteurs. C'est le site de pèlerinage le plus couru du pays, et de nombreux fidèles, et visiteurs étrangers viennent également l'admirer. 
Si les autres sites du pays acceptent les débardeurs et les shorts pour les hommes, ici, il faut s'habiller de façon plus conventionnelle. Le taxi nous dépose au pied d'un des grands escaliers situés aux quatre points cardinaux. 

L'entrée est facturée 8 000 K, et on nous demande 10 000 K de caution pour le prêt d'un longyi et d'une très jolie petite chemisette, en lin et coton du plus bel effet, pour couvrir les épaules nues. Un ascenseur nous monte sur la colline qui domine la ville de sa cinquantaine de mètres et nous pénétrons sur le site après avoir un peu joué des coudes à travers la foule impatiente et indisciplinée. 

WOW ! Alors là, on reste cois… La vision de cet immense stupa doré, posé au milieu d'un sol dallé de marbre, foulé par des centaines de pèlerins et touristes est tout simplement époustouflante. Nul besoin d'être un fervent bouddhiste, ou de croire en quoi que ce soit de mystique ou de religieux. 
Le site est sublime, ce qui s'en dégage est très fort. On vient ici pour prier, pour demander protection et bienfaits, mais aussi pour se reposer, trouver un peu de quiétude au milieu du tumulte citadin. On vient pour faire des photos, admirer et se retrouver. On vient pour regarder. Et il y a beaucoup à voir. 

Nous faisons le tour du zedi, passons la tête dans certain temples, entrons dans d'autres, sommes interpellés par des moines qui veulent des photos. Alors nous posons fièrement avec ces moines curieux et rigolards, qui selfisent plus vite que leurs ombres. 
Ici, le selfie est une vraie plaie que je ne supporte plus. 

En attendant, nous sommes arrivés au bout de notre premier tour et en entamons un deuxième. Les jours de la semaine sont représentés au pied du stupa géant, dans des autels planétaires. L'astrologie a une place prépondérante dans la vie quotidienne des Birmans, et beaucoup de décisions plus ou moins rationnelles ne se prennent qu'après la consultation d’astrologues. 

Il est de mise d'aller arroser le Bouddha représentant le jour de sa naissance avec quelques tasses d'eau. Moi, je suis né un lundi, ma planète est la lune et mon animal le tigre. 
C'est quand même mieux que le vendredi et son cochon d'Inde… 


  


Nous nous arrêtons de longues minutes à l'ombre d'un temple, discutons avec quelques moines, et pèlerins et avec une Américaine en croisière, qui en est à sa quatrième grande ville en quatre jours. Pas le temps de se reposer en vacances ! 

Le jour décline, les lumières s'allument, la fréquentation du site va en s'accroissant. On sent la ferveur monter avec les fumées des milliers de chandelles qui s'enflamment.

Tout autour du zedi, des petits lumignons à l'huile attendent une allumette charitable. 
Des groupes se forment, on donne des bouteilles d'eau, l'ambiance est festive. Des donateurs venus d'autres pays se regroupent pour offrir des bougies et des prières. 

Des moines sont accroupis devant les temples, au milieu de centaines de gens qui déambulent, et pourtant très loin de toute cette agitation, perdus dans leurs prières. 

Un photographe japonais s'installe et fait le ménage autour de lui. Il traite son assistant comme un esclave et lui claquant les doigts sous le nez. Tiens, et si je me plaçais juste devant pour faire une photo. Il fulmine, je lui fais mon plus beau sourire zen, je prends mon temps, il me fusille de son regard malveillant. 

Il fait maintenant nuit, et tout le site est plongé dans les ombres et lumières dorées. 
Le zedi est un phare au milieu d'un océan de ferveur, il y a du monde partout, l'atmosphère est magique. 

Ça fait un peu plus de trois heures que nous sommes ici, tout est passé si vite, mais il est temps de laisser les bouddhistes à leurs prières et d'aller rendre nos tenues à la consigne.

Le taxi mettra de longues minutes à s'extirper des embouteillages autour du lieu saint, mais le prix a été discuté avant, il peut bien prendre son temps. 
Nous lui demandons de nous déposer devant le Nilar Biryani, un restaurant indien qui se révélera un excellent choix. 
Les serveurs, un peu désœuvrés, traînent autour de leur téléphones portables. Mais c'est propre, le choix est vaste et tout le monde est très sympathique.

 



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Samedi 20 février – De Kintun à Yangon – Histoire de bus, et retour en ville

Toute la nuit, en-dessous de nos immenses fenêtres, un haut-parleur passe son temps à débiter des annonces. L'immense néon de la barre du T de Bawga Theiddhi éclaire la chambre à travers les rideaux, une nuit à noter dans les annales. 
Par contre, question literie, ils sont au top dans le bled. Un grand matelas ferme, qui ne couine pas, et où il est possible de sauter comme des fous dessus, ça valait presque le coup. 
Le petit-déjeuner est très basique, 3 toasts, 1 œuf frit, un peu de confiture, du faux beurre et 3 triangles de pastèque. Mais le serveur est tellement gentil et souriant, que nous lui ferons croire que nous avons passé le plus merveilleux des brunchs dominical de notre vie. 

