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Madrid - 20 & 21 février

Jeudi 20 février 
De La Palma à Madrid

Ça y est, notre périple canarien est terminé. Nous voilà installés dans la capitale espagnole pour quelques jours. La journée ensoleillée nous aurait bien incités à prolonger le séjour de quelques mois, mais l’heure de la retraite n’a pas encore sonné, et il nous reste encore bien d’autres endroits à explorer avant de louer un scooter électrique à Playa del Retraitos. Ce n’est que partie remise. 

Ce matin, le soleil jouait avec les nuages pour illuminer l’océan, la brise était douce, l’air avait une température idéale, et — événement rarissime — on a même vu des gens utiliser leurs clignotants. Le genre de début de journée parfait pour bien regretter d’avoir pris un billet d’avion retour. 

L’aéroport n’est qu’à dix minutes de route, et comme d’habitude, nous arrivons beaucoup trop tôt. Ça compensera avec notre départ précipité de Tenerife, où nous avons failli perdre nos cœurs à force de courir. La voiture est rendue, et à ce jour, je n’ai toujours pas de nouvelles concernant les cicatrices toutes neuves qu’elle arbore... 

Nous sommes installés sur les chaises du petit café en attendant l’heure de l’enregistrement. Le temps passe doucement. J’ai besoin de mes lunettes, restées dans le sac que j’ai confié à André avant de descendre la voiture au parking. Pas de sac sur le chariot. Instant de panique.

— Tu as dû l’oublier dans la voiture. 
— Ah non, je me rappelle très bien l’avoir accroché au chariot de bagages. 
— Naaaan, tu l’as certainement oublié dans la voiture. 
— J'ai accroché mon sac au chariot de bagages, j'en suis certain.
— Naaaan, c'est sûr qu'il est dans la voiture, cours au sous-sol.

Têtu, tu dis ? 

Je sors en vitesse de l’aérogare et retrouve 
par miracle, au pied du poteau où était garé le fameux chariot de bagages, mon sac abandonné au sol. À l’intérieur : mes lunettes... mais aussi mon passeport, mes papiers, mon portefeuille. 
Bref, tout ce qu’il ne faudrait surtout pas perdre à dix mille kilomètres de chez soi. C’est drôle : je n’ai même pas été surpris. 

Encore moins fâché. Après tout, c’est moi qui avais oublié ce même sac — ou son prédécesseur — dans un taxi aux Philippines
De retour dans l’aérogare, nous nous installons sur un banc, mais réalisons rapidement qu'il est le QG de l’équipe de nettoyage. Ça parle fort, ça se pince un peu les fesses, ça rigole, ça crie… Bref, pas idéal pour méditer sur notre chance d’avoir récupéré mes papiers. 

On déménage quelques bancs plus loin. 
Je profite du calme retrouvé pour faire un tour à l'extérieur. Le petit aéroport, construit au bord de l'océan, est bordé par une promenade où l'on peut respirer à pleins poumons la brise qui fait tourner les deux éoliennes. En bas, parmi les rochers, quelques piscines naturelles invitent à la paresse et à la baignade, ce dont ne se privent pas quelques rares habitués.

Enfin, l’heure de l’enregistrement arrive, et nos sacs, contre toute attente, pèsent bien moins lourd que nos pires prévisions. 

Passage rapide aux scanners, puis pause sur la terrasse extérieure, entre tarmac et océan, en compagnie d’un bon gros sandwich maison, préparé avant de quitter notre appartement. 

Nous faisons un tour dans les boutiques hors taxes, juste pour confirmer que c’est, comme toujours, une énorme arnaque. 

Une bouteille de vin des Canaries — plutôt pas mal, soit dit en passant — vendue 7,99 € chez Lidl est affichée ici à plus de 23 €. Le miel, deux fois plus cher ! En fait, tout est vendu deux à trois fois plus cher qu’en ville. Mais ça, on le savait déjà : le dernier caissier qui a eu affaire à nous dans une boutique duty free n’est plus tout jeune… 

Avec une trentaine de minutes de retard, l’avion en provenance de Madrid atterrit enfin. Nous nous mettons en file selon notre groupe d’embarquement. 
Des Allemands grillent la priorité. Classique. 

Hop, décollage. Nous admirons les cimes qui émergent au-dessus de la mer de nuages et filons droit vers le continent. 

Nous arrivons à Madrid alors que le soleil rase l'horizon.
Aussitôt l'appareil posé, c’est la foire d’empoigne : certains passagers s’impatientent et distribuent des coups de sac à dos aux autres... Tout ça pour finalement devoir attendre au tapis numéro 15, où les bagages arrivent au compte-gouttes. 

Mais pour atteindre le tapis, il faut d’abord traverser tout l’aéroport, immense, deuxième plus grand d’Europe après Charles-de-Gaulle. 

Enfin, Ahmed, chauffeur Bolt peu inspiré, arrive. 
Il ouvre son coffre sans quitter son siège. 
Pas de pourboire pour Ahmed... 

Il est plus de 20 heures lorsque nous arrivons devant notre hébergement. 
Moment de solitude : personne ne répond à nos messages pour nous ouvrir la porte. Puis confusion : on confond "Baja" et "Piso", ce qui n’aide pas. Finalement, on trouve l’entrée au fin fond d'une petite cour intérieur où le soleil a décidé de ne jamais y jeter un coup d'oeil.

Pas le temps de découvrir le quartier ce soir : un bar, quelques verres, des ménés frits, une assiette de croquetas, des patatas bravas, et hop... il est temps de rouler la viande dans le torchon. Demain, une grosse journée de découvertes nous attend.


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Vendredi 21 février 
Madrid
  
Capitale de l’Espagne depuis 1561, Madrid est une ville à la fois royale et populaire, fondée à l’époque musulmane sous le nom de Mayrit au 9e siècle. 
Ce petit poste de surveillance sur la rivière Manzanares est devenu, par la volonté de Philippe II, le centre névralgique de l’Empire espagnol. Sous les Habsbourg puis les Bourbons, la ville s’est transformée en une capitale aux grandes avenues, aux palais somptueux et aux places animées.

Les principaux éléments des armoiries de Madrid (l' ours et l' arbousier ) trouvent leur origine au Moyen Âge .
Parmi les incontournables : le Palais Royal, l’un des plus vastes d’Europe ; la Plaza Mayor, autrefois théâtre d’exécutions publiques, de corridas et même de canonisations ; ou encore le musée du Prado, joyau de l’art classique européen. Juste à côté, le musée Reina Sofía abrite le monumental Guernica de Picasso, peint en réaction au bombardement de la ville basque en 1937 par les nazis et les franquistes.

Madrid, c’est aussi une ville de contrastes : le paisible parc du Retiro, où l’on peut faire de la barque sous les cyprès, cohabite avec Malasaña, un quartier alternatif né de la rébellion post-franquiste. C’est là qu’est née la Movida madrileña, mouvement de libération artistique et sociale des années 1980, incarné par un jeune Pedro Almodóvar.

Madrid est une ville qui ne dort jamais. 
Elle combine une élégance royale avec son architecture monumentale, et une vitalité populaire que l’on retrouve dans ses marchés, ses ruelles animées et ses bars à tapas toujours bondés. Fière, chaleureuse et festive, il est temps de découvrir la capitale espagnole.

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Madrid, par delà ruelles et places
 

Le record de Séville tient toujours. À 1 kilomètre près… 

Aujourd’hui, nous avons exploré une partie de la capitale espagnole sous un ciel timide. Apparemment, les locaux n’ont pas la même tolérance au frais que nous : il fait à peine 12 °C ce matin, et les Madrilènes sont emmitouflés dans des manteaux d’hiver arctique !

Nous quittons le sud de la ville, où nous sommes logés dans ce qu’André surnomme le Bunker, et grimpons en direction de la Plaza Mayor.
Les rues sont encore tranquilles : seuls les parents, concentrés mais débordés, s’activent à canaliser leur turbulente marmaille vers l’école.

Nous arrivons sur la grand-place avant la masse touristique — plus de 10 millions de visiteurs l’an dernier — et nous retrouvons mêlés au ballet des livreurs et des camions de marchandises.

Juste en face, l’ancienne Maison de la Boulangerie exhibe fièrement ses façades ornées de fresques. Après l’incendie de 1672, l’édifice fut reconstruit et décoré de peintures murales signées Claudio Coello et José Jiménez Donoso. 
En 1988, un concours municipal permit à l’artiste madrilène Carlos Franco de réinventer ces fresques : il y fit apparaître un univers peuplé de figures mythologiques et allégoriques — Cybèle, Proserpine, Bacchus, Cupidon — mêlant références classiques et touches contemporaines.

Par endroits, des pancartes accrochées aux balcons témoignent de la grogne des habitants, excédés par le vacarme et la musique qui doivent résonner à merveille entre ces quatre hautes façades.

Au centre de la place, juché sur son cheval, trône Philippe III, roi mou et sans envergure, mort d’une des façons les plus absurdes que l’histoire ait retenues : de déshydratation. 

  • La ballade satirique d’un poète irrévérencieux à la cour du roy
 "Escoutez conte moult étrange, D'ung roy cuit par feu de meslange, Par brasier trop bien allumé, Fut nostre sire consumé."
Oyez, oyez, gentes dames, gents damoiseaux et preux chevaliers,
escoutez la moult estrange et piteuse fin du très chrétien sire Philippe, tiers de son nom, roy d’Espagne !

Sachez que ce noble prince, ja depuis maints jours fort malade et grevé de fiebres, se reposoit en son grand hostel de Madrit, en une chambre grantement close et chauffée d’ung brasier ardent.
La challeur y estoit si pesante que nul vivant n’y eust pu longuement souffrir sans desplaisance.

Or, Sa Majesté, affoiblie en son corps, languissoit sous ceste étuve, suant moult et palissant à veuë d’œil. Hélas ! nulz ne s’osoit approchier du brasero, car, par ordonnance de court, ce faict estoit réservé au seul marquis de Tovar, lequel estoit lors absent.

Ainsi geignoit le pauvre roy, en grand torment de challeur, et ses gens, tout engourdis de crainte et de vaine révérence, ne firent rien pour le secourir.

En moult peu d’heures, son corps, ja affaibli par maladie, défaillit sous la pesante chaleur, et son âme, las de tant de souffrance et de sottise humaine, s’en alla rendre compte devant Nostre Seigneur.

Ainsi trespassa Philippe le Pieux, non point par glaive, ne par malice d’autruy, mais par la grandz folie d’ung monde où trop de cérémonie perd mesme les roys.

Que chacun en prenne exemple : mieulx vault rompre l’orgueil des coustumes que de laisser mourir ung bon prince en vain.

Priez pour luy, gentes gens, car s’il fut fors pieux, sa fin fut des plus tristes et amères.

Pour résumer :
 le marquis de Tovar, maître attitré des braseros royaux (car oui, il fallait un marquis pour cela), s’était éclipsé. Alors que le roi fondait comme cire au soleil, la cour se liquéfiait d'angoisse, mais personne ne bougeait. Mieux vaut laisser le roi griller que risquer une faute protocolaire !

Quand enfin le marquis reparut, Sa Majesté n'était plus qu'une loque haletante. Quelques jours plus tard, il s'éteignait en raison de la déshydratation et l'absurdité d’un monde trop respectueux des formes pour sauver son propre maître.

Ainsi, le 31 mars 1621, finit Philippe III, non dans la gloire d’un combat, mais dans la lente cuisson d'une cour où la politesse tue plus sûrement que l'ennemi.
Débile, je vous disais !

Malgré tout, il a droit à une belle statue sur un fier destrier, entourée d'une place majestueuse. Comme quoi...

Nous poursuivons notre chemin vers le marché de San Miguel, encore fermé à cette heure matinale, et profitons d'un petit café pour nous sustenter — habitude que nous allons répéter un peu trop souvent, avec beaucoup trop d’enthousiasme, tant les tentations sont nombreuses ici.

À 10 heures pile, le marché ouvre ses portes. Devançant quelques groupes déjà massés à l’entrée, nous déambulons dans les allées et constatons que seuls des kiosques alimentaires sont installés ici. C’est Instagrammable à l’extrême : tapas de tous genres, jus frais, glaces, desserts, produits de la mer… tout est présenté de façon exquise, mais à des prix stratosphériques.