Allez, il est temps de quitter la ferveur des masses de pèlerins et nous rendre au petit bureau où nous avons rendez-vous à 9h30 pour prendre une voiture qui nous descendra à Kyaikhtiyo pour le bus de 10 heures. 
À côté, chez Win Express, ça déménage. Les touristes embarquent directement dans le bus, les bagages sont ensoutés, tout le monde est organisé. 
Nous, on attend… 
Enfin, à 9h30, le jeune qui baragouine l'anglais nous fait signe que c'est notre tour. En fait de voiture, nous montons dans un bus tout pourri, qui va à Malwamine, via Kyaikhtiyo. Admettons. 

Avant de quitter Kinpun, le chauffeur fait le tour de tous les hôtels et guesthouses pour ramasser ses clients. Il est 10 heures quand nous quittons enfin le village. 
Aucune inquiétude, dit le jeune anglophile, le bus va vous attendre. 

Évidemment, le bus de 10 heures est déjà passé et n'a attendu personne. 
Nous prendrons le bus de 11 heures. 
Qui passera à 11 heures 30. 
Et s'arrêtera à 11 heures 38 pour la pause repas. 

Il est midi passé quand le chauffeur donne le signal du départ. Nos sièges sont confortables, il y a de la place pour les jambes et c'est climatisé. Mais ça ne dure pas. 

Vers 14 heures, nous faisons une nouvelle pause, et le chauffeur arrête le moteur et donc, la climatisation. Je ne sais pas s'il est au courant, mais il fait 39º à l'ombre et on commence à cuire là-dedans. Je décide de sortir du bus pour constater qu'on est en panne. 
Pourquoi se contenter de juste être en retard. 

On se disait aussi que ça sentait un peu l'essence depuis quelque temps. Alors, tout le monde s'y met, le chauffeur, son copilote, les passants, le chauffeur et l'assistant du bus derrière nous. 
L'essence gicle un peu sur tout le monde, ça coule par terre, un homme s'approche avec une cigarette, je m'éloigne. 
La plupart des passagers reste assis à leurs places dans la fournaise infernale de la grosse boite de conserve roulante. 
 Il faudra environ 30 minutes pour que tout soit réparé. Le mécano arrose abondamment le bloc-moteur avec des dizaines de litres d'eau savonneuse pour le nettoyer de toute l'essence qui y a coulé avant de redémarrer. 

Il est un peu plus de 15h30 lorsque nous arrivons enfin à la gare d'autobus de Aung Mingalar de Yangon. Qui se trouve à environ une heure de notre destination finale. 
Cette journée va-t-elle finalement avoir une conclusion ? 

Le rabatteur des taxis m'annonce 20 000 K pour deux personnes. Je le regarde en souriant et lui rétorque 8 000 K. Le ciel lui tombe sur la tête, je suis fou, c'est du vol, le baratin habituel… Alors, je fais mine de partir vers d'autres chauffeurs. Il me rattrape, me dit que c'est bon, je peux embarquer dans une voiture. Finalement c'est pas compliqué d'être raisonnable. 

Le trafic est dense, mais vraiment moins que ce à quoi je m'attendais. Le chauffeur ouvre de temps en temps sa portière pour lâcher un long filet de bave rouge, et évidemment ne connaît pas du tout l'adresse de l'endroit qu'il semblait pourtant si certain de trouver il y a 45 minutes. 
Il demande à un collègue tout aussi perdu, et moi, si je me fie à mon plan et à mon sens de l'orientation, nous ne devrions pas être loin. Il remonte la rue, et au loin, je vois la pancarte jaune et bleu, annonçant le Ocean Pearl Inn, notre toit pour ces trois nuits dans l'ancienne capitale. 
L'accueil est...citadin, la chambre climatisée, un peu petite pour le prix, et donnant sur la rue, mais nous sommes vraiment épuisés, nous voulons nous poser. Au pire si cette nuit est un enfer, on changera demain. 

Allez, on enfile nos gougounes de compétition et partons découvrir les alentours. 
En remontant la rue vers l'ouest, nous arrivons rapidement à l'un des points de repère les plus significatifs de ce coin sud-est de la ville, la Paya Sule

À coté, le grand parc Maha Bandoola, offre sa pelouse verte aux enfants et aux amoureux. Au fond, plein d'agrès et de jeux pour les bambins les remplissent de bonheur et de cris de joie. 

Affamés. nous cherchons un restaurant de nouilles indiqué dans notre guide. Les choses changent vite, et de restaurant, nous ne trouverons jamais la trace. Par contre dans la rue il y a une espèce de fast-food spécialisé dans la volaille. 
Un sérieux concurrent au Général Sanders, parce que ses burgers sont vraiment bons, ou alors le manque de nourriture industrielle nous joue des tours. 
Qu'importe, j'assume. Il fait frais, c'est généreux, et surtout ce qui est dans la boite ressemble vraiment à la photo de l'affiche. Tu peux te rhabiller Ronald l’incompétent ! 

Nous tentons de visiter la fameuse pagode Sule, on nous demande une obole de 3 000 K, mais mon porte-monnaie est aussi vide que le cerveau d'un partisan de Donald Trump. J'ai besoin d'un ATM, ça presse. 

Mais on verra ça demain, pour l'heure, le mieux que nous puissions envisager, est un retour à notre chambre pour y profiter de quelques heures de repos.

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