Seul un cornet de chips surmonté de quelques tranches de jambon semble à portée de notre bourse, à 6 euros. Nous résistons bravement et nous contentons de saliver devant les vitrines.
Franchement, c’est beau, très beau même, mais c’est du tourisme en concentré, pas vraiment notre tasse de thé.

Tout autour, le quartier vibre : c’est plein de vie, de passants, et aussi de petites mains lestes prêtes à vous faire les poches.
J’ai comme un grand sentiment de vide. Tout ce monde, tout ce bruit, cette circulation, les klaxons, les sirènes d’ambulance ou de police… Le balcon solitaire face au soleil couchant de Tenerife me semble bien loin…

La fameuse chocolaterie San Ginés est à deux pas. Réputée pour ses churros parmi les meilleurs de la ville — même si plusieurs autres churrerías revendiquent ce titre —, c’est ici que nous décidons de commencer.

L’accueil est bref : choisissez, payez, et ensuite seulement, on vous indique une table.

Les churros arrivent, fins et dorés. Contrairement aux porras, plus épais et mieux adaptés à l’absorption du chocolat chaud, ils sont ultra croustillants, légers, gourmands. Nous trempons allègrement ces beignets dans une tasse de chocolat épais et onctueux, avant de nous barbouiller joyeusement les babines.
C’est une réussite totale : il ne restera que quelques traces de chocolat au fond de la tasse !

Une chose est sûre : nous n’enchaînerons pas avec une deuxième churrería aujourd’hui…

Nous repartons d'un bon pas pour brûler quelques calories... et croisons aussitôt la Chocolatería 1902, également classée dans le top 5 des adresses gourmandes madrilènes. Cette fois, nous passons devant sans céder.

Arrivés sur la Plaza del Callao, nous plongeons dans le cœur battant du magasinage extrême, tout le long de la Gran Vía.
Les bâtisses démesurées, à l’architecture complètement éclectique, forment des remparts impressionnants de chaque côté de l’avenue. 

Sous les frontons surmontés de statues dorées, les enseignes les plus connues défilent : Zara, Uniqlo, Mango, H&M… et, sur cinq étages, le deuxième plus grand Primark du monde.

Temple de la fast fashion, bannière de l’ultraconsommation, navire amiral de la pollution textile, vitrine éclatante de greenwashing avec ses promesses vertes en carton-pâte… Ce magasin est bondé en permanence.
La jeunesse, si prompte à battre le pavé pour l'environnement, est aussi la première à remplir des sacs jusqu’à la gueule de fringues qu’elle portera une seule fois avant qu'elles ne se déforment au premier lavage.

Nous admirons la façade de l’Edificio Telefónica, un gratte-ciel de 89 mètres, mélange d’architecture nord-américaine et de baroque madrilène du XVIIIᵉ siècle.

  • L'anecdote historico-architecturale
Construit entre 1926 et 1929, l’Edificio Telefónica est un bâtiment emblématique de la Gran Vía à Madrid. Commandé par la Compañía Telefónica Nacional de España (fondée en 1924 avec l’appui de la multinationale américaine ITT), l'édifice était destiné à devenir le siège principal de la compagnie.
À son inauguration, il est l'un des plus hauts gratte-ciel d'Europe avec ses 89 mètres — un exploit technique et symbolique pour l'époque en Espagne. Son architecte principal, Ignacio de Cárdenas Pastor, s’est inspiré des gratte-ciel new-yorkais, notamment ceux de Manhattan, mais en y intégrant des éléments de l’architecture baroque espagnole pour mieux l’ancrer dans le paysage madrilène.

Au bout de la rue, les immenses lettres Schweppes s'affichent en diagonale sur un immeuble aux formes tout en rondeur, tandis que partout sur les trottoirs, des kiosques de vendeurs de loterie parsèment le paysage.

  • L'anecdote historico-architecurale
L’Edificio Carrión, aussi connu sous le nom d’Edificio Capitol, est l’un des bâtiments les plus emblématiques de Madrid. Situé au croisement de la Gran Vía et de la Plaza del Callao, il attire immédiatement le regard avec sa façade incurvée et son célèbre néon Schweppes, devenu un véritable symbole de la ville.

Construit entre 1931 et 1933 par les architectes Luis Martínez-Feduchi et Vicente Eced, le bâtiment est un chef-d’œuvre de l’architecture rationaliste espagnole. Avec ses 14 étages et ses 54 mètres de haut, il incarnait la modernité des années 1930 et introduisait une touche de style international au cœur de Madrid.

Commandé par Enrique Carrión, marquis de Melín, le bâtiment devait initialement héberger un hôtel de luxe, un cinéma et des bureaux. Il abrite toujours aujourd’hui le Cine Capitol, un cinéma historique, ainsi qu’un hôtel et des commerces. En 2018, l’édifice a été officiellement classé Bien de Interés Cultural (BIC), une reconnaissance de son importance architecturale et culturelle.

Le bâtiment a aussi une forte charge symbolique dans l’imaginaire collectif espagnol. Le néon Schweppes, installé en 1972, est une référence visuelle incontournable, immortalisée notamment dans le film culte El día de la bestia.

Depuis le début de notre voyage, des plus petits villages à la capitale, nous sommes frappés par l’omniprésence de la loterie en Espagne. Devant les supermarchés, sur les plages, dans les rues, sur les places… Partout, des vendeurs de billets à gratter ou de loterie nationale, tous à l'affût du client en quête d’un miracle.

S’ajoutent à cela de nombreux jeunes militants qui interpellent les passants : pétitions, collectes de fonds, adhésions pour sauver la forêt amazonienne, les baleines ou l'opossum albinos... Réels ou fictifs, difficile de trancher. De toute façon, avec l'appareil photo vissé sur la bedaine, on ne nous embête jamais longtemps.

Direction ensuite le marché de Vallehermoso, un vrai marché, cette fois, avec des prix décents et de vrais stands de fruits, légumes, poissons, viandes.
À l’intérieur, Craft 19, une microbrasserie locale, nous propose une caña fraîche et bienvenue. On s’y installe finalement pour le déjeuner, généreux et savoureux.

À quelques minutes de marche, Magallanes — bureau de tabac et plus encore — abrite la plus grande cave à cigares que j’aie jamais vue.
Dans une atmosphère chaude et humide, soigneusement régulée par des jets de vapeur, des milliers de cigares s’alignent : Nicaragua, Honduras, Cuba, Brésil, République dominicaine... Plus de 200 références pour les amateurs, avec des prix oscillant entre 1,50 € et plus de 60 € pièce.

Il est temps de redescendre tranquillement vers notre quartier, qui nous semble soudain à l’autre bout du monde.
Nos pieds commencent sérieusement à se plaindre, mais Madrid a tant à offrir que nous errons encore quelques heures entre les bâtiments Art déco et les places vibrantes d’animation.

Puerta del Sol, Plaza de España, Edificio Metrópolis, Banque d’Espagne, Beaux-Arts… Ici, tout invite à lever la tête et à admirer.

L’immeuble Metrópolis, inauguré en 1911 à l’angle de la Gran Vía et de la calle de Alcalá, est un chef-d'œuvre de style Beaux-Arts signé par les architectes français Jules et Raymond Février. 

Commandé par la compagnie d’assurances La Unión y el Fénix, il symbolise la modernité madrilène du début du XXe siècle, avec sa façade richement décorée et son impressionnant dôme noir couronné d’une statue ailée.

  • L'anecdote d'un Phénix qui devint Nike
Le dôme de l’immeuble Metrópolis a changé de couronne en 1977. À l’origine, il était surmonté d’une statue en bronze représentant un phénix portant une figure humaine, symbole de la compagnie d’assurances La Unión y el Fénix.
Lors de la vente du bâtiment en 1972, les anciens propriétaires ont emporté cette statue, qui a été remplacée par une nouvelle sculpture en bronze : la Victoria Alada (Victoire ailée ou Nike), œuvre de Federico Coullaut-Valera, installée en 1977. Vue du sol elle parait assez modeste, mais elle mesure quand même 6 mètres et pèse 3 tonnes.

Près de la Plaza de Jesús, une longue file s’étire devant la basilique. Dans cette rue, les bars et restaurants à la décoration léchée promettent de futures haltes gourmandes.

C’est l’heure où les parents récupèrent leurs têtes brunes à la sortie de l’école. Les anecdotes enfantines fusent comme autant de gazouillis, et les papas attentifs commandent gâteaux et jus pour leur progéniture ébouriffée.

Un dernier tour à l’épicerie, puis nous faisons enfin voler nos godillots dans la cuisine du Bunker.

Jet d’eau froide sur les arpions, morceau de fromage de chèvre, bretzel… La journée s’achève avec 20 kilomètres au compteur. 
Pas mal pour un lundi sous un ciel chagrin.


L'ours et l'arbousier - Puerta del Sol
                                                     
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La Palma - Partie 2/2 - 18 & 19 février


Mardi 18 février
Le volcan, la mer et la manœuvre impossible

Houla, quelle journée éprouvante ! 

Elle commence pourtant bien, sous le soleil et le ciel bleu, avec la visite de la fabrique de cigares El Rubio à deux pas de chez nous. Comme souvent ici, c’est une toute petite entreprise familiale qui fabrique et vend sa production de puros.

Deux personnes, concentrées, sont assises à une table et roulent les cigares, en différentes tailles. Du discret Fina à l’imposant Superior, tous sont roulés à la main, avec application, et vendus aux alentours de 3 euros pièce. 
D'autres collent les bagues sur les cigares une fois sortis des presses en bois antédiluviennes, puis une dernière emballe les cigares dans des paquets, prêts pour l'expédition.

Il est un peu tôt pour commencer à boucaner, on va s’épargner l’apéro-nicotine et garder ça pour plus tard. 
Évidemment, l'abus d'alcool, le tabac, le sexe non protégé, la conduite automobile, les concours de bouffe, faire la gueule, voter Con, manger trop vite, ne pas se laver les mains, l'obésité, le manque d'activité physique, le stress chronique, la pollution, le sucre raffiné, les aliments ultra-transformés, l'excès de sel, etc. sont mauvais pour la santé... Mais vous êtes des adultes, débrouillez vous !

 

Puisque les cimes sont parfaitement dégagées, nous mettons le cap vers la Caldeira de Taburiente, un vestige de gigantesque stratovolcan en plein milieu de l’île. 
Il est sis dans un parc et, comme pour le Teide ou le Roque Nublo, il faut s’inscrire en ligne pour espérer passer la barrière. 

Les places sont limitées : ici, on ne plaisante pas avec la suraffluence touristique ni la protection des sites fragiles. Évidemment, nous avons omis de réserver… organisés, mais pas trop. 

Par chance, il restait une place avant 11 h, et comme nous sommes matinaux, souriants, et manifestement sympathiques, la gentille gardienne remplit elle-même notre formulaire en ligne et nous donne une heure pour grimper au mirador. 

Je commence à être habitué aux routes locales et je clenche mes vitesses comme en finale du rallye de Monte-Carlo. Je suis en confiance : la route est en excellent état et, à cette heure, il y a peu de chances de croiser des voitures en sens inverse. Mais je suis quand même prudent, promis. 

Nous atteignons le tout petit stationnement et partons aussitôt en direction du mirador de Los Roques qui se trouve à peine à 530 mètres à travers une forêt de pins des Canaries, espèce endémique qui a la particularité de résister au feu grâce à son écorce très épaisse. 

Le chemin est bien entretenu, la lumière filtre joliment à travers les longues aiguilles chatoyantes et les troncs sombres. On respire à pleins poumons, ça sent bon la résine et la fraîcheur. Dommage que le temps nous soit compté : le site est un paradis pour la rando. 
Quelques sentiers parcourent l'immense caldeira, un cadre idyllique qui donne envie de flâner toute la journée. 

Nous nous trouvons au-dessus d’un cratère gigantesque, 8 kilomètres de diamètre, au centre duquel le Roque de los Muchachos culmine à 2 318 mètres. La vue est complètement folle. En face, un petit nuage irisé, les cimes qui émergent des brumes, le silence quasi absolu, seulement troublé par les trilles d’oiseaux et le bruissement du vent dans les pins. C’est la paix, la vraie. 

Mais l’heure tourne, et pour ne pas fâcher notre bienveillante gardienne ni le monsieur du cagibi du parking, nous devons déjà rebrousser chemin et rejoindre le stationnement où la voiture nous attend. Sur le sentier, nous sommes surpris par plusieurs personnes qui ne sont pas du tout équipées pour randonner. 
Ben tiens, elles sont montées en taxi pour faire quelques photos, s’égo-portraitiser avec leurs t-shirts Cruises Addict

On redescend à travers la sylve, en croisant une ribambelle de jeunes fraîchement déconnectés de leurs écrans, venus respirer un peu. Ça fait plaisir, une jeunesse qui s’oxygène. 

Passage rapide au centre d’information du parc. 
Une grande maquette de l’île, quelques panneaux explicatifs : on nous résume la topographie, la formation des volcans, la géologie du coin. Le petit jardin botanique attenant mérite aussi le détour. 

Non loin de là, l’Ermitage de la Virgen del Pino se niche dans un cadre bucolique, parfait exemple de réhabilitation réussie. Alors que la chapelle et surtout son pin géant partaient à vau-l’eau, des humains un peu plus malins que les autres ont pris les choses en main. 

Disparu le parking gigantesque et les voitures en pagaille, interdits les piétinements et les attouchements du grand pin protecteur de la Vierge. 
À la place : des plantes, des prairies, et un site tout mimi à l’orée d’une immense pinède. Il n’en fallait guère plus pour redonner du cachet – et de l’espoir – à ce petit coin de forêt. 

En quête de la bretzel sacrée mais à court de caféine, on décide de faire escale dans le prochain bourg pour une bonne tasse d’expresso. 
Nous y sommes passés plusieurs fois en voiture aux abords de Los Llanos de Aridane , mais sans jamais s’y arrêter. Grosse erreur. 

Le centre historique a un charme fou, malgré les conversations germaniques à chaque coin de rue. Façades colorées, balcons en bois ouvragé, propreté irréprochable, ambiance tranquille. Et comme en Andalousie où nous étions l'an dernier, on retrouve la petite bouteille ou le pulvérisateur d’eau savonneuse que les propriétaires de chiens trimballent pour push-pusher le pipi de leur toutou. Car même si l’amende pour dépose intempestive de caca est affichée à 1 500 euros, le civisme des habitants repose sur leur sens du respect des autres. 

Bon, ça n’empêche pas les chiens libres de tout maître de faire leur vie – et leur crotte – où bon leur semble, sans compter les centaines de chats errants qui font ce que font les chats : ce qu’ils veulent.

L’heure du dîner approche. 
Cap vers la côte et le port de Tazacorte, réputé pour être la ville la plus ensoleillée d’Espagne – bien qu’hier, il y faisait un temps de Toussaint. 
En fait Tazacorte n'arrive même pas dans le Top 10 des villes espagnoles les plus bombardées de flux de photons mais qui, à part Monsieur FBI, va aller s'en enquérir ? Mytho !

Un virage en crête nous dévoile un littoral battu par une mer franchement en colère. D’ici, on voit parfaitement le moutonnement au large, les embruns qui s’élèvent haut dans les terres. 

Nous voilà à Tazacorte PuertoParking trouvé, front de mer en vue. 

Tout le long de la promenade, on sent les souffles salés de l’Atlantique qui viennent tout recouvrir d’une fine pellicule. La houle se fracasse sur la digue, des geysers blancs jaillissent en hauteur. De temps en temps, une maîtresse vague venue des entrailles océaniques submerge totalement la digue et réussit à vaincre la longue plage pour finir de passer le petit mur du trottoir et déposer une nouvelle couche de grains de sable noir sur la route.

Les touristes sont médusés. Le spectacle est hypnotique. Mais nos estomacs commencent à gronder sérieusement. 

Malheureusement, on se heurte à un phénomène local : l
es restaurants ont d’immenses terrasses avec beaucoup de tables, mais il n’y a qu’un serveur, souvent peu expérimenté, qui doit tenter de satisfaire tout le monde. De terrasse en terrasse, nous sommes oubliés par les pauvres serveurs en burn-out logistique, complètement dépassés par les événements et les bras impatients qui réclament du service.

Finalement, on trouve refuge dans la salle abritée de la Taberna del Puerto où nous sommes accueillis
 avec un sourire, un service efficace, et surtout, même si le spectacle de la nature en folie est sublime, nous sommes abrités des éléments salés.
Et bien sûr nous trouvons de quoi apaiser nos estomacs en crise. 

Retour sur la promenade, floutée par les nuages d’embruns. Nos peaux se crispent sous l’effet du sel, nos téléphones et appareil photos (et tout en fait) vont devoir être désalinisés, mais assister à ce déchaînement marin, derrière les cordons de sécurité et sous l’œil bienveillant de la police, vaut largement quelques désagréments. 

Il est 15 h, et nous reprenons la route. Direction le mirador El Time, perché plus haut dans la montagne. Vue panoramique à couper le souffle : ici Los Llanos, là-bas Tazacorte, tout au fond, le phare de Fuencaliente. 

Entre les deux, des champs de bananiers, avocatiers et canne à sucre, protégés des caprices du vent par d’immenses toiles blanches. On distingue parfaitement la coulée de lave noire de 2021, une cicatrice béante depuis les hauteurs de la Cumbre Vieja jusqu’à l’océan. 

Prochaine étape : Cueva Bonitaune grotte repérée en ligne. La route qui y mène est un fouillis de virages bien abrupts. Mais pas de bol : on ne peut y accéder que par bateau. 
Et aujourd’hui, pas un seul esquif à l’horizon, l’océan est trop déchaîné. Demi-tour obligatoire. Le mirador permet heureusement la manœuvre. 

Ce qu'on a failli voir...
Photo : Internet
La suite semble plus simple : Poris de la Candelariapetit hameau de pêcheurs niché au cœur d'une immense grotte naturelle d'environ 50 mètres de haut, formée par l'érosion volcanique. Les maisons blanches, construites il y a plus d'un siècle, sont adossées aux parois rocheuses, et surtout accessible en voiture. Alors nous replongeons en direction des flots et commençons à enchaîner les virages sur une route en bon état, mais terriblement étroite.

La route est une piste étriquée, sinueuse, sans aucune aire de croisement. On joue au millimètre. Rétros rentrés, coudes serrés. Mais il faut un peu de bonne volonté de la part de tout le monde, ce qui, bien sûr, n’est pas le cas. 

Je suis forcé de me coller à la barrière de sécurité en entendant parfaitement un grincement métallique m’indiquant que je ne peux aller plus loin si ce n'est me jeter dans le vide. Je fais comprendre à mon voisin que je ne peux rien faire de plus, alors il finit par se tasser un peu et passe, moi j’entame une marche arrière pour me dégager dans un nouveau couinement de tôle. Cette expérience est totalement déprimante. 

Je continue ma route sur quelques mètres, rencontre d’autres voitures qui ne font pas grand effort, puis, à bout de patience, décide d’entamer une marche arrière jusqu’au petit espace dans un virage où je pense pouvoir faire demi-tour.

Marche arrière sur une côte raide, d’autres voitures sont arrivées derrière moi, je lève le bras pour leur signifier de reculer. 

Et là : embrayage en surchauffe, pédale bloquée, plus moyen de passer une vitesse. Devant, un vieux singe klaxonne. André menace de lui balancer un caillou de lave à travers le pare-brise. 

Derrière, une vieille taupe descend voir ce qui se passe. 
- Ça va monsieur, qu'est ce qu'il se passe ?
- Gniiiiii

Ce que je fais de mieux en ce moment, c’est sacrer comme un démon, tout en éteignant et rallumant l’ostie d'char, et en tentant de débloquer la pédale en la tirant vers le haut avec le bout de mon pied.

J’éteins, je rallume la voiture, je tente de débloquer la pédale avec la pointe du pied.
Enfin, après quelques siècles, je réussis à remettre la voiture dans le sens de la montée et à quitter cet enfer bitumé, laissant les rageux à leur place.

Si tu veux visiter Porís de la Candelaria, descends à pied, à vélo, à dos d'âne ou à moto. Mais surtout, pas en voiture. 

Au sommet de la route, un petit kiosque. Un jus d’orange fraichement pressé, une grosse bouffée d’oxygène. Si je bois un verre d’alcool maintenant, je passe la nuit ici. 
Ah, mais qui vois-je ? Mon impatient du virage. ¡Come mierda!, mon tabarnak ! 
Étonnement et sourire de monsieur kiosque de jus de fruits qui trouve que mon espagnol s'améliore de jour en jour.

Retour tranquille ensuite, par les routes désormais familières, et le fameux tunnel qui... nous fait gagner un temps fou

Je suis lessivé. 
Le côté droit de la 208 a de nouvelles cicatrices, la calandre tient toujours par l’opération du Saint-Esprit, mais on a vu des paysages incroyables, une jolie ville pleine de charme, mangé comme des rois face à une mer déchaînée. 

Demain, promis, on se fait une journée tranquille.

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Mercredi 19 février
Du sanctuaire aux étoiles : notre ultime virée palmera

Dernière petite journée tranquille, on avait dit…

Alors on la commence avec une petite rando d’une heure sur un terrain relativement plat. Le hasard, ce sacré coquin, nous fait passer par le Real Santuario de Nuestra Señora de las Nieves — un nom à rallonge, mais avec une petite place ombragée aux galets magnifiquement alignés, un café semble nous ensorceler comme les sirènes avec Ulysse. Mais comme nous ne sommes pas attachés à notre voiture, nous cédons rapidement à l’appel de ce petit coin romantique à souhait.

Jusqu’à l’arrivée d’un gros autobus de touristes germaniques qui envahissent les lieux avec leurs grosses sandales à crampons. Laissez-les passer, ils ne visitent pas, ils conquièrent !

L’église de Notre-Dame-des-Neiges est très sobre à l’extérieur, mais rutilante de dorures dès qu’on en franchit le seuil. Le plafond est une œuvre d’art à lui seul, et de nombreuses offrandes votives décorent les murs. C’est un site emblématique de La Palma, riche en histoire, en art et en spiritualité, qui reflète la profonde dévotion des habitants envers leur patronne.

  • L'anecdote historico-spirituelle
La Vierge de las Nieves (Nuestra Señora de las Nieves) est la sainte patronne de l’île de La Palma, profondément vénérée depuis des siècles. Sa statue en terre cuite polychrome, datant probablement du XIVe siècle, serait d’origine catalane ou flamande et figure parmi les plus anciennes des Canaries.
Installée dans le Real Santuario qui lui est dédié, elle incarne un lien fort entre foi, identité locale et traditions populaires. Tous les cinq ans, elle est portée en procession jusqu’à Santa Cruz de La Palma lors de la spectaculaire Bajada de la Virgen, une fête religieuse et populaire unique, marquée notamment par la fameuse Danse des Nains. Plus qu’une figure spirituelle, elle est un symbole culturel et affectif pour les habitants de l’île.
L'église abrite une précieuse collection d'ex-voto marins picturaux, témoignant de la profonde dévotion des habitants de l'île envers la Vierge des Neiges. Ces offrandes, principalement des peintures à l'huile sur toile mesurant environ 70 x 50 cm, datent du XVIIe au XIXe siècle. Elles illustrent des scènes maritimes dramatiques, telles que des tempêtes en mer, où les marins, confrontés au danger, invoquent la protection de la Vierge. Par exemple, un ex-voto de 1723 décrit une violente tempête survenue lors d'un voyage de la Martinique à Cadix, où l'équipage, après avoir prié Notre-Dame des Neiges, fut sauvé du naufrage. 

Il est temps de poursuivre notre route et d’aller honorer ce sentier dont je parle depuis plusieurs jours.
Maiiiiiis… une pancarte, une intuition, une bulle au cerveau — et au lieu d’aller tout droit, je bifurque à gauche et grimpe dans la montagne.

Le trajet affiché sur Google Maps ressemble trop à un intestin grêle. Mais ça nous donnerait une drôle de tête si c’était vraiment le cas.
Rapidement, nos tympans subissent la différence de pression. L’altitude est vite gagnée, les paysages côtiers aux forêts denses laissent place aux pins cramponnés sur les pentes raides. 

La route est magnifique, les panoramas s’enchaînent, tous plus beaux les uns que les autres. Nous passons au-dessus de la mer de nuages qui s’étend au large et distinguons parfaitement le sommet impressionnant du Teide, situé à plus de 130 kilomètres de là, tout à l’est.

La température chute, le soleil est de plus en plus proche, quelques névés se cachent dans des crevasses, bien abrités des rayons qui finiront bien par les faire disparaître.

Ça y est, les énormes télescopes sont en vue. Ils font partie de l’Observatoire d’astrophysique du Roque de los Muchachos, un site de recherche scientifique de renommée mondiale. Le GranTeCan (Gran Telescopio Canarias) est le plus grand télescope optique du monde, rien que ça. Nous ne sommes plus très loin du but : l’air est plus léger, la vue porte loin.

  • L'anecdote spatiale
L’Observatoire d’astrophysique du Roque de los Muchachos (ORM), situé à 2 426 mètres d’altitude au sommet de La Palma, est l’un des sites astronomiques les plus prestigieux au monde. Inauguré en 1985, il abrite le Gran Telescopio Canarias (GTC), le plus grand télescope optique et infrarouge à miroir unique au monde, avec un diamètre de 10,4 mètres. Le site accueille également une vingtaine d’autres instruments, tels que le William Herschel Telescope, le Nordic Optical Telescope et les télescopes MAGIC, spécialisés dans l’astrophysique des hautes énergies .​

Grâce à son ciel exceptionnellement pur et stable, l’ORM est considéré comme l’un des meilleurs endroits de l’hémisphère nord pour l’observation astronomique, juste après Mauna Kea à Hawaï. Ces conditions idéales ont permis des avancées majeures, comme la détection de galaxies lointaines et l’étude des trous noirs. Le site est également impliqué dans des projets internationaux, notamment le futur réseau de télescopes Cherenkov pour l’étude des rayons gamma .​

Pour les visiteurs, un centre d’interprétation (15 euros) situé à proximité offre des expositions interactives sur l’astrophysique et l’histoire de l’observatoire. Des visites guidées sont proposées en journée, permettant de découvrir les installations et d’en apprendre davantage sur les recherches menées sur place .​

Pour se plonger la tête dans les étoiles sur cette île magique, je vous conseille de visionner ce film absolument superbe et incroyablement reposant : ICI

Depuis un moment, les pins ont laissé place aux landes de pierres et à quelques arbrisseaux résistants aux conditions extrêmes. Un dernier virage face aux miroirs des immenses constructions internationales, et nous voilà arrivés au sommet de l’île : le
Roque de los Muchachos.

Bon, ça sonne comme le nom d’un resto mexicain un peu kétaine, mais plantés à 2 426 mètres au-dessus de la mer, on prend le temps de respirer, et surtout d’admirer la vue incroyable qui s’étend sous nos pieds.

Le tout petit parking est plein, et c’est un peu le bordel pour manœuvrer. Refroidi par mes derniers exploits, j’avance à tâtons, ce qui semble attendrir le gardien du site. Il enlève les cônes orange devant sa cahute pour que je puisse garer notre belle voiture jaune moutarde hot-dog rayée.

Un autobus a déjà déchargé sa marchandise saxonne — calvaire, il reste-tu du monde en Germanie ? — mais chaussés comme de vrais randonneurs aguerris, et surtout avec 20 à 30 ans de moins en moyenne, nous doublons rapidement tout ce beau monde en direction des divers points de vue sur la Caldeira de Taburiente.

Vue sur le Mirador de la Cumbrecita
Tout au bout du bout du chemin, passé le Mirador del Espigón del Roque, perchés comme des vautours dans leur nid, nous avons une vue imprenable sur l’immense cirque volcanique, et pouvons même distinguer — à 6 613 mètres de là — le miroitement des voitures stationnées au Mirador de la Cumbrecita, où nous étions hier.

Autour du Roque de los Muchachos, le paysage est brut, presque irréel. Le sol est un patchwork de roches éclatées, de scories et de laves figées, où dominent les teintes rouges sombres, brunes et noires. Les rouges, profonds ou oxydés, trahissent l’action du temps sur les minéraux ferreux ; les noires, plus massives et luisantes par endroits, semblent encore porter la mémoire brûlante des coulées de basalte.

Des blocs anguleux émergent de partout, jetés là comme par une main titanesque. Certains affleurent en dômes usés, d’autres forment des crêtes acérées, tranchantes sous la lumière crue. La végétation reste rare à ces altitudes extrêmes : quelques bruyères naines et genêts, plaqués contre le sol, s’accrochent aux failles du roc.

Mais en contrebas, la caldeira de Taburiente offre un tout autre visage. Ses pentes escarpées sont recouvertes d'une forêt dense de pins des Canaries, hauts et élancés, qui s'accrochent vaillamment aux moindres replis. Entre les massifs de roches fracturées, de nombreux torrents serpentent, dévalant les ravines en cascades vives, nourrissant des oasis de fraîcheur au cœur de cet amphithéâtre colossal.

Ici, la terre oscille entre la rudesse volcanique et une luxuriance inattendue, comme si la vie avait trouvé un pacte fragile avec le feu ancien.

Ici, à plus de 2 400 mètres d'altitude, le sommet est inondé de lumière, loin au-dessus des nuages. Le ciel est d’un bleu pur, presque irréel, et l’air, vif et transparent, donne au monde alentour une netteté saisissante.

Mais sur les crêtes éloignées, de l’autre côté de l’immense caldeira, le spectacle est tout autre. Là-bas, les nuages jouent à saute-mouton, portés par les vents venus de l’Atlantique. Ils rampent le long des pentes, escaladent les parois escarpées, s’amoncellent aux sommets avant de basculer paresseusement dans le vide. Les crêtes apparaissent et disparaissent dans une danse lente, un va-et-vient hypnotique de brume blanche et de roches noires.

De longues minutes de contemplation, et déjà il faut penser à repartir. 



Nous en profitons pour admirer les chefs-d’œuvre d’ingénierie posés sur les pentes de l’un des ciels les plus purs de la planète. Là, dans ce désert d'herbes rudes, de roches et de vent, s’alignent des télescopes aux allures de vaisseaux spatiaux échoués. 

Leurs coupoles blanches, semblables à des œufs d'acier, abritent des miroirs gigantesques, polis à la perfection, capables de capter la lumière d’étoiles mortes depuis des milliards d’années.

À quelques pas, le Gran Telescopio Canarias, avec son miroir segmenté de plus de dix mètres de diamètre, semble prêt à trouer le ciel. Plus loin, des instruments futuristes hérissent la crête, recouverts de panneaux, de capteurs, d'antennes, comme autant de promesses de voyages immobiles.

Certains télescopes ressemblent à d'immenses attrape-rêves métalliques. Leur ossature de tubes fins soutient des miroirs mobiles qui pivotent lentement, scrutant l'invisible. À les regarder ainsi, on croirait presque assister à un rituel silencieux, une chorégraphie dédiée aux étoiles, où la haute technologie flirte avec la magie ancestrale de l'observation du ciel.

Chaque photon est précieux, chaque étincelle cosmique est saisie, analysée, décryptée. Ici, la science n'a rien d'austère : elle a quelque chose d'infiniment poétique, comme une conversation chuchotée entre les humains et l'univers.

Puis, le regard encore suspendu entre ciel et terre, nous entamons la longue descente vers la sylve sombre.

Sur la route du retour, alors que la piste redescend en lacets serrés vers la forêt, l’œil d'André est soudain accroché par une tache blanche improbable, lovée dans un creux de rocaille. Un petit névé, rescapé miraculeux de la fonte, résiste encore sous le soleil canarien. Et pourtant, André déteste la neige, mais là, impossible de résister. En deux enjambées, il traverse le talus pour aller toucher cette relique hivernale.
On peut bien sortir un Québécois de son pays, mais pas le Québec de son cœur.

Mille mètres plus bas, nous entrons dans les nuages. La bruine posée sur l’asphalte réclame un peu plus d’attention — comme si j’en avais encore en réserve.
André me signale les voitures qui arrivent, mais nous sommes bien loin de la torture des petites routes perdues d’hier.

Je pense que ce coin-là est habitué à l’humidité, puisque même la route est parfois joliment décorée de petites mousses vertes. Des bûcherons font valser leurs tronçonneuses et leurs débroussailleuses. Les gros coups de vent des derniers jours ont fait quelques dégâts, mais ici, la voirie et l’entretien des routes ne sont pas une légende. Tout est nickel. Depuis notre arrivée, nous voyons une pléthore d’agents s’employer à rendre les routes sûres et les bas-côtés aussi propres et bien rangés qu’une forêt autrichienne.

À flanc de montagne, là où les routes en lacets défient le vide, d’immenses filets métalliques tendus sur les parois protègent la chaussée. Ces mailles d’acier, fixées à la roche à grands renforts d'ancrages, retiennent les éboulis que la pluie, le vent ou la simple gravité arrachent sans relâche aux falaises friables. C’est un combat silencieux contre la montagne, qui ne cesse jamais de vouloir reprendre son espace.

Les nuages sont restés accrochés plus haut, et ici, à Barlovento, le soleil a repris le dessus. Un petit bar, deux bocadillos au comptoir, et nous partons en direction des piscines naturelles de La Fajana.

Si le vent est calme, il n’en est pas de même pour l’océan, qui donne de la voix. Les longues vagues viennent cogner l’île comme si Neptune avait soudainement décidé de la déplacer. Mais bien accrochée à ses fondations volcaniques, La Palma ne bouge pas.
L’écume s’écrase sur les rochers, l’air est saturé de sel, les embruns volent sur la côte, sur les plantations de bananiers, sur tout ce qui se trouve sur leur passage.

Les piscines naturelles, bien aménagées, sont une invitation à la baignade. Malgré la couleur céruléenne des bassins, l’eau reste fraîche, et la température extérieure n’est pas suffisamment convaincante pour y plonger nos corps. De toute façon, on est très bien sur le chemin panoramique, à attendre la prochaine vague, qu’on espère encore plus grosse que la précédente.

Aux abords du site, une sculpture attire mon attention, Une paire de palmes, un tuba et un masque de plongée sont disposés sur un banc face à l'océan.

  • L'anecdote tragique & poétique
Le Mirador Literario Sanmao y José María est un lieu chargé d’émotion et de poésie. Il rend hommage à la célèbre écrivaine taïwanaise Sanmao (Chen Ping) et à son époux José María Quero, plongeur espagnol décédé tragiquement en mer en 1979, non loin de ce lieu. Profondément marquée par cette perte, Sanmao l’a évoquée dans plusieurs de ses écrits, conférant à La Palma une place unique dans son œuvre.
Photo : Internet

Inauguré en 2014, le mirador, conçu par l’artiste Juan Alberto Fernández, se distingue par une installation minimaliste : trois tubes symbolisent le pseudonyme « Sanmao » (signifiant « Trois Cheveux » en chinois), et huit galets colorés rappellent sa passion pour la collecte de pierres – le chiffre huit étant porte-bonheur dans la culture chinoise. Des objets en bronze (palmes, masque et tuba) évoquent la mémoire de José María, tandis que des extraits d’écrits de Sanmao, gravés au sol en plusieurs langues, invitent à la lecture et à la méditation. Ce lieu singulier, empreint de littérature et de mélancolie, attire de nombreux visiteurs, notamment des lecteurs asiatiques venus sur les traces de l’auteure, dans ce coin de l’île où amour, douleur et beauté naturelle s’entrelacent.



Il nous reste à peine 40 minutes de route avant d’atteindre Santa Cruz, où nous ferons une dernière halte avant de rentrer et de boucler nos sacs.
Demain, à 14h30, notre avion s’arrachera du tarmac pour nous ramener sur le continent.

Trente et un jours sont passés comme un pet sur une toile cirée. Heureusement, les photos, les souvenirs sont là pour nous confirmer ce voyage que l’on pense si court. En faisant un petit bilan provisoire, on se rend bien compte du chemin parcouru, et de toutes les choses incroyables que nous avons vécues.

Impossible de choisir l’une ou l’autre des îles. Chacune a son identité propre, et nous les avons toutes aimées.

En attendant, les sacs sont faits. Nous avons mangé le touski le plus original de l’histoire des touskis : riz, quinoa, sardines, œufs durs, sauce soja, cornichons… 

Oui, tout dans la même assiette. Fallait bien vider le garde-manger.


ATTENDS ! Ce n'est pas tout à fait terminé, il y a une suite...
                                 


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